14.06.2008
Seul entre Meuse et Ourthe, Boncelles tient...
Mai 40Seul entre Meuse et Ourthe, Boncelles tient... BRICOLAGEEn mai 1940, le fort de Boncelles était, avec celui d'Embourg, le fort le moins puissamment armé de la Position Fortifiée de Liège. Il appartenait en effet à la PFL 2, la ligne des anciens forts Brialmont de la rive droite de la Meuse, réarmés et réaménagés à partir de 1928.Sa mission consistait simplement à servir de point d'appui à l'infanterie qui, à la mobilisation, prit position entre Seraing et Boncelles (6° de Ligne) et entre Boncelles et l'Ourthe à Colonster ( 28° de Ligne).Pour seule artillerie, Boncelles ne possédait que quatre coupoles éclipsables, armées d'un obusier de 75 mm dont la portée maximale n'excédait pas 5.200 m. La défense anti-aérienne était dotée de huit mitrailleuses permettant le tir contre les avions volant bas (MICA), installées sommairement à une centaine de mètres du fort, dans des trous creusés au milieu des prairies. La défense rapprochée était assurée par quelques fusils-mitrailleurs installés dans les coffres de défense des fossés, le FM du « corps de garde de guerre »(protection de la rampe d'accès) et des sept FM qui équipaient la tour d'aération. Cet étrange champignon de béton, haut de 13 m, situé à 200 m du fort, devait permettre une meilleure ventilation des galeries qu'en 1914 mais il constituait une cible et un repère de choix. Le vieux fort avait en effet été réarmé sous le double signe de l'économie et d'un savant bricolage: les coupoles par exemple réutilisaient les puits des anciennes pièces de 57 mm d'avant 1914, avec des avant-cuirasses de récupération provenant des forts de Suarlée et de Waelhem et des obusiers d'origine germano-portugaise. On s'était enfoncé sous terre, mais moins que prévu, étant donné l'existence d'une nappe phréatique impossible à drainer, et l'on s'était borné à renforcer le bétonnage des locaux et galeries, à tel point qu'on ne pouvait circuler que courbé dans certaines d'entre elles.Et pourtant, le secteur que devait défendre Boncelles revêtait une grande importance: il était le seul fort entre les vallées de la Meuse et de l'Ourthe. Le développement de ce secteur était disproportionné par rapport aux moyens dont il disposait, les forts voisins d'Embourg et de Flémalle se trouvant respectivement à 6.400 et 5.600 m. Les obusiers de Boncelles ne pouvaient battre les abords ni d'Embourg ni de Flémalle et ne pouvaient pas soutenir les voisins en cas d'investissement ennemi. Ce fut avec cet armement dérisoire, et sous la légèreté des « replâtrages» effectués entre les deux guerres, que le fort de Boncelles assumera, dès le 11 mai 1940, après la retraite de l'infanterie des intervalles, la mission de fort d'arrêt. UN CHEFNuma Charlier Depuis le début des travaux de réarmement en 1928, Boncelles était commandé par Numa Charlier, chef attachant qui savait entraîner ses hommes. Volontaire de guerre en 1914, il avait décroché au front son étoile de sous-lieutenant d'artillerie. Resté à l'armée après l'armistice de 1918, il suivit les cours de l'Ecole Militaire, dont il sortit en 1928 avec le titre d'ingénieur. Capitaine en 1929, il prit le commandement du fort de Boncelles. Commandant en 1935, il renonça deux ans plus tard à l'avancement afin de rester à la tête de «son» fort. L'artillerie de forteresse était de recrutement très local; Numa Charlier connaissait personnellement tous ses hommes, les rappelés de 1939 ayant déjà servi sous ses ordres. Cependant, pour qu'un courant de sympathie respectueuse puisse passer, il falait avoir vaincu l'impression glaciale du premier contact, parfois même désastreuse, et que le commandant lui-même ait vaincu sa propre timidité et sa propre réserve. Pour nombre d'anciens du fort, le commandant garde l'image d'un père à la fois attentif et rigoureux. Une inspection surprise du Roi et du général Van Overstraeten en octobre 1939 permettra de constater que le fort paraissait « bien commandé ».La garnison au complet comptait, après la mobilisation, treize officiers ou candidats-officiers et 304 sous-officiers et hommes de troupe. Une relève hebdomadaire était effectuée entre une équipe de service au fort et celle en cantonnement de repos à Ougrée. Le 11 mai, l'ordre sera donné d'évacuer vers l'armée de campagne la garnison de réserve et le fort ne sera plus occupé que par le commandant, cinq officiers, deux candidats sous-lieutenant de réserve, trois médecins, l'aumônier et environ 170 hommes. Le 9 mai 1940, vers 16 heures, à l'extrême limite sud de l'aile gauche allemande, la 251° Infanterie Division prit position à Kalterherberg, pour franchir la frontière belge le lendemain matin. Son premier objectif important était la neutralisation des forts de Boncelles, Embourg et Flémalle. Un de ses régiments, le 451° Infanterie Regiment, était plus particulièrement chargé de s'emparer de Boncelles. Au fort, ce 9 mai fut un jour comme les autres, éclairé par un soleil radieux. Mais dans la nuit, à 23 h 35, le GQG belge diffusa l'ordre d'alerte. Ce n'était plus un exercice comme tant d'autres, l'alerte était bien réelle… DANS L'ETAULe fort de Boncelles fut alerté dès minuit 42 et la machine, bien rôdée depuis septembre 1939, se mit en marche sous l'impulsion du commandant Charlier. Dans l'après-midi du 10 mai, le fort était opérationnel; baraquements détruits, coffre de défense du corps de garde de guerre approvisionné, matériel inutile évacué… L'approvisionnement sera largement complété dans les deux ou trois jours suivants la récupération des munitions, vivres et autres équipements abandonnés par l'infanterie belge en retraite.Les premiers Allemands ne furent aperçus par les défenseurs de Boncelles que dans la journée du 13 mai 1940. Les premiers obus tomberont sur la cheminée de la cuisine peu après 17 heures. Quelque temps après, le poste d'observation de Famelette (Beauregard) sera abandonné et la situation des autres postes deviendra de plus en plus précaire. La batterie allemande qui pilonnait Boncelles sera détruite par les canons du fort de Flémalle. Boncelles, n'ayant que peu d'observateurs extérieurs, se contenta d'effectuer quelques tirs d'interdiction sur des objectifs préalablement repérés ( croisement de routes ), et, à la limite de portée efficace de ses obusiers, sur le pont de Tilff qui avait été imparfaitement détruit et sur lequel l'infanterie allemande pouvait encore passer. Dans la nuit du 13 au 14 mai, l'abri d'observation FB2 (Seraing-Boverie) sera abandonné et les seuls « yeux » extérieurs du fort seront l'abri FB3 (Bois de la Marchandise, avec vue sur la route Plainevaux-Seraing) bientôt abandonné lui aussi, la tour d'aération du fort et le poste d'observation cuirassé au sommet du massif. E nombreux tirs seront encore effectués, laissant au hasard le soin d'atteindre un objectif ennemi…L'armement, quant à lui, était encore intact et le moral de la garnison restait bon. DELUGE D'ACIERLes Allemands du 451° I.R. consacrèrent la journée du 14 mai à observer le fort et à placer judicieusement leurs pièces d'artillerie, principalement des 37 mm PAK et des 88 mm FLAK, pour un tir direct sur les coupoles. Comme des nombreuses patrouilles allemandes étaient signalées dans un rayon de 500 m autour du fort, trois des quatre coupoles participèrent à une série de tirs « d'arrosage » qui causèrent quelques pertes chez l'ennemi. Les premiers bombardements aériens par STUKAS commencèrent vraiment en fin d'après-midi du 14 mai.Le général Kratzert, comandant la 251°I.D. , espérait prendre Boncelles dès le lendemain 15 mai en combinant plusieurs moyens d'attaque. D'abord les STUKAS qui, grâce à la précision de leurs bombardements, devraient faire s'écrouler les murs de contrescarpe, neutralisants les F.M. des coffres et permettant aux pionniers de descendre en sécurité dans les fossés. Ensuite, les canons de 88, placés à moins de 1.000 m du fort, devaient neutraliser les coupoles grâce à la précision de leurs tirs tendus. Enfin les pionniers donneraient l'estocade finale.Les choses se déroulèrent selon la plan prévu: le 15, vers 11 h 30 , en l'espace de quelques minutes, trois coupoles étaient hors service, trois hommes tués et plusieurs blessés. Pendant ce temps, le maréchal-des-logis, Antoine Vigneron se battait comme un beau diable, armé d'un seul F.M. au corps de garde de guerre. Il tiendra, avec sa petite troupe, jusqu'au lendemain matin.Sa position devenue vraiment intenable , il la quittera après avoir causé des pertes importantes dans les rangs allemands.La tour d'aération avait été prise sous le feu d'un canon de 37 mm PAK et d'au moins une pièce de 88 mm. Sa carapace de béton fut percée et il ne fut possible d'occuper cette position. La ventilation du fort dut être arrêtée pour éviter l'aspiration des poussières et fumées à l'intérieur. On devra même inverser la ventilation pour tenter de refouler les poussières.Cependant, la coupole II était encore intacte et, pendant la nuit du 15 au 16 mai , sous la direction du commandant, elle effectuera un baroud d'honneur, en tirant des boîtes à balles tant que se sera possible. ME RENDRE? JAMAIS !Malgré la puissance des moyens mis en œuvre, les Allemands n'avaient pu réussir à prendre le fort le 15 mai. Dès les premières heures du 16, ils recommencèrent, STUKAS à l'appui. Par vague de quatorze appareilles, ils lâchaient une bombe toutes les deux minutes. Un STUKA en perdition s'écrasa au sol vers 7 h 30. Vers 9 heures, le commandant, accompagné du lieutenant Lhoest et du maréchal-des-logis Foidart, inspecta les différents organes du fort: peu étaient encore utilisables et le moral déclinait d'heure en heure. La coupole II avait cessé de tirer à l'aube, le coffre du corps de garde avait du être évacué. Vers 10 h 30, la situation étant devenue très critique tant sur le plan matérielque sur le plan humain, le commandant se décidera à réunir le conseil de défense: le lieutenant Mélon, commandant en second, le lieutenant Lhoest, le plus jeune officier; le lieutenant Nokin, secrétaire; le lieutenant-médecin Mills et l'aumônier Dejardin.De l'avis unanime des officiers interrogés par le commandant, il fallait rendre le fort pour éviter des pertes inutiles, puisqu'il était isolé, aveugle et ne possédait plus que peu de moyens de défenses.Après avoir réfléchi longuement, le commandant Charlier déclara: « En âme et conscience je ne puis rendre le fort. Nous disposons encore d'une coupole, des armes, des munitions, des vivres. La tour d'air peut encore servir pour l'aérage, les moteurs sont intacts, la réserve de mazout est suffisante, les coffres de gorges peuvent êtres occupés, nous résisterons. Quels sont ceux qui restent avec moi?» A ces mots tous les officiers se levèrent et répondirent « A vos ordres, mon commandant ». Il fut décidé que seuls des volontaires resteraient au fort pour continuer le combat et que les autres seraient évacués par la sortie située au pied de la tour d'air et tenteraient de rejoindre l'armée de campagne. Les premiers à tenter la sortie furent faits prisonniers après avoir parcouru quelques mètres dans le bois de Marchandise.La sortie des autres fut suspendue par le lieutenant Nokin car les STUKAS continuaient leur ronde infernal au-dessus du fort.Le commandant fit détruire tous les documents confidentiels (cartes, codes, cryptographe), le moteur de réserve. Il conserva le journal de campagne du fort. Celui-ci sera saisi plus tard par les Allemands et ne sera pas retrouvé après la guerre. Il organisa ensuite la défense de ce qui restait du fort avec les 25 braves qui avaient choisi de rester avec lui.Pendant ce temps, les pionniers allemands se glissèrent dans les fossés, s'approchèrent de la poterne d'escarpe dont la grille n'était pas verrouillée et placèrent une forte charge explosive contre la porte du sas d'entrée. A 12 h 30, un e formidable explosion ravagea l'entrée du fort, provoquant la rupture du courant et un début d'incendie. La charge explosa au-dessus d'un caniveau d'aération: l'onde de choc se propagea d'une part par la galerie centrale et de l'autre par le système aération. Le commandant qui se trouvait dans le local des centraux téléphoniques reçut, en un très court espace de temps, deux chocs d'une très grande violence. Cette succession de compressions suivies de brutales décompressions lui fut fatale. Son corps ne portait aucune blessure, hormis une ecchymose à la pommette. Il ne s'est pas suicidé, comme le bruit courut, répandu par les Allemands et repris par certains Belges qui interprétèrent erronément sa phrase:« Me rendre? Jamais ! » inscrite aujourd'hui au fronton du monument du fort de Boncelles.L'adjudant René Hurlet fut tué par la même onde de choc alors qu'il traversait le couloir central. Presque tous les autres hommes furent plus ou moins grièvement blessés ou brûlés. Le soldat Joassin, blessé, fut abattu par un allemand dont il ne comprenait pas les ordres.Cet incident malheureux contrastait avec la correction dont les troupes ennemies firent généralement preuve , s'empressant de soigner les blessés et brûlés. Elles tinrent à rendre hommage au commandant Charlier et escortèrent son cercueil, porté par six soldats de la garnison jusqu'au cimetière militaire de Boncelles.Le fort de Boncelles n'a pas hissé le drapeau blanc de la reddition. Il fut le seul fort de la Position Fortifiée de Liège à être emporté de vive force.. Source:Article de M. Viatour paru dans "Jours de guerre" aux Editions du Crédit Communal de Belgique 1994 Crédits photos:"Charlier" dans "20 Héros de chez nous", Editions JM. Colet"Boncelles" Bundesarchiv Koblenz 127,382-28 Mai 40L'épopée des Chasseurs ardennais en mai 40 Ce que nous allons dire de quelques-uns vaut pour les quelque cinq cents chasseurs ardennais tombés au champ d'honneur pendant les dix-huit jours de la campagne de Belgique, en mai 1940. En fait, cela vaudrait aussi, quelle que soit la forme du sacrifice, pour tous ceux et celles dont la vie racheta un jour la liberté de chacun. CHABREHEZLes aléas de la campagne de 1940 vont conduire les régiments à la hure, des coteaux frontaliers jusqu'au réduit de la Lys.Lorsque le soleil du 10 mai se lève aux horizons d'Ardenne, il reste bien peu d'heures à vivre à Benjamin Gourmet. Sous-lieutenant d'active, il commande les mitrailleurs du point d'appui de Chabrehez, qui va barrer la route jusqu'à la nuit tombante à l'avant-garde de la Division blindée commandée en personne par Rommel. Quand au plus fort du combat, il sera frappé de plein fouet, un dernier réflexe de sa vie terrestre fige le sous-lieutenant Gourmet au garde-à-vous et on l'entendra prononcer deux mots, très distinctement comme un ordre, ou un appel, ou un défi: " Ici Gourmet! "avant de s'abattre d'un bloc, face contre terre. Dernier ordre? Dernier souci de ceux qu'il quittait? Dernier défi à l'ennemi qui vient de l'abattre? Allez donc savoir! Ou pourquoi pas? - premier message venu du fond de ces limbes dont l'homme ne saura jamais rien avant de les rejoindre, pour affirmer un être unique en même temps que la symbolique de son sacrifice; "Ici Gourmet! Ici un soldat de Belgique envahie! Ici la Belgique!... Passant, va dire à ton peuple... " Ne serait-pas ainsi que se perpétue par delà le temps et les hommes cette " vertu décisive des défenses nécessaires et la constante valeur de l'action pure d'arrière-pensée et d'intérêt, dans le souvenir de ceux qui furent, jusqu'à leur sang, fidèles... " BODANGE" Bricart et ses soixante Chasseurs ardennais! "Une responsabilité acceptée par chacun, de l'humble soldat au commandant de compagnieUn chef et quelques hommes, noués les uns aux autres par une foi ardente en leur mission et une volonté déterminée de remplir leur devoir quoi qu'il en coûte. Une poignée d'hommes...Nous allons les voir accueillir et contenir l'attaque de tout un régiment d'infanterie d'élite soutenu par un groupe d'artillerie, faire face à une double manœuvre d'enveloppement et tenir l'ennemi en échec pendant les six heures d'une résistance acharnée et sans espoir.La 1ière Division blindée allemande doit atteindre Sedan au plus tôt. Mais bloquée par la résistance de Bodange, elle piétinera pendant toute la journée du 10 mai.Et quand en fin de journée l'infanterie allemande aura pu se rendre maîtresse de la position, l'adversaire ne voudra pas croire qu'il n'avait devant lui que ces quelques hommes. Quelle leçon.Le personnel des Chasseurs Ardennais est en grosse majorité originaire des Ardennes, de cette race solide des plateaux ardennais, imperméable à la propagande allemande, car elle garde très vif le souvenir du passage des armées impériales en août 1914 et des atrocités commises (2812 victimes civiles pour les provinces de Namur et de Luxembourg)Le point d'appui de Bodange est défendu par la 5ème compagnie du 1er régiment de Chasseurs ardennais; avec 2 pelotons de fusiliers et une section de mitrailleuses. Les effectifs sont incomplets par suite des congés agricoles et des permissions. On peut les estimer à 80 combattants.Un peu avant le combat, le commandant Bricart ayant reçu l'ordre de résister sur place, fait abandonner les positions préparées et occuper les maisons de la rue haute du village. Les Allemands en sont désorientés et signalent dans leurs rapports : " Violents feux d'armes automatiques venant d'emplacements judicieusement camouflés et fortifiés "Ils abordent la position vers midi et le peloton Sud est bientôt submergé. Le peloton Nord tient fermement malgré l'intervention de l'artillerie allemande à laquelle les solides maisons ardennaises résistent.Vers 17 heures, les munitions s'épuisent, le lieutenant Autphenne envisage comment il pourrait se retirer. Le sergent Cuvelier, interprète de ses camarades lui déclare: " Quelle que soit votre décision, nous vous suivrons " mais la retraite est impossible. Vers 6 heures, les Allemands se lancent à l'assaut et les Belges, à court de munitions, doivent se rendre. Les Allemands sont stupéfaits du petit nombre de défenseurs: vingt-six hommes valides! " Wo sind die andern ? " (Où sont les autres?)demandent-ils avec insistanceA son poste de commandement, le commandant Bricart est en situation difficile. Un civil lui dit: "Rendez-vous, mon commandant, vous êtes cerné "• " Non, j'ai été prisonnier en 1914, je ne le serai plus cette fois-ci "• " En partant ", dira le civil, je le vois encore, abrité derrière un pan de rocher et tirant au moyen de son revolver sur les Allemands "Voulant éviter la capture au groupe d'hommes qu'il commande encore, Bricart décide de tenter le repli par un chemin exposé au feu des mitrailleuses ennemies. Il reçoit une balle dans la tête et meurt sur le champ.Un champ de mines immobilise encore les Allemands jusqu'à 20 heures 15.Le soir du 10 mai, le commandant de la 1ère Panzerdivision prend la décision de remettre au lendemain la prise de Neufchâteau dont il devait s'emparer le 10 mai.Deux pelotons de Chasseurs Ardennais ont arrêté une division pendant six heures et l'ont obligée à déployer trois bataillons et un groupe d'artillerie. SUR LA DENDREAprès être remontée le 13 mai aux avant-postes de la ligne KW (ligne de défense Anvers-Namur) à hauteur de Perwez la 1ère Division de Chasseurs Ardennais est à nouveau engagée sur la Dendre le 17 mai. L' ennemi prend le contact dans l'après-midi du 18 et se montre pressant, notamment àTermonde et à Alost. Dans la nuit les Allemands tentent le passage de la Dendre par surprise sur des canots pneumatiques. Une fois, deux fois, dix fois, le barrage de feu les refoule. A l'aube, c'est l'accalmie pour quelques heures, mais les Anglais qui sont à droite de la Division annoncent qu'ils se replient à 11 heures. La Division reçoit l'autorisation de les suivre dans le repli à condition de ne pas franchir la ligne des avant-postes de la tête de pont de Gand avant 22 heures. Il faut gagner douze heures pour assurer le temps nécessaire à l'occupation coordonnée de la position de l'Escaut.Vers 13 heures la position de la Dendre n'est plus tenable, sauf à s'y faire clouer. Le décrochage se paie de lourdes pertes. Et la lutte recommença sur une première position intermédiaire, à cinq kilomètres à l'ouest, sans tranchée, sans obstacle valable, sans rien qui puisse sembler une aide à l'homme. On y tient cependant jusqu'aux environs de 20 heures et, après un nouvel arrêt à hauteur de Westrem, la Division rentre dans la tête de pont de Gand vers minuit, ayant chèrement acquis le temps nécessaire à l'armée pour l'organisation et l'occupation de la nouvelle ligne de bataille.VinktIl n'y a pas vingt-quatre heures que la 1ière Division de Chasseurs Ardennais peut goûter un repos relatif sur l'alignement Lootenhulle - Vinkt quand lui parvient, le 25 mai à 8 heures 30 l'ordre d'alerte qui lui impose de s'installer défensivement à la lisière Est de ses cantonnements.Une brèche s'est ouverte dans la position du canal de dérivation (Meygem ) et l'ennemi s'y rue. En rase campagne, sans plus de fortifications que lors des combats retardateurs du 19, les 1ier et 3ème régiments vont briser cet élan. Pendant près de trois jours, disposant pour la première fois d'un solide appui d'artillerie, la 1ière Division de Chasseurs Ardennais va repousser tous les assauts. Un moment, l'adversaire se flattera d'atteindre les avancées de Vinkt. Aussitôt une contre-attaque est montée qui devra déboucher par surprise à la nuit. Mais entre-temps le 1ier régiment aura rassemblé quelques pelotons de soutien. D'initiative ils seront lancés en avant, à la grenade, et Vinkt sera tenu, cependant que le coup de balai réalisé du nord au sud par le 3ième régiment donnera de l'air à la défense et renforcera sa garnison.Les journées des 26 et 27 mai verront se développer des conditions de combat de plus en plus difficiles, du fait de l'effritement des positions belges et de certains retraits effectués en conséquence, tant au sud qu'au nord du secteur de Vinkt toujours tenu par la 1ère Division de Chasseurs ardennais le 27 au soir.Replacée alors aux ordres directs du Grand Quartier Général, la Division, dont on a pu dire qu'elle restait, la seule encore apte à réagir en grande unité constituée, reçoit l'ordre de se porter à hauteur de la route Bruges-Tournai, pour protéger l'écoulement de l'armée vers l'Yser...Or voici que le jour se lève… 28 mai, 6 heures, diffusé le long des colonnes, l'ordre sage et fatal est bientôt connu de tous...Jusqu'au bout, les unités de Chasseurs Ardennais restèrent fidèles à leur esprit, et leur discipline les haussa au-dessus de toutes les dissolutions de l'heure, au-dessus même de leur licenciement forcé dans ce secteur de regroupement que plusieurs bataillons n'atteindront d'ailleurs pas, l'ennemi s'étant assuré de les détenir en captivité en les jetant sans désemparer sur les routes de l'exil…A Vinkt, pendant ce temps-là, il y eut suffisamment de haine exaspérée par la résistance des Chasseurs ardennais pour qu'y soit perpétré de sang-froid le massacre de plus de quatre-vingt martyrs: parmi les prisonniers et parmi la population civile, autochtones et réfugiés, notables, femmes, vieillards, enfants.…Du 10 au 28 mai 1940, l'ensemble des unités de tradition ardennaise compta cinq cent vingt-huit morts et près de deux mille cinq cents blessés, soit plus de 10% des effectifs globaux. Source bibliographique:Article de L. Champion dans "20 Héros de chez nous" par le Général Crahay Les aviateursJean de Sélys Longchamps Vengeur des victimes de la Gestapo Une jeunesse dissipéeJean de Sélys Longchamps naquit à Bruxelles le 31 mai 1912. Mince, racé, de taille moyenne, spirituel, Jean de Sélys n'avait guère montré un penchant très accusé pour les études dans sa jeunesse. Il avait passé par un nombre assez impressionnant de collèges, dont Saint-Michel et Maredsous , où ses amis l'appréciaient beaucoup pour son art de raconter des anecdotes et de donner de l'intérêt à tout ce qu'il disait. Sous les drapeauxEn 1933, Jean de Sélys entra à l'escadron-école du 1er régiment de Guides. En 1937, quatre ans plus tard il fut nommé sous-lieutenant de cavalerie. Septembre 1939, c'est la mobilisation et le 10 mai 1940, l'invasion de la Belgique. Pendant la campagne des dix-huit jours il prend une part très active à de rudes combats, au canal de jonction Meuse-Escaut, à Lanaken, sur la Gette et sur la Lys. Puis, le 28 mai, c'est la capitulation. Renoncer à la lutte? Assister passivement à l'occupation de son pays? Il n'y pense même pas. Il refusa la défaite et marcha quatre jours seul dans la cohue pour rejoindre Dunkerque. Il réussit à monter dans une chaloupe, gagne l'Angleterre et entra dans la Royal Air Force en trichant sur son âge. C'était un garçon un peu cabochard. Attaché aux traditions militaires à l'ancienne mode, il garda longtemps, après son entrée dans la R.A.F., l'uniforme kaki du corps de cavalerie qui restait le sien. Dans la RAF En janvier 1941, on le trouve à l'école franco-belge de Odiham, comme Pilot-Officer (sous-lieutenant) de la R.A.F./ V.R. (Royal Air Force Voluntary Reserve). Breveté pilote, il passa le 14 août de la même année à la 61e Operational Training Unit.Entre-temps on a crée un flight belge au sein de la 609ème escadrille et, au mois d'août, à peu prés à l'époque où Jean de Sélys passa à l'O.T.U., un autre flight belge au sein de la 131e escadrille. Lorsque le 30 septembre 1941, il arrive à la 609ème escadrille, unité du 11ème groupe de chasse, chargé de la défense du sud de l'Angleterre, il va faire équipe avec quelques vétérans belges de la Bataille d'Angleterre et des amis qui l'ont précédé de peu, tel Raymond Lallemant qui, plus tard, recevra le commandement de cette unité.Comme l'écrit son compagnon d'armes Raymond Lallemant: " A partir de ce moment, Jean de Sélys, après avoir servi dans la cavalerie, avait appris à voler à l'âge de vingt-sept ans. Son tempérament de combattant était insatiable. Il descendait d'un avion pour monter dans un autre.Il n'en avait jamais assez." Il prend part à toutes les opérations de cette escadrille, célèbre entre toutes, tant le jour que la nuit, sur les côtes belges, françaises, anglaises, au-dessus de la Manche, de la mer du Nord, du Pas-de-Calais, attaque les voies de communication de l'ennemi, en mer et sur terre, survole régulièrement la France et la Belgique. Un projet longuement mûriSon projet d'attaquer l'immeuble de la Gestapo, avenue Louise, à Bruxelles, ne fut pas le fait d'un coup de tête mais le résultat d'un plan minutieusement mûri. L'avenue Louise était alors, dans sa plus grande partie, plantée d'arbres et bordée de vieux hôtels de maître, non des buildings qui depuis s'y sont multipliés. Le 453, un des rares à s'élever plus haut que les autres, était un objectif facile à identifier. De plus, l'aviateur l'avait fréquenté, avant la guerre; un de ses amis y occupait un appartement. Les contacts que Jean de Sélys avait gardés en Belgique et les indications que lui apportèrent des évadés arrivant du pays lui donnèrent confiance. Les capacités de son avion aussi, un " Typhoon " capable de cracher 640 obus à la minute; durant les vingt secondes où il comptait avoir dans son collimateur les douze étages de l'immeuble maudit, il pouvait raisonnablement espérer en mettre 200 dans la cible. Moyennant trois conditions: avant, garder le secret absolu; pendant, ne pas se faire repérer; après, éviter de s'attarder dans le coin. Gloire au hérosEn Angleterre, Jean de Sélys fut tout à la fois ramené à un grade inférieur pour manquement à la discipline et décoré de la Distinguished Flying Cross en raison de sa valeur. Il poursuivit la guerre. Pas longtemps. Charles Dumoulin participait à la même opération que lui, à bord d'un autre " Typhoon", dans la nuit du 15 au 16 août 1943, lorsqu'au retour de la mission au dessus d'Ostende, ils essuyèrent le feu d'une défense antiaérienne exceptionnellement dense. De Sélys s'écrasa à l'atterrissage et la commission d'enquête, rapporte Demoulin, ne put jamais discerner la cause exacte de l'accident. Peut être l'avion avait-il reçu dans ce barrage le coup qui allait lui être fatal. L'attaqueLes " Typhoons " servaient, entre autres; à des missions solitaires qui permettaient aux aviateurs de garder la main et que, dans l'argot de la R.A. F., on appelait" Rhubarb". De Sélys introduisit par la voie hiérarchique sa demande d'autorisation d'attaquer le siège de la police allemande. Il n'obtint pas réponse. C'était donc un refus. Il décida d'y aller tout de même Le mercredi 20 janvier 1943, chargé d'une " Rhubarb", il décolla de l'aérodrome de Manston en compagnie d'un autre " Typhoon ". Tous deux étaient bien approvisionnés en munitions; de Sélys emportait en plus, à côté de lui dans le cockpit, sans en avoir prévenu qui que ce soit, un drapeau belge et un drapeau anglais.. Les deux hommes, attaquèrent près de Gand, des locomotives. La mission était accomplie. C'est à ce moment que de Sélys donna l'ordre à son équipier de rentrer sans lui. Lui même continua en direction de Bruxelles. Alors, tout va se dérouler à toute allure. Volant très bas pour échapper aux radars ennemis, le " Typhoon" laisse derrière lui la ville de Gand. Quelque minutes, puis les toits de Bruxelles, au loin, dès Zellik ( faubourg de Bruxelles ),le dôme du Palais de Justice comme point de repère. Un virage autour du colosse de la Place Poelaert, le Palais Royal, les arcades du Cinquantenaire à les frôler et, vers la droite, bien visible, le champ de course de Boitsfort. L'avenue des Nations - aujourd'hui avenue Franklin Roosevelt - à tombeau ouvert à hauteur des maisons. Les rares passants, effrayés, lèvent la tête; ils croient que ce bruit de tonnerre est celui d'un avion qui tombe. L'avenue de Mot, un coup de palonnier sur la gauche. Le repaire de la Gestapo est droit devant. Le point de mire sur le trottoir, une légère pression sur le stick, l'index qui enfonce la mise à feu des canons... Le capitaine Vanvreckom, futur général, est alors employé à l'Office des Travaux de l'Armée démobilisée, dont les bureaux se trouvent avenue de Mot, et il est debout derrière la fenêtre, car ce matin là des officiers allemands se sont annoncés pour une visite dont on attend rien de bon. Il entend surgir sur sa droite dans un hurlement de fin du monde la silhouette énorme d'un avion dont le gris se découpe sur le ciel d'hiver, et, voyant le bord d'attaque des ailes cracher des flammes courtes et régulières, il comprend que le pilote n'est pas en perdition, qu'il est en train de tirer. Mais la vision ne dure que le temps d'un éclair. Les obus, déjà, achèvent de remonter la façade de l'immeuble de la Gestapo, éventrant les fenêtres, faisant voler dans tous les sens la pierre de taille et le béton. L'avion, en chandelle, passe au ras des toits et file. Derrière lui, descendent lentement, gonflés par le vent, les couleurs des deux drapeaux. Trente cinq minutes plus tard, ayant joué à saute mouton avec les collines de Flandres et passé la côte à 2000 pieds dans les nuages, le "Typhoon" se pose à Manston. Panique à la GestapoIl laissait Bruxelles en état de panique pour ce qui est de la police allemande et, pour le reste, dans l'euphorie. Les débris jonchaient le trottoir, les bureaux étaient dévastés. La rumeur publique parla de sept morts et de dizaine de blessés; le raid fit, en réalité, quatre tués - dont un des principaux chefs de la sinistre officine, Mûller - et une dizaine de blessés plus ou moins grièvement atteints. Les ambulances allemandes avaient tout de suite fait la navette entre l'avenue Louise et l'hôpital militaire de l'avenue de la Couronne. Jamais les trams passant avenue Louise n'avaient transporté autant de monde, car le nombre de passagers ordinaires s'augmentait de celui des curieux. La police allemande, dans les premiers moments suivant le raid, dispersa avec rage les badauds accouru et molesta ceux qui faisaient mine de s'obstiner; plusieurs récalcitrants furent enfermés dans les caves de la Gestapo.L'événement, à Bruxelles, mais bientôt en province, provoqua une émotion considérable. Seul les journaux collaborationnistes oublièrent d'en parler. Aujourd'hui, l'immeuble 453, porte une plaque qui rappelle l'exploit, et un monument a été inauguré à proximité en 1993. Photo-montage de l'attaque Sources bibliographiques:"20 héros de chez nous" par le Général Crahay, Editions J.M. Collet, 1983. Les aviateursLes Belges dans la Bataille d'Angleterre Après la guerre éclair de mai-juin 1940, le désastre de Dunkerque et la capitulation de la France, le monde entier était convaincu que l'Angleterre, seule, ne tiendrait pas longtemps devant les armées victorieuses de Hitler.On attendait, mais avec beaucoup de scepticisme, une riposte britannique.Dans la journée de 17 juin, Churchill avait reçu de Gaulle, partit de Bordeaux le matin même en avion et sans attendre, il mit la B.B.C. à sa disposition ce qui nous valut le célèbre appel du 18 juin, réponse en quelque sorte à l'appel dramatique du Maréchal Pétain prononcé la veille sur les ondes.Au lendemain du 22 juin 1940, l'Angleterre se trouvait dans une situation extrêmement tragique. Hors de l'Empire ce fut l'absence complète d'appui.Après la Pologne, la France avait été mis hors combat; la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark et la Norvège occupés par l'Allemagne et l'Italie de son côté; le Japon en guerre avec la Chine ne dissimulait pas ses sympathies pour le IIIème Reich; l'Espagne pas très bienveillante et on pouvait se demander si Franco n'allait pas permettre aux troupes du Reich de traverser son territoire en direction de Gibraltar, et les pays balkaniques terrorisés et dociles, Grèce exceptée, aux signes de Berlin.Aux Etats-Unis, le Président Roosevelt, antinazi convaincu devait compter avec le Congrès et une opinion publique résolument en faveur de la paix. Ils étaient une poignée...Les Belges rentraient chez eux après leur pénible exode, l'armée était prisonnière et l'aéronautique militaire avait cessé d'exister. C'est dans ce contexte qu'une poignée d'aviateurs refusa d'accepter cette situation et préférant le combat aux camps de prisonniers ou à l'inactivité, ils s'échappèrent, malgré les ordres qui le leur interdisaient, de France ou du Maroc pour rejoindre la Grande-Bretagne.Certains parmi eux furent portés déserteurs et condamnés pour détournement de matériel militaire à des peines de prison, des amendes e à la destitution.Cent vingt-quatre aviateurs et candidats furent ainsi groupés en Angleterre avant le mois d'août 1940. Vingt-neuf parmi eux étaient utilisables immédiatement dans les escadrilles du Fighter Command. Les autres devaient d'abord passer par un réentraînement réduit ou un entraînement complet avant de pouvoir penser au combat.Comme il n'y avait aucune possibilité de constituer à cette époque des unités belges et la situation de guerre ne permettant pas le moindre délai, quinze pilotes belges furent immédiatement répartis entre les escadrilles de Hurricane du Fighter Command n° 87, 213, 32, 43, 145, 46 et 229.Chasseur Hurricane Ils étaient 29Voici leurs noms:M. BUCHINR. de CANNAERT d'HAMALLEB. de HEMPTINNER. de HEMRICOURT de GRUNNEF. de SPIRLETG. DOUTREPONTA. JOTTARDD. LE ROY du VIVIERR. MALENGREAUJ. OFFENBERGV. ORTMANSJ. PHILIPARTE.SEGHERSA. VAN DEN HOVE D'ERTSENRYCKW. VAN LIERDEQuatorze autres (pilotes, observateurs et mitrailleurs) furent répartis, après une courte adaptation sur Bristol Blenheim, entre les Squadrons 235 et 236 du Coastal Command. Voici leurs noms:L. DEJACER.DEMOULINGIOVANNI DIEUH. GONNAYL. HEIMESL. JAVAUXJ. KIRKPATRICKH. LASCOTO. LEJEUNEA. MICHIELSL. PREVOTR. ROMANA. VANWAYENBERGHEF. VENESOEN Ils étaient 29... dès les premiers joursRappelons que tout ceci se passait à une époque où il n'était pas encore question de constituer un gouvernement belge à Londres ce qui ne sera fait qu'après la Bataille d'Angleterre.Vingt-neuf aviateurs belges se trouvaient donc disséminés dans des escadrilles de la R.A.F. Intégrés au sein de l'aviation britannique ils travaillèrent aux côtés de leurs camarades anglais et alliés avec une ardeur et un cran que le commandement anglais a maintes fois reconnu par l'octroi de hautes distinctions.Pendant cette mémorable période de l'histoire, nos compatriotes comme leurs camarades se dépensèrent sans compter, volant sans répit des heures entières, ayant tout juste le temps de se poser pour se ravitailler en munitions et en carburant et ne se nourrissant que d'une maigre collation, avalée en hâte entre deux missions.La Belgique était donc présente dès le départ, dans le ciel d'Angleterre au moment où se déroula la formidable lutte dont l'issue changea le cours de l'histoire.Il ne faut surtout pas oublier que si la Luftwaffe avait su obtenir la suprématie aérienne, l'invasion de la Grande-Bretagne aurait probablement réussi et l'Angleterre occupée à son tour.Il n'y aurait jamais eu de débarquement en Normandie, ni de Libération des camps, ni de Libération tout court.Vingt-neuf Belges ont donc pris part à la défense du dernier bastion de la Liberté.Chasseur Spitfire Leurs victoires et leur sacrificeVingt et une victoires confirmées et six probables sont inscrites à leur palmarès entre le 11 août et le 31 octobre 1940.Sept d'entre eux y ont perdu la vie, deux autres furent grièvement blessés.Six des sept tués Belges se trouvent sur le tableau d'honneur des aviateurs tués au cours de la Bataille d'Angleterre, parchemin déposé à l'abbaye de Westminster dans la chapelle érigée à leur mémoire et dont les vitraux reprennent les insignes des escadrilles.Le plus jeune de ce groupe de braves trouva la mort au-dessus du comté de Kent le jour de la Toussaint 1940; il s'appelait de Cannaert d'Hamalle. Il avait 21 ans… et était arrivé le premier en solitaire le 20 juin à Plymouth avec un convoi de Polonais. Sources bibliographiques et photographiques:Article de G. Rens dans "Jours de Guerre" Editions du Crédit Communal de Belgique et dans le "Journal des Combattants" de 11/2000. Les aviateursChasseur de nuit à 45 ans Première mission sur le continent Lucien Leboutte Lucien Leboutte a été , et ce malgré son grade belge de major qu'il avait abandonné pour pouvoir voler en opérations, un simple pilote aux commandes d'un avion de combat comme des milliers d'autres. A la différence cependant, mais elle est importante, qu'il était beaucoup plus âgé que tous ses compagnons d'arme. Il est en effet un des très rares aviateurs, nés avant 1900 à avoir combattu sur des appareils de la Seconde Guerre mondiale. Il n'entre pas dans mes intentions de faire ici l'historique de sa carrière mouvementée et encore moins l'apologie de son courage et de son obstination en faveur de ce que nous appelons encore toujours " La bonne cause ". Mais pour bien situer cette " Première mission sur le continent " il est nécessaire de regarder l'homme qu'était Lucien Leboutte d'un peu plus près. 43 ans ! Trop vieux pour voler ?Déjà au cours de la Première Guerre mondiale, il fut déporté par les Allemands. Il s'évada en 1918, fut repris et interné jusqu'à la fin des hostilités.Vingt-trois ans plus tard, en 1941 et devenu entre-temps major aviateur à l'Aéronautique Militaire, il récidiva et s'évada de Belgique occupée par la France. Il fit quelques prisons en Espagne pour échouer finalement à Miranda. Comme la plupart des Belges, passés par Miranda de Ebro, Lucien Leboutte s'y déclara de nationalité canadienne, fut inscrit comme tel, se retrouva sur la liste des sujets britanniques et fut expulsé, cinq mois plus tard, à Gibraltar d'où il atteignit finalement l'Angleterre. Arrivé là, il remua ciel et terre pour entrer le plus rapidement possible dans la R.A.F. Comme d'autres Belges, il se présenta dans un centre de recrutement où l'on s'intéressait plus spécialement à des pilotes brevetés. Il lui fut répondu que, malgré toutes ses heures de vol et sa grande expérience, sa candidature ne pouvait être acceptée parce qu'il " était trop vieux " pour le service aérien opérationnel. Lucien Leboutte avait à ce moment quarante-trois ans. Comment rajeunir de 10 ans.Fort de cette expérience, décevante pour lui, mais nullement découragé, il rentra à Londres et se procura une nouvelle pièce d'identité pour un Leboutte rajeuni de dix ans. Quelques jours plus tard il frappa à la porte d'un autre centre qu'on lui avait recommandé comme service de recrutement de pilotes de chasse de nuit.En fait, ce centre ne recrutait personne mais il était chargé de sélectionner parmi des pilotes, chasseurs de jour, des éléments pouvant convenir pour la chasse de nuit.Couvert par sa nouvelle carte d'identité, Lucien Leboutte fut autorisé à se présenter à l'examen médical. On le trouva apte à tout travail aérien et il put finalement s'engager dans la R.A.F. comme Pilot-Officer, c'est à dire sous-lieutenant. Il rejoint immédiatement une unité d'entraînement sur bimoteurs Oxford et Bristol Blenheim, puis une O.T.U ( Operational Training Unit ) pour arriver finalement dans une escadrille de chasse de nuit, équipée de Bristol Beaufighters, dans le sud de l'Angleterre. C'est ce chasseur de nuit biplace, puissamment armé-4 canons de 20 mm et 6 mitrailleuses qui allait devenir le cheval de bataille de Leboutte au squadron 141. Et c'est ici qu'il faut situer le récit qu'il nous fait de sa première mission sur le continent. Les aviateursJacques Philippart, tombé dans la Bataille d'Angleterre le 25 août 1940 Jacques Philipart naquit le 11 janvier 1909 à Mont-Saint-Guibert, en Brabant wallon.Très jeune, il fut séparé de ses parents. Au moment de se marier, il sollicite de ses chefs un supplément de trente jours de congé en demi-solde, pour les passer chez ses parents "qu'il n'a plus vus depuis son enfance et qui habitent Ayancik, en Turquie d'Asie ".Il fait ses études moyennes à l'Institut Michot-Montgenast et entre ensuite à l'Ecole polytechnique de l'Université libre de Bruxelles. Une vocation d'aviateurAprès avoir passé avec succès ses deux premières années, il entend l'appel d'une autre vocation, abandonne ses études au cours de la troisième année et s'engage à l'Aviation militaire, car il a le goût et la passion du vol. Pour son futur avancement d'officier, il reçoit, comme candidat-ingénieur, une bonification d'ancienneté de deux ans.En avril 1932, il est nommé sergent-aviateur et suit les cours de l'Ecole de pilotage de Wevelgem. Un camarade de son cours raconte qu'ils faisaient des simulacres de combats acrobatiques l'un contre l'autre, notamment en Bréguet 19, avion qui n'était guère indiqué pour ce genre d'exercice. Aussi, ils s'écartaient soigneusement de l'Ecole pour ces jeux interdits.Il acquiert rapidement une excellente réputation et à Gossoncourt, son commandant en parlait comme d'un pilote exceptionnel, qui atterrissait au moteur, en ligne de vol, alors qu'à l'époque on apprenait à toucher le sol avec la queue basse et le moteur au ralenti."J'ai personnellement volé avec Jacques Philippart en juin 1935, sur Fairey-Hispano, à la 9e escadrille du 1er régiment d'Aéronautique, Spécialisée dans les vols de nuit. Nous étions à l'époque de jeunes stagiaires, fraîchement brevetés d'état-major, que l'on désirait familiariser avec l'aviation. Il m'a particulièrement impressionné en me faisant effectuer mes premiers loopings et tonneaux.C'était un garçon charmant, d'une excellente éducation, parfaitement à l'aise dans tous les milieux. Ambassadeur des ailes belgesAdjudant-aviateur en avril 1936, il est nommé sous-lieutenant le 26 juin de la même année.En vue de sa nomination d'officier, ses chefs lui remettent les notes suivantes "Jugement sain et sûr, caractère ferme et décidé, éducation très soignée, tenue très correcte, apte a tous les points de vue au service aérien. Elément très allant et réfléchi. Fera un bel officier aviateur."Ajoutons qu'il ne fait guère de différence entre le volant d'une voiture et le manche à balai d'un avion et que l'on trouve dans son dossier personnel trace de quelques démêlés avec la police de roulage.A sa demande, il entre dans une escadrille de nuit.Ses débuts en public remontent à juin 1934, lorsqu'il effectue une démonstration de propagande aéronautique à Gossoncourt.En 1937, il prend part au meeting international de Zürich où il se classe premier parmi les Belges et où l'équipe dont il fait partie obtient la deuxième place du classement international.Il vole dans l'escorte royale aérienne qui conduit le roi Léopold III au baptême de la princesse Béatrice de Hollande. A cette occasion, la reine Wilhelmine lui décerne la croix de chevalier de l'Ordre d'Orange-Nassau.Au cours des fêtes nationales belges de 1938 et de 1939, il exécute la nuit, au-dessus de la place Poelaert à Bruxelles des exercices acrobatiques qui impressionnent vivement la foule.En juillet 1939, il se distingue de façon remarquable au grand meeting international d'Evere. Sa démonstration sur un petit avion d'école Stampe et Vertongen, construit en Belgique, consacre sa réputation. Il effectue notamment une spectaculaire montée en chandelle jusqu'à l'arrêt de l'avion à la limite de la puissance du moteur, et puis, le laissant s'abattre, il le remet en ligne de vol.En octobre 1939, pendant la mobilisation de l'Armée, il est choisi par le commandant de l'Aviation militaire pour étudier les méthodes anglaises de pilotage des avions modernes à l'Ecole de Wittering. La durée habituelle du stage fut pour lui écourtée. A son retour et jusqu'à l'ouverture des hostilités, il fut chargé de former aux méthodes anglaises les pilotes des différentes bases. La guerreJ. Philippart La guerre le trouve prêt à remplir tous les devoirs que le pays attendait de lui.Le 10 mai1940, il sauve son avion sous le bombardement de l'aérodrome d'Evere et , au cours de la courte campagne, il effectue une mission comportant le survol de 400 kilomètres de territoire dominé par l'aviation ennemie.Peu après il est envoyé à Caen, puis à Tours pour organiser les écoles belges de pilotage et est désigné comme conseiller du commandant de l'aviation belge en France, le général aviateur Legros.Mais bientôt la France cesse le combat et les autorités belges croient devoir faire de même. Jacques Philippart ne peut accepter cette idée, il se dirige vers Bayonne et de là réussit à passer en Angleterre.Comme il n'y existe aucun noyau d'aviation belge, il s'engage comme pilote dans la Royal Air Force où, étant donné son séjour en 1939 à la Central Flying School, il est accepté dès le 10 juillet.Après un bref passage de contrôle à l'Ecole de pilotage, il est envoyé en escadrille et remporte le 18 août sa première victoire. La Bataille d'AngleterreLes combats que nous allons raconter sont extraits du livre du colonel aviateur Rens, les Belges dans la bataille d'Angleterre.Premières victoiresSur les cent vingt-quatre aviateurs et candidats belges regroupés en Angleterre avant août 1940, vingt neuf seulement étaient opérationnels. Quinze pilotes belges furent immédiatement répartis entre les escadrilles de Hurricanes du " Fighter Command " (chasse) et quatorze autres dans le " Coastal Command " (défense côtière).Durant les trois mois de la bataille d'Angleterre, les aviateurs belges inscrivirent 21 victoires confirmées et perdirent six pilotes.C'est parmi ces vingt-neuf vaillants que combattit et tomba Jacques Philippart.Il n'y avait pas de gouvernement belge à Londres. C'est notre ambassadeur, le baron Cartier de Marchienne, son attaché de l'air, le lieutenant-colonel aviateur Wouters et son adjoint, le capitaine De Somer, qui négocièrent, dès le 25 juin, avec l'Air Ministry, l'intervention de nos aviateurs. Les Britanniques demandaient qu'on leur envoie d'urgence les pilotes formés qui pourraient être employés à combattre après une ou deux semaines d'entraînement dans les O.T.U. (Unités d'entraînement opérationnelles)A peine arrivés, les aviateurs belges sont lâchés sur Hurricanes, simulent des attaques, s'entraînent au tir, s'habituent aux formations tactiques, à la procédure de transmission de la RAF, et surtout au jargon simplifié qui doit permettre des réactions rapides.Les Hurricanes Mark I, dont l'aviation belge possédait quelques exemplaires, sont des chasseurs monoplaces armés de huit mitrailleuses Browning, volant à une vitesse de 335 milles à l'heure ( 535 km/h ), tandis que le meilleur chasseur britannique le Spitfire, atteint 366 milles à l'heure.Du côté allemand, les chasseurs monoplaces Messerschmidt 109 armés de canons et de mitrailleuses atteignent 350 milles et sont donc supérieurs aux Hurricanes des Belges. Il en est de même des Messerschmidt 110, biplaces bimoteurs, armés de deux canons et de quatre mitrailleuses qui escortent les bombardiers à grande distance et peuvent atteindre 365 km/h, mais sont moins maniables.Fin juillet, quinze des seize pilotes de chasse belges sont dispersés dans sept escadrilles de Hurricanes du Fighter Command. Philippart est affecté avec Buchin à l'escadrille 213 du 10° Groupe qui défend la partie sud-ouest de l'Angleterre. La phase préliminaire de la bataille d'Angleterre est déjà commencée. Les adversaires se tâtent et cherchent leurs points faibles.A partir du 10 juillet, la Luftwaffe prend la mesure de la RAF. Elle cherche à provoquer la chasse anglaise dans le but de l'user prématurément.Le 11 août, un raid de bombardiers qui a pour cible Portland se heurte à l'escadrille 213 dont font partie Philippart et Buchin.Le combatBuchin, de la section rouge menée par Philippart, aperçoit la formation de bombardiers et l'évalue à plus de 40 appareils escortés de chasseurs Me 109.Dans leur radio les Allemands s'écrient : "Achtung, Spifeuer". Ce ne sont pas des Spitfires, mais des Hurricanes menés par des aviateurs de cette Belgique qu'ils croyaient avoir rayé de la carte Buchin jette un rapide coup d'œil à son altimètre : 13.000 pieds ( 4.000 mètres ).Red I de Red 2, Bandits à 10 heures ( chef de section, votre ailier vous appelle, avions ennemis, à 60° à gauche de notre axe de vol)-OK, allons-y.Chacun des chasseurs choisit sa cible et les Hurricanes se lancent dans la formation ennemie. Les courtes flammes rouges des mitrailleuses illuminent les ailes. Le bombardier allemand qui dirige la formation glisse sur l'aile, amorce un piqué sur sa cible. Philippart se laisse tomber à sa suite et se place derrière lui. Il appuie sur la gâchette. Les balles viennent frapper l'Allemand au moment où il ouvre ses volets de piqué. Sa mitrailleuse arrière crache continuellement. En hurlant, le Hurricane dépasse le bombardier au moment où celui-ci se redresse. Philippart tire un peu sur son manche à balai. Le Hurricane ne semble pas touché. Il file à toute vitesse au ras de l'eau, son ombre courant sur les lames. Après un virage sec, le Belge revient comme un bolide sur sa cible. L'Allemand tire toujours tant qu'il peut, mais maintenant que le chasseur le prend de flanc, sa position est plus difficile. Une épaisse fumée noire s'échappe de son moteur tribord. Une immense gerbe d'eau ! Il a touché la mer et s'engloutit en quelques secondes.A ce moment, Philippart se rend compte qu'un filet d'huile se glisse dans le cockpit. Le glycol parsème son pare-brise, risque de l'aveugler, s'infiltre déjà à l'intérieur de l'habitacle. L'appareil a été touché dans son réservoir d'huile. Il faut atterrir.- Red section de Red leader. Je rentre à la base.A terre, il découvrira que son appareil a reçu sept balles dans le réservoir d'huile, le moteur et les ailes Buchin abat également un bombardier.Au coeur de la mêléeLe 13 août, dans l'après-midi, se déclenche enfin la véritable bataille d'Angleterre. Le fameux " jour des aigles " est arrivé. Plusieurs centaines d'avions mènent simultanément cinq ou six opérations majeures. De fortes escortes de chasseurs entourent les escadres de bombardement.Aux premières heures du 15 août, mille Allemands attaquent simultanément les aérodromes du sud et du sud-est de l'Angleterre.Entre 17 h et 17 h 20, les radars de la côte sud ont détecté l'approche de sept formations allemandes supplémentaires. Il doit y avoir entre 200 et 300 appareils qui s'approchent des côtes du Hampshire et du Dorset.Au total, 150 Spitfires et Hurricanes décolleront pendant ce raid pour faire face à l'adversaire. Huit escadrilles sont en l'air et livrent de furieux combats au-dessus de Portsmouth et de Portland.L'escadrille 213 est de la partie. Silencieux, les pilotes écoutent le contrôleur donner au commandant d'escadrille le cap et altitude où il trouvera à s'occuper et vers où s'approchent les bandits qu'il leur destine.Bandits au-dessus de Portland Bill à 20.000 pieds.-Yellow leader, 0K.-Yellow leader, c'est le lieutenant Philippart qui mène à l'attaque des coéquipiers, dont Buchin. Et d'un instant à l'autre et c'est la folle mêlée. La 213 tombe sur une centaine d'avions adverses. Il y là des Junkers 88, des Junkers 87, des Messerschmidt 109, des Messerschmidt 110, pour tous les goûts.-Yellow section. Huit 110, à 12 heures, au-dessous, on y va.Philippart pousse le stick en avant. Il plonge comme un bolide sur le dernier Me 110 de la formation et l'ajuste dans son collimateur. Il lâche une courte rafale. L'Allemand décroche brutalement ; puis se mets en vrille, en descendant vers la mer.Le livre du colonel Rens raconte la suite des combats de Jacques Philippart et de ses compagnons mais se serait trop long à relater ici.Le 25 août 1940, après une série d'opérations préliminaires destinées à fatiguer la défense, la Luftwaffe entreprend un raid massif entre 4 et 5 heures de l'après-midi.Sur tous les aérodromes des 10° et 11° groupes, les pilotes se ruent vers leurs appareils.Deux escadrilles du 10° groupe sont mises les premières en l'air et reçoivent l'ordre d'établir le contact sans attendre, afin de freiner et si possible, déjà déranger la formation ennemie. C'est ainsi que Philippart se retrouve au combat avec la 213.A un contre dix, les chasseurs de la R.A.F. vont attaquer sans hésitation. Alors s'engage une lutte qui frise le suicide pour la défense.Plusieurs fois, un avion aux cocardes tricolores s'abat dans la mer et l'un d'eux est celui de Philippart.Il vient d'encadrer un appareil ennemi, qui encaisse, qui commence à rouler et tanguer sous les coups, quand il est pris à son tour sous les feux de l'adversaire et abattu.Philippart se jette dans le vide. Ses camarades le voient descendre lentement sous son parachute vers les eaux de la Manche.Des vedettes et des patrouilleurs de la Marine le chercheront longtemps, mais sans le retrouver ; une lame roulera son corps sur une plage anglaise quatre jours plus tard.Le surlendemain, il sera porté en terre dans le petit cimetière d'Exeter. Le Ministre Gutt, qui a fait le déplacement pour saluer le pilote à la carrière fulgurante, lit la dernière citation du Lieutenant Philippart : Officier d'un mérite éclatant. S'est distingué sans répit par son ardeur au combat, son courage et son habilité ; pilote de grande classe, d'une bravoure exceptionnelle. Rejoint la Grande-Bretagne dès la fin des hostilités en France pour participer activement à la bataille aérienne au dessus de la Manche et de l'Angleterre. Du 11 au 25 août 1940, remporte cinq victoires certaines. Le 25 août 1940, dans un engagement avec une formation ennemie supérieur en nombre, tombe en pleine gloire après avoir remporté une nouvelle victoire Honneur et gloireLe 12 janvier 1943, le Ministre de la Défense nationale lui accorda la croix de guerre de 1940 avec six palmes en bronze et une citation qui reprend en les amplifiants les termes de celle de 1940.La croix de l'Ordre de Léopold avec palme lui fut accordée par le Régent le 16 septembre 1946.Nul ne méritait mieux que celui qui avait tout sacrifié pour s'engager dans le combat le plus décisif de la guerre, qui était le premier Belge à y remporter une victoire aérienne et à mériter par ses succès le titre d'as des Belges dans cette glorieuse bataille.Il fut un de ceux dont Churchill a dit : Jamais au cours des conflits de l'humanité, autant d'hommes n'ont eu pareille dette envers un si petit nombre. Source : Article de Gustave Rens et de Albert Crahay dans "Vingt Héros de chez nous" Les aviateursLe Major aviateur Gérard Greindl DFC Aux aviateurs Belges de la " South African air Force " Fils cadet d'une famille qui comptait cinq fils et une fille, Gérard Greindl avait été élevé dans les traditions de l'honneur militaire.Au moment de la guerre d'Espagne, son frère Baudoin s'engagea dans les rangs nationalistes et y perdit la vie.En 1938, Gérard entra dans l'aviation militaire belge et, à la guerre de 1940, il était sous-officier pilote. Il échappa à la captivité et dès le mois de septembre 1940, il voulut reprendre le combat et partit avec son frère Pierre pour rejoindre l'Angleterre.Arrivés en Espagne, ils furent interné à Miranda mais leur attitude rebelle les fit envoyer en prison à Madrid où les conditions d'incarcération étaient tellement épouvantables qu'ils furent sur le point d'y laisser leurs os.Des amis espagnols réussirent à les faire sortir et à les évacués vers le Portugal à condition de ne pas passer en Angleterre. Les autorités belges les dirigèrent vers le Congo.Pierre fut réquisitionné par l'Union Minière. Les deux frères restés en Belgique, Jean et Albert, entrèrent dans la Résistance, comme membre du Réseau "Comète" qui organisa l'évasion vers la France et l'Espagne de nombreux aviateurs alliés.Jean Greindl fut arrêté par les Allemands et condamné à mort. Enfermé dans la caserne d'Etterbeek ( Bruxelles ), il fut tué au cours d'un bombardement de l'aviation alliée.Albert Greindl, pourchassé par la Gestapo, réussit à passer en Espagne et en Angleterre. Il revint en France pour reprendre son activité clandestine mais il fut arrêté par les Allemands, emprisonné et ne fut délivré que quelques jours avant la Libération, grâce à la Croix-rouge suédoise. Au Congo belge.Gérard Greindl y arriva à la fin avril 1941. Comme il était adjudant candidat-officier aviateur, il fut engagé à la Force Publique comme sous-lieutenant aviateur.Il avait été durement marqué par la campagne de 1940 et par son évasion. Au cours de cette brève campagne, il s'était senti humilié par la facilité avec laquelle les Allemands avaient vaincu l'Armée belge. Cette défaite n'était pas due à un manque de courage, mais à un manque d'équipement adéquat et, selon lui, à une impréparation coupable. Sa confiance dans le commandement en avait été ébranlée. Frans Burniaux, DFC with BAR raconte:Quand Gérard arriva à Léopoldville, j'étais parti en Afrique du Sud pour arranger l'admission des Belges dans la South African Air Force. A mon retour le 10 mai 1941, nous nous sommes rencontrés et nous avons refait connaissance. Il était impatient de partir au combat le plus rapidement possible. Je parvins à le convaincre qu'étant déjà un pilote expérimenté, il rattraperait facilement le premier contingent. C'est ainsi que nous quittâmes ensemble le Congo belge le 20 octobre 1941. Dans l'Aviation sud-africaine.Il allait de soit que la SAAF ne pouvait nous accepter en opération dans ses rangs sans un entraînement sur bimoteur, qui était en même temps une évaluation tout à fait normale.Ce séjour dans les écoles sud-africaines était d'autant plus nécessaire que nous connaissons très mal l'anglais et que, dans ce domaine, nous devrions mettre les bouchées doubles avant d'aller au front.Après les tribulations inévitables de début de carrière à la SAAF, nous sommes arrivés en Egypte à la veille de Noël 1941. Nous fûmes désignés pour le 12 Squadron SAAF staitonné à Ismaïlia, le long du Canal de Suez. Cette escadrille se rééquipait et se convertisait sur un nouveau bombardier américain, le " Boston "Dès le début, Gérard Greindl attira l'attention de tous par ses qualités de pilote, son sérieux, son souci constant et méticuleux des détails, ses remarques constructives et intélligentes. Cet ensemble de caractéristiques était propre à augmenter considérablement les chances de survie en opérations de guerre.Quand cette escadrille fut déclarée opérationelle, elle se déplaça à El Daba, à 200 km à l'ouest d'Alexandrie.Quelle était à cette époque la tactique de combat d'une escadrille de bombarment moyen équipée de 24 avions? On volait en formation de 18 avions ( trois boxes de 6 avions), les plus jeunes en opérations volaient aux dernières places et cela quel que soit le grade ou l'ancienneté du pilote. Nous avons commencé au bas de l'échelle et avons progressé au fur et à mesure de notre expérience opérationnelle.Où était à ce moment le front du " Western Desert "? Les Britanniques avaient pris une première fois la Cyrénaïque au cours de l'hiver 1940-41. Rommel les en avaient chassés au printemps suivant. Les Britanniques l'avaient reconquise pour la perdre à nouveau deux mois plus tard. Heureusement cette fois le front s'était arrêté à l'ouest de Tobrouck et de Bir-Hakeim. Les deux armées se rééquipaient et remontaient leurs réserves. Au combat.Pendant cette période de stabilisation, les mission consistaient, de jour à attaquer les aérodromes et les ports, en formations de 18 avions, protégées par deux ou trois escadrilles de chasseurs. De nuit, on exécutait isolément des misions de harassement sur les mêmes objectifs à basse altitude.Gérard Greindl fit son premier raid sur le port de Derna et ensuite quelques vols de nuit par mauvais temps, ce qui rendait ces sorties hasardeuses.Mais le 27 mai 1942, surprenant les Britanniques, Rommel attaqua. La bataille fut longtemps incertaine, mais le 9 juin, elle fut perdue par le Général angalis Ritchie; le Général français Koenig dut évacuer Bir-Hakeim après une résistance farouche. La retraite dans le désert.A ce moment le rôle de l'aviation prit une nouvelle forme. Il fallait aider au maximum nos troupes, mais, comme les mêlées étaient intenses et rapides, l'aviation était souvent condamnée à l'immobilité. Dans la poussière du désert il était impossible d'identifier les amis et les ennemis. S'il s'agissait d'aider un point fortifié plus facilement identifiable, l'aviation attaquait en force et c'est ainsi que Gérad participa à des opérations d'appui autour de Bir-Hakeim. On était perpétuellement en alerte mais on volait relativement peu à cause de la trop grande fluidité des combats de blindés. La suiteGérard Greindl fera toute la campagne d'Afrique au sein de la SAAF et le 28 octobre 1942 il est nommé Capitaine, bien que il soit encore que sous-lieutenant à l'Armée belge, et il devint commandant en second d'un flight. C'était formidable mais paradoxal car il ne faisait pas partie administrativement de la SAAF, mais pour les Anglo-Saxons, on ne peut occuper une fonction sans en porter le grade...Le Vice Air-Marshall Coningham l'avait approuvé.Il passa ensuite aux bombardiers lourds et de ce fait participa aux bombardements des raffineries de pétroles de Trieste, Fiume et Ploesti.Les pages de ses exploits sont malheureusement trop longues a détaillé ici même et il convient de se rapporter au livre dont je fais référence ci-dessous. Après la guerre il devint pilote à la compagnie aérienne belge SABENA. Il fut employé sur les lignes déservant l'AfriqueFaisant régulièrement le voyage de Bruxelles à Léopoldville ( Congo belge ), il avait signalé que l'aérodrome de Libengé ne présentait pas une sécurité suffisante, notamment à cause des nombreuses tornades qui y sévissaient. Avant son dernier voyage, il s'était encore élevé avec violence contre son usage, mais il ne réussit pas à faire prévaloir son point de vue.Devant atterrir à Libengé, on ne le prévint pas d'une tornade qui s'approchait et, en l'absence de toute visibilité , son avion s'abîma dans la forêt vierge, le 13 mai 1948 Gérard Greindl fut pilote pendant dix ans. partout il se fit remarquer et respecter particulièrement pendant la guerre.Moins connu peut-être en Belgique, il se fit une réputation extraordinaire dans la SAAF. Il était né pour exercer le métier qu'il avait choisi.( Source: Article de Frans Burniaux, page 247 à 270 dans le livre " 20 Héros de chez nous " du Général Crahay paru aux Editions JM Collet ) Les aviateursFrançois Venesoen, disparu du Jour J François Venesoen est né à Anvers le 19 octobre 1920. Il ente à l'Aéronautique militaire belge comme élève pilote de la 80ème promotion mais il échoue (25 mai 1939). Pour voler malgré tout, il devient mitrailleur et se retrouve à Nivelles au deuxième groupe du deuxième Régiment de Chasse. Lorsque la Belgique est envahie il se replie en France et lorsue Pétain demande l'armistice, il s'échappe vers l'Angleterre où il arrive le 23 juin 1940. Le 19 août il est intégré comme mitrailleur au Squadron 235 de la R.A.F. S'il a choisi, contrairement à d'autres compatriotes, de rester mitrailleur, c'est pour voler tout de suite. A ce titre il est l'un des 29 Belges a avoir participé à la Bataille d'Angleterre. Ses missions consistent alors en des patrouilles côtières. lorsqu'il rejoint le Squadron 272, sa demande pour devenir pilote est acceptée et il va donc suivre l'entrainement au sein du 13th SFTS. Commissionné pilote à l'issue de cette formation, il rejoint le Squadron 350 qui est une escadrille Belge rattachée à la Royal Air Force. Il obtient ses premières victoires au cours de l'opération de Dieppe, le 19 août 1942, au cours de laquelle il abat deux FW 190 ( Opération Jubilee ) Il reçoit la haute décoration britannique la DFC ( Distinguished Flying Cross ) début 1943, il passe au Squadron 610. Il revient ensuite comme commandant de Flight au Squadron 350. C'est là que sa destinée va s'accomplir de manière tragique le 6 juin 1944. On peut imaginer la joie qu'il éprouve en survolant les plages du débarquement! Enfin, la lutte devant amener la libération du pays qu'il a quitté depuis quatre ans a commencée...Cette joie, hélas, sera de courte durée puisque des ennuis de moteur le contraignent à sauter de son avion. Son ailier le voit tenter de grimper à bord de son dinghy et alerte les secours. Il ne sera jamais retrouvé Une tombe symbolique porte son nom à la pelouse d'honneur, dédiée à l'aviation de la guerre 39/45, à Evere / Bruxelles.Outre ses victoires de Dieppe, il a encore obtenu trois victoires homologuées et a endommagé 2 autres appareils ennemis.Il est aussi titulaire de la Croix de Guerre belge.François Venesoen était âgé de 24 ans( Source: Article de M. Marc Artiges et publié avec son aimable autorisation ) François Venesoen François Venesoen en Angleterre Les aviateursJean Offenberg - Un pilote belge dans la Bataille d'Angleterre Jean OFFENBERG est né à Laeken ( faubourg de Bruxelles ) le 03 juillet 1916 d'un père originaire de Rotterdam (Pays-Bas) et d'une mère belge. Il acquiert la nationalité belge en mai 1935 et, après avoir effectué son service militaire, il se rengage en qualité d’élève pilote où il est rattaché à la 77e promotion. Breveté pilote le 25 mars 1939, il est affecté à la 4e Escadrille de Chasse de Nivelles, équipée de Fairey Firefly, et qui au printemps de l’année suivante est dotée d'appareils plus modernes, les Fiat CR 42. C’est aux commandes de cet appareil que Jean Offenberg effectue sa première mission de guerre, le 10 mai 1940, et où il se voit attribuer sa première victoire confirmée contre un Dornier. Ainsi, dès le premier jour des hostilités, Offenberg s’impose déjà à l'attention de ses camarades d’escadrille. Sous la poussée allemande son groupe doit bientôt se retirer en France, vers Chartres d'abord et ensuite vers Bordeaux-Mérignac. A l’approche de la capitulation, Offenberg accompagné de Jottard et de trois autres pilotes, essaye de gagner l’Angleterre en avion. Malheureusement, leur projet est découvert et on les envoie le jour même, le 19 juin, rejoindre le reste du Régiment à Montpellier à bord de trois Caudron Simoun français. Désirant à tout prix continuer la lutte contre l’Allemagne, Offenberg décide de s’enfuir le lendemain pour Ajaccio en compagnie de Jottard en utilisant les avions amenés la veille. De là, ces deux pilotes se dirigent d'abord vers Oujda au Maroc où se trouve l’école de pilotage belge et ensuite vers Casablanca et Liverpool où à bord du cargo anglais Harsion ils débarquent le 16 juillet. Là, Offenberg s’engage à la RAF et est incorporé au camp de Glouchester. Nommé "Pilot Officer" le 30 juillet, il commence son entraînement sur Hurricane au 6 OTU ( Operational Training Unit ) de Sutton-Bridge. Après une semaine, il rejoint le 145 Squadron stationné à Drem en Ecosse mais, le 10 octobre, cette unité réintègre sa place au sein du 11ème Group et vient s’installer à Tangmere. Le dimanche 27 octobre le 145 Squadron est durement touché aux cours des combats. Pyker (c’est le surnom que lui avaient donné ses camarades d’escadrille) s’adjuge un BF 109 probable mais il sera profondément touché par la perte de son ami Jottard qui a été abattu le même jour. Le 1ier novembre, il obtient sa première victoire confirmée au sein de la RAF et, cinq jours plus tard, un autre BF 109 est victime de ses mitrailleuses. A la mi-janvier 1941, le 145 Squadron se voit équipé de Spitfire I. Son plus bel exploit, son plus fameux combat se déroule cependant le 5 mai 1941. L'après-midi de ce jour mémorable, Offenberg est envoyé en vol de haute école. Compte tenu des circonstances favorables, il décide d’effectuer une reconnaissance au-dessus de la France. Le temps est brumeux en Angleterre mais près de Cherbourg la visibilité est excellente. Jean Offenberg aperçoit cinq navires ennemis, juste au nord de la ville. Au moment où il va se diriger vers cet objectif, son regard est attiré par deux Heinkel. Il attaque immédiatement le dernier puis vire et attaque le suivant. Un des deux hydravions se tourne sur le dos puis tombe l’eau. A ce moment, il voit arriver deux Messerschmitt 109. Il fait face, envoie une rafale au premier et passe si près des deux avions qu’ils entrent presque en collision. Etant seul, il vire vers le nord suivi des deux avions ennemis. Il décide alors d'accepter le combat, abat l’un deux puis rentre à sa base. Ce combat lui vaut la Distinguished Flying Cross, décoration décernée pour la première fois à un pilote belge. Le 17 juin, Jean rejoint la célèbre 609 à Biggin Hill où se forme le premier flight belge de la RAF. II y remporte de nouvelles victoires et est bientôt promu Commandant de flight. Mais le combat dont il tire le plus de satisfaction est celui au cours duquel il force son adversaire à s'écraser en mer sans avoir eu besoin d’ouvrir le feu. Cela se passe le 7 juillet, au retour d'une mission dans la région du Touquet. Offenberg aperçoit un BF 109, pique derrière lui. Le Messerschmitt ne peut redresser à temps et s'écrase en mer. La brillante carrière de Pyker touche cependant à sa fin. Le 22 janvier 1942, il s’envole avec le Capitaine Roelandt afin d’entraîner ce dernier au vol en formation. Pendant cet exercice, un Spitfire du 92 Squadron fait une attaque à 90° sur la formation et entre en collision avec l’appareil de Jean Offenberg qui trouve la mort dans cet accident. C'était un brillant officier pilote, plein de détermination qui a toujours fait preuve d’une bravoure et d’un esprit d’abnégation digne des plus grands éloges. Son mordant et sa bonne humeur n’avaient jamais cessé d’aiguillonner ses camarades et il restera reconnu comme l’as de l’escadrille. Il avait à son actif 7 avions détruits, 5 probables et 6 endommagés. Le 20 août 1956, lors des fastes du 2ème Wing de Chasseurs-bombardiers, la base de Florennes prenait officiellement le nom de "Base J. OFFENBERG".( Source : .huisdervleugels.be/vieillestiges/ Les aviateursHenri PICARD ,victime belge de la « GRANDE EVASION » Photo collection: André BAR Natif d’Etterbeek,le 17 avril 1916, Henri PICARD entre à vingt ans à l’Ecole Royale Militaire dont il sort avec le grade de Sous-lieutenant. Son affectation aux Chasseurs Ardennais ne lui plait guère, attiré qu’il est par cet engin moderne qu’est l’avion.Comme souvent à l’époque, il rejoint l’Aéronautique militaire par le biais de la formation d’observateur, fonction qu’il exercera jusqu’en janvier 1940.Il intègre,à ce moment, l’école de pilotage de Wevelgem au sein de la 83ème promotion.Encore en écolage au moment de l’invasion allemande, il suit son escadrille, évacuée vers la France.Peu de temps après, un nouveau repli est ordonné, vers le Maroc cette fois.Malgré les menaces et les intimidations d’une partie de sa hiérarchie, Henri décide de rejoindre l'Angleterre et d’y poursuivre la lutte contre l’envahisseur de la Belgique et il n’est pas le seul. Après un transit par Gibraltar,les aviateurs accostent les côtes anglaises le 14 juillet 1940. A bord du Har Sion (ou Harsion selon d'autres sources), outre les élèves, s'y trouvent aussi trois pilotes chevronnés qui participeront à la bataille d’Angleterre: Jean OFFENBERG , Beaudouin de HEMPTINNE et Alexis JOTTARD. Ce dernier sera le premier à tomber, en octobre 1940. Aucun des trois ne survivra à la guerre. Suit alors pour Henri PICARD,une période d’apprentissage au sein des écoles britanniques dont il sort en août 1941 pour être incorporé dans une escadrille qui comporte un nombre suffisant de Belges pour y former un Flight:le 131 Squadron .Vient ensuite son transfert vers le 350 (Belgian squadron),où il retrouve certains de ses compagnons de la première heure. Cette unité, créée en novembre 1941, est la première a être spécifiquement composée de Belges.Après une période de rôdage faite de patrouilles au-dessus de la mer d’Irlande qui, n’engendre pas spécialement l’enthousiasme des pilotes mais qui est destinée à former une unité soudée, l’escadrille déménage vers Debden, aérodrome situé plus près des endroits où l’on pourra se battre.Et du combat, il y en aura! C’est ainsi qu’Henri abattra deux FW 190 au cours d’une mission d’escorte de bombardiers, ce qui lui vaudra, dans le foulée, l’attribution, le 21 juillet 1942, de la Croix de Guerre avec deux palmes. Il n’en reste pas là. Au cours du raid canadien du 19 août,( opération Jubilee), il participe à la destruction d’un autre appareil ennemi. Quelques jours plus tard , le 27 du même mois, sa carrière de pilote s’arrête brusquement.Engagée dans une mission d’escorte, près d’Abbeville, son escadrille est ''coiffée'' par des chasseurs allemands et PICARD est abattu. Blessé à la jambe, il parvient pourtant à s’extraire de son Spitfire, à sauter en parachute et à s’installer dans son canot de sauvetage.Il est porté disparu, ’’missing in action'' selon la terminologie de la RAF.Il est pourtant toujours bien en vie. Souffrant de sa blessure, de la soif et de la faim, il va dériver pendant cinq jours entiers, au gré des courants maritimes, essuyant des tempêtes pour finalement échouer sur la côte française. Sa robuste constitution et sa force morale lui valent d’avoir survécu à ces conditions infernales. Délirant de fièvre, presque mort d’inanition, il est capturé par les Allemands qui l’expédient en hôpital, d’abord, puis au Stalag Luft III de Sagan.Il y tombe vraiment dans un nid de rebelles, aviateurs alliés prisonniers qui ne pensent qu’à s’évader. Henri PICARD ne peut rester étranger aux projets de ses compagnons d’infortune, d’autant plus, comme il l’a écrit, que son seul souhait est de se battre à nouveau. Les projets les plus fous sont élaborés dont le moindre n’est pas de creuser un tunnel partant sous une baraque de prisonniers et allant, sous les barbelés, rejoindre la forêt proche.La mise en place est longue, les échecs nombreux. Henri participe activement aux préparatifs. Caricaturiste hors pair, il fait tout naturellement partie de l’équipe qui confectionne les faux papiers indispensables à la fuite des pilotes incarcérés. Des trésors d’imagination et des astuces trompant les gardiens sont mis en place. Le grand jour arrive enfin. L’évasion est pour cette nuit du 24 au 25 mars 1944. Le tirage au sort est favorable à PICARD. Il fera partie des fugitifs. Parmi les déçus, non retenus par le hasard de cette loterie, il y aura un autre Belge, ''Bobby'' LAUMANS, lui aussi membre du 350 Squadron, lui aussi ayant dérivé pendant plusieurs jours après avoir été abattu, lui aussi ayant préparé la ''Grande Evasion''.Le mémorable soir qui verra la fuite de plus de septante prisonniers, se terminera tragiquement pour cinquante d’entre eux.Fou de rage en apprenant la nouvelle de l’évasion, Hitler ordonne que tous les prisonniers repris soient exécutés.Cinquante le seront effectivement à différents endroits de l’Allemagne, par la Gestapo.Henri PICARD fait partie de ces victimes. Repris à Scheidemuhl, il tombera le 29 mars, sans doute d’une balle tirée dans la nuque par le gestapiste Reinholt BRUCKARDT. Incinéré à Dantzig, Henri PICARD reposera à Poznan avant qu’un mémorial aux cinquante disparus soit érigé par les prisonniers survivants sur le site du camp de Sagan.Son bourreau, retrouvé après la guerre, sera condamné à mort, sentence bien vite commuée en plusieurs années de prison.(texte reçu de la part et avec l’amabilité de M. Marc Artiges ) Les aviateursRaymond "Cheval" Lallemant et le 609 Squadron Squadron 6O9: Les As du Typhoon et le Colonel Raymond Lallemant dit " Cheval", surnom qui lui a été attribué par les Anglais. En 1936, le Squadron 609 était mis sur pied comme unité auxiliaire. Equipé de Spitfires, ce célèbre Squadron obtint sa centième victoire, le 21 octobre 194O, pendant la bataille d'Angleterre. Son Commandant le Squadron Leader M.L. Robinson, ayant été blessé en France en mai 194O, rentre en Angleterre et demande l'intégration de pilotes belges, signe évident de gratitude envers ceux qui l'avaient aidé à se tirer d'un mauvais pas. Le Squadron fut basé à Biggin Hill jusqu'à la fin de 1941 et crédité de cinquante victoires et de 19 probables.Plusieurs pilotes belges chevronnés furent mutés au 609 et y firent preuve de fougue et d'ardeur au combat. Au départ, ce chasseur énorme devint impopulaire auprès des anciens pilotes de Spitfire quand les navigants eurent à subir, les uns après les autres , des atterrissages forcés consécutifs à des pannes de moteur. Le premier à devoir se parachuter fut le Flying Officer de Sélys Longchamp; à la suite de l'arrêt de son propulseur. Puis ce fut le tour du Flight Lieutenant François de Spirlet. Au cours d'un décollage, l'un de ses pneus éclata et son appareil entra en collision avec celui du Sergent Raymond Lallemant, qui en sorti indemne, mais François de Spirlet périt dans l'accident. Raymond était en état de choc et refusa de voler à nouveau, mais persuadé par le Squadron Leader Paul Richey, Lallemant décollait en formation le lendemain. Après avoir séjourné quelques mois à Biggin Hill le 6O9, fut déplacé à Manston plus près de la Manche. La bagarre avec les Focke Wulf commençait pour de bon au mois de décembre. Le 19 décembre Lallemant inaugure son propre palmarès, en détruisant après une poursuite à grande vitesse un FW 190. Et pour Noël, le Squadron affichait quatre victoires. Le 20 janvier le Flight Lieutenant de Sélys Longchamp attaquait le QG de la Gestapo à Bruxelles et, ce même jour, les patrouilles du 609, avaient eu raison de deux FW et Lallemant en ajoutait un à son tableau de chasse. A la fin du mois de juin 1943, les victoires du 609, étaient au nombre de vingt-deux FW. Les Typhoon étant devenus des chasseurs-bombardiers et les attaques contre les navires entrèrent dans le répertoire et 609 reçut ses premiers réservoirs supplémentaires, en août 1943, ce qui permit d'atteindre des objectifs plus éloignés. Le Colonel Lallemant m'a raconté que le 16 octobre le 609 fut sélectionné pour aller détruire le train de von Rundstedt arrivant à Paris, mais pour le général, le sort fut favorable en raison de la couverture nuageuse. Il n'avait pas eu, celui qui allait nous revenir dans la Bataille des Ardennes, mais il relate aussi dans ses récits qu'il avait tiré sur le renard du désert, le général Rommel qui fut blessé et soigné dans un hôpital de Verdun. Mais au retour les pilotes abattirent un Me 410 et deux Ju88.Le Squadron 198, commandé par Johnny Balwin et " Cheval" Lallemant, comme l'un des Flight Commanders, et le 609 eurent une grande réputation pour les missions de chasse à longue distance. Le 4 décembre 1943, des Typhoon des deux formations coiffèrent un groupe complet de D 217 décollant de l'aérodrome d'Eindhoven. Ils engagent le combat en laissant derrière eux onze carcasses fumantes. Le 198 et le 609 connurent un autre jour faste le 30 janvier 1944 quand Baldwin descendit neufs avions, alors que Lallemant en détruisit deux au sol; après en avoir liquidé trois FW en l'air. A l'aube du 6 juin, les Typhoon du 6O9 se ruèrent à l'assaut des radars, et un peu plus tard dans la journée s'en prirent aux chars allemands. La dernière et soixante-neuvièmes victoire aérienne du 6O9 avec le Typhoon fut obtenue le 23 juin lorsque le Flight Lieutenant Roberts rencontra six Bf 109 et descendit l'un d'entre eux. Le 609 s'était affirmé comme la meilleure des unités volant sur Typhoon: il avait remporté plus de victoires aériennes que les autres. En dehors des pilotes britanniques, cinquante Belges et une quantité d'aviateurs d'autres nations avaient combattu dans le 6O9 et "Cheval" Raymond Lallemant était un de ces héros. Ses deux livres "Rendez-vous avec la chance" – il entre dans l’action - et "Rendez-vous d'un jour" - souvenirs du 6 juin - sont dans ma bibliothèque depuis des années. Ce sont les récits du pilote de chasse qui m'ont beaucoup touché et qui pouvaient me faire connaître la vie courageuse de ces jeunes pilotes. Il relate tous ces combats et exploits avec une verve sans pareille, et fait revivre ses exploits, ses audaces, sa peur, et ses réflexions sur son destin et ceux des ses camarades. ( article de Gilbert Stevenot, gracieusement mis à ma disposition par ce dernier ) P.S. Raymond Lallemant a également écrit un troisième livre intitulé "Rendez-vous avec le destin" La RésistanceWalthère Dewé, un géant dans la Résistance L'hommeWalthère-Joseph-Charles Dewé est, sans aucun doute, le plus grand résistant belge, l'un des plus grands de toute la résistance européenne, le seul homme au monde qui fut fondateur et chef d'un réseau de renseignements clandestin au cours des deux guerres mondiales.Né à Liège le 16 juillet 1880, ingénieur civil des mines de l'Université de sa ville natale en 1904, ingénieur électricien de l'Institut Montefiore en 1905, Dewé, après des études particulièrement brillantes, fit toute sa carrière à la Régie des Téléphones et Télégraphes. En 1913, il était ingénieur de 1ière classe La Dame Blanche En fin 1914, son cousin Dieudonné Lambrecht avait fondé un réseau de renseignement au profit des Alliés. Arrêté le 25 février 1916, Lambrecht, le précurseur, était fusillé le 18 avril suivant. Dewé décida d'assurer la relève de son parent. Avec son ami Herman Chauvin et quelques patriotes, il fondait en 1916 le réseau de renseignement "La Dame Blanche" qui fonctionna jusqu'à la fin des hostilités, pour la section du Secret Intelligence Service britannique opérant aux Pays-Bas. L'organisation du réseau remarquablement hiérarchisé et structuré, recouvrait tout le pays et comptait 1084 agents, rigoureusement sélectionnés, à l'automne 1918, Dewé et Chauvin furent les premiers hommes qui implantèrent un réseau complet de surveillance des voies ferrées en pays occupé par l'ennemi.Lorsque les chefs de la "Dame Blanche" établirent en 1917, des postes d'observations sur la rocade fondamentale, proche du front, Trèves-Charleville-Hirson-Valenciennes, 75% des renseignements permettant aux Alliés d'établir l'ordre de bataille allemand, provenaient de ce réseau. Régulièrement, les documents arrivaient aux Pays-Bas, grâce à des courriers triés sur le volet et à sept passages établis en dépit de la triple haie métallique que les Allemands avaient édifiée tout le long de la frontière néerlandaise; on sait que la haie centrale était parcourue en permanence par un courant triphasé variant de 1.000 à 10.000 volts.Le 31 mars 1919, en son GQG de Ham-sur-Heure, le Maréchal Douglas Haig se faisait présenter les principaux chef de la "Dame Blanche". Il déclara: "J'avais tous les matins devant les yeux, le résumé des données d'observation du Corps. Avant même d'ouvrir mon courrier, je parcourais les 150 pages des trois rapports hebdomadaires de la "Dame Blanche" et je me servais constamment des renseignements qu'ils contenaient pour la conduite des opérations militaires. Nos soldats sont des héros, mais, parmi eux, vous occupez la première place, car vous vous êtes exposés volontairement au danger de mort, alors que vous auriez pu, comme tant d'autres, vivre en paix. A vous tous, honneur et merci." 1939--1945: le réseau ''Clarence''En septembre 1939, il fonde le Corps d'observation belge, avec Herman Chauvin, Thérese de Radiguès et quelques autres anciens de la "Dame Blanche". Il s'entoure d'ingénieurs, d'hommes d'affaires patriotes qui voyagent en Allemagne, recueillent sur l'industrie, les armements, les identifications de forces armées du Reich d'inestimable renseignements. Il prévient Belges, Britanniques, et Français que l'invasion est imminente et insiste pour qu'on renforce sur-le-champ les mesures de défense.Son heure sonnait, celle qui lui appartenait en propre, l'heure de risques sa vie-- et de la donner!Plus clairvoyant que le Commandement belge qui ne laisse aucun embryon de service secret sur les arrières des Allemands, Dewé donne ordre à certains de ses agents de ne pas se replier en cas d'avance ennemie. Il laisse en pays occupé quatre postes émetteurs que les Britanniques lui avaient confiés. Walthère Dewé, qui a médité l'Histoire, ne doute pas un instant de la victoire britannique. Dès qu'il commence son action en juin 1940, il le proclame à ses collaborateurs: "L'Angleterre tiendra seule aussi longtemps qu'il sera nécessaire. Tôt ou tard; les Etats-Unis et l'Union soviétique seront contraints à l'intervention. La guerre sera très longue. Qu'importe! La grandeur de la cause exige que nous ne fixions aucune limite à notre devoir. Quoi qu'il arrive nous irons jusqu'au bout."Au début de juin 1940 il fonde le réseau de renseignements ''Clarence'', assisté par l'ingénieur Hector Demarque. Dewé entame sa vie de proscrit, parcourt constamment le pays en tous sens, hébergé par des amis sûrs; il recrute des agents, noue des contacts, développe l'organisation générale du service, qui s'étendra du littoral aux pays rédimés ( Eupen et Malmedy), et poussera ses investigations en France, aux Pays-Bas , en Allemagne..L'organisation de ''Clarence'', inspirée de celle de la ''Dame Blanche'' avec son comité de direction et ses neufs secteurs provinciaux, comptera 1547 agents. Le contact du réseau est permanent avec la Grande-Bretagne, grâce aux agents parachutistes arrivés avec postes radio; de janvier 1941 au 3 septembre 1944, 872 messages radio ont été échangés entre Londres et ''Clarence''; 92 courriers terrestres, totalisant 163 rapports avec cartes, croquis et photos ont été acheminés vers l'Angleterre, via la France et l'Espagne. "Par la qualité et la quantité des messages et documents qu'il fournit, "Clarence", dira le grand ténor des services secrets britanniques, sir Claude Dansey, occupe la première place parmi les réseaux de renseignements militaire de toute l'Europe occupée." La fin du géantPar l'activité incessante et l'omniprésence de Dewé, l'étau de l'ennemi se resserre de plus en plus sur lui. Le 7 janvier 1944, ses deux filles Marie et Madeleine sont arrêtées. Elles s'en iront à Ravensbrück d'où Madeleine ne reviendra pas. Le 13 janvier une communication téléphonique a été interceptée par l'écoute allemande. Il était question de Thérèse de Radiguès dans le message et Dewé estime qu'un grand danger menace cette dernière. Il décide de se rendre chez elle, avenue de la Couronne, 41 à Ixelles ( Bruxelles ), ce lieu de refuge et de réunion, afin de la prier de quitter sa maison au plus vite. On le supplie de ne pas faire personnellement la démarche. Autrefois, il eût sans doute utilisé un autre moyen pour l'avertir mais aujourd'hui il n'écoute pas ses amis. C'est lui seul, estime-t-il, qui doit prévenir le doyen de ''Clarence'', la vieille dame indomptable en dépit de ses 79 ans. Peut-être estime-t-il que sa présence n'est plus aussi nécessaire à la tête du réseau? Le 14 janvier, il se rend donc chez Thérèse de Radiguès. La Geheime Feldpolizei surgit et l'arrête. Il parvient à s'échapper et à s'enfuir en direction du carrefour de l'avenue de la Couronne et de la rue de la Brasserie. Un témoin du drame en fait le récit suivant:"...Je me trouvais vers 16 heures 30 sur le pont du Germoir me dirigeant vers la rue de la Brasserie. Un tramway, à l'arrêt devant moi, démarra lentement vers la place Flagey. Je vis à ce moment un homme courir vers le tramway et sauter sur la première marche. A ce moment le signal devint rouge et le tramway s'arrêta net. Dewé en redescendit immédiatement et, toujours en courant, passa devant le tramway, et s'élança vers la rue de la Brasserie… Un officier de la Luftwaffe, montant cette rue lui barra le passage et, avec son revolver, tira sur lui. Entre-temps, une voiture allemande s'était arrêtée dans le virage de l'avenue de la Couronne et plusieurs hommes en sortirent. Un Allemand dans un long manteau ciré se précipita vers l'officier de la Luftwaffe en vociférant, puis examina Dewé allongé dans le caniveau. Il ne bougeait plus et je ne le vis plus bouger à aucun moment durant vingt à vingt-cinq minutes".Un an, jour pour jour après la mort de sa femme, une semaine après l'arrestation de ses filles--Walthère Dewé avait trouvé la mort qu'il avait tant souhaité. Ce 14 janvier 1944, la Résistance perdait le plus grand de ses chefs et la Belgique le meilleur de ses fils.L'œuvre du géant se poursuivra grâce à Hector Demarque, ses collaborateurs et de nouveaux agents parachutistes jusqu'à la Libération du pays. Sur les 1.547 agents et auxiliaires de ''Clarence'', 47 tombèrent en action. Pertes douloureuses certes, mais modérées si l'on sait que 15.000 résistants belges ne revinrent jamais: fusillés, décapités, pendus, tombés au combat, morts dans les camps de concentration. Ces pertes peu élevés du réseau Dewé sont dues à l'expérience des chefs, à leur souci de sélection, de la discrétion et du cloisonnement.A Ixelles, rue de la Brasserie n° 2, une plaque commémorative est apposée sur la façade de la maison au pied de laquelle Dewé fut abattu. ICILE FERVENT PATRIOTE LIEGEOISWALTHERE DEWEHEROS DES DEUX GUERRES1914--19181940--1945AYANT REFUSE DE SE RENDRETOMBA SOUS LES BALLES ALLEMANDESLE 14 JANVIER 1944 Source bibliographique: Texte de Henri Bernard dans "20 héros de chez nous", Editions JM. Colet. La RésistanceAux Belges morts ou disparus dans les camps de concentration P. O'Leary La guerreLe 10 mai 1940, le 1er Lanciers, régiment motorisé, se trouvait sur la frontière allemande et fut rappelé au nord de Liège pour défendre la position fortifiée menacée par la percée allemande sur le Canal Albert.Attaqué durement par les "Stukas", le régiment subit ses premières pertes, ce qui permit à Albert Guérisse de faire preuve de ses qualités d'officier et de médecin. Ensuite ce fut la longue retraite à travers la Belgique, les combats, les blessés et les morts et, le 28 mai l'annonce de la capitulation.Il fallait déposer les armes, mais Guérisse ne pouvait s'y résigner. Accompagné de deux camarades, il franchit les ponts de l'Yser et se trouva au milieu des Français et des Britanniques en retraite. Arrivé au bord de la mer, il réussit à s'embarquer à La Panne ( près de Dunkerque ) pour l'Angleterre Repassé en France, Guérisse et ses compagnons furent entraînés dans la débâcle et se retrouvèrent quelques semaines plus tard à Sète, au bord de la Méditerranée, en quête d'un navire qui consentirait à les prendre.Finalement, des troupes Tchèques qui s'embarquaient à bord d'un charbonnier britannique les prirent avec elles et les emmenèrent à Gibraltar où on refusa de les laisser débarquer.Heureusement un navire français, le "Rhin", les accueillit à son bord et c'est ici que commença la plus étrange des aventures.Une grande partie de l'équipage français désirait rentrer en France mais le Second, le Lieutenant Claude Péri voulait continuer la lutte et passer en Angleterre. Finalement, ceux qui le désiraient furent rapatriés et l'équipage fut complété par des Belges et d'autres irréductibles. Albert Guérisse devint commandant en second sous les ordres de Péri qui prit le commandement effectif du bateau. Arrivé en Angleterre, le "Rhin", fut pris en charge par " l'lntelligence Service", transformé en Mystery-Ship et rebaptisé "H.M.S. Fidelity".Albert Guérisse fut commissionné capitaine de corvette. Il prit le surnom de Patrick O'Leary et la nationalité canadienne, de langue française afin de ne pas être reconnu comme Belge en cas de capture. (cfr. Marcel Julian " H.M.S. Fidelity " Paris 1972). En avril 1941, le H.M.S. Fidelity reçut l'ordre de débarquer des agents sur la côte française à proximité de Collioure et d'embarquer une quinzaine d'hommes qui devaient quitter le France. En FrancePat O'Leary demanda de pouvoir diriger l'opération. Celle-ci rencontra de nombreuses difficultés et amena finalement la capture du groupe par les gendarmes français. Amené d'abord à la prison maritime de Toulon, Pat est ensuite incarcéré à Saint-Hippolyte-du-Fort, dans le Gard. Il rassemble bientôt autour de lui ceux qui désirent s'évader, des barreaux sont sciés et un chahut organisé pour détourner l'attention des gardiens.…Il se retrouve bientôt à Marseille où... " gendarmes et adeptes de la Résistance naissante, agents ou hommes de la Gestapo habilement camouflés, se côtoyaient dans l'ombre ".Il y rencontre un officier écossais, Ian Garrow, échappé de Dunkerque, un indomptable qui organise les évasions hors de France et qui cherche de l'aide. Malgré son désir de rejoindre la Royal Navy, Pat accepte de devenir son adjoint et, dès ce moment, se donne entièrement à sa nouvelle mission.C'est ainsi que Pat O'Leary se retrouve à la tête d'une organisation qui englobe bientôt la France du Nord et la Belgique. Il désirait d'ailleurs étendre son réseau à ce dernier pays où de nombreux aviateurs alliés devaient se cacher et où il se rendit. Pour une fois, grâce à son accent, le passage de la frontière fut un jeu.Pat n'avait pas revu son pays depuis dix-huit mois. Bruxelles lui parut épuisée, rationnée, sombre. Où étaient les cafés illuminés d'avant-guerre? Sur les trottoirs les uniformes allemands étaient légion. Le cœur de Pat se serra. Il se réconforta en pensant que, du moins, il faisait tout ce qui était en son pouvoir pour les en chasser.Hélas les trahisons provoquaient sans cesse de nouvelles arrestations, mais Pat sans se laisser décourager, organisait de nouvelles filières pour évacuer les "colis" vers l'Espagne ou la Méditerranée. Il réussit ainsi à embarquer massivement jusqu'à trente personnes à la fois sur des vaisseaux fantômes qui, comme le H.M.S. Fidelity, arrivaient de nuit enlever les évadés sur les côtes de FranceUn aviateur abattu dans le Nord pouvait être ramassé la nuit même, caché, habillé, nanti d'une identité d'emprunt, escorté à Paris et abrité dans un appartement ami. Il y séjournait quelques jours, puis gagnait la zone sud soit par le train direct, soit après un détour à Chalons et le franchissement nocturne de la Saône à la nage. A Marseille, l'évadé attendait l'heure de rallier Perpignan ou Canet-Plage, centre de départ pour l'Espagne, par les Pyrénées ou par la mer. Un tel raid dans un pays occupé par l'ennemi ou contrôlé par ses agents, demandait en moyenne douze jours. Dans les derniers mois de 1942, près de trois cents personnes l'avaient exécuté avec succès. La captureL'organisation croissait en importance et son contrôle devenait de plus en plus difficile. Son chef devait déléguer le recrutement de nouveaux agents à des responsables locaux ce qui facilitait l'introduction des traîtres.Après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord, en novembre 1942, la partie non occupée de la France fut envahie par les Allemands. La Gestapo resserra son emprise autour du réseau et, en mars 1943, sur la dénonciation d'un traître, Pat fut arrêté dans un bar de Toulouse.C'était pour les Allemands une prise inestimable, mais il put se faire passer pour un officier britannique de nationalité canadienne ce qui lui sauva probablement la vie, car les Canadiens détenaient des prisonniers allemands.Après de nombreux interrogatoires et après avoir subit la torture, sans jamais avoir révélé quoi que ce soit, si ce n'est des informations bidon afin de lancer les allemands sur de fausses pistes, Pat fut amené à Paris. De nouveaux interrogatoires l'y attendait. Puis ce fut la prison de Fresnes et l'isolement pendant de longs mois.L'organisation d'évasion put être sauvée grâce à des agents dévoués. A la Libération, elle avait permis à plus de six cents aviateurs et soldats alliés de trouver le chemin du retour. CliquezArthur Haulot Les camps de la mortEn octobre 1943, Albert Guérisse, alias pat O'Leary fut embarqué vers l'Allemagne et les camps de concentration: Sarrebrûck, Mauthausen, Natzweiler et Dachau, dernière station d'un long chemin de croix.Le terrible régime du camp de Dachau peuplait l'infirmerie. Pat et ses compagnons britanniques y furent admis comme infirmiers. Pat y aidait un journaliste belge, Arthur Haulot qui s'y dévouait et qui devint par la suite, Commissaire général au tourisme. Pat dissimula soigneusement se qualité de médecin pour préserver son identité d'emprunt.Sur le corps de certains détenus, des taches pourpres apparurent et les autres s'écartèrent d'eux avec effroi. Bientôt les plus atteints d'entre eux tombèrent au sol, les pupilles rétrécies, semblables à des insectes épinglés que le coma immobilisait. Une sueur infernale coulait dans leur dos. Le mot courut dans le camp: typhus! Dans cette cour des miracles bondée à craquer, ce fut comme une vague de démence. L'infirmerie disposait d'un arsenal thérapeutique ridicule. Unis à un groupe de médecins français admirables, les quatre compagnons passaient parmi les victimes et se dépensaient sans compter, lavant les corps rongés par les souillures, portant à boire aux malheureux desséchés par la fièvre.Toutes ces besognes s'accomplissaient dans un chaos indescriptible et au milieu d'une puanteur effroyable Pour aller d'une salle à l'autre, il fallait enjamber les corps des malheureux souillés par leurs propres excréments, écarter des fiévreux se débattant dans un délire sauvage.Pat sentit un matin la morsure du mal. Brûlant de fièvre, les jambes molles, il se coucha avec la hantise du typhus. Sa crise dura quarante-huit heures, puis la température baissa. Alors il se remit à soigner les typhiques. Dans son corps mince, une féroce envie de vivre tenait lieu de résistance. Encore une fois la mort n'avait pas voulu de lui.Enfin en juin 1944, les Alliés débarquèrent en France et la libération approcha.Arthur Haulot et Pat O'Leary estimèrent que pour les détenus le temps était venu de posséder leur propre organisation.Avec quelques irréductibles ils fondèrent "l'International Prisonners Comittee" Chaque nation y présenta un délégué, les Belges choisirent Arthur Haulot, les Britanniques Pet O'Leary.Ce comité se réunissait clandestinement de nuit, malgré le danger terrible qui menaçait ses membres. Il réussit à se procurer quelques armes et à sauver des condamnés à mort. Pour y arriver, Pat eut l'idée de leur substituer des malades sur le point de succomber et d'échanger leurs identités. Quand les Alliés approchèrent, les S.S. préparèrent l'évacuation de plusieurs " convois de la mort " destinés à le fusillade en dehors du camp.-Il faut agir directement sur le Lagerschreiber déclare Pat. -Le Lagerschreiber, étant le condamné de droit commun chargé par les S.S. de l'administration interne du camp. Moitié par menace, moitié par persuasion, il devint le complice des prisonniers pour retarder l'organisation des convois d'anéantissement. Grâce aux tours de force du Comité, plus de 5000 déportés échappèrent à leur sort fatal.Le 29 avril 1945, le ciel chargé de pluie pesait sur les baraques et sur les allées désertées où le silence prolongé, inhabituel donnait une sensation de malaise. Les nerfs étaient tendus à craquer. Chacun comprenait que la moindre maladresse pouvait compromettre l'équilibre précaire qui s'était établi entre la vie et mort. Consigné dans leurs blocks, les détenus, obéissant aux ordres du Comité, se la terraient. A quatre heures moins cinq, la porte du camp s'ouvrit avec fracas devant un char à l'étoile blanche, de la tourelle duquel émergeait un major américain. Le camp était libéré.Pat et ses principaux compagnons furent ramenés à Paris et puis à Londres où le gouvernement britannique reconnut pleinement ses mérites en lui accordant la "George Cross", la plus haute distinction après la "Victoria Cross".La reine d'Angleterre an juin 1980 le fit "Knight Commander of the British Empire". Le roi des Belges l'a fait Chevalier en septembre 1981Pendant les vingt-cinq dernières années de sa vie, Albert Guérisse prit très à cœur ses fonctions de président du Comité International de Dachau, usant de tout son prestige pour convaincre le gouvernement bavarois d'y ériger un mémorial.Il espérait qu'ainsi les nouvelles générations n'oublieraient pas ce qui s'y était passé.Sa dernière requête, avant sa mort, le 26 mars 1989, fut que celle-ci ne soit rendue publique qu'après son enterrement.Il ne souhaitait pas que l'on fasse trop de bruit autour d'un homme " QUI AVAIT SIMPLEMENT FAIT SON DEVOIR " Sources bibliographiques: article du général Crahay dans "20 héros de chez nous", Editions J.M. Colet, 1983 et article de R. Wernick, dans Readers Digest de novembre 1990. La RésistanceL'attaque du XXème convoi L'héroïsme qui ne réussit pas est peut être le plus héroïque. On n'a pas élevé de monument aux héros du train N° 20. ( Une plaque commémorative a toutefois été apposée sur un mur de la gare de Boortmeerbeek ) On les à même critiqués assez sévèrement. Leur histoire n'est pas racontée aux enfants des écoles. C'est à peine si certains de leurs camarades ne s'efforcent pas de faire oublier qu'ils ont été mêlés au drame du 19 avril 1943. Oui, vous avez bien lu, du 19 avril 1943, parca que, par une ironie dont l'Histoire n'est pas avare, Georges Livchitz, qui a conçu et mené à sa fin l'attaque du Train n0 20, a livré son combat le jour où ses coreligionnaires de Varsovie conduisaient le soulèvement du ghetto.Cette attaque fut longtemps un épisode mystérieux. Ce qui est sûr, c'est que, ce soir là, quelques jeunes gens bloquèrent en pleine campagne un train de déportés. Leur idéalisme était intrépide, les résultats qu'ils obtinrent furent minces. Dans l'histoire du peuple juif persécuté, cette aventure a pourtant quelque chose d'exceptionnel.Le plan était simple: arrêter le convoi, ouvrir les portes et laisser s'enfuir le plus possible de passagers après leur avoir distribué un peu d'argent afin qu'ils puissent rapidement trouver un abri. D'autres façons existaient pour fuir les convois qui, comme s'était souvent le cas, se composaient majoritairement de Juifs encore jeunes venant des camps de travail de l'organisation Todt dans le Nord de la France. Ainsi du convoi XVI, qui, entre Malines et la frontière allemande, perdit 177 de ses 999 passagers.Le XXème convoi, cependant, était typique de la déportation en ça qu'il s'y trouvait autant de femmes, d'enfants et de vieillards que d'hommes valides. Le plus jeune de ceux qui réussirent à s'enfuir, avait 12 ans, le plus âgé 65. Plusieurs des passagers dépassaient les 80 ans: l'un d'eux allait atteindre 91 ans. Beaucoup étaient physiquement incapables de sauter du train.Les Allemands, de leur côté, venaient de prendre des mesures pour enrayer le développement du nombre des évasions. Le XXème convoi fut le premier où le transport se fit par des wagons de marchandises: auparavant, les Juifs partaient dans des voitures pour voyageurs de troisième classe; les portes étaient verrouillées de l'extérieur mais, pour s'enfuir, il suffisait de baisser la vitre. Une autre nouveauté de ce convoi fut que les Allemands répartirent autrement que de coutume l'escorte armée qui accompagnait les déportés. Les gardes Schutzpolizei que l'on amenait d'Allemagne à chaque transfert, à raison d'un pour quarante déportés, avaient toujours occupé jusqu'alors une voiture en queue du train. Mais le nombre de déportés était, cette fois, exceptionnellement élevé: plus de 1600 personnes, dans un train qui comptait entre 30 et 35 wagons; l'escorte fut donc répartie dans deux voitures, une en queue du train et l'autre derrière le tender de la locomotive.Ghert Jospa, cet ingénieur d'origine bessarabienne , un des initiateurs de la Résistance juive, avait eu l'idée d'intercepter le train des déportés. Il en parla à un des chefs du groupe de résistance '' Partisans Armés ". Celui-ci jugea le projet téméraire et posant des problèmes que le mouvement n'était pas à même de résoudre.Jospa ne fut pas plus heureux auprès du Groupe G. Quelques jeunes gens liés à ce dernier et aux "Milices Patriotiques" reprirent pourtant l'idée à leur compte. Ils étaient peu nombreux; trois ou quatre seulement: Georges "Youra" Livchitz, 22 ans, ex-étudiant le l'Université Libre de Bruxelles, son frère Alexandre "Choura", tous deux fils d'un médecin d'origine russe, et deux camarades non juifs; Robert Maistriau et Jean Fauklemont.Ce soir là, le 19 avril, les quatre garçons se retrouvent, avec leurs vélos, à la sortie de Bruxelles en direction de Louvain. "Choura" après une dernière mise au point, préfère se retirer. Les trois autres prennent la vieille chaussée de Haacht, qui recoupe en pleine campagne la ligne de chemin de fer de Malines à Louvain. L'endroit qu'ils ont choisi pour l'attaque se trouve loin de toute agglomération, dans une courbe montante bordée d'un taillis. Seul Livchitz est armé; il possède un modeste revolver de 6,35 et six ou sept balles. Ils ont dans leurs poches l'argent qu'ils comptent distribuer aux déportés pour aider ceux-ci à fuir. Des cheminots sont informés. Ils ont également une lampe tempête dont le verre s'entoure d'un papier rouge et qui sera destinée à convaincre le conducteur du train d'arrêter le convoi. Ils atteignent l'endroit prévu. Il ne reste plus qu'à attendre.Peu avant Louvain, entre Boortmeerbeek et Wespelaar, à 23 heures 30, un fanal rouge arrête le train. Trois hommes courent le long des rails. Deux d'entre eux , une lampe d'une main et une pince de l'autre, tentent de couper les fils de fer qui ferment les wagons. Le troisième, Livchitz, son petit revolver à la main, s'avance vers la locomotive dans l'intention d'intimider le conducteur. C'est alors qu'il s'aperçoit que, contrairement aux prévisions, il y a des gardes dans la première voiture. Vont suivre cinq à six minutes de confusion. Les Allemands s'étonnent de cet arrêt, de ces va-et-vient. Ils mettent le nez à la fenêtre. La nuit est claire; ils voient détaler des formes à travers champ. Là où ils ont réussi à faire glisser la porte d'un wagon, Fauklemont et Maistriau ne parviennent pas pour autant à convaincre les déportés de prendre le large; les responsables de l'ordre protestent, des voyageurs craignent un piège, d'autres sont trop vieux ou trop faibles. A ceux qui sont sortis, les garçons glissent dans la main quelques billets de cinquante francs en leur disant de disparaître au plus vite. Les gardes tirent. Des gens tombent, crient. Puis le convoi repart en soufflant et les garçons sautent sur leurs vélos, s'enfuient, laissant le silence retomber sur ce coin de terre flamande que baignent la rosée nocturne et le sang des blessés.Le bilan de cette opération peu commune sera mitigé. Les chiffres, qui plus tard, en ont été donnés, ne sont pas partout les mêmes. On ramassa des morts et des blessés tout le long du trajet. Une donnée vraisemblable fait état de 231 évadés, dont 90 repris, de 26 fugitifs abattus, de 23 morts au total.La nouvelle de l'exploit franchit les frontières. Mal connue même dans le pays et dans les milieux les plus proches de la Résistance, elle fut, à l'étranger, totalement dénaturée.Robert Maistriau et Jean Franklemont purent, après la guerre, raconter cette aventure. Non les Livchitz. "Youra" en quittant Wespelaar, avait abattu un des gardes. Revenu à Bruxelles, il crut avoir trouvé un abri sûr mais, trahi par un agent double, il fut arrête par la Gestapo. Il réussit, chose rarissime, à s'évader des locaux de l'Avenue Louise après avoir désarmé l'Allemand entrant dans sa cellule. Lui et son frère, blessé dans une opération des Milices Patriotiques, étaient recherchés par toutes les polices allemandes du pays. C'est, une fois encore, la trahison qui les perdit. La camionnette qui devait les conduire vers la France les ramena, an réalité, à la Gestapo. Condamnés à mort, ils furent l'un et l'autre fusillés au "Tir National" à Bruxelles en février 1944.Chez les Allemands, après l'affaire du XXème convoi, on décida que, désormais, même si cela devait alerter les populations riveraines, les trains de déportés partiraient de jour.…Un homme qu'on va exécuter est autorisé à écrire à sa mère. Voici celle que Georges Livchitz à écrit à sa maman , recopiée telle que je l'ai trouvée dans le livre de William Ugeux " Histoire de Résistants " Chère maman, Bien que les mots soient impuissants à exprimer tout ce que je ressens, je quitte cette cellule pour aller de l'autre côté de la vie avec calme - un calme qui est aussi une résignation devant l'inévitable. Te dire que je regrette tout ce qui c'est passé, cela ne servirait à rien. J'ai beaucoup plus de regret de ne pas être là pour t'aider à supporter la première épreuve - celle que tu as déjà subie: Choura. J'aurais voulu être là pour qu'à deux nous puissions travailler dans le monde qui se fait.Chère maman, ne pleure pas trop en pensant à ton petit. Ma vie a été bien remplie jusqu'à présent, remplie de tout et surtout d'erreurs. Je pense à tous nos amis qui sont en prison et je leur demande pardon. Souvenez-vous de moi sans douleur. J'ai au de bons, d'excellents camarades jusqu'à la fin et encore maintenant je ne me sens pas seul.Mes souvenirs à tous.Chère maman, je dois te dire au revoir, le temps passe. Encore une fois ce ne sont pas les derniers moments qui auront été les plus durs. Aie confiance et courage dans la vie, le temps efface bien des choses. Pense que nous sommes morts au front, pense à toutes les familles, à toutes les mères éprouvées par la guerre, guerre que nous avons tous cru voir finir plus tôt.Ton fils qui t'aime, Youra. Sources bibliographiques: "Histoires de Résistants" de William Ugeux. Editions Duculot Paris- Gembloux 1979 et "1943" de Pierre Stephany, Editions F. Bourtembourg 1993. La RésistanceL'Honneur de la Belgique "Saluez les Juifs au passage! Offrez-leur votre place dans le tram! Protestez contre ces méthodes barbares! Cela rendra les boches furieux."C'est en ces termes que "La Libre Belgique" clandestine fait appel, en 1942, à la conscience des Belges. L'appel est entendu. Le XXe convoi pour Auschwitz est arrêté, le 19 avril 1943. 231 déportés juifs prennent le large. Aucun n'est dénoncé. C'est l'honneur de la Belgique. En voici les moments forts. En janvier 1943, une étrange euphorie règne sur l'avenue Louise à Bruxelles devant le n° 453, siège de la Gestapo.L'immeuble a été attaqué par un pilote belge de la RAF, Jean Sélys de Longchamps. Et c'est là que tout commence. Youra Livchitz ne peu détourner le regard de la façade détruite. Ce jeune médecin juif connaît le mystère de cet immeuble. Des amis, des résistants, y sont interrogés et torturés avant de disparaître en prison ou dans un camp de travail. Dans les caves, des femmes, des hommes, des enfants juifs, arrêtés au cours des rafles, attendent leur transfert dans le camp de rassemblement de Malines. Youra sursaute. Quelqu'un lui tape sur l'épaule: c'est Robert Maistriau, un ancien camarade de classe.Comme l'est également le troisième membre du commando Jean Franklemon dit "Pamplemousse" qui sillonne les routes de Belgique avec "Les Comédiens routiers", futur Théâtre National. Dans les caves, une jeune infirmière, Régine Krochmal, attend le bon vouloir des "preneurs de vie". Elle a été arrêtée pour distribution de tracts antinazis à la Wehrmacht. Simon Gronowski n'a que 11 ans. Il sera dans le XXe convoi. Lui, Robert et Régine se souviennent (voir encadré).L'étau se resserre sur les Juifs, les apatrides d'abord, les Belges ensuite pourtant protégés de la reine Elisabeth. Port de l'étoile jaune, mise sous séquestre des biens, enregistrement obligatoire, seule manière d'avoir des tickets de ravitaillement etc. Une "évacuation" vers la Pologne est en cours. Le 25 juillet 1942, les 55 disposent d'un registre complet d'environ 56.000 candidats à la mort, 30.000 y échapperont, cachés par des Belges. Les malheureux destinataires apprennent par courrier qu'ils doivent se pésenter "immédiatement" et arriver dans la matinée du jour fixé au Centre de rassemblement de Malines.Le 27 juillet, les premiers "rassemblés" débarquent caserne Dossin. Ils ont dû se pourvoir d'un "trousseau" dérisoire: ravitaillement pour 15 jours en vivres non périssables, 1 paire de souliers de travail, 2 paires de bas, 2 chemises, 2 caleçons, 1 vêtement ou robe de travail, 2 couvertures de laine, 2 draps, 1 gamelle, 1 gobelet, 1 cuillère, 1 chandail".Le superflu leur est confisqué. Tout est fait pour maintenir la fiction d'une déportation au travail. "La terrible réalité de cette lugubre salle d'attente de l'holocauste ne permet aucun rêve. Des châlits de bois grossier sur deux étages servent de lit. Le petit Simon s'amuse à sauter de l'étage supérieur, comme il saute d'ordinaire d'une plate-forme de tram. Exercice salvateur. Au milieu des dortoirs, deux tables où les chefs de chambrée déposent des pots de bouillon noir, ersatz de café et 250 g. de pain par jour, une cuillerée de confiture, une de sucre, le matin. À midi, une gamelle de soupe aux choux. Le soir, les restes de cette lavasse. Le pain est une monnaie d'échange. Pour du pain, on trompe, on trahit, on vole. On peut reconnaître ceux qui ne reçoivent pas de colis de l'extérieur à leur visage hâve et à leur pas traînant.Sur les marches de l'escalier séparant deux dortoirs de même taille se trouvent, pour 100 personnes, deux récipients de fer qui servent de pots de chambre. Il n'y a pas d'eau courante, mais d'autant plus de vermines qui tourmentent les détenus. Au rez-de-chaussée, les salles de douche avec des éviers primitifs et des toilettes, environ dix latrines puantes. Les gens font tous les matins la queue devant ces "toilettes réservées aux Juifs".Le commandant du camp est un homme redouté dont l'arme la plus terrible est Lump, le chien-Ioup. Un détenu est amputé suite à des morsures. Un peuple de musiciens, de poètes, de philosophes peut-il perpétrer un génocide ? Pour les Belges, la réponse est non. Mais la vérité commence à percer dans les rangs de la Résistance. Elle désespère Youra qui en fait partie. Des hommes s'enfuient du XIXe convoi. Dorénavant, le voyage vers Auschwitz se fera en wagons à bestiaux scellés. La répression s'accroît. Elle envoie à Malines de nombreux résistants juifs qui refusent de se laisser embarquer comme des moutons. Pour s'évader, il leur faut des outils pour venir à bout des lucarnes et de leurs barbelés, des barres de fer des portes.Les candidats chapardent et reçoivent discrètement des billets de 50 FB pour un transport en commun. Les rebelles se préparent en silence tandis que Youra cherche des appuis pour mener son plan d'attaque à bien. Il est rendu possible par l'allure d'escargot adoptée par les cheminots belges dans ce type de convois.Mais l'armée blanche, récemment très éprouvée, estime le projet trop risqué. Ceux du XXe convoi devront agir seuls. Youra persuade alors Robert Maistriau et Jean Franklemon de lui prêter main-forte. Le 19 avril 1943, 1.631 Juifs dont 262 enfants, attendent leur déportation. Le plus âgé a 90 ans. La plus jeune détenue a vu le jour dans la caserne. Elle n'atteindra que 6 semaines de vie".Maistriau dépose sur les voies une lampe-tempête garnie d'un papier rouge. Le train obéit au signal et stoppe. Youra tire sur l'escorte pour détourner son attention. Les deux autres réussissent à ouvrir les portes. Dirigé par sa mère, Simon saute. Régine sort par la lucarne d'un autre wagon. "Plusieurs des évadés se retrouvèrent à l'aube sur le quai de la gare de Haecht. Certains se reconnaissent et n'osent se regarder, encore moins se parler. Sur la plate-forme d'un tramway bruxellois, obéissant comme à un ordre muet, des ouvriers encerclent ce matin-Ià deux fugitifs et les protègent des regards curieux."ÉpilogueYoura est fusillé à Breendonk le 17 février 1944.Jean Franklemon survit à Sachsenhausen et Maistriau à Buchenwald.Régine a toujours refusé de dire ce qui lui est arrivé lors de sa seconde arrestation pour nouveaux faits de résistance. Simon est libéré le 3 septembre 1944.Robert Maistriau"J'ai fait ce que j'ai pu, c'est-à-dire peu de choses: arrêter le train, forcer le wagon, dire aux gens de s'enfuir. Je regrette simplement qu'il ait fallu si longtemps pour que cette histoire soit tirée de l'oubli et aussi de n'avoir pu rencontrer qu'une seule personne de celles que j'avais sauvées."Simon Gronowski"Avoir pu sauter du train si jeune relève du miracle. Il m'a permis de devenir père et grand-père. Mais j'étais seul, ayant perdu toute ma famille. Pendant 50 ans, j'ai voulu oublier tout, vivre pour le présent et l'avenir. Maintenant à cause du livre, cela me revient et, quelque part, cela m'est pénible."Régine Krochmal"Pendant des années, je me suis efforcée de ne pas me souvenir. Aujourd'hui, c'est impossible car je suis très en colère contre les hommes. Ce sont eux qui font les guerres. Et je voudrais dire aux femmes qu'il faut cesser d'être leurs complices et d'envoyer leurs enfants à la mort. Peu importe la cause à défendre. Il n'y a que le cœur qui compte." Cour de la Caserne Dossin Source : article de Viviane Bourdon dans le magazine "Telepro" du 28/02/2002 via mon ami Francis Deleu. La RésistanceLe lierre s'accroche....... Cette nuit du 10 avril 1944 est étrangement douce. La période de pleine lune, qui s'achève, ne l'avait pas fait prévoir ! Il pleuvait. Le vent sifflait, hier, à travers les fils électriques de la ligne à haute tension à Saint-François près d'Issoudun! L'homme qui s'en approche, une torche électrique à la main, est le cabinier chargé de surveiller les transformateurs électriques du canton. Son sommeil vient d'être interrompu brutalement. Un court-circuit a provoqué une forte étincelle. Deux villages voisins sont plongés dans l'obscurité. Apparemment un câble s'est détaché. Le technicien s'aperçoit bien vite qu'il est question de tout autre chose. Un parachute, dont les courroies ont été coupées, se balance le long d'un pylône.C'est lui, ou plus probablement le personnage qui pendait à ses sustentes, qui a provoqué le court-circuit. Ayant été jusqu'à la ferme voisine se procurer les outils qui lui manquaient, l'employé de l'électricité revient et récupère le parachute. C'est ainsi qu'à deux mois du débarquement à un moment où il devient évident que va se produire cet événement le plus surprenant de l'histoire militaire contemporaine, Jean de Blommaert de Soye accomplit la première partie de la mission qu'il a acceptée. A vrai dire, ce n'est pas la première mission du parachuté et ce n'est pas exactement ainsi qu'il avait été prévu que cette mission commencerait. Quelques mois auparavant, le 20 décembre 1943, Edouard Pottier, capitaine dans l'armée belge, et Jean de Blommaert de Soye, l'un des dirigeants de cette ligne " Comète " qui récupère depuis des mois des aviateurs alliés tombés à l'aller ou au retour des gigantesques bombardements sous lesquels se détruit le potentiel industriel et militaire allemand, avaient atterri en France. Leur mission était de réorganiser les lignes d'évacuation des aviateurs et des patriotes " brûlés ". Capturé, torturé, Pottier avait héroïquement choisi, après une longue série de tortures au cours desquelles ses interrogateurs à la prison de Reims lui arrachèrent un oeil, de se jeter par une fenêtre du deuxième étage et de s'écraser au sol, incertain qu'il était, ce héros, de pouvoir longtemps encore garder le silence. La tâche, pourtant, qui avait été confiée aux deux hommes, était accomplie. Sous l'autorité de Gaston Matthys, des camps, des maquis, dont les principaux se trouvaient à Acremont et à la Cornette dans les environs de Bouillon, rassemblent les aviateurs qu'il est devenu difficile d'évacuer vers l'Espagne. Après le sacrifice de Pottier, Jean de Blommaert, que nous appellerons désormais, comme ses amis, "le Blom ", retourne en Grande-Bretagne. Il y a trouvé - nous sommes le 9 mars 1944 - l'étrange atmosphère qui a précédé le débarquement de Normandie. La tâche serait bien difficile à l'historien qui aurait souci de faire l'inventaire des personnes qui, dans le monde libre, savaient où et quand se ferait ce débarquement. Certainement le nombre de ceux qui étaient dans le secret de l'opération "Overlord " devait être considérable. La discrétion n'en fut pas moins absolue. Nous savons aujourd'hui que les états-majors hitlériens n'ont pas su, jusqu'au 6 juin, où leur serait porté le coup qui devait abattre l'orgueil nazi.Avec le colonel Airy Neave, chargé par M.I.9. de veiller sur les " escape lines ", " le Blom " a fait le tour des problèmes qui se posent, non pas seulement à " Comète ", mais à toutes les lignes de récupération d'aviateurs. Or, le nombre de ces derniers augmente considérablement. Assurément la maîtrise du ciel appartient presque totalement aux alliés. Toutes les grandes villes du Reich sont en feu. Chaque nuit, les usines de la Ruhr, les centrales électriques, les lignes de communication sont bombardées. Américains, Canadiens, Anglais, dirigent leurs escadres et les chasseurs qui les protègent vers les coins vulnérables de l'agresseur nazi. La Luftwaffe de Goering se borne, non sans courage, à abattre quelques-uns des milliers d'avions qui survolent le continent occulté. La Flak, la défense aérienne de la Wehrmacht, abat elle aussi quelques appareils. Chaque fois, une partie au moins de l'équipage échappe à l'écrasement. Or, on manque de pilotes, on manque d'observateurs, on manque de canonniers. La guerre dévore les hommes. Il est important que tous ceux qui veulent reprendre leur tâche au combat - et tous le veulent - rejoignent leurs bases. Comment? Par l'Espagne? Par Gibraltar? Par Lisbonne? Traverser la France devient presque impossible. Bientôt, du moins à l'ouest du pays, ce sera vraiment infaisable. Il reste deux autres voies. L'une est l'enlèvement aérien. Depuis la fin de la guerre on a beaucoup parlé de ces enlèvements aériens. Le nombre de gens qui croient en avoir été les témoins, ou qui laissent entendre qu'ils auraient pu en être les bénéficiaires, ne correspond pas tout à fait à la réalité. Des Lysander, petits appareils à atterrissage très court, se sont parfois posés dans des champs en Belgique ou sur des terrains abandonnés de l'armée de l'air française. Des agents secrets y furent déposés, d'autres furent embarqués. Des hommes importants, comme Vincent Auriol, futur Président de la République, ont été ainsi enlevés. Mais le nombre d'opérations des Lysander a été très limité. Vers la fin de la guerre leurs possibilités deviennent infimes. Tout aussi légendaire est l'autre voie d'évacuation, la voie maritime. Quelques Belges se sont, tout au début de la guerre, échappés au départ de Nieuport. Quelques barques de pêche ont réussi à franchir les limites de la zone très courte qui leur était assignée. Mais on compte en unités les bénéficiaires de ces opérations. Sur une plage bretonne, à Plouha, un petit réseau appelé Shelburne, conduit par un personnage exceptionnel qui s'appelle Lucien Dumais, a réussi à récupérer des aviateurs après que leurs forteresses volantes eussent été abattues et à les faire embarquer sur une vedette lance-torpilles. Mais au moment où nous sommes, ce genre d'opération devient impossible. L'accès à la zone du littoral, sur laquelle s'élève le mur de l'Atlantique, appelé ligne Todt, du nom de l'ingénieur allemand qui a construit cette interminable fortification, est absolument prohibé. Assurément l'étendue de la zone d'alerte est telle que la protection en est assez souvent inefficace. N'empêche qu'on ne pouvait plus espérer mettre en opération des enlèvements maritimes semblables à ceux du réseau " Shelburne "Les responsables britanniques et "le Blom " avaient un autre souci celui des " hébergeurs ". Le mot a été créé pour désigner des patriotes qui servaient de relais à ce long cortège de la récupération.  quel risque ! Les " hébergeurs " ne sont pas dans l'action. Leur rôle est de discrétion. Mais, chaque fois que l'un d'eux est pris, c'est le Conseil de guerre et l'exécution ou l'envoi dans un camp de concentration au-delà du Rhin. Or, beaucoup sont pris. Au sein des convois d'aviateurs récupérés se glissent des agents provocateurs de l'ennemi. Les aviateurs eux-mêmes qui avaient échappé au continent assiégé et rejoint leurs escadrilles, à travers l'Espagne, n'étaient pas toujours suffisamment discrets sur les conditions de leur évasion et de leur retour. Un beau matin, à l'heure du laitier, la police d'occupation est là…Il ne fallait pas des mois pour qu'une hécatombe frappe ces héros discrets qui acceptaient, à l'avance, un sacrifice dont ils n'ignoraient pas la cruauté.Une suggestion amenée par " le Blom " et accueillie d'abord avec pas mal de réticence, finit par être acceptée. Il s'agit de la création de camps où des aviateurs américains et alliés attendraient le développement des opérations militaires. Il serait toujours temps, à ce moment, d'aviser quant aux manières de les ramener vers la Grande-Bretagne. Ainsi naquît ce que les Anglais ont appelé le plan " Sherwood", parce qu'Airy Neave, comme tous les Anglais de son âge, avait baigné durant son enfance dans les histoires de Robin des Bois. Les Français et des Belges, plus classiques peut-être dans leur formation, optèrent pour " opération Marathon ". Airy Neave et " le Blom " se penchent sur des cartes et évoquèrent leurs propres souvenirs, pour s'arrêter finalement sur une carte limitée par le triangle Chartres - Châteaudun - Orléans. Le choix se fixa sur la forêt de Fréteval qui se trouve entre Châteaudun et Vendôme. Elle présentait l'avantage d'être la forêt la plus dense de la région et d'être entourée de zones propices à des parachutages. Le réseau des petites routes était suffisant pour qu'on puisse penser que l'homme à bicyclette qui allait être le " client " allait pouvoir assez aisément la rejoindre. Dans le petit appartement de Pelham Crescent, l'enthousiasme grandissait au fur et à mesure que le projet se précisait. Neave était bien résolu à être l'un des premiers agents des services secrets britanniques à débarquer pour aller libérer les camps de Sherwood et aller récupérer les aviateurs suffisamment tôt pour qu'ils puissent encore participer à l'offensive. Les chefs de " Comète ", par le canal de Madame De Greef, qui était leur représentant à Saint Jean de Luz et par Yvon Michiel (Jean Serment), furent avisés de ce projet. Une équipe fut recrutée. Sagement Neave et Jean de Blommaert convinrent qu'un des problèmes majeurs dans ce genre d'initiative était la discipline.  ce moment se présenta le lieutenant-colonel aviateur Boussa. Lucien Boussa, squadron leader de la RAF, venait de commander l'escadrille belge N° 350. Le règlement de la RAF, s'appuyant sur le fait que les pertes dans les opérations au-dessus de l'Allemagne étaient généralement de 5 % à chaque raid, voulait qu'après trente raids ceux qui n'avaient pas été abattus fussent considérés comme des miraculés et retirés de la liste des équipages. En vérité, on se méfiait un peu sans le dire de la baraka provocante dont ils avaient bénéficié. Ils étaient alors versés dans des services d'entraînement ou dans des bureaux. Lucien Boussa n'avait aucune envie de devenir moniteur. Mais Airy Neave pensait qu'un officier de grade élevé de la Royal Air Force aurait probablement plus d'autorité sur des hommes que leur inactivité devrait certainement ronger. On choisit pour accompagner Boussa un radio brillant et courageux du nom de Toussaint, qui devint Tayler pour la mission. Deux détails allaient entraîner quelques petites complications. On ne les cite ici que pour que le lecteur mesure que le genre d'opération décrit dans ce chapitre ne se compare pas à un " hike " de boy-scouts; le moindre détail est capital. Or Lucien Boussa a déjà dû sauter en parachute au cours d'une opération de la Royal Air Force et il a juré qu'on ne l'y prendrait plus. Il est vrai que pendre au bout des sustentes d'une coupole de nylon et se sentir une cible offerte au tireur installé sur le sol n'est pas une situation très confortable. Aussi fallut-il organiser pour Boussa et Taylor un retour terrestre qui leur fit faire à contresens le chemin de la plupart des évadés, à travers le Portugal, l'Espagne et les Pyrénées. Le tout clandestinement. Le deuxième obstacle est que l'on s'aperçut, au cours de l'inévitable enquête de contrôle des décisions prises, que la forêt de Fréteval n'avait pas échappé à l'autorité militaire allemande qui, elle aussi, en avait remarqué les qualités elle l'avait choisie pour en faire un dépôt de munitions. Toujours optimiste, " le Blom " décréta qu'il s'agissait là plutôt d'une découverte heureuse que d'une raison de méfiance. Personne ne pouvant s'approcher d'un dépôt de munitions considérable, ceux qui le feraient et qui réussiraient à se cacher dans la forêt, se trouveraient particulièrement à l'abri. ces deux difficultés vint subitement s'ajouter un problème extrêmement grave. Les lignes d'évacuation et l'ensemble des réseaux de Paris et de Normandie avaient été " pénétrés " par des agents ennemis. Le traître belge à la main duquel il manquait une phalange, Prosper Desitter, avait réussi à faire entrer dans les lignes un agent à lui, Pierre Boulain. Dans un autre récit, peut-être vous souvenez-vous d'avoir rencontré Françoise Dissart. Cette Française étonnante et héroïque n'avait rien trouvé de mieux au lendemain de l'arrestation de son chef que d'arpenter le trottoir longeant la prison en chantonnant, de manière à communiquer en termes aussi mélodieux que voilés de précieux renseignements à celui qui était en cellule. Le principal "passeur " que la ligne " Comète " chargeait d'escorter ces "colis" était une toute jeune fille du nom de Michou Dumont, qui, habillée en écolière, réussissait à passer souvent à peu près inaperçue. Michou fit ce qu'avait fait Françoise Dissart. Le long des murs de la prison de Fresnes, elle réussit à entrer en contact avec les victimes de la récente vague d'arrestations et à s'entendre dire que le traître était Pierre Boulain et qu'il connaissait très bien "le Blom ". Averti, ce dernier prit des précautions. Mais qui était Pierre Boulain? On soupçonnait bien un certain Jean Masson. Mais la preuve n'était pas acquise. Contact fut pris avec un groupe spécial de la Résistance française qui se chargeait de faire disparaître les traîtres. Un jour un message en provenance de ce groupe annonça que l'opération avait été exécutée. En tout cas ni Pierre Boulain ni Jean Masson n'interférèrent plus désormais avec l'opération Marathon. Mais ce n'est qu'après la libération qu'on découvrit que le traître s'appelait Jacques Desoubrie, celui-là même qu'un beau jour "le Blom " avait trouvé à un rendez-vous secret qui ne devait être connu de personne et surtout pas de lui. Soupçonnant le caractère vénal du traître, "le Blom " lui avait astucieusement donné un rendez-vous au cours duquel il devait lui remettre cinq cent mille francs destinés à être portés en Belgique et dans lesquels le personnage ne manquerait pas de voir l'occasion d'une recette indirecte. Ainsi "le Blom " échappa-t-il à la capture. Ce ne fut pas le cas de Desoubrie qui avoua ses crimes et fut exécuté à Lille.Neave et " le Blom " allaient encore rencontrer d'autres difficultés, la principale étant la persistance du mauvais temps déjà évoqué au début de ce récit. Il fallut tout l'enthousiasme du représentant de M.I.9. pour obtenir que le meilleur des pilotes abandonne son conge, reprenne les commandes de son avion et accepte de parachuter " le Blom " et Daniel Ansia à Saint-François.Les cartes sont une chose. Le souvenir en est une deuxième. La réalité est parfois quelque peu différente. " Le Blom " connaissait bien la région. Il n'avait pas pensé à la ligne de haute tension Voyant les fils monter vers lui, tandis que Daniel Ansia se posait sereinement un peu plus loin, il opéra un redressement de sa trajectoire qui le fit glisser le long d'un pylône, provoquant le court-circuit dont on a parlé par un contact entre sa sacoche dorsale contenant les deux millions de francs français que Neave venait de leur confier, et certains fils conducteurs d'électricité. Pris dans les crochets du pylône, notre homme se rendit compte qu'il n'avait qu'une solution, celle de couper une courroie qui le rattachait au parachute, désormais prisonnier des câbles de la haute tension. Le résultat fut que le parachutiste, opérant une complète révolution, se trouva pendu par les cuisses, la tête en bas. Il ne dut qu'à Daniel Ansia, lequel ne réussissait pas à maîtriser un rire irrespectueux, d'être libéré et de prendre avec le sol français le contact discret qui depuis Londres était dans ses projets. Heureusement un ami du " Blom", vivant dans un château du voisinage, avait accepté d'être l'" hébergeur " particulièrement exposé des deux parachutistes. Un de ces messages que la B.B.C. diffusait à l'intention des agents clandestins avant chacun de ses bulletins d'information, avait prévenu Louis-René des Forêts que, suivant l'heureuse formule de Gilbert Kirschen, " des amis viendront ce soir ". Ce message conventionnel était: "le lierre s'accroche à la maison ". Aucune allusion au parachute qui s'accrocherait au pylône de la ligne électrique Le petit avion Hudson qui a amené nos deux héros est rentré en Grande-Bretagne. Le parachute du " Blom " a été caché par l'agent de la Régie d'Electricité. Louis-René des Forêts a abrité ses amis. La mission " Marathon " peut démarrer.À Paris, " le Blom " rencontre cet autre chef de la ligne " Comète " dont on sait qu'il a été prévenu, Jean Serment (Yvon Michiels). Se produit alors ce miracle des bonnes volontés qui se rencontrait souvent dans la Résistance. À Bruxelles aussi on a pensé qu'il ne serait pas possible de poursuivre l'expérience préparée par l'héroïque Edouard Pottier. Soixante pour cent des aviateurs récupérés, qui avaient été confiés aux maquis d'Ardenne sous la surveillance de certains groupements armés, avaient été inévitablement repris. Il fallait trouver autre chose. Fréteval fit l'unanimité.La forêt est longue d'une dizaine de kilomètres. La localité la plus proche est Cloyes-sur-le-Loir. Un des camps allait être établi au nord et l'autre au sud du massif forestier. Lucien Boussa commanderait le camp N° 1. Jean de Blommaert le camp N° 2. Evidemment tout reste à faire en-dehors d'un plan théorique et d'une rencontre de bonnes volontés. Pour loger entre cent et deux cents hommes, il faut beaucoup de choses. L'aide de la Résistance française régionale est acquise. Cette Résistance est commandée par un jeune enseignant dont le nom deviendra célèbre. Il s'appelle Maurice Clavel. Des boulangers, des forestiers sont mobilisés, des tentes qui avaient appartenu à l'armée française et quelques autres qui appartiennent encore à l'armée allemande sont achetées au marché noir ou conquises au cours d'opérations armées. Parmi elles trône une grande tente de l'armée britannique, vestige du réembarquement rapide de Dunkerque en 1940. Bientôt six baraquements, dont chacun peut abriter neuf hommes, entourent le dépôt de munitions de la Wehrmacht dans la forêt de Fréteval. Mais il ne suffit pas de loger les hommes. Encore faut-il les ravitailler et, lorsqu'on fait la liste des provisions de base, on mesure les difficultés rencontrées par les gestionnaires de la forêt. Cette liste établie par eux après l'opération " Marathon " de septembre 1944 considère comme indispensables -500 g de pain par homme et par jour, -un kilo de beurre pour deux hommes par jour,-un litre de lait et 2 oeufs par homme et par jour-400 g de patates, 100 g de viande, 8 cigarettes par homme et par jour.À quoi il faudrait Si possible ajouter des légumes, du café, du sucre, du thé et des fruits. Le miracle est que presque tout cela a été trouvé ! Parce qu'il fallait bien recourir aux grands moyens, "le Blom " a recruté un nommé " Pierrot ", authentique gangster, chef d'une bande de truands qui, convaincus de travailler pour le marché noir parisien (et un peu allemand) et grassement payés à cette fin, rabattent pour les menus de Fréteval du bétail et de la volaille. Les premiers aviateurs "récupérés " sont orientés vers l'Eure et le 6 juin jour du débarquement, les deux premiers s'installent au camp, tandis que l'hôtel Saint-Jacques, dans la petite ville voisine de Cloyes, devient, grâce à la protection du gendarme Jubault, une sorte de centre de dispatching. Londres est tenu au courant et dans la nuit du 5 au 6 juillet, quinze containers sont parachutés dans les environs avec une bonne partie du matériel qui manque. Il y eut au total cent cinquante-sept aviateurs et patriotes recherchés dissimulés dans la forêt de Fréteval. L'autorité de Lucien Boussa est telle que la discipline, combien difficile pourtant dans ces circonstances, est impeccable pendant toute la bataille de Normandie. Airy Neave a débarqué avec quelques jeeps et quelques-uns de ses agents français et belges préparés à des infiltrations au travers des lignes en vue d'aller récupérer aussitôt que possible les aviateurs de Fréteval et d'autres. Car il y a aussi un camp à Auneuil près de Beauvais, et une cinquantaine d'autres " pilotes " se trouvent dans la région de ChantillyLes Américains ont foncé à travers les lignes allemandes et leur blindés montent irrésistiblement de Saint-Lô vers Cherbourg. Cet énorme mouvement de troupes doit faire face à la contre-offensive allemande de Mortain. Neave et son petit groupe, qui ne disposent en tout et pour tout que d'une douzaine de jeeps et de quelques armes automatiques, piétinent en attendant de pouvoir réaliser leur programme. En arrivant au Mans, où il s'installe à l'Hôtel Moderne, Airy Neave a le moral très bas. L'état-major américain a d'autres soucis et ne veut pas détourner la plus petite unité pour libérer Fréteval. Mais comme tout au long de cette histoire le destin est favorable à la Résistance, Neave va se trouver nez à nez avec le capitaine Anthony Greville-Pell qui, à la tête de quatre officiers et de trente-quatre hommes, a été chargé par les services secrets de mission à l'arrière de l'ennemi et qui y a parfaitement réussi. Tandis que les hommes du S.A.S. et ceux de Neave cherchent comment rejoindre Evreux, vingt-trois para-commandos belges viennent s'ajouter au groupe. Du coup l'opération devient possible. Le 11 août, tandis que dans son hôtel du Mans, Neave, assisté par ses nouveaux collaborateurs, échafaude des plans, on apprend l'arrivée de Lucien Boussa qui, escorté par le minotier Viron qui s'est fait le ravitailleur principal du camp de Fréteval, a passé au travers des lignes ennemies et alliées. Boussa confirme qu'à Evreux, les Allemands sont en débandade. Les villages voisins des camps arborent impunément le drapeau français. Une opération sur Fréteval apparaît assez aisée. Or la discipline maintenue sans faille jusqu'à ce moment commence à fléchir. Boussa s'en va avec la promesse que le 14 août, Neave et son " armée privée " feraient la liaison avec Fréteval. Mais les choses se précipitent. Le lendemain, c'est Jean de Blommaert qui, à son tour, réussit à passer les lignes pour venir insister sur l'urgence d'une opération. La Résistance française est prête à aider les Anglais et les Belges. Neave, appelé pendant son déjeuner, est amené jusqu'à une des places du Mans. Couvertes de drapeaux et de fleurs, escortées par des résistants bien armées, seize voitures et camionnettes ont été rassemblées pour aller libérer la forêt de Fréteval. Très tôt le convoi est de retour au Mans avec les aviateurs libérés. Au fur et à mesure que les maquisards forcés, penchés sur des radios portatives, réalisaient l'approche de leurs camarades débarqués le 6 juin, il devenait difficile de maintenir dans la forêt, qui est désormais au centre d'une ligne de combat, la discipline qui y avait régné les premières semaines. Il fallut même déplorer une perte sérieuse, qui heureusement ne fut pas définitive. Virginia d'Albert-Lake, épouse du chef des lignes d'évacuation à Paris, se fait arrêter avec une équipe d'Américains qu'elle escorte vers Fréteval. Hélas l'officier allemand qui commandait la patrouille, comprenait très bien le français et n'eut aucune peine à discerner le curieux accent - elle était Américaine - de Madame d'Albert-Lake. Pendant qu'elle s'expliquait difficilement sur l'important magot dont elle était porteuse, les " colis " se dispersent en catimini. Ils seront recueillis par des habitants de la région, chez qui " le Blom " les retrouvera dans les jours suivants. Virginia d'Albert-Lake sera envoyée à Ravensbrück, le sinistre camp de concentration pour femmes d'où elle reviendra péniblement.Pendant ce temps, l'avance alliée se poursuit. Paris est sur le point d'être libéré. Neave fut invité, raconte le colonel Remy, par un message radio impératif, à renvoyer sans tarder "le Blom " à Londres, ce qui priva le responsable de " Marathon " de l'ivresse caressée d'entrer à Paris avec les blindés de Leclercq On ne connaît pas dans l'histoire de la libération de l'Europe de réussite plus éclatante que celle-ci. Edouard Pottier, qui participa à ses débuts, n'en vit hélas pas la fin glorieuse.Entre avril et août 1944, s'est déroulée, dans la forêt normande une opération qui eût valu à ses auteurs une reconnaissance éclatante et des poèmes épiques si l'attention publique n'avait alors été retenue par des actions bien plus importantes que le sauvetage de quelques dizaines d'aviateurs, lesquels avaient d'ailleurs déjà repris à ce moment leur place dans le ciel. Source bibliographique: "Histoires de Résistants" de William Ugeux, Editions Duculot 1979 -pages 153 à 163. La RésistanceLe maquis d'Orchimont, dit des Bérets verts La guerre des maquis n'a pas été une des révélations de la Seconde Guerre mondiale comme l'ont été le radar ou les fusées. Les armées napoléoniennes avaient du plier, qui ne s'en souvient, devant la guerilla espagnole. A nouveau, entre 1939 et 1945, le poids des groupes de partisans a parfois été décisif. Certains maquis eurent même l'importance d'une armée. On pense aux partisans qui harcelèrent l'armée allemande au moment où le Général Hiver, et après lui le dégel du printemps, stoppèrent blindés, convois de ravitaillement, transport de troupes, logistique sanitaire etc, dans l'immense plaine russe. On pense aux montagnards de Grèce et de Yougoslavie.D'autres écrivirent des épopées plus modestes où l'héroïsme et parfois la témérité, l'efficacité ou parfois un effet psychologique aussi grand que certains aspects tactiques ont constitué des pages d'histoire. On pense au Vercors.La situation en Belgique a toujours été différente. Dans ce pays il a en effet toujours été difficile, à raison même de son exiguïté, d'assurer la formation de pilotes d'avion de chasse et l'entraînement de l'artillerie sans prendre souci des frontières politiques.Dans ce pays qui compte parmi les plus peuplés de l'Occident, rares sont les zones où l'on eût pu organiser, sans que tout le monde le sache immédiatement, l'hébergement de troupes d'hommes relativement nombreuses.Très tôt, pourtant, il fallut le faire pour soustraire à la déportation les travailleurs requis par l'industrie de guerre allemande. Mais ce fut une forme très particulière de maquis, certains s'installèrent dans la forêt ardennaise à l'écart des grand-routes. Les problèmes du ravitaillement de ces réfractaires se compliquaient du fait qu'ils se recrutaient dans des milieux où les réserves financières n'étaient pas telles qu'un homme pût abandonner les siens. Il fallut organiser des « allocations aux familles ». C'est le mérite particulier du Groupe « Socrate » qui joua, sous l'autorité de Raymond Schreyven, un rôle considérable en constituant une véritable banque de la clandestinité et de la lutte contre la déportation.Un autre type de maquis a été mis sur pied pour répondre aux besoins de camouflage temporaire ( et parfois durable ) de chefs ou d'agents de groupements de résistance qui avaient échappé à une arrestation et qui devaient « disparaître ». Souvent encore il s'imposa de maintenir à l'abri des indiscrétions des prisonniers de guerre évadés, des aviateurs récupérés après que leurs bombardiers eussent été abattus à l'aller ou au retour d'une opération sur les centres industriels de l'Allemagne. Curieusement, ces derniers maquis ont souvent été urbains. Vers la fin de la guerre, il y avait dans certains quartiers de nos villes une forte population clandestine. La sécurité, si difficile que cela puisse paraître, y a été très largement assurée et ces groupes n'ont connu que des pertes peu importantes. Les mois passant, la nécessité apparut cependant de dégorger les maquis urbains vers la forêt ardennaise. Le « Groupe G », par exemple, l'un des principaux mouvements de sabotage, disposait ainsi à Hatrival de huttes dans la forêt où sous la protection des gardes forestiers conduits par l'un d'entre eux, Camille Hermand, se cachèrent des agents recherchés par les polices d'occupation. La ligne « Comète » dut vers la fin de la guerre construire elle aussi des camps dans les forêts normandes pour les pilotes et les prisonniers évadés qu'elle récupérait. Les événements militaires ne lui permettaient évidemment plus de les conduire, comme cela avait longtemps son plan, vers l'EspagneParfois, enfin, on dut recourir à la véritable technique du maquis, c'est à dire à des concentrations de partisans armés au sein des forêts peu pénétrables ( ce sont là des sites rares en Belgique ).En Ardenne se sont ainsi formés plusieurs maquis. Ils étaient constitués de commandos qui préparaient, en liaison avec un état-major national et avec l'état-major allié, à des opérations de guerre sur l'arrière des troupes ennemies. Il ne paraissait plus douteux en effet, à partir de 1943, que ces derniers allaient à un moment prochain reculer vers le Rhin.Deux groupes principaux de maquis de cette espèce ont été organisés en Belgique: ceux de « l'Armée Secrète » et ceux des « Milices Patriotiques »Ce serait parler un peu vite de dire que les uns étaient de droite et que les autres étaient communistes. Car d'un côté comme de l'autre, à cette époque, on ne demandait pas aux recrues d'exhiber une carte de parti. N'empêche que socialement parlant, il est vrai que les « Milices Patriotiques » rattachées au « front de l'Indépendance » se recrutaient dans des milieux plus modestes ou plus progressistes, tandis que les anciens militaires, des membres des divers groupements scouts, une jeunesse plus traditionnelle, préféraient un encadrement assuré par des officiers recrutés au sein de « l'Armée Secrète » Le maquis dont on veut vous raconter un des exploits est celui d'Orchimont.Orchimont sur la Basse Semois, a été pourvu à partir d'octobre 1943 d'un commandement relevant de « l'Armée Secrète » ( zone 5, secteur 5, groupe D ). Mais déjà longtemps auparavant d'anciens Chasseurs Ardennais et de jeunes patriotes avaient commencé à se rassembler dans ce territoire entre Alle et Vresse, entre la frontière française et Carlsbourg. Ils s'entraînaient en vue d'actions qui étaient très vraisemblablement à prévoir si, dans la progression des armées alliées, la Meuse devait jouer un rôle d'obstacle plus important qu'elle ne l'avait joué en mai 1940 dans la progression des armées allemandes. La région n'était certes pas située sur les grandes lignes de communication militaires. L'occupation militaire ennemie était d'ailleurs assez réduite, à l'exception d'un détachement de la Kriegsmarine installé à Bièvres à partir du printemps 1944. Les liaisons avec l'émetteur radio de Mogimont exigeait cette protection. Dès les premières semaines de 1944, le groupe d'Orchimont est bien structuré. Il a été muni d'armes par deux parachutages nocturnes qui se sont étalés sur une neige épaisse. Deux autres parachutages auront lieu en mai et en août. Le 21 septembre 44, quinze jours après la libération de Bruxelles, dix quadrimoteurs anglais déverseront en plein jour des containers chargés d'assez d'armes pour permettre à une troupe bien entraînée de jouer un rôle important. Cette troupe entendait d'ailleurs s'inscrire dans la tradition régionale. Les hommes avaient été pourvus du béret vert des Chasseurs Ardennais. Ils n'en étaient pas peu fiers.Parallèlement au groupe d'Orchimont, des maquis français se sont développés de l'autre côté de la frontière entre Meuse et Semois. Tout comme le maquis d'Orchimont, ils ont reçu des instructions et du matériel venus d'Angleterre. En accord parfait, le maquis belge du Commandant Benoît, alias Daniel Ryelandt, avait des commandos installés dans la forêt française, tandis que des Français du commandant de Bollardière, entretenaient certains commandos sur le territoire belge.Le 21 juin 1944, sur ordre de l'état-major de l'Armée Secrète, une série de sabotages furent entrepris. L'un visait une double coupure du câble téléphonique souterrain reliant Paris à Cologne. L'autre était la destruction de la ligne aérienne qui reliait un état-major de la Luftwaffe, cantonné à Charleville, à la station radar de Mogimont.Dans la nuit du 15 août, un détachement de parachutistes belges commandés par le Capitaine Renkin fut largué du côté français de la frontière. Dans les derniers jours du même mois, un régiment de Panzergrenadiers s'installa dans les villages de Vresse et de Membre, pour protéger la retraite allemande. La guerilla commençait vraiment!De sporadiques les accrochages devinrent bientôt réguliers.Dans les premiers jours de septembre, pourchassant les armées allemandes, le 102° régiment de cavalerie U.S. atteint les Ardennes françaises. Grâce au maquis du Commandant de Bollardière, le pont sur la Meuse à Monthermé tombe intact entre ses mains. Le 5 septembre, c'est au tour des hommes d'Orchimont d'associer leur effort à celui du 102°et à celui de leurs camarades français. La progression reprit aussitôt. Le même soir, les Panzergrendiers qui s'étaient retranchés à Membre et Vresse se rendaient compte qu'ils étaient tournés et que leur ravitaillement était coupé. Il ne leur restait plus qu'à battre en retraite vers Menuchenet, tandis que des hommes d'Orchimont et des Américains détruisaient leurs chars et leur dernier camion d'obus sur la route qui va de Gedinne à Membre. La progression était si rapide que Belges et Américains d'un côté, Allemands de l'autre, étaient furieusement entremêlés. Il fallut même inviter les vilages libérés à ne pas pavoiser avant l'arrivée de l'infanterie pour éviter des représailles.Cependant, avant cette offensive finale, chacune des sections d'Orchimont avait depuis longtemps mené sa propre lutte. Le sixième groupe, commandé par le Lieutenant d'active J.Dinant, qui avait été gravement blessé en mai 1940 au fort d'Evegnée, se livra à un sabotage de lignes téléphoniques. Entre Mogimont, Rochehaut, Alle, une ligne téléphonique militaire allemande allait de Liège à Charleville et Reims. Elle s'appelait L.T.12 Cette ligne assurait les communications entre les stations ennemies de radio de l'Est français et de l'Ardenne belge. Depuis quelques mois la sixième section abattait systématiquement les poteaux de cette ligne. Les équipes de réparation allemandes qui venaient du poste de surveillance de Mogimont étaient perpétuellement sur les dents. Le 17 juillet, exécutant les ordres de l'A.S., les hommes d'Orchimont mettent hors d'usage deux kilomètres de ligne. Pour cela ils font sauter trente-six poteaux. Le câble de rechange amené immédiatement par l'équipe de réparation allemande, disparaît avant même que cette dernière ait pu l'employer. L'occupant, acculé, n'a plus d'autre parade que de prendre des otages. Ceci entraîne nécessairement la suspension provisoire des opérations. Les communications de la L.T.12 n'en avaient pas moins été interrompues pendant quatre cent trente cinq heures. Et ce, au lendemain du débarquement!Le 15 août, le front se rapproche nettement. Il apparaît nécessairement cette fois d'anéantir l'équipe de réparation, seule manière d'assurer un sabotage permanent de la L.T.12. Au lieu dit Bondon, entre Alle et sedan, la route passe en tranchée entre deux remblais hauts de quatre mètres. Les poteaux sont à nouveau abattus. Le camion des réparateurs pénètre lentement dans la tranchée. Sur les deux talus des maquisards à l'affût sont couchés sur le sol; Un officier S.S. jaillit du camion, revolver au poing, au momemnt même ou le véhicule ralentit. Il bondit sur le talus de gauche. Il se trouve au milieu du commando d'Orchimont. Une rafale le fauche irrémédiablement. Le combat devient général. Le camion est neutralisé, le moteur calé, le réservoir troué une partie de l'escouade allemande qui s'est réfugié sous le véhicule est attaquée à la grenade. Deux autres de ses hommes qui eux avaient réussi à atteindre le fossé sortent les bras levés et implorent leur ennemi invisible en se dirigeant vers le milieu de la route: « Nicht schiessen…». Ces deux-là, deux gradés, seront les seuls survivants. Ils seront faits prisonniers. Leurs camarades sont morts ou grièvement blessés. Le camion est incendié. Les blessés sont transportés vers Alle avec les deux gradés indemnes. Les morts sont ramenés vers le village. Que faire? Une convention militaire d'un type probablement inédit intervient entre vaincus et vainqueurs. Les blessés seront remis à l'autorité militaire allemande en m^me temps que les corps des morts à la seule condition qu'ils déclarent avoir été attaqués par des parachutistes américains. Cette précaution évitera de nouvelles représailles sur la population.Le maquis d'Orchimont a réalisé sa mission. Une préparation sérieuse a permis des sabotages sérieux et un harcèlement décisif sur un ennemi en retraite. Le seul fait de l'existence du maquis a par ailleurs donné à toute la région un moral élevé que la réapparition des bérets verts des Chasseurs Ardennais n'a pas peu contribué à soutenir.Les opérations de la Basse Semois ont comporté dix « coups » semblables à celui de Bondon. Ix fois l'ennemi fut ralenti, voir arrêté. Ses communications téléphoniques, ses relais radio ont perdu leur efficacité. Une fraternité d'armes franco-belge s'est par ailleurs recréée. Les rapports avec la 102° U.S. dont deux officiers furent par la suite décorés avec leurs camarades belges, ont apporté à l'avance alliée une aide sans laquelle l'action d'avant-garde eût été dangereuse et incomplète.Coût de l'opération: dix-sept hommes perdus en combat. Cinq autre emmenés par les Allemands ne sont pas revenus des camps de concentration. Les pertes ennemies dans l'ensemble de la Basse Semois ont dépassé cent cinquante hommes. En fait ce bouchon des bérets verts sur les lignes de communication et sur les voies de retraite de troupes que talonnait les Américains a obligé des régiments allemands et particulièrement des blindés à des détours considérables et a des retards dont l'offensive libératrice a enregistré les effets bénéfiques.A l'heure où la pointe Est du territoire national sera libérée, les bérets verts des Chasseurs Ardennais seront en première ligne.L'action des maquisards d'Orchimont s'est étendu en fait sur trois mois. Mais durant ces semaines décisives, l'héroïsme a été le lot quotidien des hommes du Commandant Benoît. Source bibliographique: "Histoire de Résistants" par W. Ugeux (page 73 et suivantes) paru aux Editions Duculot, 1979 ). La RésistanceAndrée De Jongh, une vie vouée aux autres vies Introduction Par une chaude après-midi du mois d'août 1941, Andrée De Jongh entrait dans le bureau du consulat britannique de Bilbao. Elle venait tout droit de Bruxelles et avait accompli un exploit que personne ne croyait possible.Le vice-consul qui la reçut, quoique surmené, se leva poliment et regarda la jeune fille sans montrer les soupçons qu'il nourrissait à son égard.-Mademoiselle De Jongh?La jeune fille acquiesça mais ses yeux ne bronchèrent pas sous le regard sévère.-Il est plus sur que vous m'appeliez Dédée, dit-elle.-Le consul de Saint-Sébastien m'a parlé de vous. Racontez-moi votre histoire.- Je suis belge et j'arrive tout droit de Bruxelles. J'ai amené deux Belges qui veulent se battre pour les Alliés et un soldat écossais. Nous avons quitté Bruxelles la semaine dernière et passé les Pyrénées il y a deux nuits.Le consul regarda avec incrédulité la petite silhouette vêtue d'une simple blouse de toile et d'une jupe, avec des souliers plats et des soquettes blanches.- Où est 'Ecossais, demanda-t-il?- En bas avec les deux Belges.- Combien de temps a pris votre voyage- Je vous l'ai dit, environ une semaine.- Comment avez-vous traversé les Pyrénées?- J'ai des amis belges près de Bayonne qui m'ont procuré un guide basque qui nous a passés sans problème. Elle ajouta vivement- Il y a beaucoup de soldats et d'aviateurs cachés à Bruxelles, la plupart survivant de Dunkerque. Je peux vous les amener.Un ami et moi avons établi une ligne d'évasion de Bruxelles a Saint-Jean-de-Luz. Avec de l'argent nous pouvons avoir des guides pour traverser la montagne.Le consul dissimula son incrédulité.- Quel âge avez-vous?- Vingt-quatre ans.Il regarda ses bras nus. Ils étaient minces et délicats. Son visage non maquillé était intelligent. Sa bouche et son nez, sans être beaux, étaient décidés et attachants. Il y avait en elle une volonté et une décision impressionnantes.- Mais vous n'êtes qu'une jeune fille. Vous n'allez pas traverser à nouveau les Pyrénées?Mais si. Je suis aussi forte qu'un homme. Les filles attirent moins l'attention que les hommes. Mon guide basque me ramènera. Si vous m'aidez, je peux vous amener d'autres Anglais. Aidez-moi je vous prie.Le consul resta impassible.- Des soldats britanniques nous intéressent évidemment.Naturellement. Nous vous amènerons autant de combattants que nous pourrons. Tout ce que nous demandons c'est de l'argent pour payer les guides, nourrir et loger les hommes le long de la route de Bruxelles à Bilbao.- Combien cela coûte-t-il d'amener un homme de Bruxelles? Il la regarda attentivement. N'était-elle pas un agent envoyé par les Allemands?Elle avait cependant l'air trop innocent pour trahir et elle répondit sans hésiter:- Six mille francs belges jusqu'à Saint-Jean-de-Luz et quatre mille francs pour le guide.Le consul répliqua qu'il devait en référer à ses supérieurs et lui demanda quand elle pourrait amener un autre groupe.- Dans trois ou quatre semaines, répondit-elle.Ils se séparèrent, mais sous son apparence impassible, le consul était déjà convaincu. Il lui fut cependant beaucoup plus difficile de convaincre ses supérieurs.Pendant trois semaines, Andrée dut patienter à Bilbao. Chaque jour on lui disait qu'on attendait desinstructions.Finalement un membre de l'ambassade britannique à Madrid, Timothy vint la contacter, fut convaincu et lui donna le feu vert.Andrée rentra à Bruxelles et c'est ainsi que fut créée ce qui devait devenir la plus importante ligne d'évasion, appelée par la suite le réseau « Comète ». Pendant les trois années de son existence huit cents militaires alliés dont près de trois cents aviateurs furent sauvés et rejoignirent l'Angleterre pour combattre à nouveau. Le petit « cyclone »Née en 1916, sous l'occupation allemande, Andrée De Jongh était la fille cadette du directeur de l'école primaire de la rue Gaucheret à Schaerbeek, Frédéric De Jongh, dit « Paul »par la suite.Toute enfant, son père lui racontait l'histoire d'Edith Cavell et de Gabrielle Petit, sur la tombe desquelles il conduisait chaque année les enfants de son école.Les héros d'Andrée étaient Jean Mermoz et le Père Damien. Elle désirait devenir infirmière, mais comme elle avait beaucoup de dispositions pour le dessin, elle se tourna vers les arts décoratifs, tout en suivant des cours du soir de la Croix-Rouge qui lui permirent de devenir ambulancière.Devenue dessinatrice publicitaire, Andrée travaillait pour la Sofina à MalmédyLe 10 mai 1940, elle rentra à Bruxelles et, après la capitulation de l'Armée belge, elle servit comme infirmière dans un hôpital militaire de Bruges où elle soigna des blessés belges et anglais.Revenue à Bruxelles en décembre 1940, elle apprit que de nombreux soldats britanniques se cachaient et elle s'occupa, avec un groupe d'amis, de les nourrir. Mais son esprit pratique lui fit chercher une meilleure solution, car les difficultés du ravitaillement croissaient, ainsi que le danger pour ceux qui les hébergeaient. Il fallait leur faire rejoindre l'Angleterre pour qu'ils puissent reprendre le combat et la meilleure voie semblait passer par l'Espagne.Les difficultés étaient innombrables, à commencer par les problèmes d'argent. Mais ce n'était pas sans raison que Frédéric De Jongh avait surnommé sa fille cadette le « petit cyclone ». Les difficultés la stimulaient; elle commença par vendre ses bijoux dont elle ne tira que cinq cents francs. Mais avec un de ses amis, Arnold Deppé qui devait l'aider dans son entreprise, elle emprunta le complément.Il fallait d'autre part avoir un relais avant le passage des Pyrénées. Le hasard les servit: un ménage belge, les De Greef qui s'était réfugié dans la région de Bayonne, s'était installé à Anglet et M. De Greef servait d'interprète auprès de la Kommandantur allemande de Bayonne.Grâce à un intermédiaire, Mme De Greef apprit que l'on cherchait un relais et offrit sa maison. Son nom dans le réseau devint « Tante Go », tandis que son mari fut l' « Oncle ». Ils travaillèrent dans le réseau jusqu'à la Libération. Avec l'aide d'Arnold Deppé, Andrée entreprit son premier voyage avec onze Belges. Après avoir franchi la frontière franco-belge, il fallait traverser la Somme, limite sévèrement gardée entre le nord de la France et le restant de la zone occupée.Dans la nuit on partit pour Corbie où une barque devait permettre le passage, mais elle ne se trouvait pas au rendez-vous.« Qui sait nager? » demanda Andrée. Il n'y eut que quatre mains qui se levèrent. On finit par trouver une corde et une chambre à air d'auto. Andrée se déshabilla, traversa la rivière à la nage et alla attacher la corde à un arbre. Elle revint chercher ses compagnons; nageant d'une main et soutenant chacun d'eux, elle fit ainsi douze fois l'aller et retour, obsédée par une seule préoccupation: «Si on se fait coffrer, comment arriverons-nous à avoir un air digne dans cette tenue? »« A la fin de juin », raconte Mme De Greef, « je vis arriver une jeune fille blonde et souriante ».- « Bonjour Tante Go», me dit-elle, « c'est une nouvelle nièce qui vous amène pas mal d'enfants ».- « Beaucoup» demandai-je?- « La douzaine ».C'était tout un problème qui finit par être résolu, mais arrivés en Espagne, les fugitifs se firent coffrer par la police espagnole qui les remit aux mains des Allemands. Aussi Andrée décida, au voyage suivant, de contacter les autorités britanniques et c'est dans ce but que nous l'avons retrouvée chez le consul britannique de Bilbao.Mais le voyage ne se déroula pas aussi bien que la première fois. Arnold Deppé fut pris à la frontière franco-belge avec six Belges. Andrée, qui avait pris une autre voie, réussit à amener deux Belges et un Ecossais jusqu'à Bilbao. Cependant son signalement avait été donne et elle était «brûlée» en Belgique. Jusqu'à ce moment elle n'avait pas dit à ses parents quel était le genre d'activité qu'elle avait. Elle se confia alors à son père et ils décidèrent que ce serait lui qui reprendrait contact avec les hébergeurs et amènerait les «colis» jusqu'à la frontière et qu'Andrée les convoierait en France. Le passage de Paul Henry de la LindiDans son journal trouvé à Londres après son exécution par les Allemands, Paul Henry raconte le voyage qu'il fit en compagnie d'Andrée De Jongh depuis la frontière belge.« Nous voici arrivés à Feignies. M. De Jongh nous invite à descendre pour nous présenter au guide définitif qui nous accompagnera jusqu'en Espagne. Nous le suivons à distance et le voyons se diriger vers un groupe de trois jeunes femmes, dont il embrasse l'une qui, comme par hasard, est la plus jolie. Comme nous n'allons pas tarder à le savoir, il s'agit de sa propre fille que l'on appelle Dédée. Les présentations sont faites: Dédée et Elvîre (Morelle) vont nous accompagner, tandis que la troisième demoiselle rentrera à Bruxelles avec M. De Jongh. Nous remontons dans le train: dès lors l'expédition est au complet, Dédée en est le chef et je n'en reviens pas C'est une frêle jeune fille qui paraît vingt ans, très jolie, avenante, aimable, enjouée et simple. Elle semble avoir l'insouciance d'une jeune étudiante qui partirait en vacances après avoir réussi ses examens. Parlant d'elle, son père m'avait dit: « C'est un as » et au relais d'Anglet on me racontera ses invraisemblables exploits, on me dira: « C'est une fille extraordinaire », tandis qu'à Madrid un colonel anglais la qualifiera de « pure héroïne de légende » Elle n'est cependant qu'une douce petite fille de chez nous, qui accomplit inlassablement, le plus simplement du monde et toujours avec le sourire, le métier le plus périlleux qui soit. Elle fait passer des types dans mon genre, de même que des Anglais restés en Belgique ou dont les avions ont été abattus. Ce voyage c'est le quinzième qu'elle fait sans encombre. Chaque traversée de la montagne dure seize heures, équivalant à 80 kilomètres en terrain plat.Les Anglais, qui sont peu suspects de sentimentalisme, ne parlent d'elle qu'avec une admiration qui confine à la ferveur: ils la considèrent comme une manière de synthèse d'héroïsme et de simplicité. Arrivés au relais d'Anglet, on parla beaucoup, - histoire de nous encourager - de la dure étape du lendemain: il s'agissait tout simplement d'aller à pied de Saint-Jean-de-Luz jusqu'à un village situé entre Irun et Saint-Sébastien, ce qui représente quarante kilomètres à couvrir dans la montagne en une douzaine d'heures de marche. Nous fûmes prévenus que, fréquemment, les « clients » devaient être transportés à dos d'hommes en fin d'étape, tant ils étaient fatigués (ce qui fut le cas pour deux d'entre nous).A un certain moment le guide s'arrêta: « C'est exactement ici que nous passons la frontière espagnole, nous dit-il avec solennité. Vous voyez à deux cents mètres, cette espèce de monticule? C'est la baraque des carabinieros; il faut passer le plus vite possible et dans le plus grand silence. » Je fus cruellement déçu: « Comment, me dis-je, voilà plus de six heures que nous marchons et je me croyais déjà dans les faubourgs de Madrid !... Je me retournai vers Dédée, qui venait derrière moi, chargée d'un rucksack qui contenait le courrier et pesait au moins quinze kg. Les guides avaient, tout fait pour la convaincre de le leur confier, mais elle n'avait rien voulu entendre, n'ayant confiance, qu'en elle-même. « Vous allez vous faire claquer à ce métier, » lui dis-je. Non répondit-elle, depuis que je fais ce métier, j'ai grossi de deux kilos, c'est beaucoup trop». Me souvenant du paquet de vivres dont je m'étais débarrassé, j'eus honte.»Le courrier que Dédée transportait exceptionnellement, elle s'en était chargée pour dépanner un réseau de renseignement qui avait été cruellement décimé par les Allemands et qui devait faire parvenir à Londres des documents importants et deux exemplaires de petits obus dérobés dans les bureaux de l'occupant. Elle les avait passés au nez et à la barbe de l'ennemi, qui avait cependant fouillé consciencieusement le train où elle se trouvait. Elle alla jusqu'à faire la conversation avec la sentinelle allemande, à la grande indignation des autres voyageurs.Normalement les réseaux de résistance ne mélangeaient pas leurs missions, afin de limiter les conséquences en cas de malheur.Comment Dédée avait-elle une telle résistance physique ? Elle explique qu'elle avait l'habitude de s'entraîner sévèrement et régulièrement, soit à la natation qu'elle pratiquait assidûment, soit en faisant de grandes randonnées dans la campagne bruxelloise.De cas épuisants allers et retours, Andrée De Jongh en accomplira seize, franchissant trente-deux fois les Pyrénées dans un sens ou dans l'autre par tous les temps.Aux Britanniques, elle ne demanda jamais que le remboursement frais de train et d'hébergement, refusant farouchement tout supplément, car elle voulait garder l'indépendance de son réseau.Il était cependant nécessaire d'avoir de l'argent en réserve pour parer les coups durs. A la fin des hostilités, une somme importante était disponible, que l'on voulut rendre aux autorités britanniques. Celles-çi refusèrent, car les formalités administratives auraient rendu la chose impossible.Il fut alors décidé que cet argent serait utilisé pour créer des bourses d'études. Il dura près de quinze ans. La Geheime Feldpolizei.Les agents allemands pullulaient an Espagne et il était fatal que l'on apprit à Berlin qu'une chaîne d'évasion, franchissant les Pyrénées, amenait jusqu'à Gibraltar les aviateurs abattus.Il semblait que l'organisation avait son point de départ en Belgique. La G.F.P. (Police secrète militaire) fut renforcée par une section spéciale de la Luftwaffe. Mme De Jongh raconte:« Dédée était venue chez nous en cachette pour voir où en était la situation. Vingt-quatre heures après son arrivée, il y avait une réunion à la maison avec plusieurs agents de la Résistance et, entre autres, celui que l'on appelait «Coco» et en qui nous avions encore confiance. Par la suite nous avons su qu'il avait pris des photos à l'insu de tout le monde et nous avait trahis.Le jour d'après, mon petit-fils Martin qui était à la fenêtre aperçoit une petite voiture qui s'arrête devant la maison et d'où sortent deux officiers allemands en uniforme. Cette fois, comme nous l'avons appris, ce n'était plus la Gestapo, mais la G.F.P.; Martin dit à Dédée: «Voilà les Allemands.» Il neigeait beaucoup. En prévision d'une visite de ce genre, Dédée tenait toutes ses affaires prêtes. Elle est descendue à l'appartement de sa sœur aînée au rez-de-chaussée, où elle a attendu d'être sûre que les deux Allemands fussent dans la pièce de devant de notre appartement. Elle a alors mis ses bottes et son manteau, et Frédéric, mon autre petit-fils, l'a aidée à monter sur le mur de clôture. En marchant sur celui-ci elle est arrivée à un terrain vague où elle a sauté et réussi à sortir dans une rue derrière le bloc de maisons. Elle est partie chez une amie qui travaillait pour nous comme boîte aux lettres et chez qui arrivait le courrier. Pendant ce temps, Frédéric courait dans tous les sens pour effacer les traces des pas de Dédée dans la neige.Le père de Dédée, Frédéric De Jongh, dut aussi entrer dans la clandestinité car les Allemands ne pouvaient imaginer qu'une organisation pareille était l'œuvre d'une jeune fille et le croyait le chef du réseau.Sa tête fut mise à prix pour un million de francs belges, somme énorme pour l'époque et dont le chiffre indique bien l'importance que l'ennemi attachait à la destruction de la ligne d'évasion. M. De Jongh se laissa finalement convaincre de quitter Bruxelles le 30 avril 1942 pour aller installer un relais à Paris. L'arrestationLe 15 janvier 1943, Andrée et trois aviateurs se trouvaient dans une ferme à Urugne, attendant la nuit pour passer la montagne. Ils entendirent une voiture s'arrêter. Sur le ton de la plaisanterie, Andrée dit: « Gestapo » et un des aviateurs, entrant dans le jeu, sortit de sa poche un canif dont il ouvrit la lame, qu'il dirigea vers la porte d'un air comiquement menaçant. Mais déjà résonnaient dans la grande salle commune un bruit de bottes et des ordres hurlés en allemand.Andrée et les trois hommes virent la porte s'entrouvrir et un canon de mitraillette passer entre elle et l'embrasure. « Hànde hoch » brailla une voix, tandis que la porte était poussée d'un coup de pied.« Où est le cinquième ? demanda celui qui commandait. Cette question fit comprendre à Andrée que le valet de ferme qui était venu la veille au soir avait trahi. Sinon comment auraient-ils pu savoir qu'ils étaient cinq à la ferme ? Fiorentino, le passeur, qui était allé à Saint-Jean-de-Luz, manquait au tableau.Andrée fut incarcérée à Châteauneuf, puis à la villa Chagrin à Bayonne. Elle y fut très sévèrement interrogée pour savoir où était son père que les Allemands supposaient être le chef du réseau. Elle refusa évidemment de le dire et fut menacée de torture.On était au mois de janvier. Elle fut enfermée dans un cachot où elle ne pouvait ni se coucher, ni dormir et, pendant cinq jours, fut privée de nourriture et ne reçut que le minimum vital de boisson. Elle tomba dans une espèce de torpeur qui empêcha peut-être le paroxysme de la souffrance. Ses pieds se mirent à gonfler et, quand on la fit brutalement sortir, elle souffrait cruellement d'un phlegmon. Elle fut alors incarcérée au fort du Hâ à Bordeaux. Voici comment elle décrit cette incarcération, malgré la très grande modération qu'elle montre toujours:« C'était dégoûtant. Même pas d'eau courante pour les toilettes ! Une vraie cochonnerie ! Dans ma cellule nous étions quarante, quarante femmes arrêtées pour les motifs les plus variés et dont certaines étaient très malades... Je n'ai trouvé place pour dormir que sur la paillasse d'une tuberculeuse au dernier degré, que les autres prisonnières s'efforçaient d'éviter. Au matin, j'étais toute mouillée de transpiration... »Elle fut alors transférée à la «Maison blanche», une autre prison d'où ses amis firent des plans pour la faire évader; mais avant qu'ils ne puissent y parvenir, elle fut transférée à Fresnes près de Paris. De nombreuses autres arrestations, dont celle de Jean Greindl décimèrent le réseau. A Paris, Frédéric De Jongh, qui avait repris la direction du réseau après l'arrestation de sa fille, fut lui aussi arrêté en mai 1943 à cause d'un traître qui s'était présenté pour faire passer les fugitifs à la frontière franco-belge. Le 28 mars 1944, il fut fusillé au mont Valérien.Andrée De Jongh fut longuement interrogée par un officier très intelligent qui, un moment donné, la menaça de la faire torturer:- Vous êtes prête à subir la torture ? Je suis prête. Et bien vous allez parler.- Je vous répète que je ferai mon possible pour me taire.- On commence- On commence.- Vous êtes vraiment prête ? Je suis prête.Il m'a regardée, il a refermé le dossier et a dit: «Mademoiselle, cette question je ne vous la poserai plus jamais. »J'avais eu très peur! Mais il n'a pas mis à profit son avantage. J 'ai été plusieurs fois interrogée à nouveau, chaque fois pendant huit heures d'affilée. Il posait ses questions avec une subtilité vraiment extraordinaire, mais j'avais appris à mentir comme un vrai arracheur de dents, et mes mensonges coulaient de source au point que j'en avais honte. Il m'écoutait, me laissait aller et, quand j'avais fini de bien mentir, il prenait un air de regret, disant: « Mademoiselle, je vous croyais plus correcte» Vraiment, ce reproche me faisait quelque chose, bien qu'il fût mon ennemi.Entre la France et la Belgique, je crois que j'ai eu à répondre à dix-neuf interrogatoires. Ceux qui font suite au premier commencent tous par la formule suivante: « Je reconnais que, dans l'interrogatoire précédent, telle et telle choses étaient fausses. La vérité est... Et, bien entendu, cette vérité était plus fausse encore que ce que j'avais dit précédemment, étant donné que l'avais eu le temps de réfléchir dans ma cellule. Chaque fois que je formulais un mensonge, je pensais à celui qui devait suivre Si l'on venait à découvrir que j'avais menti. Ce pauvre officier n'avançait pas beaucoup dans son enquête, puisque je ne cessais de le lancer sur de fausses pistes. »Après l'arrestation de son père, de crainte qu'elle ne puisse prendre contact avec lui, elle fut transférée à la prison de Saint-Gilles à Bruxelles, où par le système de communications clandestines utilisé par les prisonniers, elle put entrer en rapport avec sa sœur et sa mère également emprisonnées et recevoir ainsi certains renseignements importants.Interrogée à la fois par la Gestapo et par I'Abwehr, elle se rendit compte qu'ils étaient dans la situationde quelqu'un qui, s'étant emparé d'une ficelle très embrouillée, ne sait pas par quel bout la dévider.« Les questions qu'ils m'ont posées me prouvèrent qu'ils n'en étaient encore qu'aux tâtonnements, bien qu'ils eussent établi un organigramme de notre réseau qui n'était pas Si mal fait, après tout. Je me suis appliquée à leur prouver que ce schéma était faux, qu'ils n'avaient rien compris et leur ai fourni une foule de précisions, fausses bien sûr, qui ont achevé de leur faire perdre la tète. »Interrogée par la Gestapo, Andrée se rendit compte qu'ils haïssaient cordialement les officiers de l'Abwehr ou plutôt de la Luftwaffe Polizei qui d'ailleurs les méprisaient. « Je suis persuadée que I'Abwehr s'est empressée de me faire partir pour l'Allemagne, afin de placer la Gestapo dans l'impasseou, à tout le moins, de l'empêcher de m'arracher des aveux au moyen de procédés auxquels je ne sais pas si j'aurais été en mesure de leur résister. »« Classée Nacht und Nebel, je n'existais plus que sous la forme d'un numéro, perdue dans une multitude de numéros tout aussi anonymes et, à condition de me faire bouger un peu, il devenait difficile à la Gestapo de me remettre la main dessus. »Avant son départ, Andrée rencontra une dernière fois Jean Greindl. «Tous les deux prisonniers, nous devions comparaître comme témoins au jugement d'un camarade. Dès le grand matin, à la prison de Saint-Gilles, je m'appliquais à retenir par cœur les messages que m'avaient transmis par la fenêtre des camarades de Nemo, enchantés à l'idée qu'il me serait possible de communiquer avec lui. Ces messages, jamais je ne les oublierai. Témoignages de l'affection que lui portaient ses compagnons de la « ligne », tous, ils exprimaient la même fidélité à leur chef qui les avait entraînés, à l'ami qui leur avait montré la route. Pas une note discordante, pas un mot de regret ou de désillusion, rien que la voix de la fraternité et de l'amitié restées fidèles en dépit des coups du destin. Ce fut la joie de cette dernière rencontre que ces messages transmis sous le couvert d'une conversation banale, interrompue périodiquement par les « Ruhe! » impératifs de la sentinelle. Et Nemo, plein d'émotion, écoutait à travers ma voix celles de ses compagnons, en me confiant tout bas sa réponse. Ce fut là notre dernier entretien: comme il fut heureux malgré tout, chaleureux et fraternel! »Le 29 avril 1943, Jean Greindl était condamné à mort et transféré à la caserne de gendarmerie d'Etterbeek. Le 7 septembre, il était tué dans un bombardement aérien allié. En AllemagneIl est possible qu'Andrée De Jongh ne fut pas exécutée parce que les Allemands avaient l'intention de se servir d'elle comme otage, peut-être en vue d'un échange. Elle apprit cependant après la guerre que seules les femmes prises les armes à la main étaient exécutées.Au début de son transfert en Allemagne, elle vécut dans des prisons, où le régime quoique extrêmement sévère, laissait plus de chance de survie que dans les camps de concentration. Elle passa par Essen, Zweibrücken, Mesum (Westphalie) et puis à Kreuzburg en Haute-Silésie, où elle travaillait treize heures par jour dans une ferme d'état. La ration des prisonnières y était tellement réduite qu'elles Se mirent en grève. Andrée était une de leurs interprètes et fut menacée d'être exécutée, mais comme la récolte devait être faîte, on leur donna une légère satisfaction.Les Britanniques montrèrent une grande reconnaissance aux Belges et aux Français qui avaient aidé les leurs à s'échapper. Ils envoyèrent plus de huit mille lettres de remerciement et distribuèrent de nombreuses décorations.Dédée, Michou et la Tante Go reçurent la" George Medal", la plus haute décoration qui puisse être donnée à un civil.Dédée fut reçue à Londres par le Roi et la Reine et fêtée pendant plusieurs jours. Epilogue.Quand on demande à Andrée De Jongh quel est le souvenir le plus marquant qu'elle garde de ces années de guerre, elle répond sans hésiter que c'est celui de la gaieté qui régnait parmi ceux qui risquèrent leur vie à tous les instants.Ils avaient fait une fois pour toute le sacrifice de leur vie, ils remplissaient une mission exaltante, ils participaient directement à la lutte contre les oppresseurs de leur pays. En ce qui la concerne personnellement, la très grande admiration qu'elle avait pour les héroïnes de la première Guerre mondiale la portait à vouloir suivre leurs traces, mais d'autre part sa vocation d'infirmière l'incitait à sauver des vies plutôt qu'à les sacrifier.En rendant leur liberté à des soldats, et spécialement à des aviateurs, qui pouvaient reprendre le combat pour délivrer son pays, elle accomplissait la double mission dont elle avait toujours rêvé. C'est en réalisant ainsi ses aspirations les plus profondes qu'elle put, pendant un an et demi, braver l'ennemi et risquer chaque jour les dangers les plus terribles, la torture et la mort, en gardant le sourire et en répandant la bonne humeur autour d'elle.Quand par la suite, elle put consacrer de nombreuses années aux soins des lépreux, elle réalisa sa deuxième vocation, celle d'infirmière, elle put marcher sur les traces de cet autre archétype de sa jeunesse, le Père Damien.Andrée De Jongh, nous donne l'image d'une vie parfaitement réussi, qui a put réalisé dans son âge mur le double rêve de ses premières années. Source bibliographique: "20 Héros de chez nous" par le Général Crahay. La RésistanceLes ménapiens sont puissants André Cauvin Racheté à une compagnie immobilière, dont les affaires n'avaient pas connu le succès qu'avaient escompté ses promoteurs, l'imposant immeuble qui fait face au Palais de Justice de Bruxelles, sur la Place Poelaert, abrite le ministère de la Justice.Un sous-chef de bureau, grade modeste dans l'administration, va faire partir, de cette place Poelaert, une des organisations de la Résistance qui, dans le domaine du renseignement, connaîtra l'essor le plus considérable et les succès les plus brillants.Georges Leclercq est un mutilé de la première guerre. Il avait deux fils: Georges et Bernard. Au cours de la campagne des dix-huit jours, son fils Georges ( appelé Jojo ) est mort à l'ennemi. Georges Leclercq consacrera les mois qui lui restent à vivre à venger la mémoire de ce soldat abattu. Le groupe qu'il va fonder s'appellera « LUC ». Le premier complice de Georges Leclercq sera le concierge de l'immeuble administratif. Magnifique recrue! Qui s'inquièterait des allées et venues autour de la loge de ce personnage?Dès novembre 1940, l'avocat André Cauvin et le commandant Henri Bernard sont aux côtés de Georges Leclercq. Le service « LUC » va évacuer de nombreux Belges, des prisonniers français évadés et un grand personnage britannique, récupéré parmi les membres du corps expéditionnaire qui n'ont pu ni réembarquer à Dunkerque, ni accepter d'être faits prisonniers. A la fin de 1941, « LUC » est une grande administration et près de quinze cents patriotes lui apportent leurs concours. Parachuté pendant l'été 1941, Pierre Vandermies apporte des fonds à « LUC » et à un service voisin qui s'appelle « ZERO ». Il annonce l'arrivée d'agents de transmission, porteurs de postes émetteurs.Déjà, hélas, le ver est dans le fruit. Un traître, l'un des plus importants collaborateurs des polices d'occupation, a pris contact avec la périphérie du service «LUC». Adolphe Manet tient un café à Bruxelles, à la Chaussée d'Ixelles. Dès 1941, il offre ses services à la police allemande. Il en devient l'agent 313. Il fera des ravages pendant plusieurs années et ne sera arrêté qu'à la Libération et sera ensuite condamné à mort. Manet trahit pour de l'argent. Il organisera même une fausse ligne de départ vers la Grande Bretagne, pour laquelle il s'est fait verser des sommes considérables, sous prétexte de frais, par ceux à qui il a offert de les conduire jusqu'à Lisbonne et, qu'ensuite, il conduit à la Gestapo. C'est lui encore qui trahit à Toulouse Pierre Bouriez, chef du service «SABOT», responsable de la majeure partie des activités clandestines belges dans la France non occupée.Personne encore, en 1941, ne soupçonne «Adolphe» d'être le traître qu'il est. «LUC» va aborder le grand tournant de son destin par l'arrivée du capitaine artilleur Jean Cassart. A la capitulation française, le capitaine Cassart souffre encore d'une blessure qu'il a reçue pendant un stage à l'aviation. Il parvient néanmoins en Angleterre d'où, en octobre 1941, il est parachuté en Belgique avec un agent radio, Henri Verhaegen.Or, Henri Bernard, adjoint de Georges Leclercq, est un camarade de promotion de Jean Cassart. Les deux hommes se retrouvent donc et entreprennent de réaliser les instructions dont le parachuté est porteur. Ces instructions sont relativement maladroites, parce que les services de Londres n'ont pas encore compris la valeur de certains cloisonnements. «LUC» est invité à s'associer à des groupements de réorganisation militaire et à entreprendre des activités de sabotage.Pour ce faire, d'ailleurs--miracle qui ne se reproduira plus--, Cassart obtient des parachutages d'explosifs et d'armes relativement importants. Avec ce matériel parachuté, les agents de «LUC», et avec eux le colonel Lentz, le colonel Bastin et le commandant Claser, qui sont les chefs de ce qui sera plus tard la «Légion Belge» puis l'«Armée Secrète», entreprennent--parfois avec certaines rivalités de groupes--une action qui sera très efficace. Efficace au point d'alerter l'ennemi. En efet les parachutages de Jean Cassart comportent des engins aimantés susceptibles de mettre le feu à des réservoirs d'essence, des «altimètres», instruments astucieux qui font exploser l'avion dans lequel on les a camouflés lorsque l'appareil atteint une certaine altitude, et des crayons qui ressemblent fort à ceux dont se servent les écoliers, et qui eux aussi mettent le feu à un moment déterminé à tout ce qui entoure la place où on les a introduits.Dans le même temps, d'ailleurs, fonctionne dans le service «LUC» un chimiste brillant, Louis Henri; avec son épouse il a équipé, aux environs de la Basilique de Koekelberg (faubourg de Bruxelles) un petit laboratoire familial dans lequel il a mis au point une formule de pastilles incendiaires. Une seule de ces pastilles de carborundum tombée dans le réservoir d'un véhicule, détruit, corrode, troue les mécaniques les plus solides. En quelques mois, «LUC» peut mettre à son actif au moins trois avions «paralysés» à Deurne près d'Anvers et pas mal de convois d'armements stoppés définitivement.On comprend que les autorités d'occupation aient trouvé que les services du traître Manet n'étaient pas trop chèrement payés, s'ils permettaient d'enrayer le développement d'une action aussi nocive. Hélas, il semble que, vers cette époque de la fin 1941, un courrier du service «Zéro», dont le patriotisme n'est peut-être pas douteux mais dont le courage était médiocre, se soit fait prendre dans le sud de la France, porteur de documents compromettants. Interrogé avec une certaine brutalité, l'homme donna des noms, ceux de Fernand Kerkhofs et de Jean Moens, qui dirigeaient le service «Zéro, camouflés dans un entresol du Palais du Comte de Flandre, Place Royale à Bruxelles, ceux de Georges Leclercq, d'André Cauvin et d'Henri Bernard qu'il avait connu dans le service «LUC».L'homme accepta, ou fit semblant d'accepter, de travailler pour les Allemands. Mais lui n'était pas un autre Manet. Il se précipita à Bruxelles pour avertir les hommes qu'il avait eu la faiblesse de dénoncer. Ceux-ci prirent le maquis. Fernand Kerkhofs et Jean Moens furent abrités par un notaire hennuyer, M. Dehem, qui allait payer de sa vie--il n'est pas revenu d'un camp de concentration--son dévouement et son hospitalité. Cauvin, Leclercq et Bernard sont, eux aussi, camouflés. Il est décidé qu'ils rejoindront Londres dès que Jean Cassart et Henri Verhaegen auront été enlevés par l'avion que pilote un squadron leader qu'ils connaissent sous le nom de Dufort et qui doit venir les chercher dans la région de Neufchâteau. Tout est prêt. Une équipe de «LUC» a préparé le terrain. John Mahieu, l'in des collaborateurs de Jean Cassart, dispose d'une petite voiture Opel, porteuse de plaques d'immatriculation du consulat suédois, ce qui lui permet de circuler. Depuis plusieurs jours, tout le monde attend à l'auberge de Vonèche l'arrivée du matériel qui sera parachuté et le Lysander de Dufort qui vient embarquer les deux hommes.Il est sept heures du soir. Nous sommes le 6 décembre 1941. Autour du poste, que le brouillage allemand rend difficilement audible, on écoute anxieusement ces messages personnels par lesquels la B.B.C. transmet des instructions codées aux Résistants du continent. Voici un des messages attendus: «Les Eburons reviendront». Et enfin le message qui annonce l'opération pour le soir même: «LES MENAPIENS SONT PUISSANTS ». Dans le petit café de Vonèche s'est l'agitation et la joie. On se prépare à aller allumer les lampes qui ont été disposées sur le terrain d'atterrissage. A onze heures, l'auto est abandonnéé dans un petit chemin désert. Tandis que John Mahieu, qui a oublié son Ausweis sDans la voiture, retourne sur ses pas pour ne pas abandonner ce précieux document, Jean Cassart et Henri Verhaegen progressent vers la zone balisée. Au moment où toute l'équipe se rassemble, Henri Verhaegen dit tout bas en néerlandais '' Ik hoor spreken '' ( J' entends parler ). Il se passe en effet quelque chose du côté où l'on vient d'abandonner le bagages. Aussitôt le doute est dissipé. C'est la trahison, le traquenard. Le Lysander, ses colis et ses passagers sont attendus. Des motos lourdes surgissent de tous les points de l'horizon. Des hommes casqués s'avancent. Nos trois hommes ne peuvent plus hésiter. Ils courent vers l'auto. Celle-ci est déjà aux mains des Feldgendarmes. Henri Verheagen qui est près des lampes de balisage, sent un pistolet s'appuyer sur sa poitrine. Son agresseur lui dit: «Allume ta lampe ou je t'abats». L'allemand, devant l'immobilité du radio, se penche pour allumer lui-même les lampes. Le bruit du moteur du Lysander se fait plus proche. Dufort cherche le balisage qu'il devrait trouver allumé. Verhaegen lance un fort coup de pied dans le ventre de l'Allemand penché vers le sol, lui arrache son pistolet et le tue. Deux autres Feldgendarmes se précipitent au secours de leur camarade. Ils sont abattus à leur tour.Et le miracle se produit. Le Lysander atterrit, tout phares allumés, sans balisage. Dans le noir, Dufort s'est rendu compte qu'il se passait quelque chose. Il essaye de sauver ses camarades. Une rafale de mitraillette est tirée vers le pilote qui descend de son appareil dont le moteur tourne toujours. Une balle atteint Dufort à la nuque. Inutile pour lui d'insister. Le squadron leader décolle. Celui là au moins les Allemands ne l'auront pas! L'aviateur anglais rejoindra la Grande Bretagne. Il participera à d'autres opérations. En 1944, devenu Wing Commander, il tombera en opération. C'est seulement vingt-trois ans plus tard que, fortuitement, le nom de ce héros sera révélé.Revenons à nos hommes. Des Feldgendarmes courent derrière John Mahieu parti dans une direction. Jean Cassart s'enfuit dans une autre, se cachant où il peut. La plaine d'aviation de rencontre est cernée. Le fugitif passe un ruisseau sur la berge duquel il glisse, perdant son Browning et trempant ses vêtements. L'officier se couche le long d'un mur derrière lequel passent deux sentinelles allemandes. Dans la neige de l'automne, sa fuite à laissé des traces. Mais Cassart, épuisé et blessé, s'affale. Il fait jour lorsqu'un homme le regarde par-dessus ce mur et lui dit: «Vous allez avoir bien froid là» puis disparaît. Dans le matin clair, redressé sur une neige sale, Cassart franchit le mur et tombe dans le cimetière de Neufchâteau. L'homme, probablement était un fossoyeur. A l'entrée du cimetière, une maison dont la porte n'est pas fermée. Le rescapé la traverse. Il débouche dans une rue, juste en face de la Feldgendarmerie! Tout, pourtant, a l'air normal dans Neufchâteau. Un prêtre vient vers notre homme sans paraître remarquer à quel point il est souillé et hirsute. Cassart l'interpelle et lui dit qu'il cherche un refuge et qu'il a besoin d'une aide patriotique. Le prêtre l'envoie un peu plus loin, dans une librairie. Le libraire lui signale que Neufchâteau est sous la surveillance d'une abondante police depuis le milieu de la nuit et lui conseille d'aller prendre, non loin de là, à la halte de Sainte-Marie, un petit train pour Bastogne qui passe au milieu de l'après midi et qui lui permettra probablement de trouver une correspondance vers Liège. Cassart retrouve Henri Verhaegen et les deux hommes décident d'aller chercher refuge chez le sergent De Broeu, un courageux chasseur ardennais qui est à Grand-Halleux, près de Vielsalm, le correspondant du service « LUC » pour la région. Heureusement on réussira à les prévenir que De Broeu a, lui aussi, été dénoncé par Manet. Il a reçu, à l'heure où l'avion de Dufort survolait la région, la visite de trois Feldgendarmes venus le questionner au sujet de Cassart et de Verhaegen. Les policiers l'ont enfermé dans sa chambre pendant qu'ils fouillent la maison. De Broeu entend que son jeune fils, captif dans la salle de bain contiguë, y est l'objet d'un interrogatoire sévère. L'enfant est collé au mur, les bras en l'air. De Broeu ouvre la porte, son revolver d'ordonnance en main, et abat l'interrogateur. Il abat ensuite le deuxième allemand qui se précipite pour sauver son camarade. A ce moment un troisième Feldgendarme qui montait la garde à la porte d'entrée, le mets en joue. De Broeu n'hésite pas et l'abat également. Il prend le temps de détruire le poste de radio de Verhaegen, dont il est le dépositaire et s'enfuit avec son fils.Les Allemands ont arrêté quelques comparses. Mais Cassart, John Mahieu, Henri Verhaegen ont réussi à échapper à l'embuscade. Dufort et son Lysander ont rejoint la Grande Bretagne.Mais les bagages préparés sont tombés aux mains de l'ennemi. Or, ces bagages comportent pas mal de documents compromettants. L'orage qui s'est abattu sur le service « LUC », et dont les retombés menacent le service « Zéro » et les divers groupes de reconstitution militaire dont bientôt naîtra l'« Armée Secrète », peut être mortel. Une série de mesures doivent être prises d'urgence pour que soient limitées les conséquences de l'analyse des documents qui ne saurait durer longtemps.Rendez-vous est pris, suivant un plan d'ailleurs préétabli et qu'aucun traître ne pourrait connaître, dans un café proche de la gare du Nord à Bruxelles. Mais la Gestapo envahit le café pendant que les chefs du service « LUC » et les trois rescapés s'efforcent de mettre au point une autre stratégie pour l'évacuation des agents brûlés et pour la protection de ce qui reste du réseau.Cassart, cette fois, n'échappera pas. Il est emmené à la prison de Saint-Gilles. André Cauvin, par contre, réussit à s'évader. John Mahieu également. Tous les dirigeants de «LUC», les uns après les autres, doivent à l'intervention du service «Zéro», et surtout de l'admirable équipe qui, à Roubaix, autour de Paul Joly, de Joseph Dubar, de Joseph Verbert, assure le relais de «Zéro» vers la frontière pyrénéenne, la chance de rejoindre la Grande Bretagne. Du groupe des dirigeants de «LUC», seul André Broze, directeur au ministère de la justice, réussit à rester caché en Belgique.Jean Cassart n'échappera pas à la torture. A la prison de Saint-Gilles, des spécialistes venu d'outre-Rhin savent qu'ils tiennent enfin un « gros poisson ». On apprendra bientôt, à l'extérieur de la prison, que le parachuté a été vu, un œil complètement fermé et le visage ensanglanté. On saura encore qu'il a quitté Saint-Gilles. Après c'est le silence. Il est transféré « Nacht und Nebel », c'est à dire dans un régime administratif et pénitentiaire qui équivaut à la mort. Parmi ses amis de la Résistance, Cassart est tenu pour mort. Lui-même, d'ailleurs, considérait qu'il ne valait guère mieux. Un jour pourtant, raconte-t-il, caché au fond de sa prison, il entendit deux voix qui chantaient la « Brabançonne » tandis que le martèlement d'une escorte militaire s'éloignait avec ceux qui chantaient ainsi. Jean Cassart sut que le colonel aviateur Daumerie et Paul Lescornez, deux très grands résistants, membres du service « Zéro », pionniers de ce groupement avant même qu'il portât ce nom, s'en allaient à leur heure et leur manière vers le lieu de leur exécution.L'officier ne pouvait pas douter que son heure à lui serait prochaine. Et effectivement, il est transféré à Berlin vers la Cour Militaire qui va le juger. L'issue du procès ne fait pas de doute, même si cette haute juridiction apporte à l'examen du cas de cet officier d'artillerie, qui a accepté d'être parachuté et qui a été le nœud d'un drame dans lequel une demi-douzaine de Felgendarmes ont trouvé la mort, une dignité et une sérénité dignes d'estime. Pendant sa longue détention, Jean Cassart a accumulé de petites réserve de biscuits qui traînent dans les poches de son costume. Il sait que, s'il veut échapper au peloton d'exécution, sa décision devra être immédiate.Providentiellement, à la veille du jour où la Cour Militaire doit se retirer dans la salle de délibération et revenir avec l'inévitable condamnation capitale, Jean Cassart observe que l'une de ses co-accusées obtient des sentinelles l'autorisation de se rendre aux toilettes, à une heure--entre 13 et 14 h--où la surveillance est moins stricte. Elle n'est pas accompagnée!! L'officier demande la même autorisation, lorsqu'il voit sa compagne de misère revenir. Il l'obtient! Le miracle est à portée de main.De portes en corridors, dévalant des escaliers en se surveillant pour ne pas précipiter sa marche, le quasi-condamné à mort se retrouve devant l'énorme tambour qui ferme la salle des pas perdus du Palais de Justice de Berlin. L'une des portes est bloquée. L'autre est gardée par un portier en civil et par un soldat en armes, lequel s'avance vers cet homme qui descend l'escalier. Par déférence pour la Cour Militaire, Cassart a été autorisé à revêtir l'habit dans lequel il a été arrêté et non pas sa tenue de bagnard. Le miracle va-t-il s'interrompre? Non. Cassart lève le bras d'une manière parfaitement conforme au protocole allemand. Il hurle, la voix rauque comme il convient, « Heil Hitler ». Les deux gardiens rectifient la position et lui rendent son salut.Jean Cassart est dans les rues de Berlin en guerre en 1943. Il ne s'est toujours rien passé. Il sera parvenu à trois cent mètres du Palais lorsqu'un remue-ménage dans la rue lui fera comprendre que sa disparition a été constatée. Toujours à la même allure, sans argent et sans vivres, à part quelques bribes de biscuits, le fugitif marche tout le jour et la nuit. Il fait ainsi quarante kilomètres. Jusqu'à ce qu'il arrive à Potsdam. Après un léger repos, il reprend sa marche, dont il sent bien qu'il ne pourra pas la mener à terme. Un passage à niveau se ferme devant lui. Tout pourrait mal finir là. Le miracle se répète. Il entend parler français dans les environs du passage à niveau. Ce sont des travailleurs déportés. L'évadé, jouant le tout pour le tout, leur raconte son histoire. Les hommes vident leurs poches dans les siennes. Il est désormais dans la situation de pouvoir, à partir du troisième jour, prendre place dans les petits trains qui le rapprochent du Rhin et de la frontière. Il réussira à rentrer en Belgique. Le service « LUC », qui entretemps est devenu « MARC » et le service « Zéro » sont rapidement contactés. Pour eux, aucun doute n'est possible: le récit de Cassart est vrai. Une autre affaire sera d'en convaincre à Londres les Belges et les Anglais!Cette histoire ne leur paraît pas tenir ensemble! On ne s'évade pas du Palais de Justice de Berlin, au milieu d'un procès en Cour Militaire. Ou bien il ne s'agit pas de Jean Cassart, ou bien Jean Cassart a accepté de rendre certains services à l'occupant pour « être évadé ». En attendant, notre homme est réintégré dans la Résistance. Il y remplit un rôle efficace. Aucun de ses amis n'a douté de lui. Il arrivera enfin à Londres, mais ce sera, à tout dire, pour y subir un long interrogatoire de sécurité et ce qui sera, en réalité, un emprisonnement à peine camouflé. Il faudra de longues semaines pour que Jean Cassart puisse revêtir à nouveau son uniforme et retrouver la liberté.Le major Eddy Blondeel en fait un des officiers de ce qui va devenir le bataillon parachutiste belge. Jean Cassart sera « droppé » une fois encore, en septembre 1944 dans les Ardennes, avec son unité. Le risque qu'il court, s'il était capturé et reconnu, donne à sa décision une valeur éclatante. Source bibliographique: "Histoires de Résistants" de W. Ugeux, Editions Duculot, 1979. La RésistanceLe service '' ZERO '' -- Groupe Athos Les exploits qu'on va raconter mettent en lumière un groupe de résistants dénommé '' Athos ''Le groupe '' Athos '' est rattaché au service '' Zéro ''. Ses fondateurs, le parachutiste Jean Cornez, qui sera fusillé pendant l'hiver 1942, Fernand Cannoot, responsable de l'ensemble, Edouard Cuvelier, René Mampuys, qui a eu des responsabilités dans le 2ème Bureau de l'état-major belge, et André Moyen, qui est le chef du groupe d'intervention de ''Athos '' auraient tout aussi bien pu l'inscrire à l'inventaire de la Résistance armée ou de sabotage. En fait, ils se sont camouflés dans les services de surveillance des fraudes en matière de ravitaillement, qui dépendait administrativement du Ministère de l'Agriculture et d'une coopération mise sur pied en marge de cette administration, et non sans quelques infiltrations discutables au bénéfices de la collaboration.Fernand Cannoot ( Athos ) et André Moyen ( Capitaine Freddy ) sont dans la Résistance belge des hommes pas comme les autres. Manipulant facilement pistolets et carabines, disposant de véhicules portant les plaques du Ministère de l'Agriculture, ils rendront à un certain nombre d'autres mouvements de signalés services, assumant des missions de sécurité, mettant fin aux agissements de quelques mauvais citoyens et de traîtres infiltrés par les polices d'occupation, s'étant rendus coupables de coups de main sur les centres de timbres de ravitaillement ou même sur les coffres-forts de certains bureaux de poste. Les deux récits qu'on relatera ici ne sont certainement pas les exploits les plus importants ni de Athos, ni du Capitaine Freddy. En revanche, ils sont peut-être parmi ceux qui expriment le mieux une certaine forme de refus de l'occupation et une volonté de participer à la libération de la patrie.Au carrefour de Menuchenet, près de Bouillon, l'armée allemande a installé très rapidement un important centre de radio-communications. A cinq kilomètres à la ronde, tout ce qui approche du carrefour a été vidé. Plus de fermes, plus d'exploitation agricoles, plus d'habitations. Menuchenet, est un élément du dispositif de protection de la Ruhr et du sud de l'Allemagne contre les raids de bombardiers alliés qui se font de plus en plus destructeurs.En 1943, Menuchenet est exactement sur le trajet des bombardiers qui se dirigent vers leurs objectifs militaires dans le sud du Reich. A soixante kilomètres de là, une sous-station installée à Sart-Saint-Laurent avise Menuchenet de l'approche des escadres aériennes britanniques ou américaines. Aussitôt tout l'appareil de défense anti-aérienne ou de camouflage est alerté.Le chef du secteur Athos pour la région est l'instituteur Norbert Mohy, dont le nom de guerre est Noël.Noël est un surprenant observateur. Sa formation pédagogique l'a amené à être dans ses rapports concis, précis et détaillé. Or, il a réussi à faire engager une équipe de travailleurs aux alentours de la station de télécommunications. Ainsi Athos est-il en possession d'un plan détaillé de Menuchenet et de son appareillage. En avril 1943 parvient à Freddy un rapport de Noël indiquant une découverte prometteuse.Les tuyaux d'évacuation d'eau de la base ont été ainsi conçu et disposés qu'il n'est pas impossible à un homme de s'y glisser. Tout aussitôt des mesure d'entraînement sont prises. On concentre des explosifs dans les environs. Marcel-Hubert Grégoire, qui fut dans le sud-est du pays un résistant auquel justice n'a pas été rendue, remplit son side-car de T.N.T et passe tranquillement un contrôle allemand pour l'apporter à Noël.Il faut savoir que les hommes d'Athos ont mis de leur côté beaucoup de « chances ». Avec l'aide du contremaître de l'imprimerie Duculot à Gembloux, ils ont constitué un jeu de faux papiers que l'oeil pourtant averti des policiers n'arrive pas à déceler. Même les documents imprimés sur un fond spécial, très difficile à imiter, sortent à la perfection des mains d'Armand Houard, ce contremaître bossu et héroïque. Des ports d'armes, des permis de circulation de nuit, des feuilles de timbres de ravitaillement résistent ainsi à tous les contrôles. Mais Athos ne s'en est pas contenté. Il a créé -- lisez bien ceci et vous découvrirez l'une des plus énormes audaces de ce groupe de résistance --, il a créé une « Speziale Polizei » auprès du Commandement militaire du pays occupé! Cette police spéciale, munie de documents abondamment cachetés pouvant accorde une autonomie d'action à peu près complète et l'autorisation d'être armé, cette police, tout simplement, n'existe pas. Mais dans l'enchevêtrement des services d'occupation et des autorités de toutes sortes qui rivalisent et donc les compétences se chevauchent, jamais, semble-t-il, un membre d'une autre police ou un membre de l'armée n'a conçu le moindre doute quant à l'existence de la « Speziale Polizei », dont les agents n'étaient autres que les hommes du commando du Capitaine Freddy.C'est à ses hommes -là évidemment, que l'opération de Menuchenet va être confiée. On leur remet, outre le T.N.T., deux crayon à retardement susceptibles de mettre le feu à tout ce qui les entoure. Ces crayons, un agent du réseau « Boucle », les a remis à Freddy. Ce dernier se rend régulièrement dans l'imprimerie de la rue du Houblon à Bruxelles où s'impriment chaque jour un certain nombre de périodiques à la solde de l'occupant. Un autre brillant résistant, Jardini, adjoint du chef du réseau Boucle, l'y accueille et assure de précieuses liaisons. C'est ainsi qu'en ce mois d'avril 1943, un des hommes d'Athos s'introduit dans les tuyaux d'évacuation d'eau de la base ennemie de Menuchenet. Il débouche sans difficulté au cœur même de la base en ayant passé sous tous les postes de contrôle. Il n'a plus qu'à soulever une taque qui ferme la chambre de visite des tuyaux amenant l'eau. A sa droite se trouvent les tableaux de contrôles de l'appareillage de télécomunication. A sa gauche, la cabine à haute tension de la base. Le T.N.T. de Marcel-Hubert Grégoire, les crayons incendiaires à retardement de Jardini sont déposés à l'endroit le plus indiqué qu'aucune imagination de résistant eût pu rêver. L'explosion a lieu. La base est hors d'usage pendant un délai que les autorités d'occupation n'ont pu raccourcir, étant donné l'urgence, qu'en amenant de Charleville une génératrice de secours. Mais le coup était à ce point impensable et la responsabilité des préposés à la sécurité de Menuchenet se trouvait à ce point engagée que l'affaire fut étouffée. Il n'y a pas eu de représailles. Très probablement même, le rapport sur « l'accident » n'a pas dû dépasser une autorité relativement proche et subalterne.Par contre un rapport sur le même sujet, modeste, précis et concis, émanant de Noël et rédigé de sa plus belle écriture sera déposé à « l'Imagerie de Notre Dame » à Bertrix, où se trouve la boîte aux lettres de Athos acheminant le courrier vers les responsables du groupement et vers les services de Londres, où l'on n'y croira d'ailleurs qu'à moitié.Car à ondres on est sceptique. On doute souvent, plus souvent qu'il ne faudrait, de la capacité de la Résistance à réussir des opérations aussi efficaces.Le deuxième récit qui trouve sa place ici baigne dans le même scepticisme. Nous sommes en novembre 1943 et à Beauvechain. Située à proximité de Wavre, de Louvain et de Jodoigne, Beauvechain est une importante base aérienne d'où décollent des Messerschmitt 110. Ces anciens chasseurs bombardiers ne sont plus opérationnels. Ils ont été équipés en avions de surveillance. Pendant la période où ils avaient été opérationnels, Athos avait d'ailleurs réussi à faire engager quelques-uns de ses hommes dans les équipes d'entretien de la base, en sorte que Londres recevait régulièrement des rapports sur l'état des appareils lors de leur retour des opérations sur la Grande-Bretagne, et sur leur capacité de reprendre le chemin de l'île assiégée.En 1943, apparaissent à Beauvechain des appareils qu'Athos connaît. Il s'agit de radars de vol destinés à équiper certains M.110. Ces radars portent le nom de code de Salzburg. Ils ont été inventés par un ingénieur chèque anti-nazi qui travaille dans les usines Philips d'Aix-la-Chapelle et avec lequel Athos a certains contacts. Rapports et documents sont préparés à l'intention de Londres. Ils vont partir par la voie habituelle, c'est à dire qu'ils seront envoyés vers un appartement secret de la Place Meyser à Bruxelles où le service Zéro rassemble des documents destinés à ce que l'on appelle l'Intelligence Service.Après un tri auquel participe René Mampuys, les rapports filmés et dépelliculés sont emportés vers les Pyrénées. Les plus imortants sont éventuellement résumés par un message codé que l'un des « pianistes » de Zéro en Belgique ou en France transmet en priorité à l'état-major allié.Londres ne perd pas un moment pour inviter Zéro et Athos à s'occuper de choses sérieuses et à ne pas se laisser offrir des informations qui ne peuvent qu'être le fruit d'une campagne d'intoxication du contre-espionnage ennemi. Pour les spécialistes alliés, ce genre de radar n'est pas pensable.Le capitaine Freddy et ses hommes ne sont pas du genre à se laisser facilement décourager. On reprend l'enquête à son point de départ.Les Messerschmitt et leur radar deviennent un objectif prioritaire. Au sein de cette priorité le commandant de la base de Bauvechain est lui aussi une priorité. Que Londres jusqu'ici ignore. C'est un personnage de roman policier, buveur, coureur de filles. Il est exactement cette caricature de l'adversaire facile à manipuler et à intoxiquer, auquel les auteurs de romans policiers recourent pour sortir des impasses et des suspenses que leur imagination à échafaudés. Notre homme est de plus un Allemand des sudètes qui n'est pas du tout nazi. En échange de pas mal de facilités qui lui sont apportées, il devient un agent du commando du Capitaine Freddy. Cette fois les précisions transmises à Londres ne permettent plus de doute. Elles ont été vérifiées par deux agents particulièrement qualifiés. 'un, René Hofmann est un technicien d'aérodrome L'autre, M. Jacquet, sera, après la guerre, l'un des responsables de l'aéroport national de Zaventem-Bruxelles.L'intervention de ces techniciens et la précision du deuxième rapport qui parvient à Londres vaut cette fois à Zéro, à Athos et au commando de Freddy de chaleureuses félicitations et une invitation très insistante à faire parvenir à l'état-major de la R.A.F. de nouveaux rapports sur les radars « Salzburg ».On a été piqué au vif chez Athos par le scepticisme des premières réponses de Londres. Aussi propose-t-on tout simplement de voler l'un des Messerschmitt équipé de son radar. Miracle, Londres que ce Salburg inquiète fort, ne dit plus non. Au contraire, on annonce le parachutage et l'arrivée de deux experts de la R.A.F. La ligne d'évacuation « Comète » sera associée à l'opération. Athos et Comète ont deux brillants agents de liaison. L'un est Ernest Marchal surnommé « Signal » parce qu'il a réalisé le faux numéro de la revue de propagande allemande du même nom. L'autre est d'ailleurs le principal artisan du « Faux Soir » Marc Aubrion. Athos a été équipé par leurs soins de ces nouveaux appareils S. Phone qui permettent une véritable conversation entre le sol et un avion. Ainsi, un beau matin de décembre 1943, sont parachutés à Piétrebais dans le Brabant wallon un Canadien et un Néo-Zélandais qui ont accepté la mission de faire décoller le Messerschmitt attendu à Londres.Il y a une difficulté. Quand on dit qu'il y en a une, on ferait mieux de dire qu'il y en a beaucoup. Mais celle-ci est sérieuse. Les moteurs de cet appareils doivent « chauffer » pendant près d'une heure avant qu'on puisse le faire décoller. Et il n'est pas facile de faire chauffer un moteur sans que cela s'entende! Qu'à cela ne tienne. Le commandant de Beauvechain, qui sent venir la fin de la guerre et dont l'anti-nazisme s'exaspère, ne refuse pas de disposer, une certaine nuit, autour de l'un des Messerschmitt qui aura été « mis à chauffer », un groupe de ses hommes prêts à ne pas s'opposer au coup de main préparé.Cette nuit de décembre 1943, les hommes de Freddy et les deux parachutés se glissent sous la barrière de sécurité qui entoure la base de Beauvechain. Un passage a été aménagé dans le fossé. Mais c'est pour se trouver nez à nez avec une sentinelle bien décidé à faire son devoir et qui n'appartient pas, elle, au groupe de candidats traîtres que le Sudète a promis de disposer pour cette nuit-là sur le terrain. La sentinelle est tout aussitôt abattue par un des hommes de freddy. Nécessité fait loi!L'appareil, lui est prêt. Bien sûr, il devra décoller sans éclairage. Au dernier moment les deux parachutés, traumatisés apparemment par le fait qu'il a fallu abattre une sentinelle et parce qu'il y a une évidente allergie entre la mentalité d'un officier et celle d'un résistant, refusent de décoller clandestinement, déclarant que le risque est trop grand. Il faut abandonner l'opération. C'est, très normalement, aux pilotes que la décision appartenait.Athos, qui n'est pas sans ressources, saura se retourner dans les semaines suivantes vers l'inventeur Tchèque pour se procurer finalement l'un des radars secrets, grand comme une boîte à cigares, qui parviendra, un peu plus tardivement, en Grande-Bretagne.La ligne d'évacuation Comète reprendra en charge le Néo-Zélandais et le Canadien qui, grâce à elle, se retrouveront en Angleterre.Les hommes du Capitaine Freddy ont emmené le corps de la sentinelle qui aura été la seule victime de cette opération dont on pouvait attendre une éclatante réussite.Comme tant d'autres actions de la résistance, celle-ci aura été au dernier moment victime d'un de ces accidents humains qui changent la face des événements. Mais comme ni l'officier sudète ni ses complices n'avaient le moindre désir d'ébruiter leur complicité avec des « Terroristen », le soldat qui avait sacrifié la vie à son devoir fut réputé déserteur. Il resta introuvable pour d'évidentes raisonsMais il n'y eut ni prise d'otages ni représailles. Source bibliographique: "Histoire de Résistants" par W. Ugeux, page 145 et suivantes, paru aux Editions Duculot, 1979. La RésistanceRené Bruaux ou '' l'art du pianiste '' On n'a jamais encore, dressé la statistique de ceux qui sont partis vers la guerre à pied, à cheval, en auto, sur un char, en train ou en avion. Il est bien probable que " Roll " constituerait une catégorie à lui tout seul. Cet ingénieur technicien n'a, en effet, pas trouvé de manière plus original de s'engager dans la grande aventure que de prendre les commandes d'un tramway.C'était un vieux tramway brinquebalant qui desservait, en 1940, la région du Centre ( La Louvière - Charleroi )." Roll " n'a pas trente ans. Il est affecté à une centrale électrique depuis qu'il a obtenu son diplôme d'ingénieur à l'Université du travail de Charleroi. Quelques mois avant l'explosion du drame, les autorités militaires belges ont dressé, en prévision d'une catastrophe, une liste d'hommes en âge de mobilisation qui sont dispensés de rejoindre la caserne où leurs contemporains ont instruction de se présenter. Le carnet de mobilisation de ces spécialistes leur assigne une mission précise. " Roll " doit maintenir sa centrale en fonctionnement jusqu'à l'éventuelle arrivée d'une armée étrangère. Tandis que déferlent vers Dunkerque les divisions allemandes, René Bruaux, dans le soleil insolent de mai 1940, reste donc à son poste. Comme ses instructions le lui permettent, il quitte la Centrale au moment où elle va être occupée. Mais prends soin de rétablir le courant sur un secteurs de la voie vicinale dont les voitures sillonnent le pays noir ( région appelée ainsi à cause de ses mines de charbon ). Il prend les commandes d'un tramway, ouvrant et refermant le circuit sur chacun des secteurs qu'il traverse. Une vieille chanson décrit le guerrier sur son " cheval sellé, bridé, prêt à partir ". Sans doute notre ingénieur n'a-t-il pas un moment pensé à un tel destin !Dès le 4 octobre " Roll ", parvenu en Grande Bretagne, est inscrit comme volontaire de guerre à Londres. Le mois suivant, il est au peloton-école de l'infanterie. C'est un technicien calme et compétent, souriant et plein d'humour Sa philosophie d'adulte est claire ; il n'aime pas la guerre ; il aime moins encore les supérieurs chamarrés et les décorations. Trente ans plus tard, il refusera qu'on mette sur son cercueil celles qu'il a largement méritées, même la Military Cross, la plus recherchée des distinctions de guerre britanniques après la Victoria Cross, dont on sait qu'elle récompense, en principe, des actes héroïques qui ont coûté la vie à leur auteur. Notre ingénieur a vite fait le tour des bureaux et des casernements. Tout cela lui paraît loin de la guerre. Il a, lui, traversé les cohues des réfugiés, il a dans l'oreille les hurlements des Stukas, ces bombardiers dont les sirènes jettent la panique tandis que leurs bombes sèment la mort. Il n'est pas disposé à attendre que sonne l'heure H. Le voici candidat à une mission clandestine sur le continent. On l'envoie à l'école des marconistes clandestins. Les Anglais les appellent les " deubeulyouti ", c'est à dire les W.T. ( pour Wireless Transmitter ). Dans le monde de la Résistance, on les appellera plus simplement des " pianistes ".L'aventure de ces hommes, parachutés pour assurer un service de transmission radio entre les organisations clandestines et le états-majors alliés et nationaux en Grande-Bretagne, est l'une des plus dramatiques et l'une des plus discrètes de cette guerre. Elle fut aussi l'une des plus dangereuses, l'une de celles qui connut le plus de victimes.Quelle que pût être la conscience professionnelle des hommes qui travaillaient dans les centres de transmission alliés en Grande-Bretagne, la solidarité entre eux et ces soldats de l'ombre, jetés en enfants perdus dans les villes et sur des chemins encombrés de polices de toutes espèces, devait nécessairement être fragile. On s'habitue à tout dans un bureau, même à fréquenter quotidiennement, mais par radio et à cinq cents kilomètres de distance, les drames et les tragédies. Lorsque la transmission n'est pas impeccable, on s'énerve, on demande la répétition des séquences mal perçues. On s'accommode d'ailleurs mal à l'échelon suivant, celui de l'utilisation du renseignement, d'une réception qui souffre d'une certaine imprécision.Pendant ce temps-là, celui qui tapote le bouton de son émetteur voit parfois tourner autour de sa " planque " les voitures du repérage goniométrique et les policiers, revolver au poing, de l'occupant.La transmission radio est l'un des secteurs de la guerre clandestine qui a le plus évolué au cours des soixante mois de guerre. Les premiers " pianistes " parachutés apportaient avec eux un émetteur grand comme une valise de taille moyenne. Les problèmes du parachutage de l'homme et d'un tel bagage étaient déjà fort malaisés à résoudre. Par la suite, ils devaient disposer, pour émettre, d'un local relativement distant de sources diverses de brouillage, depuis les installations industrielles jusqu'à un atelier de réparation automobile. Les centres de réception étaient surchargés de communication clandestines de toutes sources. Les exigences horaires des uns et des autres venaient encore aggraver les risques.A la fin de l'occupation, les S-phones avaient le volume de deux boîtes de cigares. Il s'agissait de véritables émetteurs de radio. On y parlait avec un destinataire qui était souvent un enregistreur placé dans un avion. L'appareil survolait à l'heure prévue la région d'où devaient partir les émissions.Pour l'ennemi, l'opération était avant tout un problème de triangulation. Une fois déterminée la zone dans laquelle se trouvait l'émetteur, il était aisé de réduire le champ des recherches. Et comme, après tout, les quartiers très propices à l'émission n'étaient pas extrêmement nombreux, il est plus d'une fois arrivé que, cherchant un premier émetteur plus ou moins localisé déjà, les services de repérage tombent miraculeusement sur un autre " pianiste " qui ignorait tout - comment y aurait-il eu une quelconque coordination ? - des activités toutes proches d'un " collègue " qui avait échappé personnellement au risque mais qui avait " pollué " un quartier, une rue, un endroit isolé.Le " pianiste " dont je vais vous raconter l'aventure n'est peut-être pas un des plus importants, ce n'est peut-être pas lui qui émit les messages qui ont déterminé des actions de guerre victorieuses ou protéger d'autres opérations. Le portrait de " Roll " est sans doute par contre, celui du " pianiste " humainement le plus extraordinaire que les réseaux belges et français aient connu. On l'appelait vous le savez " Roll ". Tout le monde l'appelle " Roll " : les bureaux de Londres, ses compagnons de combat et même les services allemands qui ont vite découvert qu'ils avaient à faire à un personnage d'envergure. Mais à l'état civil, dans sa centrale électrique comme pour ses voisins, il s'appelle René BruauxAu printemps de 1941, l'un des premiers parmi les "parachutés ", il atterrit dans la Somme. Les relations entre les états-majors britanniques ou belges de la guerre clandestine et le pays occupé sont encore fort limitées. Pendant que les officiels, les missions militaires, les services de l'ambassade et des consulats, gonflés de volontaires plus ou moins compétents, s'affairent à accueillir des réfugiés civils et militaires, la bataille de Londres impose ses priorités. Quelques héros - et parmi eux des pilotes français et belges - tiennent en échec la Luftwaffe de Goering et anéantissent les plans hitlériens de débarquement. Par Lisbonne, par Stockholm, des journaux apportent les informations que la censure nazie et la docilité des "journalistes collaborateurs " laissent filtrer. Quelques officiers, quelques fonctionnaires, quelques industriels gagnent l'île, chaque nuit bombardée par les escadrilles à la croix gammée.Ce qui, dans le pays occupé, se structure, s'essaye à contrecarrer les plans de l'ennemi est, là aussi, embryonnaire et souvent maladroit." Roll " reçoit la mission de rejoindre le Service "Zéro ", un des premiers mouvements de la Résistance et qui deviendra l'un des plus importants. Il est, à cette fin, envoyé à Roubaix qu'il atteint en tramway (c'est une vocation !) depuis Lille où il est arrivé après avoir, conformément aux instructions reçues, camouflé la toile immense de son parachute, son appareil d'émission et son léger bagage dans un cimetière de village. Le risque était à tout prendre, minime, que la famille bourgeoise, dont la chapelle funéraire a eu la porte fracturée, vienne s'y recueillir avant que les émissaires de Paul Joly soient venus récupérer les précieux instruments et les bagages tombés du ciel. Au coin de la Grand-Place de Roubaix, le Café de l'Univers est un établissement distingué et discret. Joseph Verbert, qui l'exploite pour compte d'une brasserie dans laquelle il a des intérêts, a épousé une Allemande; Madame Verbert sera plus patriote et plus française que n'importe quel Français. Sa présence sauvera un certain nombre des clandestins camouflés dans les étages de l'immeuble ou assis derrière un ersatz de café à une table de l'établissement. Dans la rue voisine, à cinquante mètres, les fleuristes Berrodier constituent un deuxième refuge et un autre centre d'action patriotique; ils paieront d'ailleurs de leur vie, dans un camp d'extermination, l'héroïsme dont ils ont fait preuve dès les premières heures de l'occupation. C'est par les Verbert et par les Berrodier, c'est par le Café de l'Univers et tout un monde de patriotes français regroupes autour de Paul Joly, disparu lui aussi dans les camps nazis, et de Joseph Dubar, qui deviendra l'un des résistants les plus célèbres d'Europe sous le nom de " Jean de Roubaix " ou de " Jean du Nord ", que sont passés, dans les premiers mois de 1941, des aviateurs belges désireux de rejoindre leurs camarades dans les escadrilles de la Royal Air Force. L'un d'eux, Georges Ransoul, a organisé ces premiers voyages clandestins. La tâche lui avait été facilitée du fait que la famille de sa femme était propriétaire d'une de ces importantes pâtisseries-boulangeries-restaurants qui, dans les deux rues qui longeaient l'ancienne gare du Nord à Bruxelles, servaient de salle d'attente, de consigne et de lieu de repos aux provinciaux venus dans la capitale. Le réseau " Caviar " (" Caviar" est le nom de guerre de Paul Joly) a conduit " Roll " à Bruxelles. Pour cela, on prend un tramway de Roubaix jusqu'au poste frontière de Néchin-la-Festingue où un groupe de douaniers et de policiers patriotes facilitent les passages dans l'un et l'autre sens, tandis que du côté belge un autre groupe de patriotes, à Templeuve et à Herseaux, a repéré les maisons ayant une porte de chaque côté de la frontière et les cafés à double issue. Ainsi guidé par " Jean du Nord ", passeur de " Caviar ", notre parachuté se verra conduire dans l'imposant palais du Comte de Flandre (dans ce palais est né le roi Albert I ) et qui abrita par après les bureaux de la Banque de Bruxelles et de son holding industriel, la Brufina. Tapi dans un petit bureau, à l'entresol du palais de la rue de la Régence, un autre " homme de guerre " de modèle inédit gère la plaque tournante des activités du " Service Zéro ". À ce moment, on l'a dit, les bureaux de Londres ne savent pas grand-chose du pays occupé. Ce qu'ils savent est souvent inexact. Aussi " Roll " arrive-t-il avec des instructions de méfiance et de prudence. On a bien raison à Londres de mettre en doute la sécurité des organisations clandestines ! Où sont les professionnels de l'espionnage, du contre-espionnage, du sabotage, de la presse clandestine? On les chercherait en vain. Des amateurs... voilà de quoi est faite la Résistance. Les gens posés et raisonnables, conditionnés par leurs activités de l'avant-guerre, qui conçoivent à Londres les consignes de sécurité, les règles de cloisonnement (bien théoriques), imaginent que leurs parachutés ne devront guère compter que sur eux-mêmes pour se protéger et pour durer le court laps de temps dont leurs planifications leur font crédit.À vrai dire, si on les avait interrogés, les dirigeants du " Service Zéro " auraient vite reconnu eux-mêmes la faiblesse de leur organisation de sécurité.Une étonnante aventure qui se situe en 1941 montre bien comme tout dut s'improviser. La scène se passe dans un vaste local de l'Institut des Arts et Métiers de Bruxelles, au boulevard de l'Abattoir. Il y a là, entourant le directeur de cet Institut, un groupe d'hommes rassemblés devant une espèce d'orgue de salon qui est un émetteur construit, ou en tout cas amélioré, par deux des spécialistes de cette maison d'enseignement. Dans le groupe on trouve le général Lentz, l'un des fondateurs de ce qui sera un jour l'" Armée Secrète " et qui n'est même pas encore, à ce moment, la " Légion Belge ", Fernand Kerkhofs, fondateur et chef du Service " Zéro " et un représentant du groupe " Clarence " lequel était probablement Hector Demarque, ingénieur à la Régie des Télécommunications. " Clarence " est la reconstitution du réseau de la " Dame Blanche " de 1914-18, créée par l'héroïque Walthère Dewé, que les Allemands abattront en pleine rue en 1944, et ressuscitée par cet ingénieur en chef de la Régie des T.T. dès la veille de l'invasion de 1940. On va tenter de parler avec Londres. Il est dix heures du soir. En morse non codé les deux techniciens appellent dans la nuit ennemie, en répétant leur longueur d'onde, un hypothétique service allié qui serait à cette heure-là, à l'écoute de ce qui pourrait venir de l'Europe occultée sous l'occupation. Ainsi un certain nombre de savants dans des laboratoires de haute technicité appellent, nous dit-on, nuit après nuit, les autres planètes et leurs éventuels occupants. Puissent-ils enregistrer davantage que ces hommes, rassemblés sous les toits de l'Institut des Arts et Métiers, qui se quittèrent à l'aube, fort déçus, peut-être même un peu découragés. Il eût été plus indiqué, de leur part, de se réjouir que le service d'écoute de l'armée d'occupation fût encore assez embryonnaire pour que ce vacarme nocturne dans l'éther n'ait pas provoqué immédiatement une opération de police qui eût fait une brochette de captures importantes. La Résistance naissante aurait mis des mois à se relever d'un pareil coup" Roll " a d'autres moyens. Il est porteur d'un code. Il a des instructions précises avec un horaire d'émission et d'écoute. Parlons de ce code. Dans quelques mois, des machines à coder, à brouiller, à décoder fonctionneront avec une précision dont on n'est pas très sûr qu'elle ait vraiment garanti le secret des communications. C'est ainsi, par exemple, que les Français et les Polonais se sont emparés de la machine de codage automatique des états-majors hitlériens. Jusqu'à la fin de la guerre les Britanniques suivront, " comme s'ils y étaient ", les conversations entre Hitler et les chefs de ses armées ! En ce début de 1942, pour les clandestins, le code est un livre. Dans le cas précis de " Roll ", un livre de Pierre Daye, écrivain rexîste, qu'on peut trouver dans toutes les librairies, contrairement à d'autres que la censure poursuit. En procédant à des calculs dont lui seul possède la clé - pour " Roll " c'est la date anniversaire de la naissance de sa belle-mère - qu'il a confiée aussi aux décodeurs anglais et dans lesquels vont intervenir la date de l'émission et un multiple de certaines indications chiffrées, périodiquement modifiées, une page et un paragraphe du livre seront déterminés. À partir de ce moment, le texte imprimé sera utilisé pour indiquer les transpositions de lettres. Là où Pierre Daye écrit " avril ", le message que " Roll " doit transmettre, et que les centrales insulaires vont décoder, se lira dans une séquence de cinq lettres qu'il est très difficile d'interpréter si l'on n'a pas la clé.Après quelques mois de guerre, et bien avant qu'intervienne l'ordinateur qui rendra vain ce système de codage, des machines à calculer permettront aux services de la Gestapo de décoder tous les messages clandestins. Ce qui leur aura permis cette découverte, c'est l'enregistrement constant qu'ils ont fait des émissions secrètes, alors qu'elles étaient encore pour eux impénétrables, et leur traduction au jour où certains " pianistes " ont été arrêtés alors qu'ils avaient leur code devant eux...Dans la réalité, les choses n'allaient pas toujours aussi bien que la simplicité du système aurait pu le faire supposer. Pas mal de " dépêches " restaient ambiguës ou incomplètement décodables. Et, plus d'une fois, les centres d'écoute britanniques ont cru déceler, dans les séquences transmises, l'erreur voulue qui avait été prévue comme un signal d'alerte que le " pianiste " introduirait dans ses transmissions s'il était obligé d'émettre sous contrôle d'un ennemi qui se serait emparé de lui. Heureusement, cette " conversation-radio ", et la possibilité d'en écouter à plusieurs reprises les enregistrements, fournissaient d'autres éléments de contrôle. Chaque W.T. a, en effet, sa manière personnelle de frapper la touche de son émetteur-morse. Il a un doigté comme d'autres ont un accent ou un timbre de voix distinctifs. C'est pourquoi sans doute, d'une manière qui reste inexplicable, mais dans un souci peut-être honorable d'accorder une priorité à la sécurité d'un agent formé sur la sécurité de ceux auxquels on l'envoie, le " pianiste " a reçu instruction, s'il est arrêté, d'accepter de continuer à émettre pour compte des polices ennemies. Celles-ci sont toujours soucieuses " d'intoxiquer " les destinataires alliés et de fausser les renseignements dont ces derniers disposent. Tout au plus a-t-il été avisé, comme on vient de l'indiquer, qu'en faisant une erreur de codage toutes les septièmes lettres, ou bien en se trompant volontairement au seizième groupe, il préviendra Londres qu'il n'émet plus librement. Les " pianistes ", Londres le sait, eux-mêmes le savent, courent des risques tels que leurs chances de survie sont courtes.Le service " Zéro " s'est efforcé de garantir la sécurité de " Roll ". Un groupe de gendarmes patriotes, conduit par l'adjudant Gilbert Delvosal, a été constitué pour la protection du " pianiste ". Delvosal se donne à cette tâche risquée. Mais il est surveillé à l'intérieur de la gendarmerie. Ses officiers, sans " collaborer", comme l'a fait leur chef de corps, sont prudents. Ils entendent bien ne pas compromettre - on peut les comprendre - l'action essentielle des services d'ordre dans des activités de résistance. Aussi Delvosal ne dispose-t-il d'aucune facilité il doit cumuler son rôle de chef de la sécurité de " Zéro " avec ses missions professionnelles. Il y laissera sa santé. Rongé par un cancer, il devra un jour fuir et, probablement (car on a perdu sa trace), a-t-il disparu en tentant de traverser les Pyrénées après avoir été soigné près de Lyon par une " antenne " française de " Zéro ". Gilbert Delvosal (" Henri " pour les hommes de " Zéro ") a confié la sécurité de " Roll " et de ses émissions, dont chacune se fait dans un appartement différent et à des heures irrégulières, à l'un de ses gendarmes, François Malmedy. François, lui, va mourir pour " Roll ". Le drame s'est noué le 2 mai 1942. C'est un samedi, un samedi où le printemps s'annonce, où la vie paraît chargée d'espérance. François a porté pour le " pianiste ", que l'on sépare autant que possible de son dangereux matériel, la valise contenant le poste émetteur, à l'avenue du Derby dans un appartement dont les occupants, les demoiselles Drapier sont membres du " Service Zéro ". C'est la première fois que " Roll " émet depuis ce quartier bruxellois de l'avenue des Nations que l'on rebaptisera, après la guerre, avenue Franklin Roosevelt. On saura plus tard que le quartier est surveillé par les camionnettes de la radiogoniométrie policière, parce qu un autre " pianiste " y a émis plusieurs fois pour compte d'un autre réseau. Il fallait, à cette époque, entre trois et cinq minutes pour que les services d'écoute londoniens signalent qu'ils étaient prêts à enregistrer (en 1943, cette dangereuse période d'appel sera réduite à moins d'une minute). Or, cinq minutes suffisent aux camionnettes de la police pour cerner le quartier. Un quart d'heure après que " Roll " eût commencé ses émissions - qui n'eussent jamais dû être prolongées aussi longuement ! - les demoiselles Drapier s'aperçoivent que les Allemands, qui n'ont pas encore identifié la maison où travaille le " pianiste ", font le tour du bloc de maisons. Londres, sereinement, demande pendant ce temps que soient répétés certains groupes de lettres mal captés. " Roll " répète... Après quoi, François Malmedy emporte le poste émetteur par les jardins à l'arrière du bâtiment. Le revolver d'ordonnance du " pianiste " et la fausse carte d'identité qu'on lui avait faîte à Londres à la veille de son parachutage, sont aussi dans la valise. L'imprudence est grave. Il eût fallu détruire ce document. Il s'agit, en effet, d'une carte d'identité " française " émanant théoriquement d'une mairie du Pas-de-Calais. Elle est parfaitement imitée. À un très petit détail près ! La signature du fonctionnaire qui a délivré ce document, indispensable à l'obtention des tickets requis pour entrer dans un restaurant ou un magasin, est surmontée des mots: " l'officier de l'état civil ", au lieu de " officier ". Jean Moens, qui a accueilli le parachuté au sein de " Zéro ", connaît les mauvaises fausses cartes. Un autre parachuté, déjà, en était porteur et Londres, dûment avisé, ne les utilise plus. Mais, pour " Roll ", c'est un talisman. Il n'a pas voulu le détruire... " Roll " suit son garde du corps à distance. Il voit un policier en civil aborder François Malmedy, lequel lui décoche un coup de poing en pleine figure avant de fuir à toutes jambes à travers l'avenue des Nations, vers les taillis du bois de la Cambre, tout proche. Hélas, le policier a sorti son revolver. Au deuxième coup, François Malmedy s'effondre. Il est emmené dans une voiture de police par la douzaine de gestapistes qui cernaient le quartier. Ils croient tenir le " pianiste " qu'ils guettaient. " Roll " n'a pas été remarqué. Il erre toute la journée dans les rues de la ville, n'osant pas rentrer rue Victor Hugo chez cet autre membre du réseau qui a accepté de le loger.Le soir même, il fera le récit du drame à Louise Delandsheere, " Françoise " dans la clandestinité, que son chef a chargée déjà d'essayer de sauver François Malmedy. Ce dernier, avec une balle dans le poumon, a été transporté dans un hôpital de campagne. Il y sera très bien soigné, pour permettre aux polices d'occupation de le questionner rapidement, de le torturer... de se heurter à l'héroïsme du gendarme dont ils ne tireront aucune information. Ils se décideront finalement à l'exécuter. Mais, désormais, ils possèdent une photo de " Roll ". Ils connaissent le nom sous lequel il a été parachuté. Caché par le " Service Zéro " chez un de ses plus remarquables chefs régionaux, le notaire Dehem à Dour, " Roll" a instruction de se faire oublier: la guerre n'est pas un jeu de boyscouts ! " Roll " reprendra plus tard sa mission. Mais, à son tour, le notaire Dehem est arrêté. Il ne reviendra pas du camp de concentration où l'auront conduit son appartenance à " Zéro " et son courage.Le chef du Service " Zéro ", qui a entre temps fait un aller retour clandestin à Londres, décide d'évacuer " Roll " devenu trop dangereux. " Jean du Nord " vient chercher le " pianiste " comme il l'a amené. Il le conduit à travers les frontières et les zones interdites vers le sud de la France où Pierre Bouriez, sous le nom de " Sabot ", gère des réseaux de passage des Pyrénées qui sont parmi les plus importants. Entre " Sabot " (à Montpellier), " Jean du Nord " (à Roubaix) et " Walter", chef de " Zéro " (à Bruxelles), la liaison est régulière. Retour de Londres, " Walter " installera à Lyon et à Grenoble ce qu'on appelle le P.C.B. (Poste de commandement belge) pour lequel, très vite, il va récupérer " Roll ". Le " pianiste " n'a, en effet, aucune envie de rentrer en Grande-Bretagne. Il a, comme la plupart des combattants, une piètre opinion des " gens de bureau ". Il veut continuer à servir. Il veut, surtout, venger François Malmedy dont il soupçonne le martyre.Mais les conditions d'émission se sont aggravées. L'accent borain de " Roll " le rend très repérable dans le Dauphiné et en Savoie. Une jeune Française, membre du " Service Zéro ", Violaine Hoppenot, dont le père, ambassadeur de France, a rallié de Gaulle, se charge désormais de la sécurité du " pianiste ". Tout comme l'avait fait avant elle, en Belgique, François Malmedy. A Grenoble, à Chambéry, à Challes-les-Eaux, à Saint-Gervais-Le Fayet, " Madame Dusoulier " (c'est le nom que porte la carte d'identité de Violaine !) surveille les émissions, transporte le matériel d'émission, tire là où il le faut un câble d'antenne. Le " pianiste " a repris ses contacts. Après avoir travaillé pour Georges Orel, gérant du Consulat de Belgique à Lyon, qui sera abattu par les Allemands un peu plus tard à Chambéry, il assume dorénavant, avec le concours de deux autres " pianistes" qui ont été parachutés après lui, l'ensemble des communications de divers réseaux belges de renseignements qui confient leurs messages a " Zéro " en Belgique, assurés qu'ils sont que très rapidement, de quelque part, l'infatigable " Roll " les " passera " vers Londres. " Walter " et " Roll ", Violaine et quelques autres, occupent à Grenoble, dans une impasse appelée Chemin-Jésus, un petit appartement, presque un taudis, qui leur sert de refuge suprême. Aucune émission jamais n'y aura lieu, pour qu'il leur reste un " dernier refuge ".En Belgique, le Service " Zéro " a de nouveaux responsables. " Françoise " et " Léopold ", qui furent les adjoints du chef à l'époque où " Roll " travaillait pour ce service, ont à leur tour pris le chemin de la prison. La " Libre Belgique " clandestine a été séparée des autres activités de " Zéro ". Elle est confiée à Mathieu de Jonge, qui a pris le nom de " Malvaux", et qui, à son tour, prendra le chemin du sinistre camp de Mauthausen où il sera le cobaye des horribles expériences médicales des médecins S.S.À partir du 11 novembre 1942, l'armée allemande ayant occupé la zone dite libre, la multiplicité des contrôles de toute espèce prendra, en zone libre, comme c'était précisément le cas en France occupée, une puissance très inquiétante." Roll ", lui, émettra de l'immeuble même où se trouvent installées les polices d'occupation. Mais à Grenoble. La capitale du Dauphiné est en zone d'occupation italienne. Le régime y est fort différent de ce qu'il est à Lyon, zone d'occupation allemande. Entre février 1942 et le début de 1945, passeront ainsi deux cent cinquante-six messages. Le chiffre mérite qu'on s'y arrête. Deux cents cinquante-six fois, l'appel du " pianiste " a éveillé l'attention des services d'écoute en Grande-Bretagne, pour lesquels " Roll " est devenu l'un des correspondants les plus connus, les plus sûrs, les plus abondants. Deux cent cinquante-six fois aussi, les services de contrôle allemands, qui ont renforcé leurs équipes dans le Dauphiné et dans la région lyonnaise, parce que " Roll " est, également pour eux, un correspondant dont ils savent tout (ils ont sa photo et ils veulent s'emparer de lui), ont lancé leurs voitures, leurs espions, les collaborateurs à sa capture. " Roll" a la baraka. Rien n'est plus dangereux. Les messages de " Walter", comme d'autres émanant de l'un des plus brillants parachutistes du service belge, Pierre Vandermies, qui joue un rôle d'" inspecteur des postes " (la clandestinité devient une administration), mettent les bureaux de Londres en demeure d'être moins exigeants et plus prudents. Le jour de Noël 1942, " Roll" a émis pendant une heure et demie dans la matinée. Londres l'a rappelé dans l'après-midi pour se faire préciser certaines émissions. Ce sera cette fois pour quarante minutes. Comment le " pianiste " a échappé aux services de repérage n'est explicable que par le fait que ce jour-là, probablement, les services en question essayaient de se souvenir, exilés qu'ils étaient dans un pays ennemi, de ce qu'eût été Weihnachten à la maison. Mais on ne fait pas impunément ce métier. " Roll " s'épuise. Un jour, son chef le trouvera évanoui de fatigue et d'énervement sur son poste. " Roll " - raconte " Walter" - mon radio bougonnant, me gêne quand il me regarde en souriant. Lorsqu'il m'a été parachuté en Belgique, les gens de Londres l'avaient muni de consignes de méfiance à mon endroit." Après deux jours de clandestinité commune, il m'a fait confiance. Il m'a tout dit. Voici près d'un an que nos risques s'appuient les uns sur les autres. Lorsqu'à mon tour je suis parti vers Londres, il m'a reparlé de l'émigration belge, des services anglais, des rivalités de bureaux, des mesquineries auxquelles n'échappent pas les hommes qui tiennent en mains la vie de nos réseaux et la sécurité de nos agents. Depuis mon retour, nous n'avons jamais reparlé de tout cela. Mais nous nous sentons en même temps plus proches d'avoir vécu la même expérience et plus éloignés l'un de l'autre par cette pudeur d'hommes qui nous retiendra toujours de parler de cet aspect un peu démoralisant de la guerre clandestine. Il m'a percé. Lorsque j'ai peur, il le sent. Lorsque je me retiens de dire et même de penser - cela porte malheur - que, depuis deux semaines, il n'y a eu aucune arrestation, je n'ai pas besoin de le regarder pour savoir qu'il a, comme moi, envie de dire : À qui le tour? Ce soir, nous mangeons à deux, dans le refuge du Chemin-Jésus, les derniers macaronis d'une vaste boîte militaire, don plus ou moins spontané de l'intendance française. Il devait y avoir dans cette boîte suffisamment de " coquilles " pour assurer les repas d'une division en manoeuvres. Cela fait deux mois que nous les cuisons dans le produit triste d'un robinet marqué " eau non potable ". Le système est excellent. Notre appétit du soir a fini par rétrécir à la mesure de notre monotone menu. "Finalement " Walter " donne à " Roll " un ordre " formel et militaire ". Il a couru trop de risques Son émetteur sous le bras, il court depuis des semaines de Chamonix à Chambéry et de Chambéry à Grenoble. Les voitures de radiogoniométrie le suivent à la piste. " Je dois avoir l'air d'un piètre chef , raconte le " patron " de " Zéro " et du P.C.B. dans ses souvenirs . Je préfère ne donner ce spectacle qu'à Roll. Avec Villeneuve et Halloy, il est le seul de la bande à me tutoyer. Il me donne des pseudonymes, usés depuis six mois, que plus personne ne connaît en dehors de lui et de " Jean du Nord ". Les autres m'appellent " Monsieur" et se lèvent quand j'entre. Lui tourne la tête pour dire: N.D.D. c'est pas trop tôt. Le saint nom de Dieu tient dans son vocabulaire une place abondante, Si elle n'est pas de choix. Pour me faire plaisir, il a réduit le nombre de ses jurons. Ça suffirait encore pour le trahir Si la police allemande avait l'intelligence de le faire rechercher sous ce signalement. " Je me jette à l'eau : " Roll, tu vas préparer tes dernières émissions et refiler les consignes à Bob. Tu partiras avec Marius pour Mendive dans dix jours. Villeneuve vous servira de guide. " Roll " s'est arrêté de manger. Ses gros yeux saillent. Sa mâchoire se serre. Je préfère ne pas laisser de terrain à la colère qui monte. Je coupe: Voici le câble pour Londres. Veux-tu que je t'aide à le coder?La deuxième offensive l'a démonté ! Coderai bien tout seul, nom de D... ". Me voilà soulagé. C'est fait. Il tend la main, prend le bout de papier quadrillé sur lequel j'ai disposé mon texte pour le codage. Son regard n'a pas encore rencontré le mien. Je replonge dans mon assiette de pâtes. Et voilà le rugissement: " Avec des femmes ! ". C'est la punition. Je n'avais pas eu le courage de dire que deux de nos camarades, dangereusement compromises, accompagneraient Marius et lui dans la traversée des Pyrénées. La colère remonte. Et toi ? Tu vas rester ici ? Avec Bob? J'ai eu grand mal à obtenir de Londres qu'on retarde mon propre rappel. Les arrestations se multiplient autour de nous depuis un mois. De toute évidence, la Gestapo nous cerne. Le filet est tendu. Mais je ne pourrai m'en aller avant plusieurs semaines. Tous les remplacements ne sont pas encore assurés. Je l'explique à Roll qui m'écoute, fermé, sévère, comme un conseil de guerre. Mais la discipline finit par l'emporter. Sans que j'aie eu à prononcer la formule idiote des instructions de Londres, il accepte l'ordre. Il repousse ses pâtes pour coder le message.Une porte qui claque. " Roll " est allé se jeter sur son lit dans le dortoir, ancien salon de ce sordide petit appartement où nous nous réfugions pendant les grandes alertes. "Par une sage précaution, le chef du P.C.B. avait " marié ", dans les papiers d'identité qu'il avait confectionnés pour eux, ses deux compagnons et les deux résistantes qu'il était devenu indispensable de mettre à l'abri. Cela allait sauver " Roll " de la prison espagnole. Le franquisme avait des principes moraux (!). Il assignait à domicile, dans une auberge réquisitionnée, les couples qui se faisaient prendre au passage de la frontière, tandis que les isolés allaient pourrir dans des prisons qui étaient crasseuses, même lorsqu'on les appelait carcel modelo, ou rejoindre à Miranda de Ebro les sinistres casernements où les miliciens franquistes avaient cédé leur place à la cohorte internationale des malchanceux capturés par la Guardia civil à plus de quinze kilomètres des crêtes pyrénéennes ." Roll " était épuisé. Les contrôles médicaux d'arrivée lui imposèrent une sérieuse période de détente. C'était mal connaître l'homme auquel il suffisait de rappeler qu'il avait été réformé en 1930 pour raisons de santé, pour susciter de grandes et interminables colères au cours desquelles le saint nom de Dieu constituait l'argument principal du propos.Le 8 mai 1944, à moins d'un mois du débarquement, "Roll ", rebaptisé " Enton ", et " Jean du Nord ", qui se trouvaient tous deux à Londres, sont une nouvelle fois parachutés sur le continent. Il s'agit de deux des grandes vedettes de la Résistance franco-belge; " Jean du Nord " a fondé, avec son concitoyen roubaisien Paul Joly, le réseau qui en 1942 sera confié à un parachuté baptisé Alex (Gérard Kaisin). L'ampleur, l'efficacité, le sérieux de ce réseau Zéro-France sont tels que, très rapidement, on ne discute plus à Londres les projets et les suggestions qui viennent de Roubaix. En août 1942, Zéro France est une grande organisation. Son action s'étend dans la clandestinité jusqu'en Vendée et couvre tout le nord de la France. C'est à lui qu'on doit le repérage sur une carte de cent vingt-sept rampes de lancement et de dépôts de fusées V I. " Jean du Nord ", provisoirement baptisé Simon (un pseudonyme que personne ne retiendra), et " Roll " sont ramenés en territoire occupé par une opération Pick-Up, c'est-à-dire qu'ils sont déposés par un petit avion appartenant à la branche française de la Royal Air Force. Ils vont créer le réseau Ali France, indépendant de Zéro France, et plus ou moins intégré au service Zéro belge... Grâce à " Jean du Nord " la frontière au niveau de la clandestinité a été abolie depuis longtemps entre la Belgique et la France. Le poste policier et douanier de Nechîn-La Festingue est en fait sous le contrôle du réseau des deux côtés de la frontière. La mission de nos deux hommes consiste à évacuer le courrier par voie aérienne, à recevoir des containers et des agents parachutés. Ils assurent la liaison avec le Poste de Commandement des Courriers (P.C.C.) belge pour toutes les organisations belges de France comme pour Zéro-France. Les arrestations s'ajoutent aux désordres divers que la panique d'un débarquement prochain amène l'occupant à susciter. Les bombardements aériens réduisent chaque semaine davantage le trafic routier et ferroviaire. La deuxième mission de "Roll " rendra de considérables services, même si les événements ont réduit son activité à un temps fort court. Le rapport sur l'ensemble de ces activités que " Jean du Nord " a établi après la victoire permet de mesurer l'ampleur des succès qui ont pu être rencontrés. Entre octobre 1941, date du premier parachutage au bénéfice du réseau Caviar, et la fin de la mission Ali France, " Jean de Roubaix " a transporté cent quatre courriers, c'est-à-dire cent quatre paquets de documents de toute espèce. Il a " réceptionné " vingt et un agents parachutés. Un millier de Belges obligés de fuir parce que leurs activités de résistance avaient été repérées, ont été " évacués ". Des sept cents hommes qu'il a été possible, officiellement, de contrôler et qui sont " passés " par ses soins, trois pour cent seulement ne sont pas arrivés en Grande-Bretagne. De la même manière l'historien des réseaux belges de France, Jean Fosty, note que huit dixièmes des Belges parachutés pour la Résistance ont été " réceptionnés " sans accident par " Jean du Nord " et par ses associés au rang desquels Roll occupe, à la fin de l'occupation, la première place.La guerre s'achève. Joseph Dubar et René Bruaux ont retrouvé leur identité de temps de paix. Ils ont repris leur tâche quotidienne. Personne ne les y a aidés. Et la vie n'a été facile ni pour l'un ni pour l'autre.Aucun des deux jamais n'a eu l'idée de s'en plaindre. Source bibliographique : "Histoires de Résistants" par William Ugeux, Editions Duculot, 1979. La RésistanceLe service '' TEGAL '' Jusqu'il y a peu, le service Tégal était resté dans l'ombre de l'historiographie belge, aucune étude ne lui ayant été spécifiquement consacrée. Grâce à la richesse des collections conservées au CEGES (Centre d'Etudes et de Documentation Guerre et Sociétés Contemporaines), il a été possible de reconstituer les grandes lignes de son histoire. Nous espérons que ce texte contribuera à mieux faire connaître ce service qui a opéré pendant la plus grande partie de l'Occupation et dans le cadre duquel plus d'un millier d'agents et d'auxiliaires ont déployé leur activité. Les originesC'est dans le milieu militaire que se situent les premiers pas du réseau Tégal. L'Armée Belge, humiliée, défaite, puis déportée en grande partie dans les camps de prisonniers allemands, comporte encore aux lendemains de la reddition quelques éléments estimant que pour eux la lutte n'est pas finie, même si les nécessités du moment conduisent à mener le combat sous d'autres formes. Un de ces éléments est le lieutenant Pierre Hauman, et une de ces formes est le renseignement. L'alchimie des deux donnera naissance au réseau Tégal.Employé à la liquidation des stocks de l'Armée Belge dans le sud de la France à la fin de l'été 1940, Hauman profite de sa situation pour se livrer à un certain nombre d'activités clandestines, telles que l'aide aux évadés, financée par la vente clandestine du matériel de guerre belge devant être livré à l'Allemagne. Officier de cavalerie (lieutenant au 1er Lancier jusqu'en avril 1940, avant d'être muté au 7e Régiment Motorisé des Troupes de Renfort et d'Instruction), Pierre Hauman est un personnage assez difficile à cerner. Né au sein d'une famille bourgeoise de tradition libérale depuis longtemps implantée à Bruxelles, il semble que Hauman ait développé au cours de ses jeunes années un caractère assez surprenant. Ceux qui l'ont connu le décrivent comme un homme très intelligent, mais doté d'une personnalité fantaisiste, oscillant entre une excessive prudence et une excentricité parfois déplacée, ce qui le conduira peut-être à certaines imprudences qui s'avèreront très néfastes pour le service. Les activités clandestines entamées dans le Midi le mettent en rapport avec d'autres d'officiers belges partageant ses vues sur la prolongation du combat. Parmi ceux-ci, le capitaine-commandant Hervé Doyen jouera un rôle déterminant. En effet, Doyen est en train de constituer une organisation, le service Benoît, qui se charge de l'évacuation de fugitifs et de courriers vers l'Angleterre, notamment via Lisbonne ; il entretient également des contacts avec certains éléments des services secrets de Vichy dont la sympathie reste acquise aux alliés malgré les prises de position de leur gouvernement. Néanmoins, il manque encore à Doyen, dans les premiers jours de l'année 1941, une liaison avec des réseaux constitués opérant sur le territoire belge. Le chef de Benoît confie à Hauman le soin d'établir ce lien : c'est ainsi que Luc, Zéro et Clarence seront connectés à la ligne, tout comme les premiers embryons de secteurs de Tégal, dont les bases ont peut-être été jetées lors d'un retour au pays effectué par Hauman fin 1940. Le nom bizarre du service aurait en fait pour origine un léger malentendu entre Pierre Hauman et un officier britannique travaillant avec les services secrets français, peut-être le capitaine Garrow. Ce dernier, après avoir demandé à Hauman quel nom il voulait choisir pour son service, aurait interprété l'indécision du Belge (" c'est égal ") comme une affirmation (" c'est Tégal ").En octobre 1941, Pierre Hauman fait la connaissance de Paul Collard, un industriel belge, issu d'un milieu catholique bourgeois, qui, alors qu'il était réfugié avec sa famille dans le Midi, avait lui aussi pris contact avec Benoît et des éléments de ce qui allait devenir le service de renseignements français Kléber. La personnalité de Paul Collard le situait aux antipodes de Pierre Hauman : autant Hauman était un aventurier vivant une vie de 'bâton de chaises', autant Paul Collard, décrit comme quelqu'un de prudent, modéré, doté d'une large culture et d'une grande ouverture d'esprit, évoquait la figure du 'Père Tranquille'. Paul Collard agglomère au réseau un certain nombre d'agents recrutés par ses propres soins, probablement à l'occasion de liaisons effectuées entre le Midi et la Belgique. Jusqu'à la fin de l'année 1941, le sort de Tégal reste donc intimement lié à celui de Benoît. Il ne compte sans doute à ce moment pas plus qu'une grosse cinquantaine d'agents et d'auxiliaires, majoritairement recrutés dans l'Ouest du pays MaturitéDès le début de l'année 1942, le réseau connaît une importante évolution : il va rapidement gagner en volume et en autonomie. En effet, c'est à cette époque que, suite, entre autres, à sa coopération avec les services de Vichy, Hervé Doyen perd la confiance de la Sûreté de l'Etat, qui décide de le rappeler en Angleterre. Le ralentissement des activités de Benoît va entraîner le raccrochement de certains de ses agents à Tégal, ainsi que l'adjonction de secteurs qui avaient été jusqu'alors en contact avec Benoît, comme Bex 1920 du député Demuyter, Louis-Irène, ou encore B-29, qui avait dépendu de l'infortuné service Tulipe. Simultanément, le réseau se structure : l'enrôlement de nouveaux agents par les premiers collaborateurs de Hauman ou de Collard conduit au développement des secteurs esquissés en 1941.La disgrâce de Benoît implique aussi pour Tégal de trouver ses propres voies de transmission. Il semble que dès 1941, une ligne régulière vers la Zone non-occupée de la France soit développée à partir de Mons. De son côté, Hauman abandonne progressivement ses missions de liaison avec le Midi : il laisse donc ce rôle à certains de ses subalternes, et se fixe définitivement en Belgique en août 1942, afin de se consacrer entièrement à la direction du service.C'est également à la fin de l'été 1942 que le réseau connaît ses premières grandes alertes. Coup sur coup, deux vagues d'arrestations déciment deux importantes sections. La première, consécutives aux révélations faites par l'ancien chef du réseau Tulipe, entraîne une coupe sombre dans le secteur B-29, tandis que la seconde met fin à la ligne d'évacuation montoise. C'est peut-être suite à cette affaire que Tégal décide de faire passer son courrier vers l'Angleterre par le Poste de Commandement Belge (P.C.B.), que William Ugeux, mandaté par la Sûreté de Londres, vient de fonder à cette fin.Si la transmission du courrier ne connaît de ce fait-là pas d'interruption décisive, la communication par radio avec les services de Londres, n'est, elle, toujours pas possible. Le service Mill assurera probablement le dépannage pendant plusieurs semaines, jusqu'à ce qu'un opérateur radio destiné spécifiquement à Tégal soit parachuté début janvier 1943. C'est à cette époque que le réseau atteint véritablement son apogée. Les liaisons, tant par voies terrestres qu'éthérées, sont assurées, et les renseignements, que collectent plus de 300 agents et auxiliaires, abondent.Néanmoins, à partir d'avril 1943, les alertes se succèdent. Le secteur anversois Alex est littéralement pulvérisé par le contre-espionnage allemand, qui désormais est aux trousses de Tégal. Les perquisitions se succédant, plusieurs membres de l'état-major sont contraints de vivre dans la clandestinité. D'autres sont interpellés, dont Collard lui-même. Il parvient heureusement à dérouter les enquêteurs, ce qui lui vaut d'être relâché en septembre 1943, après 3 mois d'internement. Mais le plus grave pour le réseau reste à venir… CriseUne dizaine de jours après la libération de Paul Collard, Pierre Hauman est pris dans un guet-apens de la Geheime Feldpolizei (G.F.P.). Le coup est très dur pour le réseau. Cependant, Collard décide de reprendre la direction : il forme avec Franz Manderfeld et Paul Debergh une sorte de triumvirat qui, pendant tout l'automne, mène le réseau avec efficacité.Les premiers jours de l'hiver 1943-1944 constitueront la période la plus noire de l'histoire de Tégal. De septembre à décembre, Hauman subit des conditions de détention très dures et est interrogé très brutalement à maintes reprises. Une série d'imprudences commises par le jeune officier lorsqu'il dirigeait le réseau permet aux Allemands de s'emparer de précieuses informations sur l'organisation ; Hauman lui-même aurait fini par craquer, peut-être suite à l'exhibition par les Allemands de tout ce qu'ils savaient sur ses activités. Le 20 décembre, les rafles commencent avec l'arrestation de Demuyter. Trois jours plus tard, Debergh, et deux autres membres de l'état-major sont arrêtés, mais parviennent à détruire in extremis le courrier qu'ils étaient en train de rassembler. Simultanément, le chef du secteur B-29 est lui aussi épinglé. Deux autres chefs de secteurs sont encore arrêtés dans les jours suivants. La vague se termine par l'arrestation du marconiste Albert Plaetsier, repéré par radio-goniométrie le 3 janvier 1944. Collard, Manderfeld, et plusieurs chefs de secteur échappent de peu aux perquisitions menées contre eux, mais le réseau est complètement désorganisé. Second souffleL'année 1944 commence donc très mal pour le réseau Tégal, qui est pratiquement démembré. Néanmoins, grâce aux contacts et à l'action énergique de Paul Collard, le réseau va faire peau neuve, et retrouvera une activité intense jusqu'à la Libération. Après avoir envisagé d'abandonner le réseau, Collard entreprend de rassembler les débris, qu'il confie à Adrien Marquet, chef de Mill. Quittant Bruxelles, où il est recherché, il gagne le maquis, dans la région de Dinant. Il entreprend d'y développer en coopération avec Mill et l'Armée Secrète (A.S.) un secteur rattaché tardivement à Tégal : le secteur Sud-Est. Ce secteur, bien organisé et disposant de près de 200 agents et auxiliaires, va connaître une activité intense du Débarquement à la Libération. Il aura l'occasion de remplir parfaitement le rôle pour lequel il avait été conçu, à savoir la couverture intensive et systématique de la région (rive droite de la Meuse) en prévision de l'avance alliée. Le secteur disposera même de son propre opérateur radio, Raoul Botte, détaché de Mill, ce qui lui permettra de répondre aux exigences d'une évolution rapide des événements fin août - début septembre, en matière de vitesse de transmission des renseignements collectés. L'année 1944 voit également le rattachement à cette nouvelle mouture de Tégal de la zone liégeoise de Cleveland-Clarence, dirigée par le docteur Streignart ; celui-ci avait en effet effectué une sorte de sécession de son importante zone, suite à un conflit l'ayant opposé à Walthère Dewé, qui exigeait de ses subalternes un serment que, tant dans sa forme que dans son contenu, Streignart et ses adjoints ne pouvaient accepter, notamment du fait qu'il assimilait convictions religieuses et engagement patriotique. Cet apport de plus de 300 agents et auxiliaires va permettre à Tégal de connaître une activité intense dans la région de Liège et de Verviers pendant les derniers mois de l'Occupation. Le fait que Paul Collard, Franz Manderfeld et d'autres courent toujours, sera peut-être salutaire aux agents arrêtés pendant l'hiver 1943-1944. En effet, plutôt que d'envoyer directement en Allemagne pour y être jugés les agents dont elle dispose déjà, la G.F.P. essaie absolument de clôturer le dossier : elle continue donc les interrogatoires, et ses recherches aboutissent encore à l'arrestation de plusieurs agents d'importance secondaire du printemps à l'été 1944. Ce perfectionnisme retarde de plusieurs mois la déportation des prisonniers. Ils sont finalement transférés le 2 septembre 1944 de la prison de Saint-Gilles à la gare du Midi, où les attend un train qui doit les conduire avec plus de 1300 autres prisonniers en Allemagne. Ce convoi, dénommé plus tard le 'Train Fantôme' ne quittera finalement jamais le territoire belge, grâce à l'action des cheminots qui le retarderont pendant 24 heures. Ainsi, la plupart des dirigeants de Tégal auront finalement la vie sauve. Après la Libération, Hauman est chargé par la Sûreté de l'Etat de la liquidation administrative du réseau. Il recontactera également un certain nombre d'agents, qui prolongeront quelques mois encore leurs activités d'espionnage aux abords des lignes allemandes, voire même au cœur de l'Allemagne au cours de missions organisées par les services secrets américains. Source: Mise en page de P. Vandenbroucke avec l'aimable autorisation de Monsieur E. Debruyne, attaché scientifique au CEGES et auteur de ce texte. La RésistanceCharles Mahieu, un saboteur, redoutablement actif et efficace Rien ne dispose Charles à son aventure ni à son destin de grand résistant durant l'occupation nazie. Né en décembre 1916, à Braine le Comte ( Province de Hainaut - Belgique ), il est le fils. intelligent et prometteur. d'un industriel prospère œuvrant dans le secteur textile. Après de bonnes études de base, il acquiert une formation spécialisée dans ce domaine. Il devient alors jeune industriel, après avoir accompli dans le Génie, son service militaire, qu'il termine en qualité de sous-officier. C'est, déjà alors, un patriote animé d'esprit civique et d'entreprise ainsi qu'un formateur et un conducteur d'hommes. D'une force et d'une carrure peu communes robuste, sportif, athlétique et dynamique, les cheveux noirs et drus, l'œil vif et malicieux, il exerce un ascendant sur ses compagnons d'armes de même que sur ses collaborateurs dans l'entreprise familiale où il se prépare à une carrière heureuse. Ces qualités l'ont déjà porté à la direction de la troupe de scouts dans laquelle il s'est engagé. attiré par la devise de ce mouvement " Servir ". Dans cette troupe, il témoigne de sa bonté et de sa charité envers les humbles et les démunis. Son désintéressement ainsi que son esprit social et humain se manifestent déjà.Le 9 mai 1940, il rejoint. dans l'après-midi, son unité militaire. Dès l'agression nazie du lendemain, il se porte volontaire pour diriger la destruction d'un des trois ponts du canal Albert. qui n'ont pas sauté. Il prépare, sous le feu de l'ennemi, le dynamitage de celui de Lanaken-Briegden. qui explose à l'aube du 11 mai 1940. C'est un exploit militaire. S'il est cité à l'ordre du jour de l'armée, il paie son courage de sa liberté. Fait prisonnier, il est transféré en Allemagne, au Stalag XI B, où il est contraint de travailler aux usines "Hermann Goering" près de Hanovre. D'emblée, il entreprend d'en saboter la production, de retarder son achèvement et d'entraîner, dans la même voie, les autres prisonniers, travailleurs forcés. Alors, se manifestent encore, sa bravoure, sa détermination et son civisme. Mais il ne considère pas comme suffisants ces premiers sabotages de l'effort de guerre ennemi. Epris de liberté, il recherche des possibilités d'évasion pour revenir au pays. Une opportunité extraordinaire, qu'il saisit aussitôt, se présente au printemps de 1941. A l'époque, les nazis libérèrent des prisonniers d'expression flamande, dans l'espoir de les rallier à leurs vues et de réaliser ainsi une opération politique de "pan-germanîsme" servant leur propagande. Bien que s'exprimant imparfaitement en néerlandais et domicilié dans la région wallonne, il parvient à se faire passer pour un "Flamand ", né à ' S Gravenbrakel , ( traduction néerlandaise de Braine le Comte ) affirme-t-il. Son aplomb et son astuce réussissent, favorisés par la complicité de ses amis flamands, ainsi que par la confusion issue de cette sélection et de ce départ massif. Dès son retour en Belgique, tout en reprenant ses fonctions d'industriel, Charles recherche des possibilités et des contacts de nature à lui permettre de nuire directement à l'occupant. Pour lui. une seule attitude et un seul devoir sont possibles ; quels qu'en soient le prix et le risque, combattre l'ennemi par tous les moyens jusqu'à la victoire finale, dont il ne doute pas. C'est dans cet esprit que l'on le retrouve. La vie d'industriel et de commerçant ne l'attire plus, en cette période où les libertés et les valeurs, auxquelles il croit, sont piétinées. Il perçoit que le destin de l'humanité est mis en cause par un ennemi puissant et bien organisé mais dirigé par un fanatique orgueilleux. vaniteux, raciste et sanguinaire, qui trompe son peuple et conditionne la jeunesse à ses vues. Il faut donc reprendre les armes, non point contre les Allemands comme tels, mais contre le régime que Hitler incarne et contre les nazis qui nous oppriment. Il a bien compris leurs méthodes et leurs procédés, lors de ses premières expériences de guerre et, ensuite, en captivité, durant son travail forcé. A ses yeux, le combat doit être immédiat et total, pour ceux qui s'y engagent. L'action contre l'effort de guerre d'un ennemi qui prétend, en outre, séduire nos populations et utiliser ses forces productives, doit être directe. A ce propos, il souligne, avec l'humour et l'ironie qui le caractérisent, sa formation en matière de manipulation d'explosifs. N'a-t-il pas été sous-officier du Génie? N'est-ce pas à ce niveau que l'on connaît le mieux les techniques de destruction et leur exécution? L'occupant s'efforce d'utiliser, à son profit, nos industries et nos travailleurs. C'est cela que nous pouvons et devons empêcher à tout prix ". Et d'ajouter. porté par son enthousiasme juvénile et communicatif: " C'est possible ; il suffit de l'oser " Cela explique pourquoi il se joint, avec foi et détermination, au printemps de 1942, à la poignée d'amis, issus de l'Université Libre de Bruxelles, qui entreprennent de créer une organisation de résistance et de sabotage. Cette organisation, dans laquelle il joue. d'emblée, un rôle éminent, devait devenir le redoutable " Groupe Général de Sabotage de Belgique ", dit " G " .Sa détermination, sa volonté opiniâtre, sa formation, sa connaissance des armes et des explosifs ainsi que sa fiabilité, son courage tranquille et ses qualités d'entraîneur d'hommes et de chef, le portent à rechercher et à obtenir des responsabilités de plus en plus lourdes. Après avoir adjoint à la direction nationale de l'action du groupe, il remplace Henri Neuman dans cette fonction durant le second semestre 1943. Il s'y révèle non seulement un homme décidé mais aussi, un conseiller réfléchi, ainsi qu'un organisateur et un formateur remarquables. Toujours à la pointe du combat, devenu un saboteur à temps plein, il ne se contente pas de diriger de loin les actions entreprises. Il y participe directement et en exécute, seul, dans le cadre des plans et des directives d'ensemble de groupe. De plus, il contribue à leur conception, à leur préparation. de même qu'à la formation d'équipes entraînées. Aucune difficulté, aucune peine, aucun danger ne le rebute. Ignorant le découragement, dominant son tempérament prudent et surmontant l'angoisse et la peur, conscientes ou subconscientes, inhérentes à ce " métier ", il puise, dans le risque. les difficultés et les obstacles, des forces et un courage renouvelés. Et ce dynamisme rayonnant, il le communique autour de lui, prenant ainsi une large part à la formation de ce qui fut et demeure l'esprit du groupe " G ''Dans son éloge à la mémoire de Charles Mahieu, à l'occasion de l'inauguration du mémorial qui lui est dédié à Braine le Comte en 1960, Robert Leclercq évoque une anecdote qui illustre son audace tranquille, son astuce et son humour. Voyageant en train vers Arlon et y cherchant une place, Robert Leclercq remarque, en passant dans le couloir, un compartiment " Nur fùr Wehrmacht "' réservé à l'armée allemande et à ses collaborateurs " officiels ". Quelle n'est pas sa surprise d'y découvrir Charles, la boutonnière garnie d'un énorme insigne nazi, une mallette entre les jambes contenant, comme il l'apprend ensuite, tout l'attirail du parfait saboteur et plusieurs bombes incendiaires. L'apercevant à son tour, Charles se lève, ouvre la porte et, avec une œillade, énorme et discrète, lui tend la main en criant à la cantonade : " Bonjour, mon cher collègue, comment vont les affaires ? " Et cela, sous l'œil craintif et soupçonneux des civils belges qui encombrent le couloir et à la surprise approbative de militaires allemands présents dans le compartiment. Comme Charles est pourvu de faux papiers d'identité bien imités. d'une " carte de légitimation '' de collaborateur d'une firme travaillant pour l'ennemi et d'un faux titre de congé (" Urlauberbescheinigung "), émanant de l'administration nazie et revêtu d'un cachet et de signatures apparemment authentiques, il estime courir moins de risques de la sorte, tout en voyageant confortablement. De plus, ce titre de congé prie les autorités allemandes de lui accorder libre passage... Qui aurait d'ailleurs songé à fouiller les occupants de ce compartiment réservé à l'ennemi ? Qui aurait pu se douter que l'insigne à croix gammée protège les armes mêmes destinées à lui nuire ? Cependant, dès le lendemain matin, les stocks importants d'une scierie ardennaise fabriquant des bois de mines flambent par son œuvre.Une seconde histoire, de Charles, éclaire également son sang-froid, son imagination, son sens de l'improvisation. son courage et son humour flegmatique. C'est, à Bruxelles. en septembre 1943. Il s'est révélé nécessaire, après l'arrestation en juillet, de Richard Altenhoff, qui dirigeait le service " Matériel et Technique " du groupe, de le remplacer et d'élargir l'état-major. Il faut non seulement renouer les contacts avec des cellules isolées du Centre par d'autres arrestations et par l'application des règles de sécurité mais aussi poursuivre l'expansion des effectifs dans toutes les régions du pays. Ils décident de créer, dans ce but, une nouvelle direction nationale " Recrutement et Organisation ", dont Henri Neuman est chargé, tandis que Charles accède à la direction de l'action. Les tentatives de reprise de contacts avec des cellules ou des groupes, amputés par des arrestations, sont toujours hasardeuses. Et cela, spécialement lorsque ils soupçonnent que ces arrestations sont dues à la dénonciation d'agents " retournés " par l'ennemi, voire par l'infiltration d'indicateurs dans l'équipe. Les polices nazies connaissent bien l'intérêt de recourir à ces moyens éprouvés pour détruire les organisations de résistance. Elles savent aussi comment attirer, intimider et intéresser des auxiliaires possibles et les entraîner dans un engrenage. Elles s'y attachent et y réussissent à maintes occasions. Des précautions extrêmes sont donc nécessaires, pour préparer et réaliser les tentatives de contacts avec des cellules isolées. En vue de renouer une liaison ponctuelle avec un groupe provincial qu'ils pouvaient encore joindre par l'intermédiaire d'une " boîte aux lettres " demeurée ouverte, un rendez-vous fut fixé à un délégué de ce groupe qui s'intitule Gèo et qui de son côté, était, informé de son désir de renouer les contacts interrompus. Personne ne se connaissaient. Géo est informé d'avoir à rencontrer Jérôme (c'était alors un des noms de guerre de Neuman) à 12 heures, dans une taverne fréquentée, près de la gare du Midi. Il doit être porteur du périodique " Signal ", déposé sur sa table, ainsi que du journal quotidien de sa région. Quant à Neuman, on lui a indiqué qu'il serait muni du '' Brusseler Zeitung '' et du journal ''Le Soir'', bien en évidence. Ils pourront ainsi, se retrouver aisément dans la taverne, au jour et à l'heure fixés. Neuman avait cependant pris plusieurs précautions. Les premières sont de se trouver sur les lieux, plus d'une demi-heure avant le rendez-vous, en compagnie d'une attrayante jeune femme, sa collaboratrice et son agent de liaison, sans détenir ni le ''Brusseler Zeitung'' ni '' Le Soir''. Joignant l'utile à l'agréable, il se comporte en consommateur galant, offrant l'apéritif à une compagne désirable, avant de la convier à déjeuner. Il avait pris une précaution supplémentaire qui se révéla essentielle, celle de convenir avec Charles qu'il l'attende, armé de son Colt ( revolver ), rue du Midi, à partir de 12 heures. Bien lui en prit. Vers 11h45, sa compagne et lui remarquent l'entrée, dans la taverne, de deux personnages d'allure bizarre, cherchant une table pour s'installer près de la porte. Peu après ils voient arriver Géo, que Neuman identifie par le périodique '' Signal '' et le journal provincial, qu'il porte ostensiblement sous le bras. Ayant pris la précaution de payer les consommations, Neuman quitte sans hâte l'établissement au bras de sa compagne et en devisant avec elle, sans retenir l'attention ni de ces personnages inquiétants ni de Géo. Sa compagne rentre alors chez elle, en lui souhaitant bonne chance, sa première mission du jour étant terminée. Il rejoint Charles dans la rue du Midi toute proche, l'informe brièvement et conviens avec lui qu'il le suivrait de près. Dès que Neuman aura rejoint Géo, Mahieu est invité à les observer attentivement et à intervenir selon son inspiration, dès que Neuman portera la main à l'oreille droite. Ayant en Mahieu une confiance absolue, il appelle Géo, par téléphone d'un café voisin. Il lui enjoint de se rendre sans délai, dans la rue du Midi où il prendra contact avec lui, à l'angle voisin de la Place Rouppe. " C'est impossible ", dit-il d'abord, " vous ne me connaissez pas ". Il lui réponds que, contrairement à ce qu'il suppose, il le connaît et préfère cette formule. Il coupe la communication et l'aperçois, peu après dans la rue. Lorsqu'il l'aborde bien avant la Place Rouppe, en lui disant: " Bonjour Géo ", il rétorque " Vous êtes Jérôme et vous êtes de l' Intelligence Service ; ne tentez pas de vous défendre ou de fuir, je suis armé ". Il l'enjoint, à son tour, de ne plus bouger en le menaçant d'un browning calibre 7,65. Bien entendu, Neuman porte immédiatement la main à l'oreille droite de façon plus qu'ostensible, en s'efforçant de surmonter sa peur et de garder son sang-froid. De carrure athlétique, et affichant son énorme insigne nazi, Charles les rejoint sur le champ, les aborde, saisit vigoureusement le bras de Géo, plus âgé et de taille plus petite, en lui disant d'une voix ferme : " Gestapo'' Rentre ton arme et avance avec nous, sinon je te flingue ". Stupéfait et déconcerté, Géo remet son arme en poche et répond. en balbutiant: " Mais. il y a erreur , je collabore avec la police allemande et suis accompagné par deux collègues ". Neuman lui rétorque " Nous aussi, nous sommes suivis par des collègues armés (ce qui n'est pas vrai...). Ils s'arrangeront ensemble. Quant à toi, sois sage et prends avec nous la première rue à droite si tu tiens à ta peau ". Il obtempère en tremblant. De cette rue, atteinte rapidement ils bifurquent dans une autre, puis dans une troisième et poussent Géo dans un petit café désert, après s'être assurés qu'ils avaient " semé " les suiveurs. L'établissement est tenu par une patronne d'aspect breughelien, trônant derrière le comptoir. Charles lui commande trois bières. La priant de les excuser, ils entraînent Géo vers les toilettes, situées dans un réduit, au fond de la salle. Dès qu'ils sont isolés, Charles pointe son Colt sur Géo et demande calmement:" On le descend ? " En même temps, Neuamn déleste Géo de son 7.65 et le pointe à son tour, dans sa direction après avoir vérifié, devant lui, qu'il contenait bien une balle dans le canon. C'est le cas. Livide et tremblant davantage, Gèo s'effondre, se met a genoux et implore la pitié pour ses enfants car, dit-il, "je suis père d'une famille nombreuse... " Tu aurais dû y penser avant ", lui réplique Charles tout en lui enlevant son portefeuille et ses papiers. Ils doivent faire vite pour ne pas alerter la patronne. L'exécuter sur le champ, ou non? Tel est le dilemme. Après avoir compulsé rapidement sa carte d'identité ainsi que ses autres papiers, Neuman dit à Charles : "Je crois que nous avons le moyen de l'exécuter dans la rue ou de le retrouver plus tard. Ce qui éviterait de graves dangers à la patronne du café. En effet, les polices allemandes ne plaisantent guère avec les occupants d'un endroit où l'on découvre le cadavre d'un de leurs agents. Ils retournent dans le café. payent les bières et poussent Géo dans la rue, dépourvu de papiers. A peine dehors et s'étant ressaisi, Géo s'enfuit à toutes jambes et se mêle à des passants, parmi lesquels des soldats allemands, trop rapidement pour qu'ils ne puissent intervenir. "Dommage ", dit posément Charles. Mais nous ne pouvons risquer ni de blesser ou tuer des innocents, ni de le poursuivre sans nous faire dangereusement remarquer. "Il paiera la note plus tard ", ajoute-t-il " et se tiendra, sans doute, plus tranquille d'ici là. De plus, ce valet abject devra rendre compte à ses maîtres de sa mission ratée, ce que ceux-ci pourraient ne pas apprécier "...Il leur reste à prévenir la " boîte aux lettres " et à faire savoir au groupe provincial que Géo est un agent double. Cela fut fait le jour même. Tel fut le comportement de Charles. en des circonstances difficiles et dangereuses où il risqua délibérément sa vie pour sauvegarder celles des autres. C'est parce que ce comportement traduit bien son courage, son humour flegmatique, son imagination constructive, sa personnalité attachante et son amitié " fidèle ", que Henri Neuman a relaté cet épisode vécu de ses activités de résistant.Parmi les multiples autres tâches qu'il assume, fréquemment seul, ses initiatives de paralyser l'usage des canaux, en application de la stratégie du groupe " G ". dont l'un des axes visait les transports, méritent d'être soulignées. En ce domaine, Charles a mis au point une technique de sabotage particulièrement efficace : celle de dynamiter les aqueducs-syphons, bétonnés, par lesquels passent les rivières ou les ruisseaux qui croisent le canal. Pour ce faire, il faut pénétrer jusqu'à mi-corps, ou plus, dans le syphon, fixer une ou des charges d'explosifs à son sommet, déclencher l'explosion par un crayon " à retardement '' ou la provoquer, du dehors, en faisant usage d'un cordon " Bickford ". Lorsque l'opération réussit, et Charles y excelle, le fond du canal s'écroule et l'eau du bief s'engouffre dans la rivière ou le ruisseau, rendant le canal durablement inutilisable et faisant échouer les péniches qui s'y trouvaient. Il accomplit, seul mais avec succès, maintes missions de cette nature, nuisibles à des transports essentiels pour l'effort de guerre ennemi. Il en revient souriant et satisfait, même s'il a dormi à la " belle étoile ", après l'opération, pour éviter les pièges du "couvre-feu". Car il est aussi un homme de la nature et des bois. Il n'a guère besoin d'un logement abrité. Tant dans ces opérations que dans d'autres, il a coutume de porter un sac de couchage en bandoulière, avec son matériel de sabotage, minutieusement préparé et rangé dans une serviette ou une mallette. Nanti de ce sac, il recherche un endroit propice et y passe une nuit reposante, ou ce qui en reste. Ses expéditions sont généralement nocturnes. Lorsqu'il est reposé ainsi, il lui arrive, au matin, après avoir camouflé soigneusement ses bagages dans quelque fourré, de retourner sur le lieu de son opération, de se mêler aux curieux que l'événement a attirés et de savourer la nervosité de la police allemande qui s'attache à les disperser. Et cela bien sûr, contrairement aux directives de l'état-major, car c'est prendre un risque inutile. Il explique alors, avec un sourire convaincant, que c'est pour faire un rapport, plus rapide et direct, au sujet des résultats de l'opération et des réactions de la population.Tout cela, il l'accomplit jusqu'en mars 1944, moment où il est arrêté, à Bruxelles, dans des circonstances peu claires , bien que l'on a la certitude que ce n'était pas à l'occasion d'une opération de sabotage. Ce fut donc sans doute à la suite d'une dénonciation, dans l'une de ses résidences clandestines. Il fut conduit directement à Breendonck ( camp de détention et de concentration au nord de Bruxelles ), où il fut soumis à la question et à la torture. Par l'intermédiaire d'un dirigeant retourné de la Gestapo , le groupe paya le coût de l'interruption de l'enquête dont il est l'objet, ce qui provoque son transfert vers le camp de concentration de Ehrlich-Dora. Dans un message qu'il réussit, durant son transport, à transmettre à sa famille, il écrit que son traitement a été récemment adouci, qu'il part pour l'Allemagne et qu'il reverra bientôt les siens. C'est dans cet esprit qu'il arrive à Ehrlich-Dora. Forcé d'y travailler dans des usines de guerres voisines, il y organise de nouveaux sabotages. C'est probablement leur découverte par l'ennemi qui provoque son exécution le 2 septembre 1944, à la veille de la libération de Bruxelles.Le destin de certains hommes exceptionnels n'est pas de vivre longtemps de manière commune mais de vivre, brièvement et intensément, une aventure extraordinaire, élevée et exemplaire. Tel fut le sort de Charles Mahieu, qui se sacrifia courageusement à son idéal et à son pays. Le monde manque et manquera d'hommes de son idéalisme, de son esprit, de sa stature et de sa trempe. Ils peuvent, en effet, exercer une influence communicative, sur l'évolution de l'humanité. C'est grâce à des hommes comme lui et à leur martyre que le régime nazi a été écrasé. Cela, nul, même parmi les jeunes générations, n'a le droit de l'oublier aujourd'hui.Lors d'une cérémonie émouvante à laquelle participe une foule énorme et les élèves des écoles, la ville de Braine le Comte consacra solennellement, le 22 mai 1960, par l'apposition d'une plaque commémorative, très sobre, placée sur la façade de la maison natale de Charles Mahieu, son admiration et sa reconnaissance "Ici vécut le Colonel Charles, Gaston MAHIEU du Groupe Général de Sabotage de Belgique "G ", mort pour la patrie au camp d'Ehrlich, le 2 septembre 1944 ".Parmi les discours prononcés, Robert Leclercq s'exprime en ces termes d'une élévation et d'une chaleur de pensée qui traduisent la nature et la richesse de sa personnalité d'exception" Pourquoi faut-il donc toujours et toujours encore que l'humanité sacrifie ainsi les meilleurs d'entre nous, en des guerres stériles et fratricides? Pourquoi faut-il que dans le sang répandu, les tortures et les souffrances infligées, ce soient de tels êtres d'élite qui meurent sous les coups du sort? L'immense puissance de notre douleur ne réussit pas à trouver réponse à cette question tant de fois posée. Et pourtant, il se peut qu'à la longue, les hommes guéris enfin de leur folie, consacrent toute leur industrie à sauvegarder la joie de vivre, dans un pur soleil, à la recherche de cette seule fin digne de nous: le bonheur. Car, laissez-moi espérer, concitoyens de Braine le Comte, que vous ne verrez pas en Charles Mahieu seulement un soldat sans uniforme, dur et insensible, pour négliger cette autre image de lui, faite de bonté et d'intelligence souriante.L'inauguration de cette stèle nous offre cette magnifique opportunité de nous retrouver affectueusement unis dans un acte d'amitié à la mémoire de Charles Mahieu.Même disparu, Charles Mahieu aura eu ce don magique de nous faire fuir nos demeures et nos soucis quotidiens pour nous retrouver rassemblés ici à son muet appel.Je garde la conviction que s'il pouvait, aujourd'hui, vous parler, il vous dirait encore, avec ce bon sourire dont il avait le subtil secret que vous ne devez avoir d'autres soucis que de faire taire vos haines, vos peurs et vos craintes pour répandre autour de vous et en vous-mêmes la joie d'un cœur paisible et tranquille. Ses pensées se seraient tournées, j'en suis assuré, vers quelque message d'amour et de fraternité. Ce sont là, certes, des mots usés, éculés et vieux comme le monde et cependant si riches de grandeur qu'ils ne peuvent faire sourire avec dédain. Nous qui avons été contraints de recourir aux armes et à des actions auxquelles, malgré leur audace et leur vertu virile, nous répugnions, sachons nous faire les porte paroles de cet évangile de solidarité humaine qui serait aujourd'hui le credo de Charles Mahieu. Si nous avons dû, avec lui ou sous ses ordres, faire jusqu'au bout une guerre cruelle qu'aucun de nous n'avait voulue et que nous espérions tous voir finir plus tôt, nous saurons bien consacrer assez de notre temps et de notre peine à construire cet univers de paix et de fraternité. Voyez-vous, on vous apprendra à l'école bien des grands noms du passé. Vous connaîtrez bientôt quels sont les grands capitaines, les grands hommes d'Etat, les grands artistes, les grands musiciens, les grands poètes et les grands savants. Le nom de Charles Mahieu ne s'inscrit pas, lui, dans toute cette longue liste de noms qui jalonnent notre histoire et l'histoire du monde. Et cependant, il fut un grand chef, un très grand chef. Suivi d'une poignée d'amis fidèles, presque sans armes, sans moyens, sans uniforme, il a lutté et lutté encore contre les dangers effrayants qui nous menaçaient tous et vous auraient menacés aussi aujourd'hui, s'il n'avait triomphé. Ignorez toujours qu'ils se sont appelés des Allemands mais c'était le mensonge, l'ignorance et l'ambition qui voulaient régner sur le monde. Pourquoi fut-il ainsi sacrifié? Pour que le mensonge, l'ignorance et l'ambition disparaissent de ce monde. Quand vous mangerez ce pain de tous les jours, quand vous n'aurez pas froid l'hiver, quand vous pourrez jouer et rire et être heureux sans souci et sans tristesse ; songez que c'est à cet homme, à Charles Mahieu, que vous le devez un peu et même beaucoup. Et si jamais un jour, l'ignorance, le mensonge et l'ambition redressent la tête et triomphent encore, n'hésitez pas à faire votre devoir, comme Charles Mahieu a fait le sien. Il vous a montré la voie toute droite qu'il faut suivre, sans hésitation, Si grand que soit le sacrifice où elle risque de mener. Oui, car la vie est à ce prix. Périsse le monde, s'il ne peut se construire sur la justice, la tolérance, la commune égalité de tous les hommes, sans distinction de classe et de conviction." Puisse ce message d'un grand résistant être encore reçu, surtout par les jeunes générations. Source bibliographique : "Avant qu'il ne soit trop tard" par Henri Neuman, Editions Duculot, 1985, D. 1985 0035 16.) La RésistanceUn aviateur dans la Résistance IntroductionP. de la Lindi Paul Henry de la Lindi naît à Mons le 16 février 1906. Sa jeunesse est imprégnée de l'exemple d'un père, soldat inflexible et courageux ; le général chevalier Josué Henry de la Lindi doit en effet son titre à la magnifique conduite qu'il eut lors des campagnes antiesclavagistes, aux premiers temps de l'Etat indépendant du Congo.Venant de l'Ecole des Cadets, Paul est admis en décembre 1925 à la 71° promotion Infanterie-Cavalerie de l'Ecole Royale Militaire. Nommé sous-lieutenant le 26 décembre 1927 à la sortie de l'école, il est désigné pour le 10° Régiment d'infanterie à Arlon. Il ne reste que quelques mois dans cette arme.Tempérament audacieux, aimant le risque et l'imprévu il passe, à sa demande, à l'Aéronautique militaire. Très rapidement il obtient les brevets d'observateur et de pilote.A la mobilisation de 1939, le capitaine Henry de la Lindi commande la 11° escadrille d'observation, dite " Les Sioux rouges " stationnée à Bierset près de Liège. Elle disposait d'avions Renard 31, les plus vieux appareils de l'armée belge, en service depuis 1934, d'une vitesse au sol de 230km/h et de 290 km/h au régime maximum à 4000 mètres d'altitude, armés d'une mitrailleuse de capot et d'une mitrailleuse de tourelle de calibre 7,65 mm.On l'appelle " le Père " afin de le distinguer du lieutenant Albert Henry également dans son escadrille et que l'on a baptisé " le Fils ". C'est un homme maigre, au regard incisif et au sourire en coin qui ne l'abandonne jamais, même quand il est furieux. Ne disposant que d'appareils aux possibilités dépassées, privé le plus souvent de la protection de la chasse amie à laquelle leur emploi était subordonné, il ne se laisse pas abattre par ces circonstances difficiles qui tempèrent et refroidissent à juste titre l'ardeur des équipages. Possédant au plus haut degré le sens du devoir et la passion de son métier, il fait preuve dans les moments difficiles du plus bel enthousiasme et du plus magnifique allant.Définissant les conditions de vol appropriées aux circonstances imprévues et la tactique d'emploi qui en découle, payant de sa personne et, aux moments critiques, acceptant pour lui les plus grands risques, il obtient de son personnel le maximum. A l'exemple de leur chef, tous les équipages furent également courageux et habiles, remplissant sans protection ni soutien trente et une missions de reconnaissance et de recherche de renseignement, conduisant leurs appareils d'étape en étape jusqu'au bout de la guerre sur le sol national.Au terme de la campagne tragique des " 18 jours ", les " Sioux rouges " du capitaine Henry de la Lindi ont fait leur devoir jusqu'au bout.L'escadrille a été citée à l'ordre du jour de l'armée le 27 mai 1940 :'' Pour l'héroïsme et l'habilité avec lesquels ses équipages décimés ont exécutés du 10 au 26 mai 1940, sans aucune protection de chasse et en présence d'une aviation et d'une DTCA ennemie redoutables, les nombreuses missions de reconnaissance qui leur ont été demandées ''Le 28 mai 1940, le capitaine Henry de la Lindi qui dispose encore de sa voiture personnelle, fort abîmée par les bombes et qui échappe ainsi aux réquisitions des Allemands, réussit avec quelques camarades à faire mouvement vers Bruxelles, à échapper aux barrages et à rejoindre son domicile. L'évasion de Belgique.Paul Henry de la Lindi échappe à la captivité et travaille dans un bureau à Bruxelles. Mais pour lui la guerre n'est pas finie. La bataille d'Angleterre a sauvé l'Europe, elle a été gagnée par des aviateurs et il désire aller les rejoindre.Il écrit dans son journal personnel, trouvé dans ses bagages laissés à Londres :"…..le sinistre jour de la capitulation, je me suis promis de remettre çà. Depuis ce jour-là, j'ai cherché un tuyau que je voulais sûr et rapide, pas moins, et qui m'est apparu sous les traits d'un grand jeune homme blond qui me le confia à la terrasse d'un café, à la Porte de Namur, en août 1941 " ( C'était le baron Jean Greindl, dit Némo, qui s'occupait du réseau d'évasion '' Comète '')Le journal de Paul Henry, il y fait allusion dans une lettre qu'il écrivit à ses parents la veille de son exécution, le 31 mai 1943 à la citadelle de Liège. C'est un extraordinaire document que Rémy reproduit dans son ouvrage '' La Ligne de démarcation '' tome XII, sous le titre '' La dernière lettre ''.Il y relate ses aventures depuis son départ de Belgique jusqu'au moment où il quitte Londres pour être parachuté sur le territoire occupé.Il est écrit dans un style extrêmement vivant, avec un esprit d'observation très aigu et un humour parfois mordant. Il y décrit la France occupée, l'Espagne de Franco, Gibraltar et surtout le caractère britannique qu'il admire mais qui exaspère souvent sa nature bouillante et son impatient désir de se battre.Paul Henri quitte Bruxelles le 6 février 1942 et arrive en Angleterre le 11 mars.Il nous raconte d'une façon pittoresque son séjour à Gibraltar et son voyage à bord d'un paquebot polonais, le Sobieski, jusqu'à Glasgow." Ayant quitté Bruxelles le 6 février, j'ai mis trente-trois jours à gagner l'Angleterre, ce qui constitue une sorte de record. La plupart des Belges qui sont sur le bateau ont mis toute une année à couvrir le trajet !Maintenant, me dis-je, finie la crainte des Boches et de leur Gestapo ! Finie la surveillance des Espagnols et l'appréhension d'être envoyé au camp de Miranda ! Finie l'angoisse d'être torpillé par un sous-marin ou coulé par une bombe ! Dans huit jours, pensais-je ce 11 mars 1942……J'écris ces lignes le 1ier septembre, je suis en Angleterre depuis près de six mois, et j'attends encore de savoir à quoi on va m'employer ! "Après tout les contrôles de routine auxquels sont soumis les continentaux à leur arrivée en Angleterre, il séjourne à Patriotic School où son tempérament bouillant est soumis aux vexations d'interrogateurs méticuleux. Enfin le mardi de Pâques, il est reçu par les autorités belges. Une grande déception l'y attend car on lui confirme que la R.A.F. n'admet que des jeunes, repoussant férocement les hommes de plus de trente ans." Il est aussi indispensable de bien connaître l'anglais. Le meilleur pilote n'a aucune chance d'être admis s'il échoue à l'examen d'anglais.Ayant plus de trente-six ans et ne sachant pas l'anglais, j'eus l'impression de recevoir une douche froide. Mais je me raccrochais à l'espoir que de nombreux camarades étant dans mon cas, il faudrait bien faire quelque chose pour nous.Quinze jours s'écoulèrent sans que vint aucune nouvelle. Je flânai dans Londres, visitai les musées, allai au cinéma, me demandant à longueur de journée : mais combien de temps ce régime va-t-il durer ? Je ne suis tout de même pas venu ici pour me balader dans les rues. Un certain soir, je reçus un coup de téléphone de mon ami Fox ( surnom de Nicolas Monami ), qui m'avait peu à peu mis au courant de toutes ses activités secrètes en Belgique au cours de conversations sur le Sobieski et au Camberwell Institute.Ecoute, lui avais-je dis, je ne vais pas en Angleterre pour moisir dans un bureau. Si les Anglais ont un jour besoin de moi pour une mission en Belgique, tu pourrais citer mon nom "" Pourrais-tu passer me voir ? me dit Fox. J'ai à te parler de quelque chose d'important.Quelques jours plus tard, j'étais mis par Fox en relation avec les autorités belges et anglaises qui s'occupaient de recueillir des renseignements en Belgique et détaché à la Sûreté le jour même où mes camarades de l'aviation, qui étaient toujours sans affectation, partaient pour Malvern. E me félicitai de n'avoir pas repoussé l'offre qui m'avait été faite par Fox. "Paul Henry subit alors un court entraînement à l'école de parachutage du Service secret, où il saute deux fois d'un avion et une fois, de nuit, d'un ballon captif.Il rentre à Londres le 8 mai 1942 et, alors, commence une longue attente, entrecoupée de cours de renseignements et de fausses prévisions de départ. En Belgique.Le 17 septembre vint l'heure de départ. C'est dans les environs de Ciney qu'il atterrit et le jour même de son parachutage, il se rendit à Liège chez le capitaine Jean de Zantis. Ce dernier étant absent, il touche un autre pilote de son escadrille, Emile Witmeur.Henry disposait d'un appareil de radio émetteur récepteur et devait créer un service de renseignements portant sur l'armée et la marine allemande, les dispositifs de la Luftwaffe et les objectifs à indiquer à la R.A.F., la situation économique du pays, le domaine industriel, la situation politique et l'évolution de la mentalité belge sous l'occupation.Henry exposa à Witmeur le but de sa mission et lui demanda de recruter des gens à même de la remplir.Fin octobre 1942, le service était établi et le travail commença.Son principal adjoint, Paul Brouha, se spécialisa dans les renseignements militaires, emplacements de D.C.A., projecteurs, stations de radar etc…tandis qu'une partie de ses agents surveillaient le trafic par chemin de fer d'autres par bateaux.Mlles Laurys à Bruxelles, Bounameau et Nols à Liège se mettaient à sa disposition pour les émissions radio et son logement.Au début de 1943, les services de radiorepérage allemands s'intensifièrent.Il aurait été préférable de ne jamais transmettre deux fois de suite du même endroit, d'autant plus qu'Henry devait parfois appeler Londres pendant 40 minutes avant d'obtenir le signal de réception. Mais il trouvait que le risque de se faire arrêter avec son poste en déplacement était plus grand que celui de se faire repérer. Il émettait trois fois par semaine de Liège, de Namur ou de Bruxelles.Depuis la mi-octobre jusqu'à mi-février 1943, Brouha remit à Henry, deux fois par mois, une volumineuse documentation de renseignements, notamment sur les champs d'aviation de Florennes et de Brustem et des informations sur la mentalité de la population.Au début de 1943, Henry dont la situation devenait précaire, car il avait été reconnu de plusieurs Liégeois, prépara son voyage de retour. Il était satisfait de la marche de son service et pensa à Brouha comme un de ses successeurs. L'arrestation.Le 18 février 1943, Henry de la Lindi est arrêté par la Geheime Feld Polizei, dans une chambre qu'il a louée rue des Célestines à Liège. Les Allemands ne savent pas eux-mêmes qui ils recherchent, car ils passent en revue les locataires de la maison. Enfin, comme ils commencent à inspecter les chambres et demandent s'il n'y a pas plus de locataires, force est à la propriétaire de dire qu'il reste un M. Hosselet. Les Allemands la poussent devant eux et ouvrent la porte de la chambre de Henry, qui est attablé devant son poste émetteur. Aussitôt arrêté, les Allemands saisissent tous les papiers, l'argent et le poste. Aucun élément ne permet de dire qu'il ait été dénoncé et il est fort probable qu'il a été repéré par ses émissions radio.Au cours de l'instruction, il devra reconnaître certains préventions, d'autant plus que les Allemands détiennent son dernier message. Cependant, en ce qui concerne les noms de ses agents, il refuse de les donner. Pendant quinze jours on le torture mais ne dis rien.Il donne le temps à ses agents de prendre le maquis. Quinze longs jours sans avoir été au rendez-vous. Ils doivent avoir compris.Les documents découverts au domicile d'Henry permirent toutefois aux allemands d'identifier et d'arrêter successivement quatorze autres agents du service. Treize d'entre eux furent inculpés.Le verdict du procès fut impitoyable. Henry et huit de ses coïnculpés furent condamnés à mort, trois furent acquittés, deux femmes furent condamnées à des peines de prison. La dernière lettre.Le 31 mai à deux heures du matin, de sa cellule il envoyait une dernière lettre non censurée :" Bien cher Tous,Je vous adresse rapidement ce tout dernier mot officieux par l'intermédiaire de l'aumônier qui nous assistera jusqu'au moment suprême. C'est un '' chic type '' en qui vous pouvez avoir toute confiance. Si vous voulez avoir des détails sur mes derniers moments vous pouvez demander son adresse à la Kommandantur de Bruxelles. Il se fera un plaisir de vous recevoir. Demandez l'aumônier des condamnés à mort.Je joins à la présente lettre quelques souvenirs de ma dernière communion que je vais recevoir dans quelques minutes. L'heure de l'exécution est fixée à six heures , et mes camarades comme moi-même la voyons venir avec la plus grande sérénité. Quand nous aurons communié, nous serons fin prêts pour le grand voyage. Il n'a rien d'effrayant, au contraire. Nous avons tous la conviction qu'il sera pour nous un commencement et non une fin. Il ne faut pas vous tourmenter pour moi, ce ne sera même pas un mauvais moment à passer !Je crains surtout que vous n'en souffriez plus que moi. Il ne faut pas, je vous assure que c'est peu de chose.La " Banque "dont je vous parle dans ma lettre officielle se trouve naturellement à Londres….J'ai fait le nécessaire à Londres pour qu'on vous fasse parvenir mes bagages…..Pour le reste, j'espère que vous me pardonnerez. J'ai fait tout mon devoir. J'ai joué le grand jeu, il faut savoir être beau joueur jusqu'au bout. Je tremble surtout en pensant aux espoirs que vous aviez de me savoir sauvé. Il y a peut-être eu mal donne, mais on s'en apercevra trop tard. Nous ne serons fusillés qu'à sept sur les neuf. Priez pour que les deux autres soient sauvés.Il est inutile de vous dire que je pardonne à tous ceux qui m'ont du mal, même à nos ennemis qui, en somme, n'ont peut-être fait que leur devoir, malgré qu'ils aient eu la main trop dure pour beaucoup d'entre nous. Vous voyez que je pars avec la plus grande sérénité, convaincu qu'avant cinq heures d'ici, je serai dans les bras du Seigneur, et que peut-être déjà je le prierai pour vous !J'en arrive à mon tout dernier adieu que je vous adresse avec l'expression de toute mon affectionPol.A six heures du matin, après avoir entendu la messe et communié avec les six membres de son réseau dont le recours en grâce avait, comme le sien, été rejeté, le capitaine- commandant aviateur Paul Henry de la Lindi descendait dans les fossés de la citadelle de Liège en chantant le Magnificat.Il tomba face au peloton d'exécution en criant :Vive la Belgique ! Vive le Roi ! Source : Article de A. Crahay dans "20 Héros de chez nous", Editions J.M. Collet. La RésistanceLes femmes et la guerre 1940-1945 Le texte ci-dessous (inédit) est de la plume de Claire Pahaut, historiennePour la seconde fois en ce XXème siècle, la Belgique est entraînée dans la guerre. Tout se colore de vert-de-gris.Dans les maisons, la vie l'emporte plus exigeante encore : les tâches domestiques accaparent les mères et les épouses. A Waremme, peu de cuisines sont équipées d'un évier. Que dire des fermes et des maisons des campagnes ? Chacun a sa réserve d'eau de pluie et une pompe à actionner. Et pourtant, que de casseroles noircies par le charbon, que de mannes d'eau à chauffer pour les bébés ? Et que de trajets jusqu'à la fontaine d'eau potable conservée avec soin dans les pots en grès.Les lessives ? Allons-nous déjà dire que l'aviateur Colin Rooks, caché par les tout jeunes mariés, Marie et André Beauduin, rue d'Oleye à Waremme, refusait, par pudeur sans doute, de confier son " petit linge " à son hôtesse ? Que d'eau lui fallait-il pour laver, rincer et encore rincer les longs caleçons qui le protégeaient du froid. Femmes qui me lisez, vous devinez l'état de sa chambre après ces travaux domestiques.Les tâches ménagères étaient lourdes à l'époque et les files pour le ravitaillement bien longues. Et pourtant..." Blottie entre Liège, Tongres et Neerwinden, au-delà de Huy et de Hannut, avancée de la cité ardente, la terre de Hesbaye est dure mais nourricière ; ce qu'elle fait naître devient fort ", écrit presque en ces mots, le Notaire Jamoulle, de Viemme, dans le journal des Résistants du réseau Otarie.Ce journal en dit long des multiples faits d'armes et de la camaraderie nés contre l'occupant. Mais en écrivant cette page, nous voulions, plutôt, partir du témoignage de celle qui a accepté discrètement de revivre pour nous le quotidien des femmes pendant la deuxième guerre. Sa voix est sans doute la dernière. Elle n'en est que plus chère.Dès l'automne 1940, un premier groupe de Résistants se forme à Waremme. Et derrière chaque homme engagé, des mères, des épouses, des fiancées.Femme, tu étais souvent abandonnée avec l'enfant.Le jour de l'Ascension 1943, Madame Leenaerts de la rue des Champs à Liège est arrêtée par les Allemands et emprisonnée jusqu'en octobre à la Citadelle puis à Saint Léonard. Relâchée en automne, elle ne revoit pas son mari avant la fin de la guerre. Pour échapper au travail obligatoire à la FN, elle en appelle à des amis, employés à la poste comme son mari. Quelque 24 h plus tard, c'est à la rue d'Oleye à Waremme, chez Marie et André Beauduin-Seny, qu'elle est accueillie. Elle y restera, avec son petit, jusqu'en mai 45, surnommée Madame Leburton de Lantremange. Elle se sait dans une maison de Résistants.Réseau Clarence, réseau Otarie, Croix Rouge ; elle devine les risques mais les partage aussi." Monsieur et Madame Modeste " ont toujours ouvert grande leur porte : il a bien fallu, à un moment donné, collecter des vêtements pour quatre aviateurs à la fois et descendre jusqu'à Liège pour trouver des oranges à offrir à Colin, le jour de ses 20 ans. Son séjour fut long, à la rue d'Oleye. L'aviateur Colin Rooks s'était cassé la jambe en sautant de son parachute. Une jambe cassée sabote la vie d'un aviateur. Mais un aviateur qui se traîne en béquille oublie parfois le bruit qu'il fait à l'étage. A l'hôtesse de se taire et de savoir jouer la comédie.Accueil des patriotes, des maquisards traqués, des aviateurs de la RAF. Où les cacher ? Comment les rhabiller ? Où trouver des bottines 46 pour Paul Wright ? Comment leur servir à souper quand, en nombre, ils sont rassemblés ?Chez Sidonie Lambert, le premier dépôt clandestin ; la Comtesse de Renesse accueille au château de Berloz le premier PC -poste de commandement- ; Madeleine Lecloux-Lejeune abrite les jeux de cartes militaires, le Service de Santé ; et des ateliers de couture de badges animés par Trotinette, Mariette Vallée, Maria Moureau et les uniformes parachutés et cachés dans un caveau du cimetière de Celles.Trouver une carriole et un cheval pour conduire cette jeune maman à son mari embusqué près de Hannut ; entrer dans une ferme de Trognée et faire chauffer le biberon du bébé.Et si tant de gestes sont posés dans l'ombre, la femme devient aussi un bon agent de liaison. Tous les jeudis, le courrier Clarence, déposé le mercredi par Malou Muschart chez l'abbé Abinet au Collège de Waremme arrive chez les vieilles demoiselles du magasin d'objets pieux de la rue Neuvice à Liège ; ce courrier, caché dans les guidons du vélo, dans les souliers, dans l'étui de cigarettes, dans le décolleté, doit aller jusqu'à Londres. L'abbé Halkin, frère du professeur L. Halkin, émet de son poste, à la cure de Grandville. Mais il faut changer constamment les lieux d'émission pour brouiller l'ennemi.Transport d'armes et d'explosifs, dans le sac du vélo, cachés sous un tricot. Francinette del Marmol en dresse les listes. Mais il faut éviter les patrouilles allemandes. " Je vais chercher des oeufs, chez Streel à Noville ". Chemins, sentiers, bosquets, défilés, côtes ; boue argileuse et gluante et frissons dans le dos. Le brassard d'ambulancière est un bien petit alibi.C'était quelques jours avant la Libération, Marie doit transporter, de chez l'imprimeur, les affiches à placarder après le départ des troupes allemandes. Mais des Allemands, il en vient en débandade, de Huy vers Tongres. Marie en a pleuré : par deux fois, sa mission est menacée. L'un lui prend son vélo, revolver au poing en plein Waremme, sur la place de l'Eglise ; d'autres, des maquisards excités, s'approprient grossièrement sa monture, à la Chapelle de Saives. Le jour est tombé. Il lui faut rentrer chez elle, après le couvre-feu.Moins fouillées que les hommes, peu questionnées, les femmes traversent plus facilement les lignes ennemies.Aucune ne fut arrêtée en Hesbaye. C'étaient Sidonie ABEELS, Marie-Elisabeth BEAUDUIN, Marie BEAUDUIN-SENY, Paulette BERGER, Marie-Louise BRUYNINX, Laure COUNE, Annie DELANGE, Françoise del MARMOL, Ninie HENDRICKX, Anna JAVEAUX, Madeleine LECLOUX, Josée MARCHOUL, Rita MARÉCHAL, Maria MOREAU, Malou MUSCHART, Paula PAQUOT, Madeleine PIROTTE, Mariette VALLÉE et Eva WÉRY. Source : "Ici Otarie, scènes de Hesbaye, 1940-44. Une contribution de Mme Annie Schaillée que nous remercions vivement. La RésistanceLa grande coupure Pour le premier trimestre de 1944, la police allemande put dénombrer dans notre pays, en ne comptant que les incidents important: 20 attentats à l’ explosif sur des centrales et des pylônes électriques, 22 sabotages de câbles, 98 sectionnements de tuyaux de freins, 257 incendies, 6 attentats à l’ explosif sur des bâtiments et installations militaires, 204 attentats et sabotages sur de voies de communication, etc. Le "Groupe G"C’est également de cette période que date ce qui fut, sans aucun doute, une des réussites les plus remarquables de l’histoire de la Résistance dans notre pays: la mise à mal, dans la nuit du 15 janvier, de 28 pylônes à haute tension, tous situés à des endroits stratégiques du réseau de distribution électrique. Elle était l’oeuvre des super-techniciens de l’action clandestine regroupés dans le Groupe G.Ingénieurs, économistes, les stratèges du Groupe G ambitionnaient de contrarier à moindre coût les activités de l’ennemi et de paralyser, en évitant les mesures de répression sanglante, des mouvements essentiels à la poursuite de la guerre. Pour eux, un acte de sabotage était d'abord un sujet d’études. Le téléphone, les canaux, les chemins de fer étaient l’objet de leur attention. La grande coupureLa rapidité de l’avance alliée ne leur laissa pas le temps d’exécuter toutes les opérations en vue desquelles ils tiraient des plans. Celle du 15 janvier 1944, qu’on appela ''la grande coupure'' fut un de leurs plus brillants succès.Le plan avait été longuement mûri. Les pylônes visés avaient été choisis pour l’importance des perturbations que leur destruction allait provoquer mais aussi pour leur environnement naturel. On donna la préférence à des sites d’accès difficile, marais, bois, etc..., où les opérations de restauration seraient plus longues à effectuer.Les pylônes se couchèrent, se soir là, entre 20 et 23 heures.Partie du Borinage, l’attaque remontait vers La Louvière, Charleroi, Namur, Court-Saint-Etienne, puis s’orientait vers la région liégeoise, Bressoux, Visé, tout en rayonnant en direction de Malines, Termonde, Alost, Courtrai.Pour un grand nombre d’entreprises,ce fut l’arrêt immédiat. L’arsenal de Cuesmes se trouva paralysé, la Carbochimique de Tertre dut s'arrêter et, quand elle se fut remise en marche, elle resta aux trois quart de sa production d’avant le 15 janvier. Les charbonnages du Centre et du Borinage durent réduire leurs activités à deux jours par semaine. Les usines Boël à La Louvière, les usines Gilson d’où sortaient trente tonnes d’acier par jour, les trains de laminoirs, les usines de la Providence-Charleroi cessèrent ou interrompirent leur travail. Les usines Henricot à Court-Saint-Etienne durent mettrent en chômage 1.500 ouvriers. Les conséquences de cette opération se firent sentir jusqu’à la fin de la guerre. L'arrestation de Jean Burgers, fondateur du Groupe G.Et tous les saboteurs revinrent indemnes. Les enquêtes, les rafles et les perquisitions menées par l’ennemi stupéfait n’aboutirent à rien.Cela, malheureusement, ne devait pas durer. Le petit accident bête qui peut faire échouer l’entreprise la mieux préparée, et que les auteurs de la ''grande coupure'' avaient su éviter, allait frapper le fondateur du Groupe G : Jean Burgers.Une trahison ou une dénonciation, peut-être, fut à l’origine de ce drame; les contacts qu’il avait fallu prendre à l’extérieur du groupe peuvent avoir entraîné une fuite délibérée. Une minute d’inattention aussi a pu suffire. Jean Burgers et son garde du corps connaissaient trop la sécurité de l’appartement qui leur servait de refuge. Ils ne remarquèrent pas, à une fenêtre, le signal conventionnel de danger qui aurait dû leur enjoindre de faire demi-tour.C’était en mars, Plusieurs membres du groupe tombèrent. Jean Burgers passa par Breendonk, puis fut emmené à Buchenwald. On pensa un moment pouvoir organiser son évasion.A Buchenwald on pendait en public, aux accents d’un orchestre, à titre d’exemple, ceux qui avaient tenté de s’enfuir. Néanmoins, il existait une '' procédure'' d’évasion, passant par l’infirmerie, où l’on faisait admettre l’intéressé prétendument très malade et où on substituait à son identité celle d’un vrai trépassé. Une telle opération fut envisagée pour Jean Burgers mais ne put être menée à bien.Condamné à mort, Jean Burgers fut pendu en septembre 1944, alors que Bruxelles fêtait sa délivrance. Il avait 27 ans. Jean Burgers en 1943 La RésistanceLe Général Jules Bastin Ses évasions Les mêmes qualités de courage, de sang-froid et d'audace que Jules Bastin montra pendant la guerre de 1914-1918 au cours de sa captivité et de ses évasions, se manifestèrent à nouveau dans la résistance et la formation de l'Armée secrète en 1940-1945. Il naquit le 23 mars 1889 à Roux, un petit village de la région de Charleroi où une plaque commémorative à sa mémoire fut inaugurée en 1947. La carrière des armes attira Jules Bastin et, comme beaucoup de jeunes gens de province qui entrèrent à l'armée, il s'engagea à 17 ans dans une école régimentaire, celle du 13e de ligne à Dinant et s'y prépara à l'Ecole militaire où il entra en novembre 1907 à la 58e promotion d'infanterie et de cavalerie. Il en sort sous-lieutenant en 1909 et est affecté au 3e régiment de Chasseurs à pied. Mais il est attiré par la cavalerie et obtient de suivre pendant deux ans les cours de l'école d'équi-tation d'Ypres.Au terme de sa première année, le Commandant de l'Ecole le note ainsi : “ Bon officier, sérieux, dévoué et très allant, monte à cheval avec énergie et emploie les aides judicieusement, aborde franchement les obstacles... ” Il se classe dans le premier tiers de la promotion. Il suit ensuite les cours de l'Ecole d'infanterie à Beverloo et revient à Ypres pour terminer son Ecole d'équitation, dont le Commandant exprime le souhait de le voir revenir comme instructeur. Il reprend du service au 3e Chasseurs à pied, mais le 25 décembre 1913 son rêve se réalise, il passe au 1er Chasseurs à cheval à Tournai.Possédant au plus haut point l'esprit cavalier fait d'audace, d'habileté, de maîtrise de soi et d'intrépidité, le moment approche où il va pouvoir déployer toutes ces belles qualités. En août 1914, quand la guerre éclate, son régiment se trouve dans la région de Chaumont-Gistoux où il couvre la mise en place de la 6e Division d'armée. Le lieutenant Bastin est envoyé en reconnaissance au contact de l'ennemi. Le 16 août à Sart-Risbart, au cours d'une escarmouche, l'étendard du régiment est tombé aux mains de l'ennemi. Bastin, dans sa fougue irrésistible, rassemble quelques cavaliers volontaires et se porte vers l'ennemi pour reprendre l'emblème. Ses hommes se sacrifient sous le feu des mitrailleuses et Bastin, blessé, est écrasé sous son cheval mort.Voici comment il évoque cet épisode, un an plus tard, alors qu'il est en cellule“ ... je revois la chevauchée sous le feu des mitrailleuses, le choc et la dégringolade du talus, à travers les rangs de mon peloton. Je revois la patrouille allemande venant se rendre compte des résultats du tir. Et puis c'est le transport, la cure de Sart-Risbart où je retrouve van Innis, l'ambulance, Hannut, l'hôpital de Bavière à Liège...Il est soigné correctement par les services du front et évacué vers l'Allemagne où les blessés sont accueillis par les huées de la population que l'on a persuadée que les Belges avaient commis des atrocités sur les blessés allemands.Pendant trois années, Jules Bastin va subir une captivité rendue plus dure par ses dix tentatives d'évasion, dont heureusement la dernière sera couronnée de succès. Ces dix évasions, il va les raconter dans un livre qui paraîtra en 1936 chez Payot.Dans la préface, le général français de Goys de Mézeyrac, président de l'Union française des évadés de guerre, s'exprime comme suit“ Le journal du lieutenant Bastin, “ Mes dix évasions ”, nous offre un magnifique exemple de courage, de volonté, d'énergie, de persévérance.A ces titres divers, il était nécessaire que ce journal ne sommeille pas plus longtemps dans les tiroirs personnels du jeune lieutenant devenu aujourd'hui colonel. Il fallait que la jeunesse puisse connaître cette lutte ardente livrée pendant plus de trois années par un officier prisonnier de guerre pour reconquérir sa liberté. Cette lecture est passionnante. Elle exalte chez le lecteur les plus nobles sentiments, elle est haute-ment éducatrice. Remercions donc l'auteur d'avoir rompu son silence, félicitons ceux qui surent le décider à publier son journal d'un évadé de guerre. ”Et plus loin:“ ... D'autres prisonniers sont animés par une âme plus ardente. Ils ont confiance dans la force morale et physique qui peut venir à bout de tous les obstacles, ils sont enflammés par la passion de reprendre la lutte pour la Patrie. Ceux-là sont obsédés par l'idée de l'évasion. Dès leurs premiers jours de captivité toutes leurs pensées, tous leurs rêves, tous leurs actes sont tendus vers ce but. Ils entraînent quotidiennement leur corps pour le durcir aux épreuves souvent extrêmes que comporte l'évasion. Ils familiarisent leur esprit avec le danger qu'il faut courir pour escalader le mur d'une prison encerclée de sentinelles, pour franchir une frontière garnie de fusils et de fils de fer barbelés, souvent électrifiés. Ah, qu'il paraît doux de rester dans la prison, quand dehors souffle la bise de l'hiver, quand il faudra marcher des centaines de kilomètres, coucher sans abri, à peine vêtu, sur le sol gelé, se réveiller claquant des dents et les membres glacés et tremblants. Il faudra cheminer la nuit en évitant les routes, se jeter de forêts en forêts comme les bêtes. On sera traqué, on aura faim, on souffrira, on risquera sa peau. Ah oui, que la prison semble douce au moment de s'élancer ainsi à la conquête de la libertéQue les chances de réussite paraissent infimes ! Et l'on hésite au moment de se lancer hors de la prison, sous le feu des sentinelles. Et la lâcheté, mauvaise conseillère, vous murmure doucement à l'oreille : Reste... ”... “ en lisant Mes dix évasions, de Bastin, vous constaterez une bravoure inouïe, ajoutée aux calculs les plus perspicaces pour tromper l'adversaire et augmenter les chances.Vous constaterez aussi que Bastin ne fut jamais un résigné, que toute sa vie de prisonnier ne fut qu'une lutte pour l'évasion. Qu'à peine capturé près du but, en dépit d'un découragement bien compréhensible, il se jure de recommencer sur-le-champ avec une ardeur accrue. Sa volonté, son énergie sont de fer. Dix fois il recommencera.Il est admiré par tous ses camarades. C'est un entraîneur d'héroïsme. J'ai connu Bastin au Fort IX à Ingolstadt. Il y arrivait alors que pour évasion, je purgeais un mois de prison hors du fort dans un cloaque empuanti des bords du Danube. Aussitôt mon retour au Fort IX, le 23 juillet 1917, j'apprenais par la rumeur publique qu'un officier belge, un rude gars, était arrivé en mon absence, auréolé d'un très grand nombre d'évasions dramatiques, presque toujours conduit à la frontière allemande ou à proximité. Une réputation aussi vite établie dans le camp spécial du Fort IX, où était réunie la fine fleur de l'évasion de toutes les armées alliées, méritait attention. Aussi je m'empressai de faire la connaissance de Bastin... ”“ Le 25 novembre 1917, à Rotterdam, je retrouvais Bastin. Tous les renseignements qu'il m'avait donnés sur le parcours avaient été rigoureusement exacts. C'est pourquoi je lui ai voué une reconnaissance profonde et je suis heureux de le lui dire en préfaçant son magnifique journal.Et nombreux sont ceux qui, par ma plume, lui expriment la même reconnaissance, car quantité d'évadés des armées alliées, renseignés par lui, purent ainsi reconquérir leur liberté et à nouveau servir leur pays. ” Bastin commence son récit le 19 août 1914. :“ un train de blessés fait lentement son entrée à Aix-la-Chapelle. Des infirmiers des deux sexes prodiguent des rafraîchissements aux blessés allemands. La main quémandeuse d'un Belge est brutalement repoussée .Le commandant van Innis et moi, passablement déguenillés, sommes descendus sur le quai et transportés vers les voitures d'ambulance. Des civils, hommes et femmes, forment une haie menaçante. Poings brandis, épithètes grossières. Un homme gesticule furieusement en étreignant un pistolet... et tout de suite s'impose à notre esprit le contraste, bien commun par la suite, entre l'attitude courtoise des combattants allemands sur le champ de bataille et la hargne des gens de l'arrière. ” Dès son internement à Magdebourg, il pense à s'évader, à se procurer des vêtements civils, à pratiquer l'allemand, a s’entraîner physiquement, à étudier les habitudes de la garde et àse procurer de l'argent allemand.Fin mars 1915, un officier russe lui propose de s'associer à sa tentative en se cachant dans la chapelle avec deux autres Russes. Ils réussissent après de nombreuses difficultés et se faufilent entre les sentinelles.Bastin, qui est correctement habillé en civil, gagne la gare et obtient un billet pour Berlin. Le voyage en 2ème classe s'avère facile. A Berlin, il passe la nuit à l'hôtel et continue son voyage vers Lübeck sans encombre, grâce aux nombreux marks qu'il a pu se procurer.Il contacte le capitaine d'un vaisseau danois qui accepte de l'embarquer clandestinement vers l'Angleterre, mais, finalement refuse, par crainte des sanctions graves dont il est passible en cas de découverte.Bastin essaie alors de franchir la frontière danoise et prend le train en direction de celle-ci. Malheureusement, une surveillance spéciale est exercée à proximité de la frontière, il est repris et ramené à Magdebourg (1ère tentative).Quelques jours plus tard, en mai, alors qu'il est encore en possession de ses vêtements civils, il réussit à s'infiltrer sous les barbelés et à déambuler innocemment au-delà de ceux-ci. Il prend le train pour Berlin et de là pour Cologne et Euskirchen, à cinquante kilomètres de la frontière belge qu'il va essayer de franchir.Il continue sa route à pied, parfois à travers champs, se dirigeant grâce à une carte de l'indicateur des chemins de fer et à une boussole qu'il a pu acheter.Epuisé de fatigue et de soif, il se dirige de nuit vers Monschau, proche de la frontière belge. Finalement il se réfugie dans une auberge pour manger et dormir, mais n'ayant pas de papiers d'identité, il ne peut éviter d'être emmené à la Kommandatur et repris (2e tentative).Il est alors déplacé vers un nouveau lieu d'internement, à Torgau sur l'Elbe, où sont rassemblés des prisonniers récidivistes de l'évasion, qui établissent évidemment des nouveaux plans. Ils vont cette fois essayer de se diriger vers la frontière hollando-allemande au nord du Rhin, où ils espèrent qu'elle sera moins surveillée.Mais il faut tout d'abord sortir de leur prison. Une tentative en plein jour de franchir le cordon de sentinelles échoue et Bastin et son ami John van Innis se retrouvent incarcérés (3e tentative).Jules Bastin entretient chaque jour dans sa cellule, sa condition physique en faisant une demi-heure de gymnastique suédoise. Il attribue à cette pratique son maintien en condition.Après quelques jours, ils sont enfermés, van Innis et lui dans une chambre spécialement surveillée et d'où ils ne peuvent sortir qu’une heure par jour.Mais ils ne tardent pas à former un nouveau projet, celui d'un souterrain débouchant près de la ligne des sentinelles.Ce projet, qui à première vue paraît impossible, ils l'étudient avec toute la patience des prisonniers et commencent à le réaliser. Il leur faut plus de trois mois pour construire ce tunnel de 25 mètres, évacuer les déblais, l'étançonner, s'assurer de la bonne direction et ne pas périr asphyxiés.Enfin, le 19 janvier 1916, tout est prêt. Trois candidats à 'évasion s’introduisent dans le tunnel, soulèvent précautionneusement la trappe qui le ferme provisoirement et se réfugient dans une fausse poterne en attendant la relève de la sentinelle. Mais un bruit léger a alerté celle-ci qui appelle une ronde avec des chiens qui n'ont aucune peine à découvrir les fugitifs (4e tentative).Ceux-ci sont à nouveau enfermés en cellules séparées et, après trois mois, Bastin comparaît devant le conseil de guerre qui le condamne à cinq mois de prison.Il est ensuite transféré à Burg, 25 kilomètres à l'est de Magdebourg dans un camp de huit cents officiers de toutes nationalités, spécialement bien gardé.Bastin y fait une nouvelle tentative à la fin de juillet 1916. Il profite du renouvellement des paillasses qui leur servent de matelas et, avec la complicité des ordonnances françaises, il est transporté en dehors du camp où la paille doit être brûlée. Il attend la nuit et se met en marche pour Magdebourg. De là, il prend le train pour Hanovre où il passe la nuit dans un hôtel. Il reprend le train pour Hamme et de là se met en route, à pied, pour la frontière hollandaise. Au fur et à mesure qu'il s'en rapproche, il ne progresse plus que de nuit et se repose le jour. Il est sur le point d'atteindre la frontière quand il tombe, dans l'obscurité sur une sentinelle qui l'arrête. Il est ramené en prison pour un mois et envoyé ensuite au fort Zorndorf à Küstrin-sur-Oder, d'où paraît-il on ne sort pas (5e tentative).Il y fait la connaissance du célèbre aviateur français Roland Garros, un autre as de l'évasion. Bastin s'associe avec lui, car Garros a des complicités à l'extérieur qui doivent lui permettre de sortir d'Allemagne par la mer Baltique. Mais quand Garros est transféré dans un autre camp, tout est à recommencer.Bastin s'associe alors avec deux officiers anglais et combine une nouvelle tentative en janvier 1917 par un temps de neige. Ils se font enfermer dans la chapelle et, après avoir évité les sentinelles, ils emploient une échelle de fortune pour franchir le mur des fossés du fort. Au moment où ils atteignent le sommet, l'alerte est donnée et c'est à nouveau la cellule de la prison de Küstrin (6e tentative).Bastin ne se laisse pas décourager et réussit à scier les barreaux de sa cellule, sort de celle-ci, franchit une palissade, mais est surpris par des soldats alertés par une jeune fille qui avait vu son évasion (7e tentative).Il est à nouveau condamné à plusieurs mois de prison et doit purger sa peine dans un fort à Kônigsberg en Prusse orientale. Au mois de juillet 1917, il est transféré à Ingolstadt en Bavière, où il retrouve des officiers français, anglais, russes et belges, ayant tous plusieurs évasions à leur actif et désireux de recommencer.Le 11 avril, Bastin est autorisé à faire des achats en ville sous la surveillance d'une sentinelle. Il réussit a s'échapper d'un magasin, marche jusqu'à Eichstädt où il prend le train pour Nüremberg, ensuite pour Cologne et Aix-la Chapelle.On lui a donné un “ tuyau ”. Il doit prendre un tramway jusqu'aux limites de la ville et marcher vers la frontière hollandaise en contournant les localités. Il se cache dans un buisson en attendant la nuit, et rampe alors jusqu'à la clôture de la frontière. Mais il accroche un fil de fer ce qui alerte les sentinelles. Il est repris et ironiquement, un Allemand lui montre un trou dans la haie par où il aurait pu passer en Hollande ! (8e tentative).Il est ramené à Ingolstadt mais n'est pas incarcéré car la prison est pleine.Immédiatement de nouveaux projets d'évasion sont mis sur pied avec des camarades, car l'organisation du fort IX est plus fantaisiste qu'elle ne l'était en Prusse.Un homme de garde est corrompu avec du chocolat, on obtient le mot de passe, des uniformes allemands et un groupe de trois prisonniers réussit à sortir du fort. Ils se débarrassent de leurs uniformes et vont prendre le train à la gare. Malheureusement le train est arrêté en route et la vérification des papiers les fait découvrir (9e tentative).Bastin s'associe alors avec un officier français qui a découvert un lanterneau donnant sur le parapet du fort, mais ce chemin débouche sur un endroit surveillé par cinq sentinelles“ Passer inaperçu dans le silence nocturne est donc impossible, Si peu vigilants que soient les gardiens. Mais par une nuit bien noire, on peut encore échapper à leurs coups... ! ”On est en novembre 1917, il faudra franchir le fossé plein d'eau glacée; aussi Bastin s'entraîne-t-il à supporter l'eau froide.A 8 heures du soir, ils se hissent par une cheminée et débouchent à moins de 4 mètres d'une sentinelle. Ils se laissent glisser jusqu'à l'eau et commencent à nager, tirant un paquet imperméable avec leurs vêtements. Une sentinelle est alertée et un feu nourri est ouvert sur eux. L'ami de Bastin disparaît mais lui continue et se dissimule dans un taillis pendant que les Allemands fouillent les environs avec des chiens. Il est complètement gelé et avale toute une bouteille de rhum pour se réchauffer. Il se met en marche vers une petite ville à 25 kilomètres de là et réussit à prendre le train vers Münich, Cologne et Aix où il refait son itinéraire précédent.Il connaît bien maintenant les lieux. Dans la nuit noire, il escalade un talus et se retrouve près de l'endroit où il fut arrêté quelques mois plus tôt. Il rampe jusqu'à la place qu'on lui avait montrée, échappe à une ronde et parvient à la clôture de la frontière. Il creuse un passage sous celle-ci et se retrouve en Hollande“ Enfin, brisé, je me laisse choir, les bras en croix. Je savoure le moment et rend grâce au Seigneur, car je suis en Hollande, c'est certain. Je vis là des minutes capables de payer tout l'avenir ! ” (10e tentative). A Sittard, quelques heures plus tard, il a la joie de retrouver le camarade français avec qui il s'est échappé.A Maastricht, il rencontre une dame belge et sa fille. Il leur saute littéralement au cou en leur disant qu'il s'est évadé d'Allemagne et qu'elles étaient les premières Belges qu'il rencontrait. La soirée se termina dans l'euphorie, la jeune fille c'est Mlle Mathot qui devint plus tard Madame Jules Bastin.Bastin se retrouve le 2 décembre 1917 à Calais. Il est examiné par le Service médical et on constate qu'il est atteint d'anémie suite au régime débilitant auquel il a été soumis.Après sa convalescence, il reprend du service au 1er Chasseurs à cheval et participe le 6 mars 1918 au combat de Reigersvliet. Mais pour éviter qu'il ne retombe aux mains des Allemands, Bastin est alors affecté au 1er régiment d'artillerie avec lequel il participe à l'offensive libératrice.Il est fait chevalier de l'Ordre de Léopold avec palmes et Croix de guerre, avec la citation suivante: “ A été fait prisonnier, blessé sous le cadavre de son cheval. Guidé par un sentiment patriotique élevé, n'a cessé dans les conditions les plus pénibles et dans des circonstances parfois tragiques de tenter de s'échapper, ne s'est laissé rebuter par aucune difficulté et malgré les dangers constants auxquels il s'exposait a tenté neuf fois de rejoindre la frontière. Après une dixième tentative des plus pénibles, a réussi à rejoindre l'armée de campagne où il a immédiatement repris du service aux tranchées. ” Pendant la Seconde Guerre mondiale En mai 1925, il a été fait chevalier de la Légion d'honneur et a reçu la Médaille des évadés de France.Après la guerre, Jules Bastin retourne à la cavalerie, se présente à l'Ecole de guerre dont il sort breveté d'état-major en 1923. En 1936, il devient sous-chef d'état-major du Corps de cavalerie à la motorisation duquel il se consacre. En 1939, au cours de la mobilisation, il commande pendant quelques mois le 1er régiment de Lanciers à Spa.Ses officiers sont fiers de servir un tel chef, auréolé de ses exploits de 1914-1918.Pendant les heures de détente, au mess, les officiers de son état-major le harcèlent pour entendre de sa bouche le récit de ses évasions. Un jour ayant perdu une partie de dés, il doit céder à leurs exhortations et il leur conte un épisode que sa modestie l'avait empêché de rapporter dans son livre.En août 1914, c'était en essayant de récupérer l'étendard du régiment tombé entre les mains de l'ennemi, qu'il avait été blessé et fait prisonnier.Hanté par le regret de n'avoir pu le faire, il forma le projet de reprendre l'emblème. Il apprit que lés drapeaux pris à l'ennemi étaient gardés dans l'arsenal de Berlin.En 1915, au cours d'une de ses deux premières évasions, il passa par cette ville et durant toute la nuit il s'efforça en vain de s'introduire dans l'arsenal. N'y étant pas parvenu il reprit le chemin de la frontière qu'il ne réussit à franchir qu'à la dixième tentative .Après quelques mois de commandement du 1er Lanciers, il est nommé chef d'état-major du Corps de cavalerie avec lequel il fait la campagne des Dix-huit jours et reçoit la citation suivante“ Pénétré de la plus haute conception du devoir, doué d'une remarquable énergie, a été au cours des journées du 10 au 15 mai 1940, dans l'exercice de ses fonctions commandement, se signalant par sa bravoure, son activité, son esprit d'initiative. ” A la capitulation de l'Armée belge, Bastin qui n'a aucune envie de refaire connaissance avec les geôles allemandes, se replie vers Dunkerque, réussit a s'embarquer pour l'Angleterre et rejoint la France avec l'espoir de continuer la lutte. L'armistice français met fin à cet espoir.Vers la fin juin, dans une petite ville du sud de la France, Villeneuve-sur-Lot, quelques officiers belges et français, écrasés par la défaite, se trouvaient engagés dans une conversation lugubre. Et voici que s'avance vers ce groupe de vaincus le colonel Jules Bastin, célèbre par ses évasions. L'armistice de Pétain n'a nullement ébranlé sa foi en l'avenir. En ce mois de juin, avec son allure décidée, son visage serein, son amabilité souriante, il dit à ses collègues “ Pourquoi ces mines déconfites ? La guerre commence seulement. Je suis parti par Dunkerque. Je reviens d'Angleterre. J'ai vu la volonté farouche des Britanniques. Dites-vous bien qu'ils ne céderont jamais. Bastin qui n'était pas un optimiste aveugle et ne pouvait prévoir les erreurs colossales d'Hitler, ajoutait : “ Cela durera peut-être dix ans, comme ce fut le cas à la Révolution française et à l'Empire, mais nous gagnerons. ” Le grand soldat, au cours des jours suivants, hésita un instant quant au meilleur moyen de reprendre la lutte. Retourner en Grande-Bretagne? Rentrer au pays occupé et y entamer l'action aussitôt?Il choisit le parti le plus ardu, le plus périlleux : il rentre au pays, pour lutter encore, tout de suite et à fond.Le 10 octobre 1940, il est affecté à l'Office des travaux de l'Armée démobilisée (OTAD) et dirige le Service des colis des prisonniers de guerre, dépendant de la Croix-rouge de Belgique. Il l'organise de main de maître et grâce à lui, qui connaît si bien les besoins des prisonniers de guerre, ceux-ci reçoivent le confort qui leur est nécessaire.Il entre en contact avec le colonel Lentz, président de l'Union des officiers de réserve (UNOR) et le commandant Claser qui organisent un groupement de résistance sous le nom de Légion belge.Grâce à son prestige, il réunit autour de lui des éléments dévoués, issus principalement des régiments de cavalerie et des régiments d'infanterie de Bruxelles. Le groupement ainsi formé sera la réserve mobile de la Légion belge.Il s'abstient toutefois de participer à la direction du mouvement, car il est surveillé de près.Il entre cependant en contact avec un groupe qui diffuse un journal clandestin ''La voix des Belges''. Les Allemands en trouvent la piste et perquisitionnent deux fois dans son bureau. La deuxième fois il est arrêté et jugé. Grâce à une habile défense, il s'en tire avec un mois de prison. Le colonel Lentz ayant été arrêté, Bastin reprend sa place, comme convenu, à la tête de la Légion belge. A Londres le gouvernement Pierlot avait une nette prévention contre celle-ci, comme en témoignent certains de ses messages. Il la soupçonnait de visées politiques et peut-être de vouloir appuyer, à la libération de la Belgique, un gouvernement autoritaire.Le “ Spécial Opération Executive ” britannique (SOE) voulait au contraire soutenir la Légion belge sans aucune réticence, ce qui donna lieu à un grave conflit avec le Gouvernement belge au cours de l'été 1942.Les préventions du Gouvernement furent surmontées, quand il eut consulté le grand résistant Walthère Dewé, chef du réseau Clarence, qui était un ami de Bastin et qui lui apporta sa caution. Dans les premiers jours de 1943, Dewé rencontra Bastin et lui dit :“ Je ne suis pas le Messie, mais Jean-Baptiste. Je vous annonce votre nomination prochaine à la tête du Mouvement. ”Peu de temps après, Londres prévenait Bastin que le Conseil des ministres le reconnaissait officiellement comme commandant de la Résistance militaire en Belgique .Le but de Bastin était uniquement de mettre à la disposition du pouvoir légal une force matérielle et morale susceptible d'aider à la libération du territoire au moment opportun. Il l'appellera Armée de Belgique pour affirmer le caractère régu-lier et purement militaire qu'il entend lui maintenir. Plus tard elle prendra le nom d'Armée Secrète. L'Armée belge, disait Bastin, ne compte pas seulement deux éléments, l'Armée d'Angleterre et l'Armée prisonnière, il en est un troisième, l'Armée de Belgique, le plus important par ses effectifs et le rôle qu'il sera appelé à jouer.Peu après, arrivait de Londres un autre grand Belge, François de Kinder, neveu du Premier ministre Pierlot et qui succomba plus tard sous les balles des Allemands.Avant de quitter la Belgique où il était déjà traque, il avait rencontré le colonel Bastin chez un ami commun et, de cette entrevue, naquit le projet de faire connaître officiellement par notre Gouvernement la Résistance belge, de la doter d'un statut et de la rassembler sous un commandement unique.Il obtint un premier succès quand le 30 décembre 1942, le Premier ministre envoya au colonel Bastin un message chiffré qui disait notamment“ La décision la plus importante est le choix du chef. Le gouvernement a cherché à porter son choix sur un officier qui, par son grade, son passé militaire, la confiance qu'il inspire a tous les milieux sains, puisse rallier, en dehors de toute polé-mique, de toutes les controverses, de toute tendance politique, l'ensemble des Belges de bonne volonté désireux de servir et de contribuer à la libération du territoire. Le gouvernement a porté son choix sur vous.Il vous donnera des directives générales. Etant sur place vous aurez à arrêter dans le sens de ces directives, les ordres que vous donnerez aux formations sous votre commandement. Le gouvernement vous soutiendra en donnant un caractère officiel à votre commandement pour mettre fin à toutes hésitations, toutes divisions, et créer l'unité parmi les forces militaires destinées à opérer en Belgique au moment voulu. Le gouvernement vous soutiendra en outre, en mettant à votre disposition les fonds nécessaires et qu'il pourra vous faire parvenir, ainsi que les armes qui vous seront envoyées avec le concours des Britanniques...Le gouvernement compte entièrement sur vous pour mener bien la tâche qu'il vous confie et dont le succès Importe au salut du paysLe colonel Bastin marqua aussitôt son accord et le statut de l'Armée de Belgique, force unique de la Résistance militaire beige, fut élaboré à Londres et envoyé en Belgique sous le nom de “ Cheval de Troie ”.Fort de cette précieuse charte, Bastin passe immédiatement à l'action. Il organise son commandement militairement, met en place des commandants de zone, de province, de secteur, se constitue un état-major central de tout premier ordre...Puis, il entame le travail de ralliement des groupes qui lui est prescrit en commençant par le groupe “ Action ”, détaché de la Légion depuis quelques mois. Puis c'est l'Armée de libération ” que dirige Pierre Clerdent et dont le chef militaire sera le colonel Gérard, camarade de promotion de Bastin.Mais rien n'est aussi dangereux que ces compénétrations de groupes qui amènent l'infiltration d'inconnus. Fin avril 1943, un messager vient de Liège apporter au colonel une invitation à une conférence avec les chefs du groupe “ Action ” et des agents venus de Londres pour convenir de parachutages massifs. Un des adjoints du Colonel, pris de soupçons, lui déconseille d'y aller. Il réfléchit et répond : “ Si c'est vrai, c'est trop important car nous sommes au printemps et peut-être à la veille d'un débarquement. S'il ya du danger, je ne puis abandonner les autres. Non, je dois y aller ”. En fait, toute l'affaire était montée par la Gestapo.C'est dans ses voitures, conduites par des hommes camouflés, que les chefs furent menés au rendez-vous et mitraillés à bout portant. Bastin fut sérieusement touché, tous furent blessés ou tués, emmenés à la caserne de gendarmerie et interrogés.Dix semaines après son arrestation, Bastin fait alors la surprise prodigieuse de réapparaître. C'est ce qu'il a appelé son évasion “ intellectuelle ”.Créant des équivoques, usant de documents préparés pour les besoins de la cause, il laisse croire aux Allemands que s'il a, en effet, assisté à des réunions clandestines, c'était pour y prêcher le calme et l'abstention. Il sut si habilement rejeter les responsabilités sur les absents et sur les morts que personne ne fut inquiété.Mais il est surveillé, doit aller deux fois par semaine au contrôle allemand, c'est l'homme le plus “ brûlé ” de Belgique.Le colonel Gérard a pris le commandement de l'A.B., mais Bastin se fait tenir soigneusement au courant de sa vie par quelques amis sûrs.Il a l'occasion d'avoir une entrevue avec le commandant Marissal envoyé de Londres avec enfin les consignes, les moyens, les liaisons. On lui offre, puisqu’il est brûlé, de l'enlever et de le conduire à Londres en avion, éventuellement avec sa famille. Il refuse, car il estime que sa présence est indispensable pour l'Armée de Belgique. En octobre, il décide de reprendre le commandement effectif tout en s'entourant de mille précautions Il envisage d'entrer dans la clandestinité, mais ses instants de liberté sont comptés. Une visite de Himmler en Belgique a fait renforcer toutes les mesures allemandes de sécurité, les nombreuses arrestations parmi les membres de l'A.B. ont resserré l'étau autour de lui. Le 24 novembre 1943, il est appréhendé et cette fois sans espoir de retour.Emmené à la prison de Saint-Gilles, il prépare son évasion. Dans les bureaux allemands, il est reconnu par un officier des SS qui avait été un de ses gardiens en Allemagne pendant la guerre 1914 -18 et qui aurait fait la réflexion suivante à ses collègues “ Celui là vous ne le garderez pas longtemps ” De sa prison, son génie étonnant lui dicte encore les moyens de servir l'A.B. et, par les intelligences qu'il se crée dans la place, il avertit de la marche de l'enquête à laquelle sont mêlés 70 officiers arrêtés précédemment, dictant les précautions à prendre par ceux qui s'avèrent connus de l'ennemi et menaces.Il prend des contacts avec l'extérieur et, de sa cellule, il dirige les préparatifs d'évasion : il note minutieusement les heures des rondes de nuit à l'intérieur de la prison, les rapproche des indications reçues sur les rondes extérieures pour établir qu'à tel moment de la nuit et à tel endroit, il aura exactement tant de minutes pour franchir le mur d'enceinte. Au bout de deux mois tout est prêt : fausses clés, échelles télescopiques en aluminium, échelles de corde, les complicités nécessaires sont assurées, l'auto silencieuse attend au garage pour l'emmener reprendre son commandement car, pour un chef de sa trempe, il ne peut être question de rien d'autre, mais la lune est à son plein, il faut attendre les nuits noires, quand brusquement, sans que lui ni ses lieutenants en aient vent, il est emmené en Allemagne.Bastin et ses compagnons ont été placés dans la catégorie “ Nacht und Nebel ” - nuit et brouillard -, ils doivent disparaître du monde extérieur et n'avoir avec celui-ci plus aucune communication; même leur mort ne doit pas laisser de traces.Malgré tout, des mères et des épouses, alertées par un gardien belge de la prison, montent dans le même train avec l'espoir de revoir une dernière fois l'être chéri. A Verviers, le colonel Bastin aura l'immense joie de pouvoir étreindre une dernière fois sa fille qui réussit, malgré la garde, à monter dans le wagon. Le 7 février 1944, Bastin et ses compagnons sont au camp d'Esterwegen, le 10 mars à Gross-Strelitz, le 30 octobre a Gross-Rosen..C'est dans cet enfer que vécut le colonel Bastin jusqu'au 1er décembre 1944. Entouré de ses deux fidèles compagnonsJean Quinet et René Bodart ainsi que du docteur André, il mourut en brave, heureux d'avoir donné sa vie pour une cause juste et noble.Citons ces mots du docteur André :“ Que les êtres qui leur étaient chers, que leurs amis sachent que ces Belges, admirables patriotes, confiants dans la victoire finale, heureux de vous savoir délivrés de vos oppresseurs, vivaient leurs derniers jours dans une euphorie rela-tive. Ils n'étaient plus battus, n'entendaient plus les hurlements sauvages de nos gardiens, ne devaient surtout plus aller à l'appel. Et telles les veilleuses qui s'éteignent lentement faute d'huile, ces âmes bien trempées moururent sans avoir la notion de disparaître pour toujours. ” Le général Bastin n'était pas un chef facile. Il était exigeant dans l'exécution du service, mais soutenait à fond ses subordonnés.Son courage et son énergie étaient sans limite. Un de ses collaborateurs qui avait été arrêté par les Allemands et relâ-ché, avait l'impression d'être constamment surveillé et menace.Il lui demanda s'il n'estimait pas qu'il devait passer en Angleterre. Bastin lui répondit : “ Mon cher Albert, nous les avons mis dans le coup, tu resteras avec moi jusqu'au bout. ”Dans les camps de concentration, cet homme de 55 ans qui avait déjà souffert de sa captivité en 1914-1917, paraissait parfois diminué. Mais un jour, à l'occasion d'une fête patriotique, ses compagnons entonnèrent la Brabançonne. On le vit alors se redresser de toute sa taille et se raidir dans un “ garde à vous ” impeccable .En 1948, la 88e promotion (toutes armes) de l'Ecole royale militaire reçut le nom de “ Général Jules Bastin”Il a été fait baron par le Roi et Grand Croix de l'Ordre de la Couronne avec la citation suivante : “ Dès le début de l'occupation du pays, s'est consacré activement à l'organisation et à la conduite de la résistance militaire où il joua très vite un rôle prépondérant grâce à sa clair-voyance, son énergie et son dévouement à la cause nationale. Il réussit après de longs et périlleux efforts à réunir tous les éléments de la résistance militaire en une force compacte, l'Armée secrète, qui, au service du pays sous l'autorité du gouvernement de Londres, remporta des succès qui resteront dans l'histoire. ” A Spa, devant la villa qui fut le siège de l'état-major du 1er Lanciers, un monument a été érigé à la mémoire de celui qui fut le chef de corps du régiment en 1939, le colonel BEM Jules Bastin.( Source: article de A. Crahay dans '' 20 Héros de chez nous '' paru aux éditions J.M. Collet ) La RésistanceAuguste Vanlaethem raconte Emprisonné à Saint-Gilles et Breendonk Arrêté le 16 mai 1944 à 3h40 du matin par la Gestapo, je fus emmené dans les cellules des caves de l'Avenue Louise à Bruxelles; j'y restai jusque 8h du matin. pour partir il y avait trois voitures et deux camions de noirs ( collaborateurs ).Deux sentinelles sont venues me chercher et elles m'ont poussé dans l'ascenseur; l'on me conduisit au 9ème étage. Là commença le premier interrogatoire. Restant muet à leurs questions et menaces, ( le premier dura une heure ) ces lâches me firent coucher sur une table et, à tour de rôle ils me battirent avec des chicotes ( espèce de matraque ). Après cet acte infâme, je fus reconduit dans ma cellule à moitié évanoui. A 10h, même supplice, à 14h la même chose se passa et exactement dans les mêmes conditions, pour recommencer de nouveau à 17h. Cette fois ce fut le plus terrible. Les coups de crosses et de pieds ne me furent pas épargnés, et quand cette abominable scène fut finie, j'avais des dents arrachées, j'étais noir de coups et rempli de sang. Alors seulement ces satyres me dirent que j'étais condamné à mort et que j'irais crever à BREENDONCK. A 18h30 je quittais de nouveau ma cellule pour être conduit menottes au poignets à ce sinistre camp.La Gestapo me remit entre les mains des fameux DEBOTTE et WEISS qui me reçurent à coups de cravache et de pieds.L'interrogatoire recommença et je me vis après, dépouillé de tout ce que je possédais, ( argent, montre ).Déshabillé complètement, l'on me fit courir, évidemment toujours avec des coups de cravache jusqu'à la place où se trouvait le coiffeur, qui me rasa la tête comme un caillou. Ce travail terminé, et toujours sous l’œil attentif de ces maudits S.S. les coups de cravache et de pieds redoublèrent.Nous étions toujours nus, l'on nous mena ainsi jusqu'au magasin, où l'on nous lança une chemise, un pantalon de toile, une veste de l'armée belge et une paire de sabots.Après m'être habillé en hâte, sous les coups, on me mena dans une cellule de 1 mètre de large sur 1 mètre 90 de long. Là on me laissa à moitié évanoui. Je suis resté toute la nuit appuyé contre le mur d'où ruisselait de l'eau tellement il faisait humide dans ces cachots. Le lendemain je devais faire connaissance avec d'autres tortionnaires. A 8h, j'entendis crier au dehors, on vint défaire les verrous de ma cellule. Je ne savais presque plus bouger, ce qui me valut une nouvelle série de coups, en me faisant comprendre que je devais enlever mes habits et mettre la cagoule qu'ils me présentaient. Je dus prendre la tinette à la main, puis on me tira la cagoule au fond de la tête et par le bout de ce sac on me tira dehors. Chaque fois que j'accrochais une porte ou un coin de mur, je recevais des coups de poings dans les côtes. On me traîna ainsi jusqu'au W.C... Là on m'enleva cet espèce de sac et on me dit que j'avais deux minutes pour faire mes besoins. Ensuite il fallait nettoyer la tinette. Les coups et les hurlements ne manquaient pas à cet occasion. Quand ce fut terminé, je dus remettre la cagoule et repartir en étant entraîné de la même façon qu'à l'aller. Avant d'arriver à ma cellule, on m'introduisit dans une impasse. Je fus de nouveau débarrassé de ma cagoule et je vis que j'étais dans un lavoir. Je dus me laver en dessous d'un robinet sans essuie, ni savon. J'étais tout à fait mouillé et c' est dans cet état que je dus à nouveau repasser ma cagoule. Je fut reconduit en cellule où je dus rester à la même place jusque 20h.Je reçus à midi un bol de soupe, et à 18h, un morceau de pain et un peu de café. A 20h la sentinelle criait en allemand " couchés ", ce que je n'avais pas compris le premier jour. Je fus donc forcé de resté debout toute la nuit, car au signal " couchés ", la sentinelle retirait une barre de fer qui supportait un panneau de bois. Celui-ci était garni de lattes tous les 10 cm. Il fallait donc être prêt à son signal, et baisser ce panneau pour ce coucher. Le matin à 6h, le " Boche " criait : " debout ", et il fallait être prêt avec le panneau, le dresser contre le mur pour qu'il puisse passer la barre dans la planche de repos. Après il fallait rester en position pour recommencer le même parcours que la veille avec la cagoule. De retour en cellule, il était obligatoire de rester à la même place jusque 22h. Pour manger on nous apportait : 1 litre de café erzatz le matin, 1 litre de soupe puante le midi, 150gr de pain le soir avec 1/2 litre de café. Chaque distribution était accompagné d'une pluie de coups. Il était défendu de changer de place pour manger. Au bout de 2 à 3 jours, j'avais les membres paralysés. Je ne savais plus enlever mes sabots tellement j'avais les pieds gonflés. En plus ces messieurs avaient la fantaisie de venir vous mettre en sang 3 à 4 fois par jour. Ils protestaient si vous étiez appuyé contre le mur ou encore si vous n'étiez pas en position quand ils venaient regarder par le trou de regard qui se trouvait dans la porte. Je suis resté comme cela 24 jours jusqu'au 9 juin, où par suite du débarquement du 6 juin, on évacua complètement BREENDONCK.Ce jour là, vers midi, on me conduisit dans un couloir où je revis d'autres prisonniers. On nous fit remettre complètement nus. Nous fûmes conduits dans une grande chambre où l'on nous remit nos vêtements qu'on nous avait pris. Je dus prendre un camarade complètement mutilé sur le dos. Ces lâches lui avaient enlevé la peau des fesses à la chambre des tortures. L'on me fit aller dans la cour, là se trouvaient les satyres de l'Avenue Louise.On fit l'appel et on nous fit grimper à 20 par camions, à genoux et les bras levés : ainsi jusqu'à Saint-Gilles.Nous fûmes placés à 4 par cellule. C' était le paradis, car à Saint-Gilles c' était la Wehrmacht qui nous gardait et nous étions tranquilles.A mon arrestation je pesais 84kg. Arrivé à Saint-Gilles j'en pesais encore 63. J'avais perdu 21kg en 24 jours.A Saint-Gilles, nous avions le rationnement imposé : 225grs de pain par jour, soupe à midi et au soir, et nous devions rien faire. Dans le courant de la nuit du 15, on vint me réveiller et on me mena dans le couloir central. J 'aperçus plusieurs camarades. Un colis de la Croix-Rouge nous fut remis, un paquet de cigarettes et une boîte d'allumettes. A Büchenwald........ Le 16 à 4h du matin on nous chargea en camion et nous fumes conduits à la gare de Schaerbeek. De nouveau nous fûmes en contact avec la Gestapo de l'Avenue Louise et tous les tortionnaires de BREENDONK. Nous fûmes reçus à coups de crosses et de pied, fouillés à fond, le colis et les cigarettes que la Wehrmacht nous avait donnés à Saint - Gilles, nous furent enlevés par les S.S.A Schaerbeek on nous bourra à 60 hommes par wagon à bestiaux que l'on barricada ensuite avec du fil barbelé. Vers 7 h, le train démarra pour arrivé à BUCHENWALD le 19 à 23 h. Donc trois jours et nuits sans boire ni manger. Arrivés à BUCHENWALD, les S.S., nous déchargèrent avec de grands chiens. Nous fûmes conduits dans un grand lavoir pour y passer la nuit avec un robinet qui coulait goutte à goutte et cela pour débarbouiller 800 hommes après un tel voyage.Le 20, vers 8 h du matin, on vint nous chercher et nous fûmes conduits en dessous des douches, où l'on passait 4 par 4. On nous fit déshabiller et on nous donna un numéro qui remplaçait notre nom. Mon numéro était le 60402. Ensuite, nous passâmes dans une autre pièce où on nous rasa de nouveau, puis vint le magasin. On nous donna un costume rayé et une paire de sandales. On nous mena dans un petit camp, bloc 51. Ce bloc pouvait contenir 500 hommes, et l'on en fourra 1500. Nous étions couchés à 5 étages dans des bacs à 16 hommes. Nous ne pouvions dormir habillés, et nous ne possédions qu'une couverture. Personne ne pouvait se mettre sur le dos. Il était impossible de dormir tellement qu'il y avait de la vermine. Je suis resté 16 jours dans ce petit camp. Il s'appelait " en quarantaine ". J 'ai reçu pendant ce temps 15 piqûres, les unes dans le dos, ou aux bras ou encore sous les seins. La nourriture se composait comme suit : 1 pain de 1kg500 pour 4 hommes au déjeuner, de la soupe à 11 h et s'était tout pour la journée. Pendant ces 16 jours, matin et midi nous étions emmenés à la carrière pour chercher une grosse pierre. Nous devions la porter sur notre dos et revenir au camp qui se trouvait à 4 km. et cela avec des petites sandales aux pieds. Si par hasard la pierre n' était pas grosse assez, on était obligé de redescendre dans la carrière en reprendre une plus volumineuse.Le 2 juillet je fus désigné pour partir en commando dans les mines de sel. J'en fus épargné grâce à un camarade qui put arranger les affaires à l' "Arbeitstatistik". Ce fut un grand bonheur pour moi, mais par contre un très grand malheur pour les autres, car des 600 qui étaient partis, PAS UN NE REVINT.Le 4 juillet, je passais dans le grand camp. Je fus employé à l'usine Guslof de Buchenwald.C'était bien triste. Le réveil se faisait à 4h30. A 6h. tous les prisonniers devaient se trouver sur la place d'appel d'où nous partions au travail en musique pour rentrer à 18h toujours en musique. A 19h. l'appel de nouveau; celui-ci se prolongeait parfois jusque 2h du matin, mais jamais l'appel n'était fini avant 22h.Pour ma part, le travail à l'usine n'était pas trop dur. Je mettais des hausses et des points de mires sur des carabinesLe 22 juillet, plusieurs camarades qui faisaient partie de mon groupe en Belgique furent pendus et passés ensuite au four crématoire. Cela ne me tranquillisait pas de trop. Ainsi passèrent les jours et les semaines jusqu'au 24 août. Ce jour-là, un bombardement coûta la vie à plusieurs centaines de camarades. Ce fut la plus grande panique que j'aie jamais vu de toute ma vie. En une heure de temps, il ne restait plus rien des usines où travaillaient 20.000 prisonniers. Quel désastre ! Tout était en feu. J'ai vu un camarade brûler jusqu'à poussière à côté de moi. Une bombe incendiaire l'avait transpercé. Il en tombait tous les mètres. Par contre pas une seule bombe ne tomba dans notre camp éloigné de 20 minutes des usines. Seulement toutes les canalisations d'eau étaient sautées. Plus une seule goutte d'eau pour panser les blessures. Pas un seul pansement. Huit jours après le bombardement on voyait encore des hommes remplis de sang.Comme il n'y avait plus de travail, je fus désigné pour aller rétablir les villas des officiers S.S. et les casernes.Fatigué de courir du matin au soir, pieds nus et à moitié habillé, n'en pouvant plus, je restai un matin au camp. Le chef du bloc ne manqua pas de me renseigner et je dus aller dans un plus dur commando. Je fus envoyé à la gare de BUCHENWALD pour décharger des wagons.Peu après je fus envoyé dans un autre commando. Je devais me lever à 3h, partir en train jusque Weimar et faire 6km. à pied matin et soir sous les coups des S.S. qui étaient accompagnés de chiens. Nous rentrions à 19h pour devoir encore rester 5 à 6 heures à l'appel. Cela ne pouvait plus durer longtemps car j'attrapai un flegmon sur le pied gauche et j'avais les jambes remplies d'ulcères. Je finis par ne plus savoir marcher. On me transporta à l'infirmerie le 20 septembre 1944. Un docteur belge ainsi qu'un français déclarèrent qu'il était nécessaire d'amputer ma jambe gauche jusqu'au genou, mais l'hôpital étant surchargé, je fus flanqué à la porte à la suite d'une inspection du docteur S.S. Force me fut donc de rentrer au bloc comme j'étais parti. Grâce au dévouement de bons camarades, qui chaque jour allaient me chercher des plantes de plantain, je sus me guérir moi - mêmeLe 13 décembre, le chef de bloc vint me réveiller à 2h du matin me disant que je devais partir immédiatement en transport avec plusieurs camarades. On nous fit rester jusque 10h sur le quai par une tempête de neige terrible. On nous flanqua à 100 hommes par wagon à bestiaux pour arriver le lendemain à 6h du matin à BERGA-ELSTEER. On nous hébergea dans une ancienne usine anglaise. Le convoi se composait de 1500 hommes qui étaient presque tous des juifs Hongrois.L'après-midi, nous fûmes conduits au travail dans une nouvelle usine souterraine que l'on allait creuser dans une montagne. Le soir nous fûmes reconduits dans cette ancienne usine non conditionnée pour recevoir tant d'hommes. Il n'y avait rien de préparé, aucune nourriture, aucun logement. Nous dûmes nous coucher les uns sur les autres Le lendemain matin nous reçûmes un pain pour 10 hommes et avec cette maigre pitance nous dûmes retourner creuser la montagne jusqu'au soir avant de recevoir 1 litre de soupe, et ce fut ainsi tous les joursPouvant encore assez bien me déplacer avec les ingénieurs civils, j'allais faire des installations dans les cuisines privées, où je savais arriver à voler des choux-navets et des pommes de terre. J'étais encore à moitié sauvé, car des 1500 hommes que nous étions, toutes les 4 semaines les 400 plus faibles étaient renvoyés pour passer au four crématoire de BUCHENWALD.Il fallait voir cela; creuser la mine pendant 12 heures avec comme toute nourriture 150 grammes de pain et 1 litre de mauvaise soupe par jour. Les hommes se tenaient 5 par 5 par les bras le matin pour ne pas tomber. Nous sommes une fois restés 48 heures debout sur la place d'appel parce qu'il y avait eu 4 évasions. Le retour....... Ce système de vie dura jusqu'au 12 avril 1945 où par après nous dûmes prendre la route à l'approche des alliés. Nous marchâmes comme cela jusqu au 8 mai. Au départ de BERGA ELSTEER nous étions 1500 pour rester au nombre de 380 à notre arrivée à SASSENGRUND, où les Américains firent la jonction avec les Russes. Nous avons voyagé à raisons de 40-50 à 60km. par jour pendant plus de 26 jours. Nous traversâmes la Prusse pour arriver en Tchècoslovaquie. Là nous dûmes rebrousser chemin par l'avance de l'armée russe. Nous reçûmes en tout et pour tout un pain pour 12 hommes et 2 cuillères de sucre cristallisé, pour le reste nous devions nous nourrir d'orties et de pissenlits que nous trouvions sur notre passage. Pour dormir, nous restions dehors, on nous encerclait, à moitié habillés, dans un coin de bois, dans la neige et la pluie. Lorsque la colonne était en marche, un cordon de S.S. nous surveillait sur les côtés et derrière. Si par malheur quelques camarades ne savaient plus tenir la colonne, ces chiens les abattaient d'une balle dans la nuque. Si cela avait encore durer huit jours, il n'en serait plus resté un seul. Le 8 mai, on vit enfin arriver les blindés dans les deux sens. L'émotion que nous ressentions ne peut se décrire. Fallait-il rire, pleurer ou chanter ? La force nous manquait pour y penser.L'accueil fut des plus chaleureux. On nous monta sur des camions américains et nous fûmes conduits à FLAUEN, où à notre arrivée, nous fûmes soignés comme des gosses.Complètement désinfectés, car nous étions remplis de vermine, nous fument soignés aux chocolats, oranges, gâteaux, sur un bon lit, surtout jusqu'au 12 mai.Le 15 mai, nous partîmes en train de guerre de Elfurt pour arriver à Neufchâteau. Le 22 et 23 nous arrivions à Bruxelles.Là, ma famille m'attendait en auto. Le contenu de ce récit est beaucoup abrégé, car tout ce que nous avons passé à BREENDONK et à BUCHENWALD est impossible à décrire, des choses inhumaines, mais qu'il est préférable de taire pour la paix de chacun.AUGUSTE VANLAETHEM( Source : article extrait du livre Rebecq Souviens-Toi édité par le Rebecq Historical Association 40-45 à l’occasion du 50° Anniversaire de la Libération ) La RésistanceUn maquis Franco-Belge en Slovaquie Août 1944 - Février 1945 Août 1944 - Février 1945 Il y avait en Hongrie en 1944 plusieurs centaines de prisonniers de guerre français évadés d'Allemagne et jouissant de leur liberté de mouvement, car la Hongrie de l'amiral Horthy n'était pas en guerre contre la France, ni contre la Belgique.Parmi eux, cinq prisonniers de guerre belges-DERVAUX Henri, né à Cerfontaine le 1er décembre 1913, soldat à la compagnie de mitrailleuses anti-avions du corps de cavalerie;-DOZOT Gérard, né à Herstal le 24 juin 1920, caporal d'active au fort de Pontisse;-HUBRECHTS Gaston, né à Seraing le 15 janvier 1919, caporal au 7ème régiment de chasseurs à pied;-LEHERT Alphonse, né à Wauthier-Braine le 22 juillet 1912, soldat au 16ème régiment de ligne-LEROY Albert, né à Grandcourt le 5 février 1916, soldat au 4ème régiment de chasseurs ardennais. En août 1944, l'ambassade de France à Budapest apprend qu'il existe un groupe de partisans dans les montagnes slovaques et les plus courageux des évadés décident de rejoindre ces partisans. Quelques officiers français évadés, les lieutenants Georges de Lannurien de la Roncière, Poupet et Tomasi, organisent le départ de Hongrie et la traversée de la Slovaquie jusqu'au refuge des partisans. Le 9 août 1944, les premiers évadés arrivent dans la région de Tura en Slovaquie. Picard René relate que le voyage en chemin de fer jusqu'à Galanta, à proximité de la frontière slovaque, se passe le mieux du monde, sans contrôle d'identité. Le franchissement de la frontière a lieu de nuit et les évadés trouvent refuge à Luda chez un boulanger. De là, des guides slovaques conduisent nos hommes jusqu'au repaire des partisans. Lehert arrive le 16 août; Dozot et Hubrechts le 17; Leroy le 20 et Dervaux le 24.Du 4 au 18 août, 96 évadés en Hongrie rejoignent l'unité en formation. Un état nominatif de la légion des combattants français en Slovaquie, dressé à la date du 29 septembre 1944, renseigne encore trois autres Belges, mais il n'existe au service des prisonniers de guerre aucun dossier à leur nom.Il s'agit peut-être de travailleurs déportés, évadés également en Hongrie. Ce sont:-DE MAERTELAERE Robert, né à Montigny-sur-Sambre le 13 octobre 1920 (tué à Strecno);-PIRSON Louis, né à Bruxelles le 27 octobre 1912;-VAN DER HEYDERS Roger, né à Thuillier le 20 janvier 1912, sergent.Quant à Hubrechts, il donne le nom d'un autre Belge inscrit avec lui à la légion des combattants en Slovaquie. Il s'agit de-FROIDURE Albert, né à Bouffioulx le 19 octobre 1921, soldat au 2ème régiment de chasseurs à pied, probablement travailleur déporté en Allemagne et évadé en Hongrie. Les partisans se groupent dans la montagne près de Kantor. Ils sont dirigés par un officier russe parachuté, le 26 juillet 1944, près de la localité de Liptov, nommé Vélicko, orthographié l.A. Welitschko par Cestmir Amort. Les partisans prennent le nom de brigade général R. Stéfanik ( général slovaque, héros de la guerre 14-18 ) et s'organisent en trois compagnies, l'une comprenant les Russes, la seconde les Slovaques et la troisième les Français et les Belges. Le lieutenant de Lannurien prend le commandement de la compagnie française. Les partisans reçoivent des uniformes tchèques et des armes russes ou tchèques, ainsi que des interprètes et deux infirmières. Dozot est désigné comme caporal chef de pièce antichar à la 3ème section d'assaut. Comme tous les partisans de langue française sont d'anciens militaires, la compagnie est rapidement formée et disciplinée. Lorsque les opérations actives commencent, elle comprend déjà plus d'une centaine d'hommes (160 d'après J. Sole). Il arrive cependant aux partisans d'exagérer l'imprudence. C'est ainsi que de nombreux évadés continuant à arriver de Hongrie, le Français Raymond Volbart et le Belge Hubrechts sont placés à la gare de Zilina pour les recevoir et les guider vers le cantonnement. Ils sont tous deux armés du fusil et en uniforme slovaque avec l'étoile rouge des partisans. Mais voilà qu’arrive en gare une unité allemande. Nos deux partisans sont aussitôt désarmés, emprisonnés et dirigés vers l'Allemagne. Heureusement, la qualité de prisonnier de guerre leur est reconnue. Ils sont portés disparus à la légion des combattants à la date du 27 août 1944.Le 28 août, la « Légion française des combattants en Slova-quie », (en slovaque: Françuska Legia bojvnikov no Slovensku) descend de ses montagnes et libère le village de Skablina. L’unité commandée par de Lannurien cantonne alors au village de Sklabinsky-Podzamok. Sous les généraux slovaques Golian et Viest a lieu en effet en août 1944 un soulèvement national qui surprend les Allemands. Le 29 août 1944, Banska Bystrica est libérée. Rapidement tout un énorme territoire est libéré et un gouvernement national anti-allemand est créé à Banska Bystrica le 1ier septembre, sous le nom de « Conseil nationalslovaque ». Cependant les Allemands et le gouvernement pro-allemand de Tiso, sont restés maîtres de Bratislava et de toute la région des plaines. Ils regroupent hâtivement leurs forces et, dès le 29 août, s'efforcent de remonter la vallée du Vah en direction de la capitale du mouvement insurrectionnel. Le général allemand Berger, commandant en chef des troupes allemandes en Slovaquie, qui a été surpris de l'ampleur de l'insurrection, mais qui sait que les troupes slovaques insurgées sont inexpérimentées et de faible valeur, décide d'attaquer le plus vite possible avec les unités dont il dispose, afin de ne pas laisser le temps au Conseil national slovaque d'aguerrir ses troupes. Dès le 29 août, les troupes allemandes attaquent le territoire insurgé de plusieurs directions : la 19ème division de Gebirgsjäger SS de la Moravie vers Zilina; la 86ème division de Pologne vers Kezmarok; la 20ème division SS du sud-ouest vers Trnava; la 108ème division de Kosice vers Spisska Nova Ves. Les Slovaques portent leurs meilleures troupes, c'est-à-dire les unités de partisans, vers les endroits menacés.Les partisans français sont chargés de défendre le défilé de Strecno pour interdire l'accès à la ville de Vrutki et à la vallée du Turiec. Ils livrent un combat très dur de toute une journée au défilé de Strecno et éprouvent leurs premières pertes, dont De Maertelaere, mais les Allemands sont bloqués.Les Allemands se heurtent à une résistance acharnée à laquelle ils ne s'attendaient guère. C'est ainsi qu'à Strecno, la légion des combattants français en Slovaquie, avec le détachement russe Souvorow et les troupes slovaques de la garnison de Martin, résistent durant cinq jours à toutes les attaques.Les partisans français sont relevés par une unité slovaque et reviennent à Skablina le 2 septembre. Le moral de l'unité est atteint : elle a repris trop tôt contact avec la force militaire allemande. Le 4 septembre, 4 sous-officiers et 2 hommes disparaissent et sont portés déserteurs. Le 6 septembre, les Allemands occupent Vrutki et les partisans français sont mis en ligne à Priekopa avec l'unité slovaque du major Dobrovosky. Le combat de Priekopa est très dur, mais les partisans ne cèdent pas un pouce de terrain. Le plan allemand échoue. L'insurrection connaît un précieux répit. L'aviation russe parachute des armes, des munitions et des vivres ainsi que des renforts, tandis qu'une mission militaire anglo-américaine arrive à Banska Bistrica.Les partisans sont relevés et mis au repos à Sliac près de Banska Bistrica, où la brigade reçoit un commissaire politique, le lieutenant-colonel russe Hrapko. Ils y reçoivent également un renfort imprévu : 80 jeunes Français des chantiers de jeunesse, qui avaient été déportés aux usines de munitions Skoda de Dubnica et d'armement à Porazska-Bistrica et 3 officiers : le capitaine Forestier et les lieutenants Gessely (prêtre) et Lehmann. Lannurien organise immédiatement l'instruction militaire accélérée de ses recrues. Il les confie à l'adjudant-chef Bronzini de la légion étrangère. Cependant, l'unité se réorganise. Vélicko est nommé lieutenant-colonel par l'armée rouge et de Lannurien capitaine par le général de Gaulle, qui inscrit l'unité à l'ordre de bataille de l'armée française sous le nom de : « Groupe des combattants français en Slovaquie ». Elle comprend 4 sections de combat et une de commandement. Le charroi totalise 3 camions, 2 voitures et une moto. Elle reste sous le commandement de Velicko qui, pour lui donner la même force que celle des compagnies russes et slovaques de la brigade Stefanik, lui adjoint une section slovaque de 54 volontaires commandés par l'adjudant slovaque Hanach, ce qui porte son effectif à 250 hommes. La brigade est mise en ligne à Janova-Lehota. Elle y est relevée par la brigade aéroportée tchécoslovaque, arrivée à Tribudy en avion du front de Pologne, et est au repos à Detva où a lieu une revue militaire. Leroy, chef d'une équipe de destruction, est, pour son beau travail, cité à l'ordre du jour de la brigade. La brigade Stefanik part alors à la frontière hongroise à Krupina.Les Allemands cependant trouvent cette insurrection bien gênante. Ils se contentent au début d'isoler le territoire insurgé, tandis qu'ils rassemblent les troupes nécessaires pour écraser cette dangereuse menace. Ils parviennent à grouper l'équivalent de 8 divisions et, le 19 octobre, passent à l'attaque sur tout le front sud, en partant de Hongrie.Le 20 octobre, ils attaquent également de l'est et de l'ouest. Suite à la supériorité du commandement allemand et de son infanterie, l'armée slovaque est enfoncée dès le 25 octobre 1944 et Banska Bystrica prise par les Allemands le 27 octobre. L'armée slovaque est prise de panique et s'effondre dans le désordre le plus total. Seules les unités de partisans surnagent en ce désastre. Elles seules, grâce à leur tactique de la guerre de partisans, sont capables de résister, mais il leur faut, pour cela, rejoindre leurs montagnes. Ils se réfugient dans la vallée de Jasna de la chaîne des Basses-Tatras. La brigade Stefanik se regroupe dans la partie nord de la Slovaquie, près de la rivière Orava et les Tatras de Liptov. Le commissaire politique rejoint les lignes russes en avion, car pour lui la capture aurait signifié la mort.Les sections sont dispersées et ce n'est qu'avec 60 hommes que le capitaine de Lannurien s'installe dans une vallée étroite vers Nemecka-Luka. Le 1ier novembre, les sections perdues, sauf celle du lieutenant Gessely, rejoignent le gros de l'unité. Le lieutenant-colonel Velicko arrive également avec les Russes et les Slovaques. Velicko décide de suivre la vallée du Vah en direction de l'est, de franchir la rivière, de gagner les Hauts -Tatras en direction de la frontière polonaise et de rejoindre l'armée russe. Il fait partir ses trois compagnies à une heure d'intervalle : les Russes en tête, puis les Slovaques, enfin les Français. Le passage de la rivière est malaisé. Seules les com-pagnies russes et slovaques parviennent à traverser. Lorsque de Lannurien arrive avec ses hommes, il se heurte à des forces allemandes supérieures. Coupé de son chef, il décide de gagner les montagnes au sud de la rivière. Les partisans français s'installent pour l'hiver dans la montagne au nord du village d'Ivanovo. Ils occupent quelques granges primitives et descen-dent au village pour le ravitaillement. Le capitaine trouve cependant que le camp n'est pas assez éloigné du village et décide d'établir un nouveau camp, 600 mètres plus haut dans la montagne. Le 10 novembre, alors que seuls les malades, l'interprète et l'infirmière sont restés dans les granges et que tout le personnel valide travaille à la construction du nouveau camp, les Allemands surprennent le campement et mettent toutes les granges en feu. Seul un des blessés parvient à s'échapper; 16 partisans (dont Dervaux), l'infirmière et l'interprète sont faits prisonniers.Les partisans ( 80 au total ) doivent à présent vivre au nouveau camp inachevé. Le froid est très vif, la neige épaisse et les vivres s'épuisent, ce sera bientôt la fin des haricots. Le chef se rend compte que les Allemands vont, soit attaquer en force, soit affamer les partisans dans leur montagne dépourvue de nourriture. Les partisans, en effet, ne peuvent subsister qu'avec l'aide de la population, or il n'est plus question de descendre à Ivanovo, surveillé par les Allemands et où ces derniers ont trouvé des guides pour les conduire dans la montagne. Lannurien estime qu'il ne peut plus assurer la subsistance d'une troupe de partisans aussi grande que la sienne. Il divise sa troupe en 8 détachements d'une dizaine d'hommes qui vont tenter leur chance séparément. Ils doivent se diriger vers le sud-est, région de Kosice, où les montagnes sont moins élevées et où il y a de nombreuses fermes isolées. On procède au partage des interprètes, de l'argent, des vivres et des munitions et, le 16 novembre, ont lieu les premiers départs. Le groupe du capitaine ( 12 hommes ) part le dernier. Après bien des souffrances dans la neige et le froid, le groupe arrive le 4 décembre dans la région de Detvianska-Huta où il trouve refuge dans une habitation forestière. De là sont lancés des coups de main et des attaques de véhicules allemands isolés. Par la radio, ils apprennent que, à la date du 9 décemhre 1944, décret 264 du général de Gaulle, le groupe est cité à l'ordre du jour de l'armée française. Cependant le front se rapproche et enfin, au matin du lier février 1945, le groupe de partisans voit s'élancer vers lui une compagnie de soldats russes. Ceux-ci sont tout étonnés de trouver des « Françousky Partisany ». Ils sont aussitôt dirigés vers l'arrière du front. L'armée russe regroupe tous les partisans de la région à Malinec, puis décide que les partisans russes et slovaques seront remis en ligne, mais que les hommes de la compagnie franco-belge seront rapatriés. Ils reçoivent des uniformes russes, gardent leur arme-ment russe et sont envoyés à Tura en Hongrie, puis à Odessa. Bien entendu, ils jouissent d'un traitement spécial de la part des Russes et circulent à leur guise aux environs des camps de regroupement, contrairement aux autres prisonniers de guerre libérés. Ils sont rapatriés par Odessa En conclusion de cette étude, nous pouvons franchement dire que l'armée belge peut être fière de ces quelques prisonniers de guerre qui ont repris les armes dans des conditions aussi difficiles.( Source : article pages 187 à 194 du livre de Georges Hautecler " Evasions réussies " ) La RésistanceLe Maquis de Saint-Marcoult L’aventure clandestine de l’Armée Secrète au refuge « Tarin » de Saint-MarcoultMETTEZ LE TARIN EN CAGE Dans l’organisation et la structure de l’A.S., on parle beaucoup de « Refuges ». Qu’est-ce un « Refuge » ? C’est un endroit choisi, conformément à des critères établis de commun accord par la 2ème section du Ministère de la Défense Nationale et les chefs locaux de l’A.S., et destiné à servir de centre de mobilisation au jour « J ». Par extension, on a compris, sous le vocable de « Refuge », les unités qui avaient comme point de ralliement l’endroit choisi.C’est ainsi qu’on parlera du « Refuge » de Lessines, d’Alost, de Tirlement, etc… Le « Refuge » idéal comprenait, dans ses environs immédiats, une plaine de parachutage et un terrain d’atterrissage pour planeurs. Saint-Marcoult fut ce « Refuge » idéal, bien que la plaine d’atterrissage prévue ne fut pas utilisée par suite de la rapide avance des Alliés.Les « Refuges » de l’A.S. portaient tous un nom de guerre, choisi parmi les noms de poissons, oiseau etc…suivant leur localisation géographique. Voici quelques exemples :St-Marcoult –Tarin ; Lessines – Vanneau ; Alost – Hibou ; Binche – Roitelet ; Namur – Requin ; Tirlemont – Renard ; Halle – Furet ; Huy – Marsouin ; Nivelles – Panthère ; Liège – Saumon ; Mons – Chardonneret ; Charleroi – Mésanges ; Gembloux – Jaguar etc…Et lorsque la radio de Londres lança les ordres de mobilisation pour l’A.S., elle utilisa les messages du genre de celui-ci : « Mettez le tarin, le bouvreuil, le roitelet…en cage » : ce qui signifiait que les « Refuges » dont les noms étaient cités devaient mobilisés. La mobilisation des unités de l’A.S. ne fut donc pas faite de manière désordonnée, mais au moment voulu par le Haut Commandement allié. Les « Refuges » étaient groupés en Secteurs, et les Secteurs en Zones. L’A.S. comprenait cinq zones : Zone I Namur – Hainaut ; Zone II Anvers – Limbourg ; Zone III les deux Flandres ; Zone IV Brabant et Nord de la province de Namur ; Zone V Liège et Luxembourg.La Zone I était divisée en quatre secteurs : Le secteur A : région de Mons, Borinage, Lessines, Ath, Dottignies, Ellezelles ; comprend toute la partie Ouest du Hainaut, en tout cinq « Refuges » Le secteur B : région du Centre jusqu’aux Ecaussinnes et Binche ; comprend trois « Refuges » Le secteur C : région de Charleroi, Namur et l’Entre Sambre et Meuse ; cinq « Refuges » Le secteur D : région de Silly, Enghien, Soignies ; un « Refuge »LE ROI SALOMON A CHAUSSE SES GROS SABOTS Beaucoup de ceux qui ont assisté, dans tel ou tel village ou endroit, aux rapides épisodes de la lutte entreprise contre l’occupant, ont pu avoir l’impression d’une agitation quelque peu décousue, chaotique, qui ne leur paraissait répondre à aucun but militaire précis. Ce n’était là qu’un apparence, car on peut distinguer nettement quatre phases principales dans la lutte contre l’ennemi : 1 – Organisation des réseaux de renseignements 2 – Période de sabotages 3 – Préparation militaire des unités 4 – Opérations de la Libération.Passons rapidement en revue des quatre phases. La première phase fut le boulot des premiers Résistants et, surtout, des premières années de guerre ; la nature toute particulière de l’organisation du renseignement, les moyens utilisés empêchent de donner beaucoup de détails sur ce travail qui fut pourtant au « Refuge Tarin », particulièrement important et efficace, si on considère les résultats obtenus. Mais l’exploitation totale d’un pays conquis allait entraîner une orientation nouvelle : le sabotage économique, qui allait précéder le sabotage militaire qui débuta le 8 juin 1944. Nous savons que l’action immédiate menée par des éléments les plus ardents de la Résistance dès les premiers jours de l’occupation, eut beaucoup de détracteurs. Par crainte des représailles, on voulait voir limiter l’action des patriotes à une préparation silencieuse et secrète du jour J. Cet attentisme, en toute objectivité, tournait le dos aux dures réalités militaires. Le combat devait être mené dans l’ombre, prendre les formes les plus subtiles, s’appliquer à des objectifs limités, mais il fallait agir. La raison majeure –en dehors de raisons morales très fortes – dérivait de la nécessité d’user au maximum le potentiel économique allemand, dont l’incidence sur le potentiel militaire ne fait de doute pour personne dans une guerre moderne. Mais le sabotage allait prendre, en 1944, un aspect militaire, en ce sens qu’il allait s’exécuter suivant des directives précises établies par le Commandant de l’Armée Secrète sur ordre du Commandement allié.Le 8 juin 1944, la B.B.C. annonçait : « Le Roi Salomon a chaussé ses gros sabots » Ce message déclenchait les sabotages massifs. Au point de vue des résultats militaires ( et nous nous plaçons à un point de vue national ) cette action fut certes beaucoup plus importante et efficace que la guérilla . si elle ne parvint pas à supprimer tout trafic, sur route, sur rail ou eau, elle entrava tout au moins considérablement les transports de renforts, munitions, matériels et vivres sur le théâtre des opérations en Normandie. Une part doit être faite à ces hardis saboteurs dans la victoire des Alliés en France et dans leur rapide passage à travers la Belgique ! L’œuvre entreprise ne se limita pas aux destructions, elle s’étendit et souvent très efficacement à l’anti-destruction lors de l’avance des Alliés . C’est ainsi qu’on peut mettre à l’actif de l’A.S. la préservation d’une ruine totale des installations portuaires d’Anvers, Gand et Bruges, dont la destruction avait été préparée par l’ennemi. A première vue, rien ne paraît plus facile qu’un sabotage et pourtant le travail est dur et combien périlleux. L’équipe part en général la nuit…Elle doit se faufiler sans être vue au travers des patrouilles et des postes de guet…Une pierre de ballast qui dégringole, une branche qui craque…et c’est l’échec de l’entreprise et souvent la mort ! La tâche est souvent ingrate, un sabotage de voies ferrées est vite réparé, d’où l’ordre d’entretenir la destruction et le même travail bien vite fastidieux et de plus en plus périlleux , doit être renouvelé sans cesse. Au Secteur D, les voies ferrées Bruxelles – Paris et Bruxelles - Lille furent un soucis constant, en dehors des installations de réparation ou de construction de matériel ferroviaire travaillant pour l’ennemi. Dans le Secteur D, plus de 50 opérations sont à mettre à l’actif des sectionsQUARANTE TONNES D’ARMES ET DE MATERIEL EN DIX PARACHUTAGES.Les 3ème et 4ème phases citées plus haut de limiteront, dans cet article, au travail qui s’effectua à St. Marcoult.Saint-Marcoult fut essentiellement un centre de parachutage, un centre de commandement et un centre de guérillas. Ce sont ces trois aspects qui seront développés maintenant.CENTRE DE PARACHUTAGE:Dès 1943, la « Commission de Parachutage de l’A.S. » chargée de proposer à Londres les terrains susceptibles, d’être utilisés dans ce but, avait porté son choix sur la plaine de St. Marcoult. Ce choix lui avait d’ailleurs été suggéré par le Commandant du Secteur D, dont le refuge de St. Marcoult faisait partie. Les divers services alliés chargés de l’organisation des parachutages en pays ennemi ayant donné leur accord, ce choix devint définitif. La proximité du champ d’aviation de Chièvres – très proche à vol d’oiseau – avait suscité certaines objections de la part des services de sécurité de la R.A.F., mais ces objections furent surmontées. Du 15 mars au 10 septembre 1944, dix opérations de parachutage eurent lieu, amenant pour l’A.S., près de quarante tonnes d’armes, munitions, explosifs et matériels divers. Cet approvisionnement fut réparti entre plusieurs secteurs et refuges e l’A.S. et des secteurs aussi éloignés que Gand et Bruges furent aussi armés par des armes parachutées à ST. Marcoult. Ces transports d’armes à longue distance étaient des opérations très dangereuses, qui n’allaient parfois pas sans risques. C’est ainsi qu’un jour de mai 1944, un lourd char de ferme était chargé d’armes et recouvert de fagots pour partir en direction de Mons. Arrivé à Masnuy, sur la Chaussée de Brunehault, le convoyeur, qui était seul, ( préférant voyager sans escorte ) demanda l’aide d’une patrouille allemande qui passait pour faire repartir son char qui s’était enlisé à un endroit humide de la route…….et les «Boches» lui donnèrent le coup de main indispensable pour qu’il puisse continuer sa route…..N’empêche que notre brave homme avait eu chaud..DANS LA NUIT A TRAVERS BOIS.Comment se passe un parachutage et la réception des colis ?Alerté à 19h15 par le message de la BBC, le chef de plaine qui, seul avec un adjoint, connaît le message, envoie ses estafettes pour mobiliser l’équipe désignée pour réceptionner le matériel parachuté. Pour 23 heures, il faut que tous les hommes soient au poste ; on arrive par des sentiers divers à travers bois et on se rassemble dans une des maisons habitées par des A.S. en bordure de la plaine. Là, les dernières instructions sont données, les derniers préparatifs mis au point, les armes distribuées, et c’est le départ vers la plaine, toute proche d’ailleurs…Sur le terrain, des sentinelles sont placées aux endroits stratégiques : il s’agit d’éviter des surprises dangereuses ou plus simplement d’écarter des curieux éventuels. Quatre hommes sont placés avec un torche chacun, en forme de L ; chaque lampe était à une distance de 50 mètres de l’autre ; ces torches devront s’allumer au moment où l’avion sera prêt à larguer sa cargaison et servent à lui indiquer avec précision la ligne de chute des parachutes, pour autant que faire se peut, car il faut tenir compte de la vitesse de l’avion, du vent, d’autres facteurs encore…Tous les colis tombèrent, chaque fois, aux abords immédiats de cette ligne lumineuse et on ne perdit que 2 colis, au cours d’une opération effectuée par temps brumeux et qui ne furent jamais retrouvés. Le chef de plaine dispose d’un S-Phone, appareil portatif de radio, émetteur et récepteur, qui lui permet de contacter le pilote de l’avion lorsque celui-ci se trouve dans un rayon de 8km, après avoir fait connaître le mot de passe requis, il peut guider et renseigner l’avion. Lorsque l’avion se trouve en bonne position, ordre est donné aux porteurs de torches de les allumer et les parachutes tombent….Il y en a de toutes les couleurs : jaune, bleu, rouge, noir et blanc, et 12 ou 16 colis de 250 kilos sont ainsi lâchés et atterrissent sur la plaine. A noter que l’opération présente un certain danger pour ceux qui se trouvent à terre : un parachute peut ne pas s’ouvrir et le colis tombant dans le vide écraserait facilement celui qui se trouve en dessous. A St. Marcoult, il n’y eut jamais d’accident de ce genre, bien que deux colis – lors du dernier parachutage du 10 septembre 1944 – s’écrasèrent au sol sans que le parachute se fut ouvert.UNE BESOGNE DE CAUCHEMARUne fois les colis à terre, le premier travail à faire était le pliage rapide des parachutes, qui pouvaient se voir d’assez loin, surtout par temps de pleine lune ; puis venait le transport des colis vers une cachette provisoire. Au début ce transport occasionna beaucoup de soucis, mais devint plus facile après quelques expériences. Le jour et les nuits suivantes, il fallait procéder à l’ouverture et à l’inventaire du matériel parachuté ; procéder à sa mise en état, au montage des armes, à la vérification de l’état des munitions et des explosifs et, finalement, à l’entreposage définitif ou à la préparation des expéditions vers d’autres secteurs. Tous ces travaux, qui devaient se dérouler dans le plus grand secret, nécessitaient des prestations considérables et d’autant plus fatigantes que le travail devait s’effectuer dans des conditions de fortune : dans des caves ou des endroits non aérés ; le problème de la sécurité dominait en effet toutes les questions de ce genre !LA FRONDAISON DES ARBRES NOUS CACHE LE VIEUX MOULINMais on n’en resta pas là à St. Marcoult, qui fut aussi et en même temps un Centre de Commandement. Le 1ier juin 1944, la BBC annonçait : « La frondaison des arbres nous cache le vieux moulin »C’était la mobilisation des cadres, l’emplacement des états-majors aux endroits prévus pour la période des opérations. St. Marcoult fut choisi comme P.C. du Commandant de la Zone I, à ce moment le Major Leurquin, qui sera arrêté le 23 juillet 1944 et mourra au camp de Neuengamme en janvier 1945. On vit alors arriver à St. Marcoult et dans les villages avoisinants toute une série de gens : officiers, radios, agents de liaison, venant de Bruxelles, Namur, Dinant etc… et que leurs fonctions appelaient à se trouver aux environs immédiats du Commandant de Zone. Il ne faut pas oublier, en effet, que l’autorité du Commandant de la Zone I s’étend sur les provinces de Hainaut et de Namur ; la nécessité d’un service de liaisons parfaitement au point était indispensable pour assurer une rapide et efficace transmission des ordres. La mise au point de ce véritable réseau de communications au départ de St. Marcoult nécessita u travail considérable dont s’acquitta le refuge, qui avait à fournir les « boîtes postales », les agents de liaison, l’hébergement et le logement de tout le personnel de l’E.M. de la Zone I, avec en outre la lourde responsabilité de veiller à sa sécurité et à celle de deux opérateurs de radios (agents parachutés) chargés des liaisons avec Londres et à qui il fallait fournir des endroits d’émission sûrs variant tout les deux jours pour éviter le repérage par l’ennemi. La présence de tous ces gens transforma littéralement St. Marcoult en un village occupé ; presque toutes les maisons abritaient des A.S. ou du matériel, ou servaient de lieux de rendez-vous.L’état-major de la Zone ne quitta St. Marcoult qu’un court laps de temps, immédiatement après l’arrestation du Major Leurquin, le 23 juillet 1944. Mais il revint bientôt s’y installer, et, c’est de St Marcoult que le Général Vandezande, qui avait remplacé le Major Leurquin, à la tête de la Zone I, dirigea les opérations de guérilla de septembre 1944.400 HOMMES EN CAMP RETRANCHE, SAINT MARCOULT FUT ENCORE UN CENTRE DE GUERILLAS. Les 2 et 3 septembre 1944 allaient voir affluer à St. Marcoult les sections avoisinantes répondant à l’ordre de mobilisation ; près de 400 hommes se rassemblèrent ainsi pour former de St. Marcoult un véritable camp retranché. A cette occasion encore, les habitants furent mis à contribution pour fournir tous ces petits riens indispensables pour mettre au point tout ce qui est nécessaire à un rassemblement de Résistants pour lesquels aucune installation spéciale n’avait été préparée. De St Marcoult, partirent des unités qui livrèrent combat à Enghien, au Bois de Manhove à Marcq et à d’autres endroits encore…De magnifiques résultats furent obtenus puisque plus de 1.200 prisonniers furent capturés, dont un colonel commandant une division de parachutistes. Les sections d’Enghien et de Petit-Enghien, dépendant aussi du refuge « Tari », travaillèrent seules durant les premiers jours de septembre 1944 mais obtinrent également d’appréciables résultas puisque avec un effectif de 60 hommes, elles firent 550 prisonniers. Pour être complet, il faudrait s’étendre longuement sur bien d’autres aspects de la lutte clandestine, mais ce qui importe, c’est de faire passer aux générations futures l’esprit de patriotisme et de dévouement qui permit la réalisation de tant de choses par des gens simples de St. Marcoult, qui s’étaient mis tout entiers au service de la Patrie.Source: Article de M. Guy Andrieux, président de la Fraternelle de l'Armée Secrète et aimablement transmis par M. Max Robert, ancien du Maquis de Saint Marcoult La RésistanceUn Grand Monsieur - Arthur Haulot Arthur Haulot Son enfance et ses débuts littéraires Né le 15 novembre 1913 à Liège (Belgique), Arthur Haulot grandit dans un foyer peu riche mais heureux. Il est marqué très jeune par son père ébéniste, militant socialiste. A l'âge de 16 ans, Arthur quitte l'école pour travailler à la Fabrique Nationale de Herstal puis dans une banque coopérative où le travail de comptable ne le passionne guère. Grâce à Isi Delvigne (orateur socialiste) qui remarque ses qualités littéraires dans le "Journal des Petits Faucons rouges", Arthur Haulot est engagé en 1931 au journal ‘’La Wallonie’’ où il entame sa carrière de journaliste. 4 ans plus tard, il devient journaliste reporter à l'INR ( Institut National de Radiodiffusion ) jusqu'en 1937, date à partir de laquelle il devient attaché de cabinet du ministère des communications. En 1938 il est nommé inspecteur à l'Office National des Vacances ouvrières puis il fonde le commissariat général au tourisme avec son ami Henri Janne. Mais quel rapport y'a t'il entre cette brillante carrière littéraire et cette fulgurante ascension sociale avec la Résistance Belge durant la Seconde Guerre mondiale me direz vous ? J'y viens j'y viens... La Guerre éclate En mai 1940, l'Allemagne viole la neutralité de la Belgique pour appliquer le "Plan Schlieffen" et ainsi prendre à revers l'armée française, la Belgique est donc envahie... Haulot est contraint d'entrer dans la clandestinité car il est membre du parti socialiste belge. Lors d'une opération clandestine au courant de la fin de l'année 1941, il est arrêté par la Gestapo puis emprisonné à Bruxelles. Malheureusement, à cause d'un attentat commis au restaurant ‘’Le Cygne’’, réservé aux officiers allemands, Arthur Haulot se retrouve "incorporé" dans un groupe de 40 otages victimes de l'opération "Nuit et Brouillard". Il est déporté au camp de Mauthausen, et destiné à une mort certaine... Alors âgé de 29 ans, il tient bon malgré les privations, les mauvais traitements et le travail exténuant. En novembre 1942, il est transféré au camp de Dachau où il organisera le Comité International clandestin. Il prend le commandement du camp lors de la Libération de celui-ci par la "Rainbow Divison" de l'armée américaine. Considérant que "jamais nous ne tombons ni ne nous élevons si haut que dans des circonstances exceptionnelles" Arthur Haulot dit de sa tragique aventure : "Si je sors d'ici vivant, je ne regretterai jamais d'y être passé" L'après guerre A la fin de la seconde guerre mondiale, il témoigne en 1945 de l'horreur des camps de concentration dans un livre intitulé "Dachau". Afin de commenter personnellement le procès de Nuremberg il exerce à nouveau durant quelques mois son ancien métier de journaliste au journal " Le Peuple". Cet homme convaincu que le tourisme pouvait aider les peuples à mieux se connaître et à s'apprécier occupe durant 33 ans la place de Commissaire Général au Tourisme. Il est co-directeur du journal des poètes, fondateur des Biennales internationales de poésie de Liège, mais aussi du Bureau International du Tourisme Social (1973). Afin de récompenser de telles actions, le Roi Baudouin en personne le fait Baron alors qu'il vient d'obtenir le titre de "docteur honoris causa" (titre prestigieux donné par l'Université Paris 8 à une personnalité étrangère, dont l'engagement et les œuvres s'inscrivent dans l'esprit de l'Université). #Arthur Haulot nous a quitté le 25 mai 2005 laissant la Belgique orpheline d'un " résistant, poète, conteur, nouvelliste, essayiste" soucieux des relations humaines entre tous les peuples... Sources : Crédit photo: ''Le soir ''Loulou, rédacteur sur La RésistanceEdouard GERARD GERARD Edouard, Pierre, Joseph, Ghislain......... ........Né à Daussoulx en Belgique le 31 Octobre 1896.Belge, marié avec 3 enfants.Il était vétéran invalide de la WW I (1914-1918). Pendant la deuxième guerre mondiale, il est Adjudant jusqu'à la capitulation. Il rentre dans la résistance et est à la tête d'un réseau de résistance belge, MNB - mouvement National Belge), pour le secteur de Namur. Il était membre de l'Armée secrète.Matricule 82 069 Il fut arrête à Dinant par la Gestapo de Mons le 1er septembre 1943. Il fut emprisonné une nuit à la prison de Namur puis envoyé à la prison de Mons du 2 septembre 1943 au 17 mai 1944. Il fut emmené à la prison de St Gilles du 17 au 24 mai 1944.Il est alors déporté à Gross-Strelitz ou il aurait été jugé. On retrouve son nom sur une liste de transport vers le camp de concentration de Gross-Rosen le 30 octobre 1944. ("KZ Gross-Rosen cf EL.C69AB RAP398).Il serait toujours en vie le 15 février 1945. (Témoin occulaire Docteur André) Il est présumé mort à Gross-Rosen. Si des lecteurs de ce site auraient plus d'informations au sujèt de M. Edouard GERARD, nous vous prions d'entrer en contact avec:GERARD Hubert (Fils)et Olivier (petit-fils)Rue Leeman,41320 Tourinnes-la-Grosse.BELGIQUE+32-10-86.73.98oggg@easynet.be Un tout grand merci pour votre collaboration et aide éventuelle La RésistanceGaston Masereel, un ''père tranquille'' Tout peut arriver, dit un axiome populaire.Tout ? Mais encore... Il y a des gens qui ne peuvent croire que les coïncidences, la rencontre des hasards, sont parfois assez profondément troublants pour inspirer une certaine panique. D'autres sont prêts à trouver naturels tous les hasards, tous les chevauchements d'aventure. Les uns et les autres trouveraient, dans l'histoire de Gaston Masereel, matière à des réflexions auxquelles il serait bien difficile d'apporter une conclusion. Toute cette aventure est couronnée par un drame qui tient en trois mois. Et elle reste à peu prés incroyable pour ceux qui n'ont pas connu son héros, ou qui n'ont pas eu, en mains, des documents ennemis ou les rapports officiels. Qui est Gaston Masereel, le héros de notre récit ? Dans le bas de la commune bruxelloise de Forest s'alignent quelques entreprises très modernes et quelques-unes de ces petites usines qui gardent dans leurs bâtiments, comme dans l'activité observable par un passant, le souvenir de l'artisan qui œuvrait ici naguère et que son dynamisme a élevé à un plan de production plus complexe et plus performant. Les Etablissements Masereel sont de cette deuxième espèce. Et quarante ans plus tard, la petite fabrique d'articles plastiques qui leur a succédé évoque sans peine ce qu'ils purent être en 1940. Une affaire familiale : le père et ses deux fils. Un mode de vie que déjà le progrès commence à mena-cer. Une loyauté industrielle, un souci de rigueur dans lesquels ont grandi les fils Masereel. Albert, l'aîné, dont le père a fait le représentant itinérant de l'entreprise, et Gaston, le cadet, qui est le dirigeant administratif d'une affaire qui occupe une vingtaine d'ouvriers conduits par un ingénieur chimiste. Gaston est amateur de belles choses et, en particulier, de tapis de prière persans dont il va faire collection dans cet appartement du plateau de «l'Altitude 100» où il s'installera pour s'assurer (à trente-quatre ans car il est né en 1907 ) une indépendance relative à l'endroit de parents très aimés. Il ne s'éloigne que de quelques dizaines de mètres, d'ailleurs, de la villa cossue où s'est déroulée une adolescence à l'abri des soucis matériels. Parmi ses amis - peu nombreux parce que Gaston préfère accumuler des succès féminins -Jean Crèvecoeur, officier de police du quartier, a pris petit à petit une place importante. Or, la guerre venue et, avec elle, l'occupation étrangère, Jean Crèvecoeur, très vite, s'inscrit dans la tradition séculaire de la résistance communale. Elle reste à faire, l'histoire des administrations communales, des polices municipales sous l'occupation. Ce n'est pas que, en Belgique, on nourrisse pour la police une très grande affection. Pas même ce genre de confiance qui fait du bobby l'ami des enfants et de toute la population en Grande-Bretagne. Mais qu'arrive une tension, que naissent des problèmes imprévus, le Commissariat de Police, l'Hôtel de Ville, la Maison Communale deviennent aussitôt les dépositaires des inquiétudes et des espérances collectives. Les occupants s'en sont vite rendus compte qui, au bout de quelques mois, ont renoncé à rechercher l'origine des faux papiers d'identité dont tant de gens étaient munis. La plupart du temps, cette origine était parfaitement administrative. Des Etablissements Masereel d'avant-guerre la police, incarnée par Jean Crèvecoeur, agent de quartier puis commissaire adjoint, est une associée. On lui confie même les projets que l'on nourrit de moderniser l'entreprise, on lui parle de ce qui sera demain la clé de la vie domestique, ces matières plastiques pour lesquelles on a acheté en Allemagne un matériel inédit et coûteux. Sous l'occupation, la communication se fait dans l'autre sens. Jean Crèvecoeur, par cette sorte d'intercommunale de la résistance et de la générosité qui trace entre les commissariats et les maisons de ville des liens auxquels toutes les polices d'occupation feront en vain la guerre, est mêlé à des chaînes d'évasion de prisonniers français et britanniques. Il obtient de Gaston Masereel un concours de plus en plus large, collecte de vêtements, recherche de logements, escorte jusqu'à la frontière française et parfois au-delà, distribution de journaux clandestins comme ‘’La Voix des Belges’’. Très vite, Gaston Masereel est un membre de la Résistance. Non pas un membre important ou dirigeant, mais un de ces Belges nombreux auxquels on ne fait pas appel en vain lorsqu'il s'agit de tenir en respect un occupant qui, dans la mesure même où une population un instant hébétée, retrouve son équilibre, apparaît comme un ennemi auquel il ne faut rien permettre. Il y a des Masereel dans toutes les communes belges. Il y a des Crèvecoeur dans toutes les polices communales. Il y a même une interconnexion entre tous les Masereel et tous les Crèvecoeur, avec la prudence, la discrétion de rigueur. C'est après la guerre que l'on découvrira qu'un des principaux mouvements de résistance était constitué, pratiquement, par la seule police de la commune de Schaerbeek; c'est après la guerre qu'on découvrira qu'un simple agent de police, comme Charles Blaze, a joué un rôle de liaison extraordinairement efficace. Ce Charles Blaze, précisément, qui organisera un jour une rencontre entre Freddy Veldekens et Jean Crèvecoeur. Freddy Veldekens est un parachuté. Les services secrets belges de Londres l'ont envoyé sur le terrain pour concrétiser un projet né de notes préparées par François Landrain, qui avait été le technicien de Radio-Schaerbeek, une des radios privées auxquelles la législation belge avait permis une courte existence dans les mois qui ont précédé la guerre, et par Paul M.G. Lévy, premier reporter à la Radio nationale, qui s'appelait alors l'I.N.R. Il s'agit de mettre sur pied la résurrection des émissions, dès que la chose sera possible. Avec Freddy Veldekens a été parachuté Léon Bar qui, lui, servira de ''pianiste''. Il s'agit de loger ce radio, de lui fournir des lieux d'émission et d'assurer la protection de ses dangereuses activités contre les camionnettes radio goniométriques des polices d'occupation. Freddy Veldekens, Marianne, l'un de ses agents (Madeleine Vinck tient une librairie ''Le Bouquin'' 38, rue Emile Bouillot à Ixelles), et d'autres membres du réseau qu'on appellera plus tard «Samoyède», se chargent de trouver les lieux d'émission et de camoufler Bar,devenu ''Baudouin'', pour l'exécution de sa mission dans laquelle il porte le nom de code de ''Dormouse'' ; ''Baudouin'' est logé à Waterloo chez des amis du groupe «samoyède» auprès desquels il joue un rôle de domestique, rôle qui d'ailleurs ne l'amuse qu'à moitié. Aussi, grâce à Jean Crèvecoeur qui a accepté, à la demande de Freddy Veldekens, de transporter et d'entreposer le dangereux matériel d'émissions et de veiller sur le quartier où ces dernières se feront, ''Baudouin'' va-t-il trouver assez rapidement un appartement aux environs de l'«Altitude 100», dans un territoire que Jean Crèvecoeur connaît professionnellement, pavé par pavé. Très vite ''Anatole'', c'est le nom du policier forestois dans la clandestinité, mesure qu'il ne peut pas, à lui seul, assurer une protection satisfaisante. A qui s'adresser sinon, avec l'accord de Freddy Veldekens, à son ami Gaston ? Nous sommes en 1943. Bar, le 27 août de cette année-là, a pris un risque déraisonnable. Nanti d'un nouvel appareil émetteur, il néglige d'aviser le responsable de sa sécurité et, de son appartement de l'avenue Alexandre Bertrand à Forest, il émet sans protection et fort longuement. Sa mission est près de prendre fin. Il veut ''liquider'' tous les messages qu'il lui reste à transmettre. Le drame survient à 8 h du soir. Le quartier est cerné. Bar dit ''Baudouin'', qui cherche à s'échapper par l'arrière de l'immeuble, est jeté au sol d'une balle de mousqueton. Il sera fusillé au Tir National peu après.Ni ''Anatole'' ni son adjoint Gaston Masereel n'ont été mêlés au drame. Ils n'en apprendront que trop vite le déroulement, car il ne faudra pas longtemps à la police d'occupation pour remonter jusqu'au commissaire adjoint, lequel prend la clandestinité. ''Anatole'' reçoit des chefs de «Samoyède» l'ordre de disparaître. Déjà une première fois, il a été arrêté par l'occupant et a passé quelques semaines à la prison de Saint-Gilles, sous l'inculpation de diffuser des journaux clandestins. Par miracle, il a réussi à obtenir son acquittement par une Haute Cour militaire allemande. Il ne saurait être question de risquer une deuxième arrestation. Et ici va s'établir une connexion avec un autre groupement de résistance, «Tempo». Son leader, Léopold Van de Weyer, est un agent de police de la ville de Bruxelles. Il a refusé de faire son métier sous le contrôle de l'occupant. Avec un agent des Douanes, Arthur Balligand, il a créé une ligne d'évacuation vers la Suisse. Le jour où il s'embarque à la gare du Midi, ''Anatole'' y a fait donner rendez-vous à Gaston. Celui-ci, dans toute l'affaire, s'est conduit comme il se comporte depuis le début de la guerre. Prisonnier avec son régiment des Grenadiers, il n'a pas cru que son devoir était de se laisser envoyer dans un Stalag. Profitant du désordre des convois de la Wehrmacht expédiés vers l'Allemagne, il est tout simplement rentré chez lui. Ce n'était évidemment pas pour travailler pour l'ennemi. Les Etablissements Masereel se sont mis en veilleuse, ce qui permettra à l'un de leurs principaux concurrents d'obtenir la réquisition de leurs stocks, et de porter à l'entreprise un coup dont elle ne se relèvera jamais tout à fait. Cette fois, les dirigeants de la ligne «Samoyède», sachant le destin de Léon Bar et la série d'arrestations qui a suivi celle du ''pianiste'', souhaitent que Gaston s'en aille, lui aussi. ''Anatole'' lui indiquera la filière de «Tempo». Et, quinze jours plus tard, tout simplement, sans avoir dérangé beaucoup de monde, Gaston se présente au Consulat britannique de Genève, où son arrivée sème la panique. Toute son aventure paraît très suspecte, d'autant qu'il entend n'en dévoiler que ce qui est absolument indispensable. Heureusement, Freddy Veldekens et Jean Crèvecoeur sont sur les bords du lac, et ils se porteront garants de leur collaborateur. Ainsi Gaston pourra-t-il, par Lisbonne, gagner la Grande-Bretagne, où lui viendront bien à point les efforts qu'il fait depuis des mois pour apprendre l'anglais à l'aide de disques de phonographe lesquels n'ont qu'un inconvénient, celui d'avoir été gravés au Canada. Grâce à l'accent de son anglais, notre héros aura, pendant tout son séjour dans l'île assiégée, la réputation d'appartenir au lointain Commonwealth. Il n'a aucune intention de s'installer dans la bureaucratie d'émigration. Aussi, très rapidement, est-il volontaire pour des missions clandestines en Europe occupée, là où son destin l'attend.Les techniques de parachutage lui sont enseignées en même temps que toute une série de méthodes de sabotage qui font qu'il se signale très tôt, aux yeux des responsables de l'action clandestine, comme un organisateur de qualité. Il se manifeste aussi comme un homme qui ne se laisse pas impressionner. Au cours de son entraînement d'agent secret, on a été jusqu'à le faire interroger par des Britanniques porteurs d'uniformes allemands et qui recouraient aux méthodes allemandes de brutalité pour essayer d'impressionner - ils n'y parvinrent pas - le candidat parachutiste. Aussi est-il décidé que Gaston, devenu ‘’Valérie’’, serait le chef d'une mission intitulée «Andromaque» dont l'importance mili-taire et politique devait être capitale. Il s'agissait, en effet, de porter au «Front de l'Indépendance» et à la branche armée de cette organisation de résistance les «Milices Patriotiques» des armes et un certain enseignement technique dans le domaine du sabotage. On a longtemps dit que le gouvernement de Londres, comme d'ailleurs aussi les services alliés qui contrôlaient la résistance continentale, manifestait de grandes faiblesses pour les organisations paramilitaires - de droite, dirait-on aujourd'hui -, et que tout ce qui, de près ou de loin, apparaissait réformiste, révolutionnaire ou communiste, et tel était bien le cas des «Milices Patriotiques», était mis à la portion congrue. «Andromaque» dément, par l'importance qui lui est accordée, pareille accusation. ''Valérie'' doit être mis à la tête d'une équipe qui comportera deux ''pianistes'' et trois ou quatre instructeurs dans le sabotage, l'action clandestine, les communications, etc. C'est là une opération non négligeable, qui n'en a pas eu beaucoup de pareilles. La mission «Andromaque» ne se fera pas. Le destin en a décidé autrement, et c'est dans l'échec que l'héroïsme de Gaston Masereel va se manifester. Nous sommes dans la nuit du 2 au 3 juin 1944. Faut-il rappeler que toute l'Angleterre est, alors, plongée dans le black-out, que des centaines de milliers d'hommes dorment dans leurs véhicules, le long des routes ou dans les ports, parce que la plus grande Armada de l'histoire va tenter, le 4, le 5 ou le 6, le débarquement de Normandie. La décision sera prise au dernier moment, par le Commandant en chef seul, le général Eisenhower. Le temps exécrable obligea à reculer le moment jusqu'à la limite des possibili-tés offertes par les marées. Le 6 juin 1944 sera, on le sait, le jour le plus long de notre temps. Dans la nuit pluvieuse et froide du 3, un Halifax, gros bombardier quadrimoteur. embarque ''Valérie'', ''Filot'' et ''Steno''. On peut mesurer à ce choix l'importance que les états-majors de la guerre secrète accordent à la mission «Andromaque» ''Filot'' et ''Steno'' sont des récidivistes. L'un et l'autre ont déjà accompli une mission en pays occupé et rejoint la Grande-Bretagne par les dangereuses voies clandestines des Pyrénées. A l'un comme à l'autre cette fois, le destin sera cruel. Ils ne retrouveront le sol du continent occupé que dans la carlingue en feu d'un bombardier abattu. Et son couvent de Rochefort ne reverra pas le Père Dominique, qui s'est sans doute présenté à saint Pierre sous sa coverstory de ''Steno''. Les trois agents belges doivent être parachutés dans la région de Flobecq, qu'ils connaissent bien les uns et les autres. Et voici qu'un premier hasard va jouer dans le destin de Gaston Masereel. Sans attendre que l'appareil soit au-dessus du lieu de parachutage, le dispatch, c'est-à-dire l'officier de bord qui est responsable du saut des agents, a déposé les bagages et l'accrochoir des parachutistes comme si le saut était imminent. Deuxième hasard : Gaston n'a voulu se séparer, ni d'un petit bidon d'huile qu'il porte suspendu autour du cou et dont le double fond contient des monnaies émises par différents pays et qui peuvent être utiles en cas d'évasion, ni de sa valise dont l'armature recèle des codes microfilmés avec des instructions destinées aux «Milices Patriotiques». Tout cela va se retrouver. Le bruyant Halifax survole la Manche, essaie ses mitrailleuses. Nos trois hommes, seuls dans la carlingue parce que le dispatch a participé à l'essai de l'armement, sentent subitement la carlingue se dérober sous eux. L'avion géant fait de l'acrobatie. Il essaye de toute évidence d'échapper à une attaque. Gaston, subitement, sent de légères douleurs dans le cou. Quand il y porte la main, c'est pour sentir que le sang coule de deux blessures qu'il a dans la nuque. Mais il n'a pas le temps d'y réfléchir davantage. Un coup beaucoup plus fort, qu'il reçoit au crâne, le fait tomber en avant avec le sentiment que la mort est là. L'avion a pris feu. Un éclat d'obus est entré dans le crâne et a écrasé l'oreille droite du parachutiste. Sa chevelure, qui a pris feu, lui reste dans la main lors-qu'il se tâte le sommet de la tête. Il est inconscient ; il a un œil fermé par le sang qui se caille, un doigt arraché. Il respire difficilement, parce que son nez pend d'un côté de son visage.Heureusement que les préparatifs de saut avaient été exécutés prématurément. Gaston a assez de force pour sauter. Lorsqu'il reprend ses sens, il est dans une eau peu profonde. Il ouvre le seul œil dont il peut encore disposer, pour rechercher d'où vient le râle qu'il entend à côté de lui et qui l'a réveillé. Il s'aperçoit qu'il a perdu ses lunettes ( «en touchant mon visage entièrement brûlé, j'avais l'impression de mettre les doigts dans une motte de beurre à moitié fondu »). Mais il a encore son pistolet. Dans l'espoir d'alerter ses compagnons, il vide son chargeur en l'air. Il a décidé de réserver la dernière balle pour lui-même. Mais, dans sa demi-inconscience, il est incapable de contrôler les balles de son arme. Le râle - il l'entend, il en souffre désormais - sort de sa propre poitrine aux côtes brisées. Il se débarrasse de son parachute et tire de la poche de sa combinaison un paquet de pansements avec lequel il essaye de se bander la nuque, tout en jetant à l'eau chargeur et cartouches dont sa main meurtrie et raidie ne lui permet plus de se servir. Il cherche à savoir s'il est tombé dans l'eau de la mer ou dans l'eau d'un étang. Il porte de l'eau à ses lèvres, mais sa bouche pleine de sang ne lui permet pas de repérer si elle est salée ou non.En réalité, à quelques secondes prés, Gaston aurait connu le sort de ses compagnons. Tombé au sol, il se serait écrasé sur la plage. Tombé un peu plus tôt, il n'eût pas échappé à la noyade.Gaston ignore que tous ses compagnons sont morts. Il ne vaut guère mieux. Pendant combien de temps restera-t-il couché, saignant de partout, les côtes cassées ? L'aube commence à blanchir le ciel lorsqu'il entend près de lui le halètement d'un moteur. Quelqu'un l'interpelle en anglais : ''Hello ! boy, hello ! boy ''. Le blessé demande où il est. Et il entend les occupants du canot se dire l'un à l'autre, dans un allemand fort approximatif, que le blessé se croit en Angleterre. Ils le hissent dans leur embarcation.Gaston saura plus tard qu'il a été repêché par des soldats arméniens, engagés dans la Wehrmacht par anti-bolchevisme ! Ce nouveau hasard aura deux conséquences. La première est qu'il ne sera pas maltraité dans les heures qui vont suivre, la seconde est que la suite de ce récit ne lui vaudra pas d'être immédiatement assassiné comme il eût été assez normal que cela advienne. Tandis que les quatre hommes du bateau jettent le moribond au fond de l'embarcation et que l'un d'eux lui donne un coup de pied, découvrant qu'il a affaire à un aviateur anglais, une sorte de sursaut, qui surprendra pas mal de médecins dans les mois qui vont venir, fait que Gaston se redresse. Sans même toucher au poignard qu'il a encore à la ceinture, aveugle, le nez arraché, les côtes brisées, un doigt perdu, il étrangle tout simplement le soldat le plus proche de lui. Quand les deux autres se lèvent, il réussit, appliquant les leçons qu'il avait reçues dans les camps d'entraînement britannique, à les jeter à l'eau et à les frapper à la tête avec la matraque dont l'un d'eux s'était emparé pour l'assommer. Le quatrième occupant du bateau n'osait pas se servir de l'arme qu'il avait en mains de peur de blesser l'un de ses camarades. Cela va permettre à Gaston de lui faire une prise de judo, au moment où il se redresse pour viser. Le bras cassé, le soldat tombe à l'eau. Gaston va tuer tous ses agresseurs à l'aide du pistolet de l'un d'entre eux, retrouvé à tâtons dans l'embarcation. Qui croirait cette incroyable histoire ? Elle figure dans les dossiers de l'instruction menée par la police allemande. Elle a été recoupée par l'enquête que conduira presque clandestinement l'autorité municipale néerlandaise. Gaston a cru un moment qu'il pourrait s'emparer du bateau et rejoindre la Grande-Bretagne. Mais il ne sait ni où il est, ni comment faire. Avec le reste de son rouleau de pansements, il va caler le gouvernail de l'embarcation vers l'horizon où il ne semble pas y avoir de rivage. Il bloquera la manette des gaz de la même manière. La barque s'éloigne, vide et tragique. Le parachutiste se traîne alors vers des ombres qui, dans l'aube qui monte, lui apparaissent sur un rivage qu'il atteint effectivement, avant de perdre connaissance. On le secoue pour lui apprendre qu'il est en Hollande. Le Halifax est tombé tout près du village de Stavenisse, où il ne reste que trente habitants sur les mille soixante-dix que la commune comptait avant l'évacuation. Les neuf occupants du bombardier sont morts. Les hommes qui accueillent Gaston sur le rivage sont, eux aussi, des Arméniens pour qui il ne fait pas de doute que la fin de la guerre est proche et que leur aventure va rebondir. Ils hissent le blessé dans un camion où Gaston s'évanouit une nouvelle fois, la tête sur les genoux d'un feldgrau. Lors-qu'il se réveille, le camion est entouré d'une foule hollandaise qui veut acclamer et saluer l'aviateur anglais abattu. On lui donne du lait. De civière en camion et d'infirmerie en salle de radiographie, l'escorte conduit ''l’anglais blessé'' jusque derrière les portes de la prison de Vucht. ''Valérie'' est aux mains de l'ennemi. Mais dans quel état ! Et que se passera-t-il quand seront découverts les corps des quatre noyés ? Toujours sans lunettes - on lui en refusera avec constance - notre parachuté va bientôt découvrir que, dans les heures qui ont suivi le drame, il est devenu intégralement sourd. A l'infirmerie de Vucht, heureusement, se trouvent deuxmédecins belges, prisonniers eux aussi. Le docteur Jodogne, qui sera par la suite échevin de Schaerbeek, et le docteur Delaunois prodigueront au blessé des soins qui le ramèneront à la vie contre toute probabilité médicale. Gaston est l'objet d'interrogatoires serrés. Il peut difficilement se maintenir dans son rôle d'aviateur anglais parce que, on l'a dit déjà, tout au long de ce drame, il s'est cramponné par une sorte d'instinct professionnel à sa valise dont le double fond n'a pas résisté longtemps à la fouille, et à son bidon d'huile dont la nature véritable s'est révélée tout aussi rapidement. ''Valérie'' sait qu'il n'y a plus hélas de risque de confrontation. Ses compagnons sont morts. Son cerveau fatigué crée toute une histoire à laquelle pendant plusieurs semaines d'interrogatoires il va se cramponner. Le gouvernement belge de Londres l'a chargé, assure-t-il, d'aller sonder sur ses intentions le Dr. Borginon. Notre parachuté a eu cette idée parce qu'au moment de quitter Londres, il a trouvé dans un journal venu du pays occupé une photo du politicien ''flamingant'' dont les intentions politiques pour l'après-guerre restent mystérieuses. Les Allemands n'ont jamais cru à cette fable. Pour eux Borginon était un traître au service de l'Angleterre. Ils ont affirmé à ‘''Valérie'' qu'ils l'avaient fusillé. Ce qui est faux. Il est peut-être utile de suspendre un instant ce récit pour rappeler au lecteur que nous sommes dans les jours et les semaines qui ont suivi le débarquement. La machine de guerre allemande, jusqu'alors parfaitement huilée, grippe, la débâcle est proche, la retraite est là. Finalement, usant des traumatismes crâniens subis, s'évanouissant à point et faisant l'amnésique, notre homme se trouve un jour appelé au greffe de la prison et habillé de vêtements qui ne sont pas les siens. Il y a deux mois qu'il est vêtu d'une chemise qui n'a pas été changée et qu'il n'a plus été à même de se laver véritablement. On lui met aux pieds des sabots, dont l'un est tellement petit que seuls ses orteils peuvent y entrer, et on le traîne entre quatre gardiens militaires vers le corps de garde d'où il sera conduit à la prison de Saint-Gilles à Bruxelles. Dans son rapport, le chef de la mission «Andromaque» dit qu'il découvrait le paradis. De l'avis de la plupart des pensionnaires de Saint Gilles, c'était, au contraire, une mauvaise prison ! En vérité, Gaston était le jouet d'une administration qui se déglingue. Nous sommes à la fin août. Le médecin de Vucht, le docteur Delaunois, a réussi, le jour du départ du parachuté, à lui glisser dans l'oreille que les troupes alliées progressaient fortement dans le nord de la France. Il faut dire, d'ailleurs, que c'est probablement aussi au calendrier qu'il faut attribuer le miracle par lequel le blessé n'a jamais été brutalisé pour parler. Seul le secret le plus absolu était employé pour l'empêcher de recouper ou rectifier ses récits aux divers interrogateurs. Quelques jours après son arrivée à Saint Gilles, au cours d'un interrogatoire, Gaston est confronté avec son frère qu'il reconnaît tout aussitôt. L'autre resta interloqué. Depuis la chute du Halifax, Gaston ignorait à quoi pouvait ressembler un homme qui, comme lui, avait été ''recousu'', ''reconstitué''. Désormais, il le sait Le 2 septembre 1944, vers 4 h du matin - les troupes alliées sont à Douai - tous les pensionnaires de Saint Gilles sont transférés à la gare de Bruxelles-Midi et entassés dans des wagons à bestiaux qui doivent les entraîner dans le flot de la déroute allemande. Tant d'autres ont connu ce sort, qui ont atteint les camps d'extermination et ne sont pas revenus après le dernier hiver de guerre, ou qui ont été massacrés dans les bombardements de la débâcle. L'histoire de Gaston se confond ici avec celle qui est entrée dans les récits de guerre sous le nom d' ''affaire du train fantôme''. Le train des condamnés a bien quitté Bruxelles-Midi. Mais le désordre des transports va permettre leur salut. Il faut, dans ces semaines où le front se rapproche, quatre heures pour aller de Bruxelles à Anvers. Les cheminots, aux aiguillages, dans les cabines, et sur les locomotives, ont décidé que le train des prisonniers ne partirait pas. Emmené, ramené, détourné entre Malines, Gand et Bruxelles. le train fantôme reviendra à la gare auxiliaire de la ''Petite île'' à Bruxelles le dimanche 3 septembre. Les troupes alliées et la brigade Piron sont dans la capitale. Les portes de la liberté s'ouvrent devant ceux qui étaient partis vers la mort. Au début de cet après-midi, Gaston Masereel est conduit chez un médecin qui le met immédiatement en observation à l'hôpital Saint-Pierre. Le 15 septembre il pourra poursuivre sa convalescence dans une Belgique redevenue libre.Et expliquer une fois, dix fois, cent fois, avec un regret qui ne le quittera pas jusqu'à la fin de sa vie, pourquoi il n’avait pas pu remplir la mission qu’il avait acceptée( Source bibliographique : ''Histoires de Résistants'' par William Ugeux ) La RésistanceDe la Légion belge à l’ Armée secrète Le Directoire de la Légion belge Le capitaine-commandant Charles Claser Charles Claser est né le 27juillet 1901 à Alost où son père est lieutenant à l’Ecole des Pupilles. Ses études sont contrariées par le déclenchement du premier conflit mondial; sa famille s'étant réfugiée en France il y poursuit ses études; sa vive intelligence lui permet de décrocher son baccalauréat avec la plus grande distinction. De retour en Belgique, il entre, en 1919, à l’Ecole des Cadets de Namur et, l'année suivante, est admis à l’Ecole Militaire avec la 66ème promotion infanterie-cavalerie qui compte parmi ses membres, le prince Léopold; il en sort en 1922, sous-lieutenant d'infanterie. Il servira d'abord au 3ème régiment de Ligne; en 1928, il suit les cours de la 54ème session de l'Ecole de Guerre d'où il sort breveté d'état-major en 1930. Il sera promu successivement capitaine et capitaine-commandant en juin et décembre 1939. Avant d'être, fin 1939, affecté à l'état-major de la 1ière Division d'infanterie, il effectue différents stages à l'artillerie et à l'aéronautique où il acquiert son brevet de pilote-observateur.Il se distingue, pendant la campagne des dix-huit jours, en ralliant de force des fuyards d'une unité, prenant leur commandement et réussissant une contre-attaque au cours de laquelle il est blessé. Il noue des contacts avec des hommes qui devien-dront comme lui, les pionniers de la Légion belge: Van der Putten, Boereboom, Franckx, Thomas, etc. Dès l'été de 1940, ce géant chauve parcourt la Belgique, sous le pseudonyme de Van Nieuwenhove, en vue de jeter les bases de ce qui deviendra la Légion belge et le restera après la fusion, un an plus tard, avec l'Armée belge reconstituée du colonel Lentz. Il souffre du manque de contacts avec Londres; cette lacune est, espère-t-on, comblée par la mission Cassart, mais on sait ce qu'il en advint. ( la mission échoua ) Aussi, en mars 1942, décide-t-il de gagner la Grande-Bretagne où il arrive en juillet, sous le pseudonyme de Monsieur Rose. Il verra diverses personnalités belges dont P.H. Spaak, faisant fonction de Premier ministre et Henri Rolin sous-secrétaire d'Etat à la Défense nationale ainsi que les officiers de la 2ème section du Ministère de la Défense nationale et leurs collègues du Special Operations Executive. Ces derniers mettent conjointement au point l'Ordre de mission militaire pour Monsieur Rose sur lequel Claser se basera pour créer, dès son retour en Belgique fin août, son Corps franc belge d'Action militaire. Soulignons que cette mission à Lon-dres n'a pas été couronnée de succès puisqu'elle n'a pas réussi à vaincre la suspi-cion qui pesait sur la Légion belge. En l'absence de nouvelles de Londres (il ignore les remaniements opérés après son départ), Claser décide de reprendre le chemin de la Grande-Bretagne, cette fois en compagnie d'un de ses adjoints, Richard Defroyennes. Lés deux hommes sont arrêtés en France au franchissement de la ligne de démarcation; ils transitent successivement par les prisons de Champagnol, Besançon et Dôle; c'est dans cette dernière que la secrétaire de Claser, Julie Delwiche, réussit à contacter les deux prisonniers pour arranger leur évasion. Pour leur malheur, l'agent belge de l'Abwehr; De Zitter, qui a réussi à infiltrer le Corps belge d'Action militaire sait que Claser et Servais, l'homme le plus recherché de Belgique ne sont qu'une seule et même personne; il réussit à convaincre le successeur de Claser qu'il se faisait fort de le faire libérer de la prison de Saint-Gilles où, entre-temps, il a été transféré avec son compagnon. Cette fois, Claser sera arrêté définitivement puisque les Allemands savent qui il est.Incarcéré tout d'abord à la prison d'Etterbeek, il sera mis au secret à Saint-Gilles puis, fin décembre 1943 transféré à Forest avant d'être, en février 1944, emmené en Allemagne vers le camp d'Esterwegen avec de nombreux compagnons de la Légion belge, tous '' Nacht und Nebel '' Le 15 mars, il est transféré à la forteresse de Gross-Strehlitz; c'est là que, suivant le docteur André, compagnon de capti-vité, Claser aurait rédigé des documents, transcrits en caractères microscopiques par Frans Bodart et qui, malheureusement, ne furent jamais retrouvés.Les prisonniers, déjà affaiblis par les épreuves endurées, seront évacués, le 1er octobre 1944, sur le camp d'extermination de Gross-Rosen en Silésie; ils y seront soumis au régime inhumain qu'ont connu tant de détenus politiques. Début décem-bre, Claser squelettique, entre à l'infirmerie du camp où il rejoint le docteur André, pionniers de la Légion belge, puis membre du Corps franc belge d'Action militaire; il s'éteindra le 12 décembre. '' Quand '', dira le docteur André, ''angoissé de voir s'éteindre ce grand Belge, qui était devenu mon ami intime, je le vis emmené vers le crématoire, j'eus l'impression que notre Patrie perdait le meilleur de ses enfants''. Le colonel de réserve Robert Lentz Fils d'officier, son père Charles sert au 2ème régiment de Ligne, Robert Lentz est né à Gand le 20 octobre 1885; 16 ans plus tard, jour pour jour, il entre à l'Ecole des Cadets et, le 8 novembre 1904 est admis à l'Ecole militaire avec la 55ème promotion infantene-cavalerie Le 26 mars 1907, le sous-lieutenant Lentz passe au 4ème régiment de Lanciers. Le 1ier juillet 1912, il entre à l'Ecole de Guerre où la mobilisation interrompt ses études; il commence la campagne à la tête d'un peloton du 4ème Lanciers et va se distinguer particulièrement à la bataille de Haelen le 11 août 1914. À partir de 1915, il sert successivement à l'état-major de la Division de cavalerie, puis de la 5e Division d'Armée et termine la campagne avec la grade de capitaine-commandant.En 1919, il fait partie de la délégation belge aux négociations qui ont abouti, le 28 juin, à la signature du Traité de Versailles; cette même année, il est breveté d'état-major. En 1921, il est désigné pour l'Ecole militaire comme chargé de cours d'Art militaire; 42 ans plus tard, son professeur Van Overstraeten disait de lui: ''Je ne peux que déclarer toute mon estime à l'égard de cet officier de cavalerie que j'ai toujours apprécie'' Il est affecté, en 1926, au 2ème Lanciers où il va, à sa demande, passer dans les cadres de réserve le 1er avril 1927. Le 26 juin de la même année, il est promu major de réserve et, en 1931, lieutenant-colonel. Il fonde l'Union nationale des officiers de réserve (UNOR) qui va montrer sa vitalité lorsque, en 1935, 10.000 de ses adhé-rents défileront devant le roi Léopold III en présence de nombreux collègues fran-çais et hollandais. Le 10 mai 1940, il est chef d'état-major de la 17ème Division d'infanterie qui sera une des rares grandes unités à être citée à l'ordre du jour de l'armée; avant que la division ne soit dissoute, le colonel Lentz qui estime que ''ceci n'est qu'un incident tactique, la guerre continue'', plante les premiers jalons en vue de cons-tituer, sur base de regroupements régimentaires, ce qui deviendra, fin de l'année, l'Armée belge reconstituée. A l'été de 1941, l'Armée belge reconstituée fusionne, sous le nom de Légion belge, avec le groupement organisé par le capitaine-commandant Claser; Lentz devient ainsi un des quatre membres du Directoire de la L.B. avec Claser, Vander Putten et Boereboom; il est chargé particulièrement de l'organisation de combat.Il est arrêté à son domicile, avenue Huart-Hamoir, le 8 mai et incarcéré à la pri-son de Saint-Gilles où il restera au secret pendant 17 mois. Le 13 octobre 1943, il est transféré en Allemagne et, via les prisons d'Aix-la-Chapelle, Dusseldorf et Hambourg, aboutira, le 23 janvier 1945, au camp de concentration de Sachsen-hausen, il y restera jusqu'au 25 avril date à laquelle il entreprendra avec de nom-breux compagnons de captivité la “ marche de la mort ”. De nombreux témoignages font état de son attitude correcte, irréprochable, courageuse qui impressionne ses compagnons de captivité. Libéré le 4 mai 1945, il rentre à Bruxelles le 13, sa santé irrémédiablement rui-née. Le 10 novembre 1949 s'éteindra à Bruxelles, suivant les paroles du général Deleuze 26: ''le Lentz des deux campagnes, le Lentz de la Résistance, le Lentz de la captivité, le Lentz de tous les jours''. Le lieutenant de réserve Charles Vander Putten Charles Vander Putten est né à Evere le 14 mars 1900, dans une famille modeste de neuf enfants. Il fait ses études à l'Ecole moyenne puis à l'Athénée de Schaerbeek; il entre ensuite à la Faculté polytechnique de l'Université Libre de Bruxel-les (ULB) où il conquiert, en 1923, le titre d'ingénieur des constructions civiles.Il est, dès 1925, attaché au service de Physique industrielle de l'Ecole polytechni-que de l'ULB. Au moment de la guerre, outre ses fonctions de directeur de l'Insti-tut des Arts et Métiers, il est professeur de physique industrielle à l'ULB et enseigne également à l'Institut national des Industries de Fermentation. Après avoir conquis son grade académique, Charles Vander Putten entame une carrière militaire dans les cadres de réserve. Il accomplit son service militaire de 14 mois, successivement à l'Ecole du génie puis au régiment des Troupes de transmission d'où il est libéré le 29 novembre 1924; il est promu successivement sous-lieutenant le 26 juin 1926, lieutenant le 26 juin 1930, capitaine le 26 mars 1941 (avec rétroactivité) et capitaine-commandant le 26 septembre 1946. En mai 1940, il est chef de peloton à la 2ème compagnie du 21ème bataillon des Troupes de transmission. Emmené en captivité le 29 mai, il est rapatrié le 13 août suivant. C'est un compagnon de captivité, le lieutenant Germain Thomas qui va pré-senter, en septembre 1940, Charles Vander Putten au capitaine-commandant Claser fondateur, on le sait, de la Légion belge. Ses nombreuses relations dans les milieux bruxellois, ses qualités intellectuelles en font une recrue de choix. Claser le charge de mettre sur pied le service de renseignements politiques. Il devient donc, avec Claser, Lentz et Boereboom, membre du Directoire de la Légion belge et suppléant de Claser.Les nombreuses démarches qu'il entreprend au titre de chef du service des ren-seignements politiques en vue de rapprocher les différents mouvements de lutte contre l'ennemi, ses prises de position lors de la fermeture de l'ULB attirent l'atten-tion des autorités allemandes au point qu'il est envisagé de l'envoyer à Londres comme représentant de la Légion belge. C'est finalement le capitaine-commandant Claser qui, en mars, entreprendra le voyage vers la Grande-Bretagne; conformé-ment aux statuts de la L.B., Vander Putten va le remplacer à la tête de l'organisation.Il est appréhendé le 8 mai 1942 en même temps que Lentz. Il sera libéré le 2 novembre suivant, après six mois de détention à Saint-Gilles; il sera à nouveau arrêté le 2 mars 1943 et traduit devant le conseil de guerre de l'Oberfeldkommandantur 672 de Bruxelles qui le condamnera pour ''activité dangereuse pour l'armée allemande'' à 11 mois de prison. Il ne sera d'ailleurs pas libéré à l'issue de sa peine de prison, mais bien emmené en Allemagne après avoir transité par diverses pri-sons. Il séjournera au camp de Orianenburg-Sachsenhausen jusqu'au 21 avril 1945. À ce moment, Vander Putten qui avait contracté une bronchite lors de la mobili-sation de 1939 est épuisé par les mauvais traitements subis, la sous-alimentation, les longues heures de travail et la rigueur de l'hiver allemand. Son calvaire et celui de ses compagnons de détention n'est cependant pas terminé car le 21 avril com-mence la longue marche de 325 kilomètres qui va mener les prisonniers, dans des conditions épouvantables, à Schwerin où ils seront libérés le 3 mai 1945.Rapatrié le 21 mai, il refuse, malgré son état alarmant, de se faire hospitaliser et veut reprendre l'essentiel de ses activités. Mais il a trop présumé de ses forces et, le 30 septembre 1946, il est emporté par un emphysème pulmonaire. Le lieutenant de réserve André Boereboom André Boereboom est né à Bruges le 3 février 1909. En 1926, il entame ses études universitaires à Gand d'où il sortira en 1931, ingénieur en constructions civi-les; un an plus tard, il acquiert le diplôme d'ingénieur électricien.Il effectue son service militaire au régiment des Troupes de transmission du 16 août 1932 au 15 octobre 1933. Il va alors poursuivre une carrière normale dans les cadres de réserve; sous-lieutenant le 26 mars 1936, il est lieutenant à la déclaration de guerre; il sera promu successivement capitaine et capitaine-commandant les 26 mars 1946 et 1952; il accède enfin au grade de major le 26 septembre 1962.Au moment du déclenchement de la mobilisation, il est, depuis juillet 1935, directeur d'administration au ministère des Travaux publics. Il est affecté à l'état- major du 1ier bataillon des Troupes de transmission puis au service transmissions de l'état-major de la 1ière Division d'infanterie où il va faire la connaissance du capitaine-commandant Claser. Emmené en captivité le 1er juin 1940, il est rapa-trié comme flamand le 14 août. Dès le mois de septembre, il est contacté par Claser et, vers la fin de l'année, devient chef du service des transmissions (STR) de la Légion belge, poste auquel sa double formation universitaire et militaire le désigne tout particulièrement; assisté du 1ier sergent T.Tr. Didier, il se met aussitôt au travail et lance notamment l'opération de montage de deux postes qui devraient permettre d'assurer la liaison avec Londres. Vers la mi-1941, suite au départ forcé pour la Grande-Bretagne du lieutenant Galland, chef des services de la Légion belge, André Boereboom prend sa succession. Il est arrêté par la police allemande le 28 octobre 1942; condamné à quinze mois de prison, par le conseil de guerre près l'Oberfeldkommandantur 672 de Bruxelles. Il est, début 1944, à l'expiration de cette peine d'emprisonnement, transféré à Huy, puis à Vught et aboutit finalement au camp de Sachsenhausen où les Russes le libèrent le 6 mai 1945; il est rapatrié le 24 du même mois.Rentré au pays, Boereboom reprend place aux Ponts et Chaussées. Après avoir été chef de Cabinet de différents ministres, il devient secrétaire général du département. Le pays lui doit beaucoup, en particulier la modernisation de notre infrastructure routière et le fameux plan incliné de Ronquières. Voici pour terminer, sa citation à l'ordre du jour de l'Armée secrète signée par le général Pire: ''Est entré à la Légion belge dès sa formation en septembre 1940. A créé et pris la direction de tous les services de la Légion belge. A assuré cette direction avec une compétence particulière, courant journellement, des risques con-sidérables. A été arrêté en octobre 1942, condamné et expédié dans les camps d'extermination d'Allemagne dont il est rentré en mai 1945''. André Boereboom est décédé le 13 septembre 1970. Les commandants de l'Armée de Belgique et de l'Armée secrète Le colonel Jules Bastin Jules Bastin, né à Roux le 23 mars 1889, dans une famille modeste, est attiré très tôt par le métier des armes. Il s'engage en 1905 à l'Ecole régimentaire du 13e régiment de Ligne à Dinant et, le 18 novembre 1907, est admis à l'École mili-taire comme élève de la 58ème promotion infanterie-cavalerie. À sa sortie de l'Ecole militaire il est affecté au 3ème Chasseurs à pied puis, trois ans plus tard, passe à sa demande au 1ier régiment de Chasseurs à cheval à Tournai. A la déclaration de guerre, en 1914, le lieutenant Bastin est chef de peloton dans cette dernière unité. Il est blessé grièvement le 16 août 1914 à Sart-Risbart, lors d'une charge qu'il effectue à la tète de son peloton; les Allemands le relèvent écrasé sous son cheval mort. Transféré en Allemagne, il va tenter de s'évader à DIX reprises des différents camps où il séjourne. La onzième tentative sera la bonne; il arrive à Calais le 2 décembre 1917. Après un congé de convalescence imposé par son état de santé, il reprend du service, d'abord dans son ancien régiment, puis successivement aux 1ier et 7ème régiments d'artillerie où il commande brillamment une batterie jusqu'à la fin des hostilités. Il est promu capitaine le 28 décembre 1918. Pendant la période d'entre-deux-guerres, le capitaine-commandant Bastin suit les cours de l'Ecole de Guerre d'où il sort adjoint d'état-major le 23 janvier 1923; il sert ensuite dans différents états-majors et armes et va, en 1927, prendre le com-mandement d'un escadron du 1ier Lanciers où il sera nommé major le 26 septembre 1928. Promu lieutenant-colonel le 26 septembre 1934, il est désigné comme sous-chef d'état-major du Corps de cavalerie, puis, quelques mois plus tard, assume les fonctions de chef d'état-major. Nommé colonel le 26 mars 1939, Bastin exerce pendant neuf mois le commandement de son régiment, le 1ier Lanciers, avant de reprendre les fonctions de chef d'état-major du Corps de cavalerie, qu'il occupera pendant la campagne des dix-huit jours. Après la capitulation de l'Armée belge, Bastin rejoint l'Angleterre via Dunkerque, puis rentre en France se mettre à la disposition du gouvernement belge en vue de reprendre la lutte; la débâcle française ruinera cependant ses projets. Il rentre en Belgique, bien décidé à ne pas refaire connaissance avec les camps allemands. Il est affecté à l'Office des Travaux de l'Armée Démobilisée (OTAD) et entre en contact avec le colonel Lentz et le capitaine-commandant Claser; c'est le début de son action clandestine.Il est arrêté une première fois le 27 novembre 1941 et emprisonné pour un mois. Il assume d'abord le commandement de la Réserve mobile fondée par Lentz, commandant de l'organisation de combat, dont il devient le remplaçant éventuel. Après l'arrestation, le 8 mai 1942 de ce dernier, Bastin lui succède comme prévu à la tête de l'organisation de combat. En novembre 1942, au moment où le capitaine-commandant Claser entame son second voyage vers la Grande-Bretagne, Bastin devient commandant de la Légion belge; il prend deux décisions importantes: Tout d'abord, il choisit d'appeler le mouvement Armée de Belgique pour mieux souli-gner son caractère purement militaire et national; il modifie ensuite la répartition territoriale en cinq zones au lieu des trois que comptait la Légion belge. En février 1943, il reçoit l’ ''Ordre de mission au colonel Bastin'' daté du 30 décembre 1942 et signé par le Premier ministre Hubert Pierlot qui lui propose en substance, le rôle de fédérateur des organes de Résistance armée en pays occupé; Bastin accepte et commence aussitôt les démarches en vue de réaliser cette mission, démarches qui le conduiront, le 27 avril, dans le guet-apens tendu par la Geheime Feldpolizei au Thier de Robermont à Liège, où il est arrêté une deuxième fois. Le colonel Gérard, camarade de promotion et son successeur désigné, prend automatiquement le commandement. Bastin sera libéré quelques semaines plus tard, en juillet, pour être à nouveau arrêté le 24 novembre, mais cette fois sans espoir de retour.Il est emmené à la prison de Saint-Gilles. Le conseil de guerre auprès de l'Ober-feldkômmandantur 672 de Bruxelles, estimant que les conditions pour un jugement en pays occupé ne sont pas réunies, il sera, avec une soixantaine d'officiers arrêtés suite à l'affaire du Thier de Robermont, transféré en Allemagne comme ''Nacht und Nebel'' le 5 février 1944. Les prisonniers arrivent à Esterwegen le 7 février; la vie y est très pénible; beaucoup tombent malades dont Bastin atteint de bronchite. Le 14 mars, il est transféré à la prison de Gross-Strehlitz puis, le 30 octobre, au camp d'extermination de Gross-Rosen où il s'éteindra, épuisé par les mauvais traitements, le 1er décembre 1944. Le colonel Ivan Gérard Ivan Gérard est l'aîné d'une semaine de Jules Bastin puisqu'il naquit le 16 mars 1889; il est, comme lui, tôt saisi par la vocation militaire. Il s'engage, en effet, à l'Ecole des Pupilles le 1ier octobre 1900, passe ensuite au 1ier régiment de Chasseurs à pied le 14 août 1905 et est admis à l'Ecole militaire le 29 octobre 1907 dans la même pro-motion que Bastin. A sa sortie de l'Ecole, le sous-lieutenant Gérard est affecté au 12ème régiment de Ligne où il sera nommé lieutenant le 26 mars 1913.Il fera toute la campagne 14-18 au 12ème de Ligne où il commandera successive-ment la 4ème compagnie du deuxième bataillon, puis la 2ème du troisième bataillon, enfin la 7ème. Il est promu capitaine en second le 15 novembre 1915 et capitaine-commandant le 26 décembre 1917. Il est blessé grièvement aux jambes par éclats d'obus à Bixschoote le 17 avril 1918. À l'issue du premier conflit mondial, il suit les cours de l'Ecole de Guerre d'où il sort adjoint d'état-major le 6 août 1920. Il sert ensuite dans différents états-majors et est, le 10 avril 1924, désigné pour la 2ème section de l'état-major général de l'armée. Promu major le 26 décembre 1927, il retourne à son unité d'origine; il devient ensuite, le 12 février 1934, chef d'état-major de la 3ème Division d’infanterie puis passe, comme lieutenant-colonel, à la direction supérieure de l'infanterie le 13 décembre 1935. Colonel depuis le 26 juin 1938, Ivan Gérard prend le commandement du 12ème de Ligne le 17 septembre 1939 et le conduira remarquablement pendant la campagne des dix-huit jours. Le régiment se distinguera notamment à Kuurne le 24 mai où, après avoir résisté toute la journée aux attaques ennemies, il se repliera le soir avec le plus grand calme et le plus grand ordre sous l'œil de son commandant. Emmené en captivité le 28 mai, il sera libéré le 1ier mai 1942 pour raisons de santé. Lors de la réorganisation de l'Armée de Belgique en cinq zones vers la fin 1942, il prend le commandement de la Zone V et devient le successeur désigné de son camarade de promotion, Jules Bastin, à la tête de l'organisation. Suite à l'affaire du Thier de Robermont, il prend, sur le champ, la place du colonel Bastin et, suivant sa fiche biographique, ''avec l'accord du gouvernement belge, commandera l'Armée secrète du 27 avril 1943 au 1ier octobre 1943 et du 1ier décembre 1943 au 15 mars 1944'', date de son départ pour la Grande-Bretagne. Pour caractériser le commandement du colonel Gérard dans des conditions spécialement difficiles, on ne peux mieux faire que de reproduire un passage de sa citation à l'ordre du jour de l'Armée secrète signée du lieutenant général Pire ''Il exerce cette fonction avec ardeur, s'attachant principalement à donner à l'Armée secrète une organisation militaire poussée, étayée d'un esprit de rigoureuse subordination. Après avoir été remplacé dans son commandement par le titulaire libéré, continue sa collaboration dévouée au commandant de l'Armée secrète dans les conditions difficiles d'une vie épiée par l'ennemi''. Il faut souligner que Ivan Gérard commande l'Armée de Belgique (et non l'Armée secrète comme dit erronément dans le texte de la citation) à une période particulièrement importante; c'est lui qui reçut la mission ''Stanley'' et qui s'appliqua à restructurer l'organisation en fonction des directives reçues de Londres. Le 3 septembre, il sera ''désigné par le commandant en chef des armées alliées, avec l'accord du gouvernement belge, pour commander les forces belges de l'intérieur au combat''Rentré en Belgique après la Libération, il prendra, le 10 octobre 1944, le commandement des troupes de l'Intérieur. Il passera dans les cadres de réserve le 1ier avril 1946, sera promu général-major le 15 mars 1947 avec effet rétroactif au 26 mars 1942, puis lieutenant général de réserve le 26 juin 1946.Le 11 mai 1967, alors qu'il assiste à une réunion au Cabinet du ministre de la Défense nationale, il est pris d'un malaise; transporté d'urgence à l'hôpital, il y succombera peu après son admission. Le lieutenant général Jules Pire Jules Pire est né à Hannut le 29 mars 1878; le 9 novembre 1897, il s'engage comme volontaire de carrière au 8ème régiment de Ligne. L'année suivante, il est admis à l'Ecole militaire avec la 49ème promotion infanterie-cavalerie; à l'issue de ses études, le sous-lieutenant Pire rejoint le 11ème de Ligne; il y restera pendant plus de six ans jusqu'à son admission, le 28 août 1907, à l'Ecole de Guerre d'où il sortira adjoint d'état-major. Le lieutenant Pire va ensuite effectuer des stages dans différentes unités d'artillerie et de cavalerie avant d'être, le 29 janvier 1914, désigné pour l'état-major de la Brigade mixte; deux mois plus tard, il est nommé capitaine en second.Le capitaine Pire sert donc à l'état-major de la 3ème Brigade mixte pendant les premiers mois de la guerre; le 10 janvier 1915, il rejoint le 5ème de Ligne pour y exercer les fonctions d'adjudant-major. Le 27 septembre 1918, il est commissionné au grade de major et va prendre le commandement du 2ème bataillon du 23ème régiment de Ligne qu'il va conduire pendant l'offensive finale.Après quatre ans d'absence, le major Pire retrouve sa femme et son fils qu'il connaît à peine. Il va, pendant la période d'entre-deux-guerres, occuper différen-tes fonctions dont notamment, comme colonel, le commandement du 2ème régiment de Ligne le 2 janvier 1931, comme général-major, le commandement de l'infanterie de la 5ème Division d'infanterie et enfin, couronnement de sa carrière, celle de commandant du corps des Chasseurs ardennais. Le lieutenant général Pire est mis à la retraite le 24 mars 1939. Quelques mois plus tard, lors de la mobilisation de l'armée belge, le lieutenant général Pire reprend volontairement du service pour assumer le commandement de la 10ème Division d'infanterie composée pour l'essentiel de Chasseurs à pied; il va développer l'instruction de sa grande unité et surtout lui insuffler une âme pendant la ''drôle de guerre''; elle se révélera une des meilleures de l'armée pendant la campagne des dix-huit jours; il la conduira comme dit le texte de sa citation à l'ordre du jour de l'armée ''en brave soldat et en adroit manœuvrier''. Au cours de la bataille, Pire apprend la mort de sa femme tuée dans le bombardement d'une colonne de réfugiés. ''Avec une grandeur d'âme que rappellent encore avec émotion ceux qui furent à ses côtés en ces heures tragiques il reste, en dépit de l'épreuve, magnifiquement, le chef. On le verra pleurer seulement lorsqu'il appren-dra la capitulation'' Pire a 63 ans au moment où, en 1941, s'organise la Légion belge; le commandement en est confié à un Directoire composé d'un colonel, un capitaine-commandant et deux lieutenants de réserve. Le lieutenant général Pire, homme modeste, pour qui seul compte servir accepte le plus naturellement du monde d'être sous leurs ordres; il devient responsable de la région wallonne ( Zone III ). Lors de l'affaire du Thier de Robermont à Liège, il prend le maquis pour échapper aux recherches de la police allemande. Début 1944, après l'arrestation définitive de Bastin et l'évasion vers la Grande-Bretagne de son successeur Gérard, Jules Pire est nommé commandant de l'Armée de Belgique qui, quelques mois plus tard, deviendra Armée secrète. Il va conduire son groupement pendant les quelque trois mois de l'action clandestine déclenchée par Londres le 8 juin et exécutera, le moment venu, la démobilisation ordonnée par le gouvernement. Puis, à 66 ans, il rejoindra sa retraite dans le silence. Le lieutenant général Pire mourra le 29 janvier 1953. Citons, pour terminer, Henri Bernard: ''Sur son lit de mort, le grand chef fut promu par le roi, Grand Cordon de l'Ordre de Léopold; il est le seul Belge qui reçut, pour faits de guerre, la plus haute distinction nationale au cours du second conflit mondial. À ses funé-railles, les drapeaux des troupes régulières et des unités clandestines s'inclinèrent, cravatés de crêpe, devant la dépouille glorieuse avec respect et ferveur''.( Source bibliographiques et photographiques : Henri Bernard ''L’Armée secrète 1940-1944'' Editions Duculot 1986 et extraits du même ouvrage dues à la plume du Colonel V. Marquet ) La RésistanceRécit d'un jeune Résistant Le récit de Max Robert résistant à 17 ans Armée secrète - Section Horrues Secteur D 10 Zone 1 Refuge : Le Tarin Voici le récit de Max ROBERT, né à Horrues le 28 mars 1927 Mon père, ma mère, ma soeur, faisant partie de la résistance il est normal que j'entre dans le mouvement comme d'abord porteur de plis, ensuite comme estafette et après à part entière à toutes les opérations. Je suis reconnu comme le plus jeune résistant du secteur et j'ai échappé plusieurs fois à la mort, je ne sais pas pourquoi, c'est DIEU qui l'a voulu. Le moulin d' Horruette est situé en retrait de la route d'environ 500 mètres. C'est le rassemblement des jeunes résistants, le père ayant été tué, le moulin est dirigé par le plus âgé des fils qui mourra dans un camp de concentration ainsi que sa femme, son frère et plusieurs de ses camarades. Le moulin est séparé d'une ferme par une rivière, les fermiers sont également des résistants et hébergent en permanence plusieurs réfractaires. Un jour, alors que j'étais au troisième étage du moulin, j'aperçois par la petite porte donnant dans la rue, deux camions allemands venant vers nous, le temps de crier par la porte arrière aux fermiers voisins que les allemands arrivaient, je redescends pour avertir les autres et cacher les armes que l'on nettoyaient au rez-de-chaussée dans l'atelier. Le temps de cacher les armes dans la pièce où il n'y avait que des sacs vides et remonter au second étage où par une porte secrète nous avons accès dans le maison, les allemands étaient là. Ils nous clouent au mur et demandent qui est le patron, le fils Léon dit: c'est moi, et il est obligé de visiter le moulin avec l'officier commandant le commando. Pendant ce temps, la mère, le second fils et moi même sommes gardés par plusieurs soldats en armes. Lorsque Léon revient dans la maison, il nous fait comprendre qu'ils n’ont pas découvert les armes cachées. Un groupe d'allemands s'était dirigé vers la ferme, et à un certain moment nous entendons des coups de feu. La fille de la ferme arrive en pleurant en disant: "ils ont tué papa" c'est alors que l'on nous fait sortir et placer contre le mur toujours les bras levés un peloton se place devant nous et en position pour faire feu. C'est à ce moment que l'officier revenant de la ferme a crié un ordre qui nous à sauvé la vie, car la salve est passée au dessus de nous. A des moments pareils l'on voit passer toute son existence en quelques minutes et l'on se souvient de ses prières. Nul ne sait combien de temps avait duré cette opération et il a fallu quelques minutes après le départ pour réaliser que nous n'étions pas mort. Le fermier n'avait pas été tué et les coups de feu entendus étaient dus à l'abattage d'un cochon et de poules Voici un autre épisode que j'ai vécu: Le hameau de Belle-Croix est situe à plus ou moins quatre kilomètres du centre du village. C'est là qu'habite Gérard avec lequel Léon, déjà cité plus haut, et moi-même en revenant d'un parachutage à travers champs et pendant la nuit, nous passons le reste de cette nuit. Le matin, alors que nous nous préparions à partir, un camion chargé d'allemands et dans lequel nous reconnaissons un de nos membres arrive juste devant nous. Comme la maison est située sur une hauteur, nous avons le temps de nous réfugier dans celle-ci. Gérard nous précède dans le grenier ou il avait percé un trou, passage d'homme, qui donnait accès au fenil où il avait aménagé une cache. Le trou était camouflé par une manne à linge et je n'ai pas eu le temps de remettre celle-ci à sa place, les allemands montaient déjà l’escalier. La cache est faite pour une personne et nous sommes trois. D'autre part la porte de l’étable sise en dessous est fermée de l'intérieure et forcément les allemands doivent comprendre que nous sommes toujours dans le bâtiment. Nous sommes trois dans la cache dans le foin, où il est difficile de respirer et les allemands piétinent en dessus de nous. A un certain moment l’officier annonce que si nous ne sortons pas il va faire mettre le feu à la maison. Léon veut sortir, mais Gérard le retient, les allemands enfoncent leurs baïonnettes dans le foin, nous entendons le bruit mais nous ne bougeons pas. C'est alors qu' ils ouvrent la porte d'en bas et qu'ils commencent à jeter le foin par celle-ci. A un moment donné nous voyons le jour et il n'est plus possible de retenir Léon qui sort en criant « Camarade, je me rend. ». Il est aussitôt conduit en bas près des officiers qui l'interrogent, mais il ne dit pas qu'il était avec nous dans la cache. Gérard et moi restons où nous étions et nous essayons après un temps qui nous semblait long, une sortie, pour nous apercevoir que juste en dessous de nous une sentinelle est postée. Gérard veut le descendre mais cela est trop dangereux pour nous et pour les autres, et je le retiens, nous retournons dans notre trou en ayant soin de ne pas remettre le foin au dessus de nous, ce qui nous sauve car les allemands reviennent et enlèvent le foin tout autour du mur sauf à l'endroit où nous nous trouvions. Après un temps indéterminable, la soeur de Gérard vient crier: « Vous pouvez sortir, ils sont partis, mais ils ont pris Léon avec eux. ». Léon fut libéré après trois jours d'interrogatoire. Après ces deux aventures mon père jugeant que je ne devais pas faire mourir ma mère de chagrin et étant donné que j’étais recherché par la gestapo, me trouva une place dans une petite ferme dans le village de Gondregnies ou je suis resté jusqu'au moment ou le Commandant de l'A.S. me donna l'ordre de la rejoindre dans le maquis de St. Marcoult pour établir et porter les ordres de mobilisation en vue du débarquement. Je suis donc à Saint Marcoult pour participer aux derniers parachutages d'armes. Pendant cette période et sur dénonciation, le moulin Horruette fut cerné par deux compagnies d'allemands. Ils effectuèrent une rafle où tous les occupants ainsi que les hommes des environs furent amenés à Allemagne. Un seul survécu. Je n'ai jamais revu mes amis avec lesquels j'avais passé une bonne partie de la guerre. Les Alliés ont débarqué le 6 juin, et les allemands n’ont plus le temps de s'occuper de nous, heureusement, car le maquis s'anime et il arrive des gens de partout et de tous les grades. St Marcoult devient un poste de commandement pour la Zone I du Secteur D 10. 450 hommes attendent les instructions pour commencer la guérilla. Le 1ier septembre nous commençons la guerre et les sabotages, nous ferons 1750 prisonniers que nous remettrons aux anglais à leur arrivée. Il est évident que l'on ne fait pas la guerre sans combat et il y aura des morts et des blessés des deux côtés. L'A.S. est bien organisée et militarisée, nous sommes cantonné à Enghien au collège, ensuite à Soignies et c'est delà que partira une colonne mobile forte de 115 hommes volontaires pour continuer de poursuivre l'ennemi jusqu'au delà de nos frontières. Je fais partie de cette colonne ou nous sommes cantonnés dans un petit village avec les américains. Désigné pour faire partie d'un patrouille pour ramener deux prisonniers vivants nous devons procéder à l'arme blanche, j'avais 17 ans et demi et heureusement pour moi, j'avais subtilisé une bouteille dans la poche revolver d'un américain et j'ai bu le contenu de celle-ci. Nous avons ramené les deux prisonniers, mais je ne sais pas comment et je ne me souviens de rien (merci a l'américain) Nous sommes entre deux fronts et cela devient dangereux pour nous qui ne sommes pas des guerriers et les anciens exigent du commandant le retour chez nous. Heureusement car quelques jours après notre départ commence à cet endroit l'offensive des Ardennes et le village fut complètement rasé. Sur ordre du commandant en chef des Alliés, l'Armée Secrète est démobilisée, mais les jeunes peuvent continuer la lutte en s'engageant dans l'armée régulière en pleine reconstitution. C'est ce que j'ai fait. Je fais partie de la 5ème Brigade, 1er Bataillon 5ème Compagnie matricule 505/2556, et nous serons expédié en Irlande pour faire l'instruction au 1ier Commando. Six mois en Irlande, trois mois en Angleterre et le reste en occupation en Allemagne jusqu'au moment de notre démobilisation en 1946. Le service militaire sous les instructeurs anglais n'a rien de comparable avec le service de maintenant. Je suis estafette motocycliste avec les anglais. 55 candidats, 5 réussites. Et en Allemagne je deviens clairon. Je pourrai raconter mille anecdotes et petites aventures pendant cette période, la plus belle de ma vie, ou régnait un esprit de camaraderie qui n'existe plus maintenant et cela malgré la discipline existante. J'ai toujours eu le goût des uniformes et je pouvais réengager comme sous-lieutenant mais ma soeur étant décédée suite a un emprisonnement par les allemands, mes parents ont préféré que je reste avec eux. Après quelques années passées avec ceux-ci j'ai postulé la place de Policier Rural (garde-champêtre) dans ma commune, où après un examen au Gouvernement Provincial, je fus nommé le 5 août 1955.. Pour mes faits de guerre j'ai obtenu 15 décorations. Récit receuilli par Jean Frings et publié dans le bulletin du Rebecq Historical Association 40-45Sur tous les frontsLa présence belge lors du raid anglo-canadien à Dieppe Il n'est pas sans intérêt de rappeler, quelle fut la présence belge lors de l'opération «Jubilee». Nombreux sont ceux qui ignorent la part -- modeste certes -- prise par nos compatriotes dans cette vaste "reconnaissance par le feu du territoire occupé par l'ennemi". Car il s'agit bien d'une reconnaissance en force et non d'une tentative de débarquement ayant pour objectif la libération, dans le même élan, des territoires occupés par la Wehrmacht. Cette présentation tendancieuse des faits fut largement utilisée par la propagande allemande: elle poursuivait un double but: saper le moral des adversaires du IIIème Reich qui souhaitaient la victoire alliée, raffermir la confiance de la population allemande et des collaborateurs nazis dans la puissance hitlérienne.En 1942 les Alliés ne disposaient guère de moyens susceptibles d'assurer la réussite d'un débarquement de grande envergure. Le raid anglo-canadien n'eut d'autres buts que de réaliser sur le front Ouest une diversion à la pression exercée par les Allemands sur Leningrad et Moscou, d'expérimenter les équipements et les méthodes d'un débarquement massif, et de réaliser accessoirement des destructions de batteries côtières.La présence belge lors de la sanglante journée du 19 août 1942 qui coûta aux Alliés 1179 tués, peut se résumer comme suit: tout d'abord le lieutenant de la Marine de l'état Victor Billet, devenu lieutenant de vaisseau Royal Navy Volunteer Reserve et fondateur de la section belge de la Royal Navy, commandait la barge de débarquement LCT ( Landing Craft Tank ) 159 avec un équipage de 10 hommes et transportant six chars du régiment blindé canadien Calgary.Billet fut tué au moment de toucher terre à peu près en même temps que le lieutenant-colonel Andrews, chef de corps du Calgary. Mais Victor Billet n'est pas seul Belge à participer à ce que le capitaine Roskill a appelé «La charge héroïque».Sur les neuf LSI ( Landing Ship Infantry ) qui amenaient à pied d'œuvre les troupes d'assaut, il y avait quatre males belges, dévolues en temps de paix au trafic Ostende-Douvres: le «Prince Charles», le «Prince Léopold», le «Prins Albert» et la « Prinses Astrid».Le «Prince Charles» transporte le Royal Hamilton Light Infantry du lieutenant-colonel Labatt, chargé de la redoutable attaque frontale ouest; le «Prince Léopold» abrite à son bord le Canadien Jasperson auquel est confiée l'attaque frontale est; le «Prins Albert» transporte les hommes du commando interallié n° 4 ( major Robert Mills débarqué à Vasterival et major Lord Lovat débarqué à Quiberville ).Ce commando fut le seul à réussir complètement sa mission, à détruire la batterie 815 de Varengeville et à rembarquer au complet, enfin la «Prinses Astrid» transporte une partie du Royal Regiment of Canada du lieutenant-colonel Catto opérant sur Puys.Ce n'est pas tout: l'enseigne de vaisseau Van Dijk est à bord du dragueur de mines «Ilfracombe» appartenant à la flottille de Portsmouth chargée d'ouvrir un chenal à l'armada du capitaine de vaisseau Hughes Hallett tandis que le lieutenant de vaisseau De Poorter, ancien commissaire maritime, est à bord du LSI «Queen Emma».Mais si les marins belges sont présents sur mer, nos aviateurs le sont dans les airs pour assurer la couverture aérienne de l'opération. La 350ème escadrille belge de la Royal Air Force, commandée par le Squadron Leader Guillaume est renforcée par deux escadrons tchèques, un polonais et un américain. Détail piquant c'est la première fois qu'une escadrille de chasse U.S. effectue une sortie et c'est sous les auspices d'un chef de wing belge que se réalise ce baptême du feu. BilanVoici le bilan de la journée du 19 août 1942 tel qu'il résulte des documents transmis par le lieutenant A. Dumont:« L'escadrille effectua quatre sorties collectives et quarante-sept sorties individuelles: six FW 190 et un JU 88 furent détruits, un FW 190 probablement, onze FW 190 et DO 217 endommagés. Aucun de nos Spitfires ne dut retourner pour ennuis mécaniques, par contre deux d'entre eux étaient légèrement abîmés. Une seule perte à déplorer: le Pilot Officer Marchal, qui dut atterrir au sud de Dieppe. Il sera capturé et détenu comme prisonnier de guerre.Le 7 octobre 1942, Sa Majesté le Roi d'Angleterre décerna la D.F.C (Distinguished Flying Cross) au Squadron Leader Guillaume. La même distinction fut accordée au Pilot Officer Dumonceau de Bergendael, commandant un des flights de l'escadrille.La 350ème escadrille fut bien entendu citée à l'ordre du jour de l'armée belge avec attribution de la Croix de Guerre et inscription de la citation Dieppe dans son étendard. Sources bibliographiques: "Se battre pour la Belgique", article de P.Eygenraam, Editions JM. Collet. Sources photographiques: "20 Héros de chez nous" par le Général Crahay Editions JM. Collet. Sur tous les frontsUn Belge dans les blindés britanniques Tombé devant Caen le 27 juin 1944Le 27 juin 1944, vingt et un jours après le débarquement allié en Normandie le major Louis Legrand disparaissait dans la bataille à bord d'un char britannique, auquel il avait donné le nom de « Liberator », pour symboliser son désir ardent de libérer son pays et de délivrer les siens qu'il avait quitter depuis quatre ans.Le 10 mai 1940, il était adjudant-major du 22° régiment d'artillerie qi fut bientôt engagé derrière le Canal Albert. Le régiment tira jusqu'à épuisement de ses munitions et puis dut se replier, car le 12 au soir, les Allemands arrivaient à hauteur de l'artillerie. Capitulation ?Après la capitulation de l'armée belge--capitulation qu'il n'accepta jamais-- Louis Legrand passa en Angleterre où il arriva le 30 août 1940 via la France, l'Espagne et le Portugal.Il s'engage dans le noyau des forces belges cantonné dans le Pays de Galles et reçoit le commandement de la 1ière Compagnie.L'arrivée des ministres Pierlot et Spaak en Angleterre provoque quelques remous parmi les officies belges. Beaucoup d'entre eux ne peuvent oublier l'attitude du gouvernement en France et s'impatientent des retards dans l'organisation des forces belges. Louis Legrand, dont la fidélité envers le Roi et l'ardeur pour la lutte sont inconditionnelles, est envoyé par les officiers pour….« obtenir du Gouvernement les moyens indispensables à la continuation du combat pour la libération de la Patrie et du Roi…»Il est reçu par le Premier ministre Pierlot et lui expose la nécessité de tenir compte de l'état d'esprit qui règne en Belgique et de celui des officiers belges en Grande Bretagne.Pendant deux ans Louis Legrand se battra avec la bureaucratie pour récupérer des Belges dispersés de par le monde afin de les incorporés dans des unités combattantes.Entre-temps il a fait sa demande d'être incorporé dans une unité de chars britanniques. Il pourra ainsi accomplir à la fois son désir de participer au combat pour la libération de son pays et se familiariser avec une arme qui fut l'élément principal de la victoire allemande en 1940.Le 11 mai 1942, deux ans après son premier combat sur le Canal Albert, il rejoint les blindés anglais.Le major Legrand est affecté à une unité qui n'est pas initialement engagée et qui est campée sur la côte de la mer Rouge en attendant de recevoir du nouveau matériel. Avec Montgomery dans le "Western Desert"Au début de juillet, Rommel est arrêté à la première bataille d'El Alamein. A la fin du mois le major Legrand rejoint une unité de chars dans le « Western Desert » et participe aux préparatifs de la défense contre une nouvelle attaque. Les Britanniques apprécient de plus en plus ses qualités d'officier et le placent à la tête d'une troop, un peloton de trois chars du 6° Royal Tank Regiment.Montgomery a établi un plan pour s'opposer à l'ultime offensive de Rommel pour envahir l'Egypte. Lorsque le 30 août elle se déclenche, Legrand a demandé d'être canonnier dans un char « Grant » et, pendant plusieurs jours il participe à ka bataille défensive. Il écrit: « Comme les jours précédent je suis '' Gunner '', je termine mon expérience du canon de 75 mm américain par des tirs indirects ( le tireur ne voit pas directement l'ennemi, mais est renseigné sur son tir par un observateur ); c'est une bonne journée…» Une D.S.O. bien méritéeAprès l'échec allemand, Louis Legrand rejoint le 10° Royal Hussars, qui est à l'entraînement en vue de l'offensive que prépare Montgomery.Durant cette période, ses connaissances d'artilleur furent utilisées pour l'entraînement des canonniers des nouveaux chars Sherman. Il s'applique tout particulièrement à leur inculquer le tir indirect qui permet aux chars de rester à l'abri tout en continuant à tirer sur l'ennemi.Louis Legrand terminera toute la campagne d'Afrique du Nord et à l'issue de celle-ci, il recevra le 17 décembre 1942 la D.S.O.Cette D.S.O ( Distinguished Service Order ) lui est remise le 29 décembre par le commandant de la 1° Division Blindée au cours d'une prise d'armes du 10th Hussars en plein désert.Louis Legrand terminera toute la campagne d'Afrique du Nord et à l'issue de celle-ci, il recevra le 17 décembre 1942 la D.S.O.Cette D.S.O ( Distinguished Service Order ) lui est remise le 29 décembre par le commandant de la 1° Division Blindée au cours d'une prise d'armes du 10th Hussars en plein désert.Il passe la période du 30 décembre 1942 au 28 février 1943 à l'état-major de la 8ème armée qui avance vers Tripoli et la Tunisie. Et puis c'est le retour au Caire où il trouve la Brigade coloniale belge, arrivée du Congo belge trop tard pour encore participer aux opérations en Afrique du Nord.On lui demande de s'occuper de la conversion de cette unité à l'organisation britannique. Il, fait dans ce but, un voyage à Léopoldville après lequel il rejoint Londres et le Ministère de la Défense nationale. Un instructeur belge chez les BritanniquesLe premier ministre Pierlot, tracassé par son retour, avait demandé à M. Gutt: "Qu'allons-nous bien en faire?""Comment, riposta M.Gutt, cet officier vient de faire une expérience unique de la guerre moderne sous la forme la plus actuelle et s'est comporté à la 8° Armée d'une façon peu banale. En connaissez-vous beaucoup de ce genre-là?. Ici les troupes belges sont à l'entraînement et vous demander ce qu'on pourrait faire le Major Legrand?"Tenu à distance par les autorités belges, il finit par se rendre compte qu'il restera inutile et inactif s'il ne se décide pas à retourner chez les Britanniques où il est reçu à bras ouverts.Le War Office le destine d'abord à l'instruction des canonniers de tanks et l'envoie à l'Ecole des Blindés à Bovington. En septembre 1943, il rejoint un régiment de chars, le 23°Hussars, où il sert avec son enthousiasme habituel .L'hiver et le printemps se passent en entraînement et en préparatifs; le 8 juin 1944, l'ordre arrive de se rendre aux ports d'embarquement Débarquement en NormandieLe 15 juin, son unité débarque en Normandie. Il va enfin pouvoir participer à la libération de son pays et des siens.Le 26 au matin, la 11° division blindée attaque à l'ouest de Caen et s'apprête à franchir la rivière Odon.Durant cette journée, il est attaché à l'état-major de la brigade, mais le lendemain matin, il insiste et il obtient de rejoindre le 23°Hussars pour l'assaut; il commande un char Sherman qu'il a baptisé, comme d'habitude « Liberator ».Au début de l'après-midi, les escadrons de son régiment progressent, mais les Allemands réagissent furieusement sur la gauche en direction de Caen. Le major Legrand se rend compte que cela chauffe par là, et, sans hésiter, se porte où l'engagement paraît devenir sérieux. Sitôt parvenu à l'escadron engagé, il repère deux chars allemands (Tigre?), à quelques distance, avec un groupe de trois chars britanniques, il leur donne la chasse. Mais son char n'a pas un canon assez puissant pour entamer le blindage des « Tigre » et lutter avec leur armement. N'importe! Il les harcèle comme il peut, s'approchant, se retirant pour attaquer ailleurs, revenant à la charge du côté où l'ennemi paraît plus abordable et plus vulnérable. Vains efforts. Seul un char mieux armé peut en finir avec ces gros blindés allemands. Il reconduit son équipage à couvert et, hors de portée, il rejoint à pied le groupe des trois autres tanks.L'un d'entre eux est un Sherman dernier modèle muni d'une forte pièce de 76 mm. Se hissant dessus, le major Legrand s'assied sur la carapace de fer derrière la tourelle et commence à diriger le tir. En quelques coups, il détruit un des « Tigre » et se tourne résolument vers l'autre, qui cesse rapidement le combat.Cette fois, semble-t-il, on peut aller de l'avant et profiter du succès qu'on vient de remporter. Il reprend son char et, à toute allure, se précipite avec les trois autres chars sur un petit chemin de campagne qui va vers l'Est. Tué au combatC'est là que la mort l'attendait. Au moment où il va déboucher sur la grand-route de Caen à Villers-Bocage, une batterie de 88 mm dissimulée quelque part ouvre le feu: trois des quatre blindés britanniques sont atteints, les flammes jaillissent, ce n'est plus à l'instant qu'une fournaise dévorante… Le seul char demeuré intact rebrousse chemin pour ne pas avoir le même sort.Le lendemain, le char du major Legrand fut retrouvé entièrement calciné, on découvrit les restes carbonisés de trois hommes, les deux chauffeurs et le chargeur, le major Legrand et son canonnier avaient disparu.Un certain doute a pu subsister sur leur sort, mais il semble cependant qu'ils ont brûlé complètement dans leur char.Ils se trouvaient près des soutes à munitions et d'un réservoir d'essence. Après le terrible impact d'un obus antichars tiré à une distance de 200 mètres et que toutes les munitions situées sous leurs pieds aient explosé, que le char ait brûlé deux jours, il n'est pas étonnant que leurs cendres mêlées aux débris calcinés n'aient pu être identifiées.Le maire du village de Mouen, qui se trouvait caché près de l'endroit où le char brûlait à moins de trente mètres de sa maison, confirme qu'aucun des occupants des chars détruits n'a pu survivre à ce terrible combat.Son Commandant de Brigade, en faisant part de sa mort à l'Ambassadeur de Belgique à Londres, termine sa lettre par cet éloge: « Le major Legrand a rendu d'inappréciables services à la Brigade comme instructeur d'artillerie pendant les six mois durant lesquels il y fut attaché et il s'est concilié le respect et l'admiration de tous, officiers et soldats, non seulement par sa vaste connaissance du sujet qui l'intéressait profondément mais aussi par le charme de sa personnalité, par ses dons d'entraîneur, par sa foi dans la cause pour laquelle nous combattons et par ses efforts inlassables pour améliorer la valeur de tir de la Brigade » Hommage au major LegrandLe major Louis Legrand Dans une lettre datée du 7 septembre, quelques jours après la libération de la Belgique, le même général écrivait à la femme du Major Legrand:"Il a toujours fait preuve du plus sublime courage et ses hautes qualités militaires nous remplissaient d'admiration…Nous avons vivement regretté sa disparition, d'autant plus maintenant que la libération de la Belgique l'aurait rendu aux siens dont il avait été si longtemps séparé et qu'il avait un si ardent désir de retrouver.Le fier soldat n'a pas connu la joie triomphale du retour victorieux. Sur le point d'atteindre le but, fidèle à l'idéal qui l'avait conduit en Angleterre dès 1940, il a donné sa vie pour la Belgique et pour le Roi. A cette cause sacrée il a sacrifié ce qui lui était plus cher encore que la vie, le bonheur de ses bien-aimés ... Source bibliographique et photographique: article de A. Crahay dans "20 Héros de chez nous", Ed J.M. Colet. Sur tous les frontsAdolphe Meny : un Héros tout simple des Commandos Le jour de la Toussaint 1944, les Alliés lancèrent une opération combinée pour s'emparer de l'île de Walcheren, dont les batteries empêchaient l'accès au port d'Anvers, indispensable à l'assaut final de l'Allemagne.Le 41ème Royal Marine Commando, qui a sous ses ordres la 4ème Troop belge du 10ème Commando interallié, débarque à Westkappelle pour enlever les redoutables batteries côtières. Après un jour de violents combats, le 2 novembre, au cours d'une nouvelle attaque, le lieutenant Meny, du Commandobelge tombait grièvement touché en pleine poitrine par une balle. Né à Borgerhout ( faubourg d'Anvers) le 29 juillet 1914, quelques jours avant le départ de son père pour la guerre, Adolphe Meny était le fils d'un officier d'infanterie qui avait commencé sa carrière à l'Ecole régimentaire de Menin, s'était battu courageusement devant Anvers et sur l'Yser, mais avait été fait prisonnier aux avant-postes en 1917. Après la guerre, il termina sa vie militaire au 5e de ligne, à Anvers, où il fut mis à la retraite comme lieutenant- colonel en 1935. Une enfance toute simple et déjà l'étoffe du hérosAdolphe était fils unique, fort aimé de ses parents auxquels il donnait beaucoup de satisfactions, sans être toutefois un élève brillant. Garçon aimable, il était plutôt " taiseux " et n'exprimait guère spontanément ses sentiments.Comme son père, il désirait faire carrière à l'armée et se présenta à l'Ecole militaire où, en 1935, il fut admis à la section de l'artillerie et du génie. En 1938, il est nommé sous-lieutenant à l'Ecole d'application et, en mai 1940, évacué avec celle-ci vers la France.Voici ce que raconte de lui un de ses camarades de promotion:Adolphe Meny était grand, fort et bien équilibré, moralement et physiquement. C'était avant tout un homme d'action. En fonction des circonstances, il prenait rapidement une décision et trouvait le moyen de l'exécuter jusqu'au bout. Il avait solidement les pieds sur terre et voyait bien la frontière entre le possible et l'impossible. Ce qui le singularisait le plus, c'était qu'il était beaucoup plus mûr que la plupart d'entre nous, bien que nous ayons à peu près tous le même âge. Nous étions des gosses alors qu'il était déjà homme C'était un joyeux compagnon et, en sa compagnie, on ne s'ennuyait jamais. Il avait un sens aigu du ridicule et savait très bien se moquer des travers de ses camarades, cela sans jamais être méchant, on ne peut pas imaginer qu'il ait eu des ennemis. Il savait aussi encaisser les coups du sort et garder le moral dans l'adversité, sans accuser le coup en apparence. Je pense que, sous une légèreté extérieure, il cachait beaucoup de sérieux. Sa réserve venait surtout, du fait qu'il était beaucoup plus mûr que ses compagnons et ne trouvait personne à qui parler d'égal à égal. La débâclePour mieux vous le faire connaître, je vais vous conter comment il est arrivé en Angleterre pendant l'été 1940.C'était le 10 mai, nous étions à l'Ecole d'Application (à Bruxelles) et reçûmes l'ordre de rejoindre un CISLA (centre d'instruction) qui était formé à Limoux, près des Pyrénées. Ceux d'entre nous qui possédaient un véhicule pouvaient s'y rendre par la route. Meny avait une Saroléa 350 cm³, excellente moto de fabrication belge, qui tourna toujours comme une horloge. Il m'offrit une place sur le siège arrière et nous arrivâmes ainsi à Limoux, où notre instruction d'artilleur se poursuivit. Loin de la guerre, nous formions une bande joyeuse et, au déjeuner, lorsque nous étions quatre à table, la serveuse apportait d'office quatre bouteilles de vin rouge sans que personne ait demandé quelque chose.Mais les nouvelles devenaient mauvaises et on sentait que la réalité devait être encore pire. Un jour, on entendit parler à la radio d'une terrible bataille sur la Somme qui dura trois jours, et puis on entendit le maréchal Pétain dire qu'il faudrait peut-être capituler dans l'honneur. Nous pensâmes alors que rien n'arrêterait les Allemands et qu'ils envahiraient toute la France. Pour ceux qui voulaient combattre il était temps de rejoindre l'Angleterre.Meny décida de partir le lendemain très tôt et de nouveau m'offrit une place sur sa moto.Avant de partir, il voulut mettre quelqu'un au courant de sa destination. Il y avait à l'état-major du CISLA un commandant assez âgé, réserviste peu élégant et qui s'occupait de tâches administratives assez ingrates. Meny pensa qu'il comprendrait et nous allâmes le trouver pour le mettre au courant de notre projet. Il nous dit que s'il avait été plus jeune, il partirait avec nous.Meny avait réussi à se procurer quelques formulaires d'ordres de marche et y avait apposé des cachets et des signatures. Nous en remplîmes un pour Bordeaux, le grand port qui nous semblait le plus favorable pour nous embarquer. Ces papiers facilitèrent grandement notre voyage. Les noeuds routiers étaient surveillés par des territoriaux, anciens de 1914-1918, armés de fusils de chasse et coiffés de bérets alpins. La hantise du moment était les " motorisés ", ce qui pouvait s'appliquer à deux motocyclistes vêtus d'un uniforme inconnu; mais quand je sortais l'ordre de marche tout allait bien. A un certain poste de contrôle, je me trompai et présentai un ordre de marche en blanc. Le chef de poste dit : " Les sous-lieutenants..., c'est un peu vague ! ", mais je réussis à rétablir la situation en montrant l'ordre de marche correct. Bordeaux et le départ pour l'AngleterreA Bordeaux, le seul navire à quai, prêt à prendre le départ, était un contre-torpilleur anglais. Le capitaine nous expliqua que pour y embarquer, il fallait l'autorisation de l'ambassadeur d'Angleterre. Nous partîmes à sa recherche; dans cette grande ville pleine de gens affairés, on ne voyait aucun militaire, si ce n'est un général belge.Comme nous ne tenions pas à fournir d'explications sur notre présence à Bordeaux, nous le saluâmes très correctement et nous éclipsâmes dans une rue latérale. A l'ambassade britannique on nous expliqua que le navire devait transporter le personnel et les familles du corps diplomatique et une grosse quantité d'or, que le bateau n'etait pas très grand et que nous ferions mieux de chercher ailleurs.Nous prîmes la direction de la Pallice et nous y trouvâmes un navire qui embarquait les rescapés d'une grande unité polonaise. Nous y fûmes accueillis avec enthousiasme mais nous nous aperçûmes bientôt qu'il s'adressait à notre moto qui disparut rapidement.Pendant l'embarquement, nous vîmes un avion de chasse Me 109 foncer sur nous; ordre nous fut donné de débarquer et d'embarquer sur un autre navire. Heureusement, car à la tombée de la nuit, un bombardier allemand passa à basse altitude et lâcha un chapelet de bombes sur le navire que nous venions d'abandonner.Après une traversée de cinq jours et une navigation en zigzag pour éviter les sous-marins, nous arrivâmes à Plymouth le 23 juin où nous apprîmes la capitulation française.Nous passâmes la première nuit a la prison de la ville, ce qui était normal car nous n'étions connus d'aucun des Polonais avec qui nous avions fait la traversée.Le lendemain matin nous fûmes interrogés par un membre de la Police judiciaire belge envoyé par l'Ambassade et qui eut tôt fait de voir que nous n'étions pas de la cinquième colonne. TenbyNous fûmes ensuite envoyés à Tenby où se rassemblaient les militaires belges se trouvant en Grande-Bretagne, venant soit de France et de Belgique après avoir échappé aux Allemands, soit arrivant des pays d'outre-mer où les avait convoqués un ordre de rappel. On y voyait aussi un Belge qui avait combattu à Narvik et qui portait un uniforme de l'armée norvégienne. Un autre Belge s'était soi-disant battu dans l'aviation finlandaise contre les Russes. Il disparut un beau matin et l'on n'en entendit plus jamais parler.Un jour nous reçûmes la visite d'un officier qui venait recruter des candidats pour la Royal Air Force. Meny et moi nous présentâmes avec quelques camarades. Adolphe portait des lunettes et n'avait pas beaucoup d'espoir d'être accepté mais il désirait combattre et espérait que les Britanniques, dans les circonstances actuelles, se montreraient moins difficiles.Nous fûmes dirigés sur le camp de Saint Athans où se trouvaient rassemblés un millier de candidats aviateurs de toutes nationalités mais en majorité polonais.Lors du premier examen médical, Meny dut comprendre qu'il n'y avait pas d'espoir. Il avait d'ailleurs reçu des nouvelles de Tenby et appris que quelque chose bougeait là-basUn autre destin apparaît pour lui. Les CommandosDès juin 1940, les Britanniques à l'esprit audacieux avaient conçu le projet de créer des détachements d'hommes déterminés pour harceler l'ennemi en utilisant l'élément qui fut toujours l'allié des Britanniques, la mer, et aussi cet autre élément qu'est l'obscurité.Avec l'appui de Churchill, il fut décidé de former dix " Commandos ", sorte de petits bataillons avec un armement léger.En 1942, un Commando interallié fut constitué comprenant une " troop " belge commandée par le capitaine DanloyL'entraînement était extrêmement dur et se faisait dans des conditions de guerre et munitions réelles. Il provoquait souvent des pertes en tués et blessés.Cent et vingt Belges, dont Adolphe Meny furent volontaires pour la " troop " belge. Après l'entraînement en Ecosse, quatre-vingt neuf obtinrent le brevet de commando.Le sous-lieutenant Meny reçut le commandement d'une section dont je faisais partie.Comment évoquer le souvenir d'un homme Si on ne sait rien de sa vie intime, un homme avec qui on a porté la tenue de combat, avec qui on a juré, transpiré et combattu, mais dont on connaît mal la vraie personnalité.Nous avons passé trois années ensemble, trois années d'entraînement, de combat, d'expériences communes et, malgré tout, il reste encore un inconnuQue ce fut un véritable officier " Commando " personne ne pourrait en douter. Blond et de haute taille, on aurait pu le prendre pour un Viking... Peut-être pour un Allemand, à cause de son allure militaire. Au Moyen Age, on l'aurait très bien vu à la tête d'un groupe de CroisésEn Belgique occupée, il aurait, sans aucun doute, été un " Résistant "Tel était Meny. Courageux et motivé, jamais irréfléchi.Je l'ai connu au Pays de Galles en 1940, quand j'étais soldat à la 1ière compagnie de fusiliers du Bataillon belge. C'était un grand et énergique lieutenant dans une autre compagnie, sévère d'aspect et d'abord peu facile. Il valait mieux le saluer correctement, car celui qui, soi-disant distrait, aurait fait semblant de ne pas l'avoir vu, était sans hésiter mis au rapport. Nous trouvions qu'il était " pèteux ". Plus tard, nous pûmes nous convaincre que c'était sa véritable nature. C'était un militaire et pour lui le style militaire c'était la maîtrise de soi-même.Un homme qui plaçait la vocation d'officier au-dessus de tout, devait donner l'exemple. Aussi nous l'admirions et le suivions inconsciemment, mais nous ne le connaissions pas.Pensait-il à son foyer ? Etait-il parfois découragé et mélancolique comme nous l'étions ? Pouvait-il rire et faire des blagues ?Même maintenant, après toutes ces années, la seule image claire que nous ayons devant les yeux est celle d'un officier robuste, dur et sévère à l'entraînement et en manœuvre, énergiquement décidé au combat.Si nous consultons le style un peu passe-partout de ses citations, il ne semble pas cependant exprimer des clichés :La citation de sa croix de chevalier de l'Ordre de la Couronne avec palme et celle de sa Croix de Guerre avec palme ne ressemblent pas à des clichés:" Chef de peloton réunissant les plus belles qualités d'un officier : Audace, calme, dévouement inlassable, connaissance de son métier, endurance dans l'effort ! "Tel était le Meny que nous avons connuSi vous étiez originaire de la région d'Anvers et si, comme concitoyen, vous vous attendiez à quelque sympathie ou traitement de faveur, vous vous trompiez. Il n'avait pas de ' 'bête noire " mais il n'avait pas non plus ' ' d'enfant chéri ' 'Ce qu'il ordonnait devait être exécuté; il expliquait pourquoi et le faisait le tout premier. Il savait nous inspirer et nous motiver.Peut-être était-il un père pour nous qui étions des gosses devenus prématurément des militaires, mais un père calme et soigneux, sévère mais correct. Il n'admettait pas les " tireurs au flanc ", mais ne se cachait pas derrière ses étoiles pour laisser les autres tirer les marrons du feu.Comme il avait toujours été en tête à l'entraînement, il y fut aussi au front.Peut-être était-ce à cause de la tension du temps de guerre que nous n'avions connu que Meny " le sérieux".Et cependant, il était pour nous plus qu'un supérieur. Nous admirions son audace et sa témérité. Pendant des exercices dangereux, avec des tireurs d'élite britanniques comme adversaires, il se ruait le premier à travers rivières et marais et réussissait, dans l'obscurité, sur les rochers et les obstacles, les tours les plus périlleux. Nous imitions son audace et devînmes ainsi, peu à peu et inconsciemment des combattants expérimentes.Sa bravoure qui le poussait à toujours vouloir être en tête finit par lui coûter cher. Pendant un entraînement à Abersoch, il voulut montrer le premier un dangereux exercice de Commando, la death ride, il fallait se laisser glisser le long d'un câble, d'un rocher haut comme une maison. La corde céda et Meny tomba dans le vide. Tout ceux qui assistèrent crurent à une issue fatale. Quand il se releva, il se plaignait de fortes douleurs à la cuisse qui était brisée, mais les premiers mots qu'il murmura furent " qu'il n'y avait aucun de ses hommes impliqués dans l'accident "Nous étions au bord des larmes. Perdre un tel chef aurait été une catastrophe pour une troupe d'élite comme la nôtre.N'importe quel autre militaire aurait attendu calmement sa guérison complète, mais quand il apprit sur son lit d'hôpital que sa troupe devait partir au front, quelques jours avant notre départ pourl'Afrique du Nord, nous le vîmes revenir parmi nous. Il boitait encore tellement bas que nous demandâmes s'il avait acheté quelqu'un à l'hôpital pour pouvoir sortir.Il ne retrouva plus jamais son ancienne allure, mais il cachait derrière un comportement encore plus énergique et plus bourru, la souffrance que, sans doute, il ressentait encore.Mais il était revenu parmi nous En ItalieEn septembre 1943, le Commando belge est transporté en Algérie et, le 1er décembre, il débarque à Tarente en Italie.Il monte ensuite vers le front, près de la côte Adriatique pour y être intégré à la 8ème Armée britannique.Dès le 14 décembre, Meny part en reconnaissance avec le 1er sergent Artémieff qui raconte ainsi cette opération" Nous devions partir en patrouille, mais nous n'avions pas de vêtements blancs qui devaient nous rendre peu visibles pour l'ennemi dans la neige.Nous trouvâmes cependant auprès de la population de Montenero les draps de lit nécessaires pour nous faire des uniformes de neige improvisés.Ce jour-là, il faisait terriblement froid. Le vent se ruait sur nous comme un chien qui tire sur sa chaîne. Des glaçons se formaient sous notre nez. Nous étions engourdis.Le lieutenant Meny partit en avant. Jamais, Adolphe Meny n'aurait laissé à un autre le poste le plus dangereux. Je le suivais comme commandant en second de la patrouille à environ trois mètres cinquante de distance. Les autres commandos me suivaient.A un certain moment, je ne vis plus Meny. " Halte, couchez-vous ", ordonnai-je. Je me risquai vers l'avant et je murmurai : " Adolphe ". Pas de réponse ! Je regardai à gauche, à droite. Rien ! Je pris peur et cherchai mon poignard. Pouvait-on ainsi disparaître aussi brusquement ? Un instant avant, je voyais encore mon lieutenant et personne n' avait entendu un coup de feu. Peut-être était-il étranglé ?Un peu plus tard, je compris. Je vis un trou de plus de dix mètres de profondeur. J'entendis une toux discrète." Qu'est-ce que tu fais là ", grognai-je, car j'étais certain que Meny se trouvait au fond du trou." Je n'en sais rien ", fut la réponse.Pour ramener notre lieutenant à la surface, nous dûmes attacher ensemble dix des " tuggle ropes ", les cordes qui nous servaient de ceintures.Un certain sourire se jouait sur les lèvres de Meny. Si je ne l'avais trouvé, il n'aurait sûrement pas survécu à une nuit de gel.Ce sourire dépeint Meny. Son camarade de promotion avait sans doute raison quand il disait que Meny avait le sens de l'humourDans le journal de campagne de l'unité, nous lisons que le 14 décembre à 9 heures, une patrouille commandée par le lieutenant Meny avait été reconnaître la rivière Sangro, était rentrée vers 13 heures et avait repéré l'endroit par lequel elle passerait la rivière le soir même pour patrouiller de l'autre côté.A 17 heures, il repartait. Le caporal Beauprez traversait le Sangro à la nage, malgré le froid en tirant avec lui une corde à laquelle on attacha un dinghy (bateau pneumatique) sur lequel passa le restant de la patrouille, Meny en tête. Après huit heures de patrouille jusqu'à environ 1500 mètres du Sangro, le groupe rentra à 23 heures 30 sans incident.L'hiver, très dur, se passa ainsi dans la montagne, en patrouilles et en combats de nuit. En DalmatieEn mars 1944, le Commando belge est transporté en Dalmatie sur l'île de Vis, située à 35 kilomètres de la terre ferme, toujours tenue par les partisans de Tito. Ceux-ci ont besoin d'être soutenus par les Alliés. Les Belges sont employés à protéger l'île contre les attaques allemandes mais désirent bientôt participer aux expéditions et raids vers les autres îles. En compagnie des Partisans et des Commandos britanniques, nous effectuons de petits débarquements surprises sur les îles environnantes, au cours desquels nous ramenons quelques prisonniers et du matériel. Pas un seul Belge ne fut tué au cours de ces opérations et le nombre de nos blessés fut insignifiant. Adolphe Meny conduisit ainsi avec succès le débarquement sur l'île de Korcula.Les Britanniques employaient des M.T.B. (motor torpedo boats) rapides et puissamment armés pour attaquer la navigation côtière ennemie. Un petit groupe de commandos eut pour tâche d'escorter chaque M.T.B. afin de se rendre maître de l'équipage des captures et d'inspecter leur chargement.C'était là une façon de faire la guerre dont nous avions bien souvent rêvé et nous nous sentions pleins d'enthousiasme pour ce genre de missions ! Chaque nuit, six Commandos escortaient les M.T.B. et l'on ne devait jamais faire appel à des volontaires. Les prises étaient parfois très intéressantes pour améliorer l'ordinaire.Le 13 avril 1944, Meny participa à une telle expédition.Un mois plus tard, le Commando belge, rappelé en Angleterre, s'embarqua et arriva à Liverpool le 3 juin, quelques jours avant le débarquement, mais éprouva la déception de ne pouvoir y participer.A. Mény et ses commandos WalcherenCommence alors une longue attente qui dure jusqu'au 10 octobre 1944. A ce moment, les Belges sont amenés à Ostende d'où ils peuvent aller passer quelques heures dans leur famille. Adolphe Meny peut ainsi revoir une dernière fois les siens.Dès son retour commence la préparation de l'attaque de l'île de Walcheren.Celle-ci a lieu le 1er novembre; le débarquement s'effectue sous un feu meurtrier qui provoque de nombreuses pertes. Des combats sans merci se déroulent pendant plusieurs jours.Les Alliés qui avaient débarqué dans la brèche de Westkapelle, n'avaient progressé qu'avec peine à travers la boue, l'eau et les champs de mines. Des 78 Belges arrivés à la côte il n'en restait plus que 62. Pendant cinq jours on n'avait avancé que de quelques kilomètres. Tout le monde était épuisé.Le capitaine Danloy avait justement projeté d'accorder douze heures de repos à ses hommes, quand l'ordre vint d'envoyer une section dans le bois de Domburg pour s'emparer d'une position ennemie; la batterie " W18 " devait être conquise. Elle était défendue par des troupes d'élite de la Kriegsmarine, qui connaissaient tous les tours des unités spéciales et donc aussi de la nôtre.Ce fut le lieutenant Meny qui reçut cette mission difficile et il s'apprêta à l'exécuter sans hésiter. C'était peut-être surhumain, mais cela devait être fait.Nous passâmes la nuit sous une pluie battante, en alerte et sans dormir. Vers le matin, le restant de la troupe rejoignit notre section.Le signal fut donné et nous commençâmes l'attaque. Devant nous rien que des arbres et des buissons touffus. Chacun d'eux abritait peut-être un ennemi qui nous guettait. Les balles commençaient à siffler dangereusement près de nos oreilles. Nous avancions par bonds, d'arbre en arbre, et nous tirions au hasard dans les amas de feuillages et les branches susceptibles de camoufler un Allemand. Le tir augmentait constamment d'intensité. Les armes automatiques allemandes crachaient rageusement. Notre section reçut l'ordre de se déplacer sur la droite. A gauche le terrain était interdit par un champ de mines.Meny, très calme, donnait quelques ordres brefs. Peut-être était- il le seul de notre groupe à garder la tête froide, car nous étions encore étourdis par la progression rapide que nous venions de faire. Nous nous étions emparés d'une dizaine de prisonniers et l'ivresse de la victoire nous rendait téméraires et imprudents.Mais Meny veillait et nous rappelait à la prudence. Il reprenait résolument et péremptoirement toute attitude ou tout mouvement irréfléchis.Le feu ennemi s'intensifiait et les armes automatiques claquaient sans répit. Aucun endroit n 'était sur et Meny dit à son ordonnance : " Creusons ici, nous y passerons la nuit ". Il paraissait invulnérable. Il rampait, se glissait, roulait d'un buisson à l'autre. Les Spandaus crachaient et les Brens et les Vickers leur répondaient.Les Allemands ne cédaient pas un pouce de terrain sans le disputer avec acharnement. Plusieurs Commandos furent touchés.A ce moment, le lieutenant Meny tomba, mortellement frappé en pleine poitrine par une balle. Au même moment le petit Dive s'affaissa sur son fusil-mitrailleur, une rafale de mitrailleuse l'avait atteint à la tête et au bras. Le sergent Artémieff, en tête de sa section eut l'épaule fracassée par une balle. Officier et sous-officiers étaient hors de combat. Adolphe Meny, un héros tout simpleAdolphe Mény Meny n'était pas un héros comme on se les représente parfois : ce n'était pas un coq de combat qui, à bon ou à mauvais escient, fonce pour le panache. C'était un homme qui croyait en ce qu'il faisait, qui mettait tout en jeu pour servir son pays et qui, après son accident, en eut d'autant plus de mérite.Un homme pour qui le mot " patrie " n'était pas seulement un grand mot mais qui, au-delà de la gloriole et de la pompe des parades patriotiques, représentait un ensemble de valeurs spirituelles, culturelles et matérielles, valeurs pour lesquelles il était prêt à donner sa vie. Source: extrait du texte de Carlo Seghers dans "20 Héros de chez nous" par le Général Crahay. Sur tous les frontsLa Libération du port d'Anvers Le port ! Un enjeu essentielL'enjeu essentiel, en ce mois de septembre 1944, c'était le port d'Anvers. Les Alliés étaient bien décidés à le prendre. Les Allemands étaient bien décidés à le garder, ou le rendre inutilisable. Il fut pris, et intact, et ce fut un résultat, du point de vue belge, deux fois extraordinaire: parce que la Résistance fut à l'origine de cet exploit et parce que l'exploit fut réussi grâce à une coopération, aussi féconde que rare, mais cette fois parfaite, entre les différents mouvements de Résistance.Anvers était donc un des objectifs numéro un des Alliés. En février 1944, Philippe de Liedekerke fut parachuté en Belgique avec mission de coordonner l'action des mouvements de résistance locaux afin de préserver le port. Dès 1943, le capitaine de marine Eugène Colson, du Mouvement National Royaliste, très au fait des caractéristiques du port et connaissant le plan de destruction établi par les Allemands, avait recruté des spécialistes: pilotes, marins, débardeurs. Une coordination réunit des représentants de la '' Witte Brigade '' ( Armée Blanche ), du mouvement National Royaliste, du Front de l'Indépendance, de l'Armée Secrète, du Groupe G, tous acceptant de se mettre aux ordres d'un chef commun, le lieutenant du génie Urbain Reniers, qui commandait l'Armée Secrète de la région d'Anvers.Le lieutenant du génie, Robert Vekemans, ingénieur des ponts et chaussées, joua lui aussi un rôle important à la tête de cette opération décisive.Lieutenant R. Vekemans L'homme à la GabardineUn groupe de résistants anversois Le 31 août 1944, la Résistance a saboté les nœuds ferroviaires de Boom et de Herentals, placé des mines antichars sur l'itinéraire du charroi allemand et semé sur les routes menant vers Anvers des clous à quatre pointes. Le 1ier septembre, un message de Londres demande le déclenchement des opérations de harcèlement . Les résistants sont aux aguets. Les Anglais arrivent. Il faudrait qu'ils soient là le plus vite possible. La rapidité est indispensable, ainsi que la surprise, pour que les Allemands n'aient pas le temps de mettre à exécution leur plan de destruction. Déjà, ils ont désigné cinq pilotes pour déhaler les bateaux qu'ils veulent faire sauter dans la passe de l'Escaut. S'ils s'accrochent à la position, le port sera mis hors d'usage.Le 3 septembre 1944, dans l'après midi, les premiers éléments de la 11ème Division blindée britannique sont à Alost, Ils vont prendre à droite, pour rejoindre la grand route d'Anvers. Or, à Boom, douze kilomètres avant la Métropole, les Allemands ont disposé des postes d'observations et miné les ponts sur la rivière Rupel et sur le canal de Willebroek à Bruxelles. Si les Anglais viennent par là, les ponts sauteront et l'ennemi, alerté, organisera sa défense. ( Voir carte ci-dessous ).Vekemans est allé inspecter les lieux. Il a compris le danger. Il a constaté, en revanche, que la chaussée de Termonde (Dendermonde ) est à l'abri des regards allemands.Le 4, vers 9 heures, au carrefour de la grand route Bruxelles-Anvers et de la chaussée de Termonde, à hauteur du sinistre fort de Breendonk, surgissent les blindés de tête du 3ième Bataillon du Royal Tank Regiment. Un homme vêtu d'une gabardine est au milieu du carrefour, qui agite des bras. Les Anglais n'ont pas de temps à perdre, leur consigne est d'être à Anvers au plus tôt. Le premier char passe en grondant sans prendre garde à cet olibrius. Puis le deuxième, le troisième….Le quatrième, enfin, s'arrête. Il transporte le major John Dunlop, qui interpelle l'homme à la gabardine, l'olibrius, en le tenant en respect avec son revolver.Ce civil, c'est Vekemans. Celui-ci, et ce n'est pas le moins extraordinaire, réussit à se faire écouter de l'officier anglais. Le major Dunlop, par radio, arrête les premiers chars de la colonne, 500 mètres avant les ponts, et leur fait faire demi-tour.Le major obtient de son supérieur l'autorisation de modifier la manœuvre et le détachement Dunlop emboîte le pas à Vekemans. Il passe le canal de Willebroek, surgit devant le pont de bois sur le Rupel, que la garde allemande vient de quitter.Vekemans, aidé de deux civils trouvés sur place, arrache les cordons de mise à feu des mines posées sous le pont. La colonne blindée passe le Rupel et tombe sur le dos des Allemands, postés aux ponts principaux, qui n'ont pas le temps de se battre. On désamorce les charges. Le gros de la troupe n'a plus qu'a foncer sur Anvers!Le long de la route que parcourent les Anglais, les unités de la Résistance aident à réduire l'opposition et à enlever les points d'appui. Les Milices Patriotiques, la Witte Brigade, des groupes de l'A.S. et du M.N.R. nettoient la ville et le port. Les Alliés s'emparent des remorqueurs, saisissent les écluses. Les combats dureront encore plusieurs jours, au cours desquels 6000 Allemands seront capturés -- dont le général commandant la garnison -- mais, dès le premier soir, Anvers est sauvé.Quarante kilomètres de quais intacts tombaient aux mains des Alliés. Plusieurs semaines encore allaient s'écouler avant que les installations puissent réellement servir. Néanmoins, cette bataille d'Anvers fut une des victoires les plus importantes dans l'histoire de la reconquête. '' Ceci raccourcira la guerre des plusieurs mois '', dit, en parcourant les quais et les docks, le major général Erskine, haut délégué du général Eisenhower en Belgique. La carte des lieux 1. Grand pont sur le Rupel à Boom2. Pont routier sur le canal Bruxelles--Willebroek ( sera détruit )3. Poste d'observation allemand4. Viaduc sur la voie ferrée Malines-Terneuzen5. La flèche indique le chemin suivi par l'avant garde sous la conduite de Robert Vekemans6. Ponton de Willebroek-Centre, ni gardé, ni miné7. Chemin en cendrée le long du canal8. Vieux pont à péage de Boom9. Limite de l'horizon des guetteurs allemands Source bibliographique: " 1944 " par Pierre Stephany, Editions Le Livre à Bruxelles, 1994. Sources photographiques: "Jours de Guerre" Editions du Crédit Communal de Belgique, 1994. Sur tous les frontsLa bataille des Ardennes - La participation militaire belge Par la force des circonstances, la participation militaire belge à la bataille d'Ardenne n'a été et ne pouvait être que mineure.En effet:La 1ière Brigade d'infanterie belge "Libération", aux ordres du VIII° Corps britannique, après avoir atteint le canal de Wessem le 25 septembre 1944 et réalisé la soudure entre la 2ème armée britannique et la 1ère Armée U.S., a participé le 11 novembre à l'attaque vers Venlo et la Meuse. Le 17 novembre, elle a été retirée du front pour une période de repos et de réorganisation, ensuite d'entraînement, qui ne s'achèvera que le 3 avril 1945, date à laquelle, renforcée par des volontaires de guerre engagés à la libération du pays, elle reprendra sa place au feu sur le front de Hollande. Participation militaireIndépendamment d'escadrilles de la section belge de la R.A.F., ont participé de près ou de loin à la bataille d'Ardenne : Certains des officiers de liaison de la Mission Militaire Belge, parmi ceux qui étaient répartis dans la plupart des unités combattantes, tant du 21ème Groupe d'Armée britannique que du 12ème Groupe d'Armées U.S. De même, un petit nombre des officiers et sous-officiers du Corps des interprètes créé en novembre 1944 par le ministère de la Défense nationale, mis à la disposition des unités et services du 2ème Groupe d'armées britannique, et qui prendront part également aux opérations à partir de janvier 1945. L'escadron parachutiste belge S.A.S., commandée par le major Edouard Blondeel, dont deux squads continuent encore en décembre 1944 les missions en Hollande qui lui ont été imparties dans le cadre de l'opération Market-Garden, s'est installé à Tervuren pour s'y reconvertir en unité de reconnaissance montée sur 40 jeeps blindées. Un groupement de 24 jeeps blindées part le 20 décembre 1944 vers le front d'Ardenne et est placé sous le commandement de la 6ème Airborne Division britannique. Il a comme mission d'effectuer des patrouilles offensives sur l'axe Tellin, Bure, Saint-Hubert; de protéger le flanc droit de la 6ème Airbome Division et d'effectuer la liaison avec les S.A.S. français protégeant le flanc gauche du VIII° Corps U.S. Il accomplira ces missions dans un terrain abondamment miné, son travail parfois sclérosé par les sévères mesures de contrôle américaines dues à l'obsession des " équipes suicides allemandes " de Skorzeny, et livrera, du 27 décembre au 12 janvier, de nombreux engagements à Wavreille, Bure, Mirwart, Avenne, Champlon, à la pointe de la poche créée par l'offensive allemande. Le V° bataillon de fusiliers, à la disposition du 12° Groupe d'Armées U.S., a établi des cordons défensifs en protection des dépôts situés sur le flanc nord de la poche; les éléments de contrôle de la route d'Aywaille, Remouchamps se trouveront un certain temps en première ligne et la 4° compagnie, qui gardait la gare de Malmedy, participera aux missions d'arrière garde de l'Armée U.S. Le VI° bataillon, a d'abord été incorporé par le VII° Corps de la 1° Armée U.S. à ses "Security Troops" et était affecté à diverses missions de garde des communications et des postes de sécurité militaire, à hauteur de Visé, Eupen, Steinebrück, pour ensuite passer le 21 décembre aux ordres du XIX° Corps de la 9° Armée U.S. et y accomplir les mêmes missions de gardes et de patrouilles; pendant l'offensive allemande, des détachements su VI° bataillon seront bombardés et mitraillés par avions dans la région d'Eupen, Elsenborn. Quant au II° bataillon de pionniers, crée le 23 novembre et placé sous le commandement britannique dès le 16 décembre, il sera affecté à la garde des ponts sur le Rupel, à Boom, alors que l'on pouvait craindre le forcement de la ligne de la Meuse, vers Dinant, et la continuation de l'offensive allemande en direction du port d'Anvers. La RésistanceLe gouvernement belge avait décidé, le 13 novembre, la démobilisation et le désarmement de la Résistance, dans un délai de cinq jours, le 10 octobre, déjà, le lieutenant général Pire avait démobilisé l'Armée secrète. Lors de l'offensive allemande, le commandement allié ne demanda pas la rémobilisation des forces de la Résistance. Il est de fait cependant, que certains résistants se sont " réveillés " en Ardenne, lors de l'offensive allemande, et ont gravité, à titre individuel, autour des troupes américaines et britanniques. Deux anciens de l'Armée secrète, Jacques de Villenfagne de Sorinnes et Philippe le Hardy de Beaulieu, après avoir renseigné la 29° brigade britannique sur l'emplacement des forces allemandes et leur densité dans la région de Celles, Foy-Notre-Dame, guideront le 27 décembre des groupes de chars de cette brigade, par de petits chemins de forêt, vers une position dominante d'où une partie de la 2° Panzerdivision allemande sera prise à contre-pied. L'un des animateurs du maquis de Bois Saint-Jean, près de Wibrîn, Joseph André, réunit tout ce qu'il peut des hommes de son maquis et se remettra avec eux à la disposition des Américains, à Houffalize d'abord, puis à La Roche. Le 8 janvier 1945, "Michèle"Dubru, également de l'Armée secrète, effectuera une reconnaissance au delà des lignes allemandes, dans la région de Longchamps, Bastogne; mission périlleuse dans laquelle l'accompagnera Emile Lambert, d'Arlon, et qui permettra aux Américains une notable avance dans ce secteur.Bon nombre de résistants joueront ainsi un rôle méritoire à titre isolé, y compris les Ardennais qui ravitaillèrent des prisonniers américains, recommencèrent à saboter, soignèrent les soldats alliés ou les cachèrent lorsqu'ils étaient encerclés, mais les archives officielles n'en portent généralement pas la trace. Le reflux des troupes allemandes a laissé derrières elles, dans tout le saillant, un enchevêtrement inextricable de mines antipersonnel et antichars posées tant par elles que par les Alliés. En février 1945, le 1° bataillon de déminage, affecté aux régions ardennaises, viendra renforcer les éléments permanents du SEDEE, qui s'y trouvent déjà, pour effectuer l'obscure et périlleuse mission de désamorçage et d'enlèvement ou de destruction de cas engins explosifs. A noter également qu'il fut fait appel à la Protection aérienne passive pour exhumer les corps des nombreux soldats américains dans le secteur de Stavelot et pour assumer le déblaiement et l'assainissement de Malmedy, de Saint-Vith et de toute la zone dévastée. Source : "La Bataille d'Ardenne" par Peter Taghon, paru aux Editions Racine. Sur tous les frontsJean Demaury - Volontaire de Guerre Naissance du 11° Bataillon de Fusiliers à Namur le 11 décembre 1944- 20 décembre 1944: 800 volontaires belges incorporés, en majorité d'anciens résistants- 5 compagnies de fusiliers, une compagnie état-major et un état-major de bataillon.Unité de base: la section: dirigée par un sergent aidé par un caporal, elle compte 10 fusiliers dont un doté d'un fusil-mitrailleur "BRENGUN". Le sergent est pourvu d'une mitraillette "STENGUN", les fusiliers de fusils "LEE ENFIELD".Le bataillon comprend 800 hommes : - 1 aumônier- 28 officiers- 104 sous-officiers- 66 caporaux- 603 soldatsIl est commandé par le Major Dewulf et est composé de Bruxellois et de Liégeois.C'est dans la caserne Marie-Henriette de Namur que commence l'instruction intensive au son du canon. Le récit de Jean DemauryIl faut signaler que le 16 décembre 1944, la contre-attaque d'Ardenne commence, sur un front allant de MONSCHAU ( Montjoie) au nord jusqu'à ECHTERNACH au sud. Souvent, la nuit, nous devons gagner les abris dans la cave car les alertes sonnent, annonçant l'arrivée d'avions allemands visant les ponts de la Meuse. Les artilleries américaines et anglaises sont à moins de 20 km de Namur et pilonnent les Allemands de la 2e Panzer Division qui ont atteint les abords de Ciney. Le temps est humide et doux mais ... le 22 décembre, il neige et le 23, la température chute très brutalement, nous plongeant dans un hiver qui sera très dur et très long, il gèle à pierre fendre.Le 17 décembre, à 120 km de Namur, à Houffalize, tout change: le 16, les Allemands ont lancé leur offensive, les Américains plient bagages. Le jour de Noël, premier bombardement américain, ils bombarderont Houffalize 30 fois, la nuit la plus terrible sera celle du 5 au 6 janvier où durant 35 minutes, 700 bombardiers et 250 chasseurs achèvent la destruction totale de Houffalize. A la fin de la bataille d'Ardenne, on décompte un total de 192 victimes sur les 450 habitants restés dans la ville. Le 2 février, le Général PATTON commandant de la 3ème Armée U.S., passant par là dira:"Je n'ai jamais rien vu de tel durant cette guerre."Le 23 décembre, une alerte est décrétée à 17 heures, le bataillon est consigné, les hommes doivent se mettre en tenue complète de campagne. Nous avons l'ordre de nous débarrasser de nos vêtements civils et de les déposer chez les habitants namurois. On nous annonce que nous devons être prêts à faire mouvement dans l'heure. A cet effet, des camions viennent se ranger dans la cour de la caserne. Suivant la rumeur en cours, les Allemands sont à 35 km d'ici. Pour les hommes de mon peloton et moi-même, un problème non prévu et douloureux se pose: une heure avant l'alerte, nous avons reçu les premières injections antityphiques et antitétaniques, ce qui nous impose des réactions douloureuses dans l'omoplate.Les 23, 24, et 25 décembre, Namur grouille littéralement de troupes et de civils ardennais qui pour la deuxième fois vivent l'exode pour échapper aux représailles allemandes qui menacent les anciens résistants et maquisards d'avant la libération, tout ce monde se bouscule sur les ponts de la Meuse, points de passage obligés vers le sud des Ardennes. Cette situation durera toute la nuit de Noël également et prendra fin dans la soirée du 28 décembre.Ici, se situe une anecdote concernant les jours qui suivent la Noël. A la caserne Marie-Henriette, le ravitaillement a distribué, à chaque homme, une dinde de Noël rôtie ( offerte par les Américains ). Hélas, le lendemain ce repas succulent mais très gras pour des estomacs sortant de quatre années de privations fut la cause d'une épidémie de diarrhées, ce qui provoqua évidemment des files très importantes dans la cour de la caserne devant les W.C. Le résultat de cette situation: les fosses d'aisance se sont bouchées et la température descendue à -15° la nuit, le trop-plein s'est répandu sur la moitié de la cour, ce qui rendit l'environnement assez désagréable pendant quelques jours pour la corvée nettoyage!Le 17 janvier: le bataillon doit évacuer la caserne Marie-Henriette pour aller s'installer dans la caserne Terre-Neuve, au sommet de la citadelle, l'endroit où est situé la citadelle doit avoir été depuis des siècles privilégié pour établir une place-forte. Les locaux n'ont plus logé de soldats depuis 50 ans, les installations sont vétustes et insalubres. Il paraît que Napoléon a appelé la citadelle de Namur "La termitière de l'Europe", il devait donc savoir que de nombreux souterrains y cheminent. Les nuits ne sont pas toujours entièrement réservées au sommeil. Quelques uns des volontaires ont vite fait de trouver la sortie qui permet de quitter la citadelle sans passer par le corps de garde qui veille à l'entrée. Par l'un des tunnels, dont la sortie débouche dans le parc situé le long de la Sambre, nous allons acheter dans les boulangeries-pâtisseries de quoi améliorer l'ordinaire servi par les cuistots, sans nous préoccuper du couvre-feu. Et l'on poursuit donc l'instruction, le matin réveil à 6 heures, course à pied de 5 km dans la neige sur la crête le long de la Meuse.Après le déjeuner, exercices de tir à la Sten et au Bren dans des tunnels de la citadelle et au champ de tir des briqueteries à La Plante; le lancement de grenades s'effectue dans les remparts.Le samedi 10 février, nous défilons dans les rues de Namur, les Namurois réputés froids envers les militaires ont pavoisé et la foule applaudit les jeunes volontaires qui partent en Allemagne.Le mardi 13 février, le réveil sonne à 4 heures, la citadelle est vidée à 6 heures. A 7 heures, en gare de Namur, la troupe embarque dans un train qui quitte Namur à 8 heures et qui arrive à Esch-sur-Alzette. Le bataillon se met en route à pied vers Rumelange ( 6 km S-E ), nous y restons 10 jours. Nous voilà incorporés à la 3ème Armée américaine du Général Patton. On nous distribue l'équipement américain avec sac de couchage, un paquet de 20 cigarettes par homme et par jour, du chocolat, du savon, des lames de rasoir.Le 3 mars, nous perdons notre premier V.G. (Volontaire de Guerre ), tué accidentellement d'une balle dans le ventre.Le 6 mars, sont mutés onze volontaires parlant français, flamand, anglais et allemand au 512th M.P. ( police militaire) en qualité d'interprètes.Progressivement, les diverses compagnies prennent part à des missions dans le sud de la province de Luxembourg ainsi qu'au Grand-Duché de Luxembourg ( Bettembourg, Dudelange, Heiderscheid, Lellingen, Ettelbruck1 Clervaux, Echternach et Wasserbillig )Le 10 mars, le 2ème peloton de la 3ème compagnie, passant par Bastogne, arrive à Lellingen, dans le Grand-Duché. Les combats ont été terribles pendant la bataille d'Ardenne. Les alentours du village sont jonchés de carcasses de chars et de camions carbonisés, le terrain est miné, le village est en ruines, vidé de ses habitants, les cadavres d'animaux sont éparpillés et pourrissent dans les prairies et dans la rivière, le sol n'est que cratères de bombes et d'obus. A peine descendu du camion, je découvre une bottine dont le pied dépasse, sectionné à la moitié du mollet…Chacun de nous essaie de trouver un endroit couvert pour s'installer le mieux possible à l'abri du gel ou de la pluie, sans eau (elle est polluée), sans électricité. Plus un brin de paille à trouver. Pour se chauffer, on est réduit à brûler quelques portes et décombres. Pour manger, nous avons nos rations américaines. Notre mission est la garde du tunnel sur la voie de chemin de fer Bastogne - Luxembourg.Le 12 mars, survient un accident grave au poste d'Alscheid, à 2 km de Lellingen, à la sortie du tunnel sur la voie ferrée, dans le poste du garde-barrière, où se trouve une de nos sections. Le V.G. Paelmans, dégoupille un grenade offensive dont les Allemands avaient enlevé la mèche (de 4 secondes) du détonateur, qui explose dans ses mains. Je me précipite avec la trousse de secours de notre section qui contient une vingtaine de pansements. A mon arrivée sur les lieux, je trouve mon camarade étendu sur le sol, les bras en croix, calme et souriant, fumant une cigarette que lui tient le V.G. Sallers. Paelmans me tend ses deux mains réduites en bouillie, je lui confectionne, à chaque main, un gant de boxe avec cinq pansements et ensuite, j'applique les dix autres pansements sur ses cuisses criblées d'éclats. Il est évacué sur l'hôpital n° 110 de l'Abbaye de Clervaux, il ne rejoindra jamais plus le bataillon et sera fait Chevalier de l'Ordre de Léopold Il avec palmes le 27 juin 1949.Le 19 mars, la 3ème compagnie s'installe à Wasserbillig et occupe des postes dans cette ville et à Mandernach, Remich et Syren. En face de nous, c'est la ligne Siegfried.Le 25 mars, 2 instructeurs anglais dans 2 jeeps se présentent au commandant de la 3ème Cie: ils viennent chercher cinq V.G. qui se sont inscrits pour passer l'examen de parachutiste. Le sergent David, de mon peloton, me serre la main avant le départ, me dit qu'il est certain que je deviendrai un bon parachutiste et me souhaite bonne chance... Nous passons les examens durant toute la journée à Wiltz, dans une école. Les exercices étant terminés, nous rentrons dans la soirée à Wasserbillig et nous apprenons la terrible nouvelle.Vers 15 heures, le sergent David et trois de nos camarades en reconnaissance sur les bords de la Moselle ont sauté, à leur passage, sur des mines d'infanterie. Le sergent grièvement blessé expire quelques instants plus tard; le soldat Jean Beraux a les deux jambes sectionnées au ras du bassin, il meurt sur le coup. Les soldats Geluyckens et Van Frachem sont gravement blessés. Ces derniers sont secourus par des démineurs américains se trouvant à proximité et évacués vers le 104th Field Hospital de Trêves. Le 27 mars, Geluyckens décède, Philippe Van Frachem, qui a reçu des éclats dans le dos, guérira.Un mois plus tard, le bataillon traverse le Rhin à Mayence et prend part aux deux premières phases du grand " sweep " ( balayage) de la 3ème Armée Outre-Rhin. Le 11ème Fusiliers opère depuis Francfort par Hanau, Fulda, Bad-Hersfeld jusque Kassel.Durant ces opérations, le bataillon a de fréquents accrochages avec des unités de la Wehrmacht ou de la SS bousculées par l'avance américaine.De très nombreux prisonniers sont capturés à la mi-avril sur la Fulda et fin avril autour de Nuremberg.Le 5 avril, le 3e Cie traverse le Rhin sur le pont '' Sunday Punch ", il fait 570 m de long et est constitué de bateaux pneumatiques attachés les uns aux autres et recouverts d'un tablier en planches supportant des poutrelles métalliques pour le passage des roues des camions et des chars.Nous arrivons à Bad Hombourg, charmante ville d'eaux située à 20 km de Francfort-sur-le-Main. Elle n'avait pas souffert de la guerre. Nous sommes logés dans les hôtels, chaque homme a son lit et une salle de bains. Quel bonheur et bien-être après les conditions pénibles que nous avons vécues dans les Ardennes, le Grand-Duché et la Westphalie! Cela ne dure pas longtemps car les grandes unités américaines foncent sur les grands axes, vers le nord, par l'autoroute vers Kassel. Toutes les bandes de circulation étaient occupées par les camions pour avancer plus vite dans un seul sens, la berme centrale servait au retour des prisonniers allemands vers l'arrière. La région est montagneuse et couverte de forêts. Les V.G. du île Fus. sont échelonnés le long du chemin de fer allant de Francfort à Kassel prise par les Américains après 4 jours de très durs combats à Haanu, Fulda et Bad Hersfeld. Le Général Patton, installé à Hersfeld, déménage son Quartier - Général à Erlangen, au nord de Nuremberg.Un certain nombre de troupes allemandes se sont réfugiées dans les bois, le long des axes et menacent nos convois. L'avance excessivement rapide de la 3ème Armée pose de graves problèmes, les limites d'armées n'étant plus respectées sur le terrain, Patton adaptant sa tactique aux circonstances du moment, sans se soucier des plans préétablis, fonce. On y remédia, en partie, en transportant le carburant par air, un champ d'aviation situé à Limburg recevait des DC3 et DC4 à raison de 60 avions à l'heure, chacun transportant 115 jerrycans de 5 US. gallons (19 litres), soit plus de 131 000 litres à l'heure. Patton décida de remettre en ordre de marche certaines lignes de chemin de fer pour faciliter le ravitaillement de ses grandes unités, tout cela devait être protégé comme dit plus haut.Le 19 avril, le major adresse à toutes les compagnies l'avis suivant: "Objet: Sécurité" : 60 membres d'un bataillon allemand commandé par Skorzeny attaquent les soldats alliés isolés et les petites unités pour s'emparer des papiers d'identité, passeports, et insignes.Ce même 19 avril, autre note: " Objet : Missions " de la 5ème compagnie, renforcée par un peloton de la 3ème compagnie, sera mise en service auprès du Q.G. de la 3ème Armée afin d'assurer la sécurité du Général Patton.Le 8 avril, la 3ème Cie occupe un poste de garde radio au sommet de la Hill, colline de 880 m au Grospel Felberg ( 20 km de Francfort ) et un autre poste de garde à Wisserscheim à 100 km du Feldberg. Nous sommes sur la colline 456 à 5 km de Bad-Hersfeld, lors de l'installation de ce poste, nous avons une escarmouche avec cinq allemands que nous mettons en fuite, l'ennemi abandonnant sur le terrain deux armes antichars.Le 9 avril, nouveau contact avec l'ennemi, il semble que les bois abritent des troupes ennemies qui ne veulent pas se rendre. Nous décidons de ratisser les environs et nous découvrons dans la forêt profonde des cabanes en rondins de sapins, encore remplies de paille dans laquelle ont dormi une cinquantaine d'Allemands.Le 14 avril, le Général Patton coupe le ruban d'un nouveau pont sur le Rhin d'un coup de baïonnette.Le 15 avril, nous occupons deux postes à Rotenkirchen (23 km de Fulda) et également un poste de protection de radio à mi-chemin entre Kassel et Eisenach.La mission des postes de garde radio consiste à assurer la défense de 5 à 6 techniciens installés sous tente avec tout le matériel émetteur et récepteur de Signal Corps de la 3ème Armée. Ils sont situés sur des collines complètement isolées à 200, 500, 800 et 1000 m d'altitude. Cette protection est assurée par une section de fusiliers placés aux quatre coins du campement. Durant cette période, 22 engagements avec l'ennemi ont été opérés, pour l'ensemble des 5 compagnies, 20 fusiliers ont été cités à l'ordre du jour, également deux M.P.. Pendant cette période de notre progression en Allemagne, nous libérons des centaines de prisonniers de toutes les nationalités et surtout des Belges, qui sont effarés de rencontrer tant de leurs compatriotes sur toute la longueur du front.Prestations du 11ème Fusiliers entre le 5 et 30 avril ,après la traversée du Rhin.- Le 17 avril, à Blankenheim, la patrouille du sergent A.Borne fait 2 prisonniers et récupère 2 mitrailleuses, à Bebra, une autre patrouille fait 3 prisonniers.- Le 20 avril, la patrouille du sergent Brech fait 4 prisonniers, une autre, 11.- Le 23 avril, 2 "souris grises" de la Luftwaffe, le 24 et 25, 6 prisonniers- dans la nuit du 23 au 24 avril, le poste d'Odensachsen situé en plein bois est attaqué par des ennemis supérieurs en nombre, le caporal Victor Leclerq repousse l'ennemi, il sera décoré de la " Bronze Star Medal";- Le 15 avril, au poste Neuhoff Oppertz, le caporal de Meeus et Jacques Delmoitié sont cités à l'ordre du jour du bataillon pour avoir empêché une voie ferrée de sauter.;- dans la nuit du 24 au 25 avril, à Schluchtern, 10 km plus au sud, se trouve un tunnel, long de 3.5 km.Le sous-lieutenant Wouters et le sergent D'Aoust, avec leur peloton, repoussent une attaque ennemie à 150 m de l'entrée, ils sont attaqués au fusil mitrailleur, l'ennemi sera stoppé à 10 m de l'entrée; le capitaine Yernaux capture sur la Fulda, à l'est de Nuremberg, 10 militaires ennemis dont un officier SS;Le lieutenant A. Renson a repoussé les attaques contre des postes radio, faisant 50 prisonniers;Le caporal Roger Laeremans et les soldats Jacobs et Paelgrims ont capturé 6 SS armés à l'est de Nuremberg;Le 1er sergent Kisteman fait 15 prisonniers dont un capitaine SS, un lieutenant et un espion;Le caporal E.Gallez a capturé un espion avec son matériel de transmission.Les soldats Beckers et Vanminnenbruggen ont repoussé une attaque de nuit visant la destruction de postes radio.Nous avons opéré dans une cinquantaine de postes au Grand-Duché et dans une vingtaine en Allemagne jusqu'au nord de Nuremberg, à 194 km de Puzen.Le 29 avril, Regensburg (Ratisbonne) est occupée par la 3e Armée.Le 1er mai, toutes les compagnies sont rassemblées à 8 km de Wurzburg. Elles embarquent dans un train de marchandises, le train prend le départ à 21 heures. Commence alors une aventure qui laissera un souvenir impérissable à tous ceux qui l'ont vécue! Nous sommes dans l'ignorance totale du but de ce long périple, c'était un "train fou".Par Wurzburg, Aschaffenburg, Hanau, l'on traverse Francfort am Main le 2 mai et le soir même on traverse le Rhin à Mayence. Après avoir atteint Bingen, on redescend vers le sud-ouest, on passe à Bad-Kreuznach et on s'arrête à Odernhein / Glan le 3 mai, puis l'on continue vers Saarbrùcken et Metz (France), on arrive le soir à Thionville où l'on nous distribue 3 jours de rations " Ten in One", nous passons la nuit en gare de Thionville. Alors, notre voyage s'infléchit vers le nord. Le 4 mai, nous traversons le Grand-Duché pour entrer en gare d'Arlon. Notre train fantôme gagne Ciney par Jemelle et le 5 mai nous remontons vers Liège et Verviers. L'épisode le plus comique, se situe ici: profitant du ralentissement du train, l'on vit des V.G. sauter en bas des wagons et rentrer chez eux. L'inventaire de ces déserteurs nous montre qu'ils furent 40 au total. Ils nous rejoindrons quelques jours plus tard.De Verviers, le train continue sur Aix-la-Chapelle, Dûren, puis redescend vers Euskirshen, Bonn, Remagen et atteint le 5 mai Andernach, se destination finale.Les conditions dans lesquelles s'est déroulé ce voyage sont invraisemblables; on ignorait la durée des arrêts, ceux qui en profitaient pour satisfaire un besoin naturel devaient courir en se tenant le pantalon, pour sauter dans les wagons au moment où le train redémarrait.Les nuits furent pénibles, les parois et le plancher des wagons étaient troués et n'offraient que peu de protection contre le froid, le pire était les freins des wagons qui étant sabotés ne fonctionnaient plus, la nuit, à chaque arrêt de la locomotive, les wagons s'entrechoquaient dans un bruit assourdissant. Heureusement que l'un de nous avait eu la bonne idée, avant le départ, de charger un tonnelet de "Schnaps" sur lequel était fixé un tuyau de caoutchouc, ce qui nous permit de dormir profondément la nuit.Conclusion: kilométrage total parcouru durant ces 96 heures et demie: 885 km, la moyenne horaire est donc inférieure à 11 km/heure. Le même trajet, de nos jours durerait moins de 4 heures pour un kilométrage total de 291 km.Le 8 mai 1945: capitulation allemande: feu d'artifice! Nous avons épuisé notre stock de fusées de toutes couleurs. La 3ème compagnie s'installe à Ochtendung, à 20 km à l'ouest de Coblence. Elle garde des dépôts de munitions. Un nouveau drame survient. Le soldat V.G. Félicien Baes, de Jodoigne, est grièvement blessé par un coup de feu tiré accidentellement par un de ces camarades le 18 mai, il décède le 19.Le 1er juin, nous quittons Ochtendung pour nous installer à la caserne de Beurig (Saarburg), dans la vallée de la Sarre.Le 7 juillet, le V.G. Jacques De Ruyscher est blessé par l'explosion d'une caisse d'obus de mortier, rapidement évacué vers l'hôpital de Trêves, il décède durant le trajet.Le 13 juillet, nous rentrons au pays. Le 11ème Fus. a participé aux opérations durant cinq mois exactement.Le 14 juillet, nous arrivons à Bourg-Léopold, nous y restons 3 jours, le 18, les camions nous transportent à Hasselt où nous défilons le 21 juillet, notre première Fête Nationale retrouvée. Le 26, nous débarquons en gare d'Oostkamp, il s'agit d'assurer la garde des P.O.W. (prisonner of war ) - prisonniers de guerre - situé à Zedelgem.Le 10 août 1945, le bataillon reçoit le certificat de mérite qui nous est attribué par le Général Dwight D.Eisenhower, Supreme Commander.Le 9 septembre, la 3e compagnie est envoyée à Ostende, en séjour de repos jusqu'au 29 septembre.Le 1er octobre 1945, je suis démobilisé.P.Vandenbroucke d'après le récit deJean DEMAURY Volontaire de Guerre, matricule 310 au 11ème Bataillon de Fusiliers.Citoyen de Rebecq depuis 1977.paru dans le livre "Rebecq Souviens-toi"édité par l'a.s.b.l. "Rebecq Remember" en 1994 Sur tous les frontsDu Fort de Battice jusqu'en Birmanie L’ aventure de Raymond Fischer de 1940 à 1945.Ce jeune Wallon était maréchal des logis affecté au fortin de Waucomont qui dépendait du fort de Battice. La guerre le surprit, le 10 mai 1940, dans un décor de pommiers et de haies vives et, le temps de se retourner, il était fait prisonnier. Le 28 mai, jour de la capitulation de l’armée belge, il arrivait déjà, fourbu, au Stalag 1A.Il s’en évada quelques mois plus tard, regagna la Belgique et fit la connaissance d’un Belge agent du S.O.E. britannique, Emile Tromme. Celui-ci avait été parachuté dans la région de Saint-Vith avec pour mission de faire sauter la cheminée de l’Intervapeur, haute de près de cent mètres, dominant une usine qui approvisionnait en chaleur et en énergie une bonne partie de l’agglomération verviétoise. Les deux hommes devaient recevoir, au cours d’un parachutage prévu près de Jalhay, le matériel nécessaire; ils s’y trouvèrent la nuit, nez à nez avec les paysans armés de leurs fourches et surveillant leurs champs de pommes de terre. Tromme fut arrêté peu après; Fischer et des amis trouvèrent 100.000 francs pour acheter la complicité de deux agents de la police allemande acceptant de le faire évader, mais le jour du rendez-vous, ils attendirent en vain l’ arrivée de leur camarade: il avait été fusillé.Le réseau brûlé, Fischer gagna l’Angleterre par l’Espagne, puis il fut envoyé au Congo, bien contre son gré, avec d’autres évadés pourvus d’ une formation militaire. On était en 1943. Se retrouver dans la Force publique pour aller au Proche-Orient, surveiller des aérodromes et des camps de prisonniers, ne lui disait rien. Il se fit embaucher dans les services de l’hôpital de campagne que la colonie se préparait à mettre à la disposition des Alliés. Adjudant, il devint le chef d’un peloton de fusiliers assurant la protection de l’ensemble connu sous le nom de 10ème Belgian Congo C.C.S. ( Clearing Casualties Stations ). Le personnel européen comprenait 19 hommes, dont 7 médecins, ainsi que 300 indigènes affectés à des services divers et le plus souvent ''volontaires'' à la mode congolaise, c’ est à dire choisis parmi les fortes têtes dont les chefs de village cherchaient à se débarrasser. Le convoi quitta Stanleyville le 10 novembre 1943 et fut à Nairobi pour la Noël.L’hôpital de campagne était prévu pour accompagner des troupes mécanisées en première ligne en toutes circonstances. Il était destiné au front de Birmanie.On l’embarqua le 22 février 1944 à bord de l’ Ismaîlia, un beau bateau tout confort, dont on le délogea aussitôt, à la fureur générale, pour le mettre sur un antique cercueil flottant puant et poussiéreux, le Palaski. On avait besoin de l’ Ismaïlia pour transporter des infirmières. Les deux navires cheminèrent de concert. Huit jours plus tard, sous les yeux des passagers du Palaski, l’ Ismaïlia, torpillé par un sous-marin japonais, coulait avec tout ce qu’ il transportait.C’est l’enfer que le 10ème. B.C.C.C.S. allait trouver en Birmanie. L’hôpital qu’il relevait venait d’ être anéanti par un commando japonais. Mais les pires ennemis, c’étaient encore l’humidité, les moustiques, la végétation, la malaria, les vallées pourries, les sangsues de cinq centimètres et la boue d’une densité telle que, quand un véhicule s’embourbait, il fallait des éléphants pour le dégager. Toutes choses qui n’empêchaient pas les Anglais, chaque jour à 17 heures, de prendre religieusement leur thé. Fischer et les siens devaient être, à ce moment-là, les seuls Belges présents dans le sud-est asiatique. L’avance se poursuivait; eux n’interrompaient pas la guerre pour célébrer le five o’clock; un jour, il fallut envoyer un avion pour les prévenir qu’ils avaient dépassé les troupes combattantes.L'unité fut envoyée en repos en Inde à Noël 1944. Elle y vit l’amiral Mountbatten, qui commandait en chef dans cette partie du monde et qui lui rendit hommage en disant: ''les médecins ne peuvent pas gagner la guerre à ma place, mais ils pourraient facilement me la faire perdre''. Après un long périple par Calcutta et Chandernagor, l’ unité allait rejoindre la 12ème armée, qui devait opérer dans les Indes néerlandaises, quand la bombe d’Hiroshima mit fin à ses tribulations. Fischer, devenu représentant de la Belgique au S.H.A.P.E., revit Mountbatten à Paris en 1957. Aucun des deux n’avait oublié.(Source: '' Un Belge face aux Japs '' par A. Balériaux et édité en 1986 par les Editions J.M. Collet ) Sur tous les frontsPaul Renkin, parachutiste tombé en Terre Ardennaise le 31 décembre 1944 Aux parachutistes belges S.A.S 1942-1945 L'avion avait pris de la hauteur dans le ciel d'Angleterre; par l'orifice circulaire ménagé au centre du plancher, on pouvait voir défiler les grasses prairies des Midlands.....Mais c'était là le cadet de leurs soucis, pour les candidats parachutistes belges assis à même le sol, serrés côte à côte, le parachute bien arrimé au dos et répartis par moitié de chaque côté du trou dans lequel ils se précipiteraient bientôt pour leur dernier saut, celui qui leur conférerait le brevet tant attendu. Chacun avait bien vérifié que l'élingue, la static Line qui, dès la sortie de l'avion, devait extraire le parachute de son enveloppe, avait été correctement fixée au rail de suspension.Ils avaient hâte d'en finir, car il faisait sombre dans l'étroite carlingue de ce vieux Whitley , l'avion d'entraînement qui avait reçu le sobriquet de cercueil volant, tant était exigu, inconfortable et peu engageant cet ancêtre des bombardiers qui prendraient sa relève.Il y faisait froid car, à la fraîcheur printanière, s'ajoutait l'effet de l'appréhension de ce dernier saut qu'il fallait réussir à tout prix sous peine de perdre le fruit de tant d'efforts, il y avait aussi l'attente énervante du signal lumineux que ponctueraient les ordres de l'instructeur qui les lanceraient dans le vide. Il ne fallait pas rater sa sortie. Paul Renkin, en tête de file avant, serait le premier à sauter, suivi de près par le camarade qui, de l'autre côté du trou, formait le numéro 1 de la file arrière.On ne parlait guère, on crânait bien un peu mais la crispation des souriries traduisait une légère angoisse, très humaine, que détendit brusquement l'avertissement de l'instructeur.« Nous arrivons » - « En place pour l'action »Paul pivota d'un quart de tour pour se trouver jambes pendantes dans le vide; dominant le vacarme des moteurs, il clama:« Notez, messieurs, que l'artiste va opérer sans filet », mais sa voix fut couverte aussitôt par le hurlement GO de l'instructeur. Mais en fait. Comment était-il arrivé là et comment cela s'était-il passé?Remontons au 10 mai 1940. Paul sort à peine de l'adolescence. Peu d'expérience des hommes évidemment, mais un sens pratique du Leadership acquis comme dirigeant au sein d'un mouvement de jeunesse. L'exemple d'une famille où la notion de responsabilité gardait tout son sens; en outre il avait de qui tenir:Son père, son oncle, volontaires de guerre de 1914, avaient connu comme fantassins, la dure vie des tranchées de l'Yser. Paul lâche ses études, rejoint Roulers ( Roeselare ) où, dit-on, se rassemblent les futurs conscrits; les événements se précipitent, c'est l'exode massif vers le Sud. La défaite de l'Armée Française trouve notre héros à Saint-Jean-de-Luz. Autour de lui les défaitistes vont répétant « Tout est perdu, c'est fini, rentrons au pays. » Mais pour Paul une bataille est perdue, non la victoire. La lutte continue sur d'autres fronts, avec d'autres moyens. Il rejoint près de Bordeaux la Division polonaise que la marine britannique a promis de transférer en Angleterre; avec quelques rescapés français, il, parvient, non sans peine, à se faire transporter sur un des navires sauveurs.Le voilà enfin en Grande-Bretagne. Il brûle d'être déjà aux forces combattantes et rejoint à Tenby la poignée de Belges qui ont décidé de relever le gant. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Tout est à refaire en partant de rien. Peu à peu, venant de tous les horizons du monde libre ou, bravant les périls, s'étant évadés des pays occupés, des Belges rejoignent l'Angleterre. Las! Seuls les aviateurs, les marins belges peuvent reprendre immédiatement le combat. Pour les autres, c'est l'incorporation aux forces de terre qu'il faut crér de toutes pièces, équiper, organiser, entraîner; il faudra du temps pour les rendre opérationnelles; l'action n'est pas pour demain! Et l'avenir reste incertain.L'Armée britannique panse ses plaies, le matériel est rare, mais le succès de la Bataille d'Angleterre voit renaître la confiance; la pugnacité de Churchill galvanise les énerhies. Mais pour les exilés que sont les Belges tout reste à faire; c'est là que se révèlent les caractères, les pionniers, les constructeurs. Paul Renkin travaille et apprend: son robuste optimisme, son sens de l'humour, le font résister victorieusement à la déprimante atmosphère que crée pour certains, le dénuement, l'inconnu du lendemain, l'exil en terre amie, certes, mais pourtant étrangère, le manque de matériel, de cadres, d'instructeurs, de programme fixe. Renkin fut de ceux qui permirent la création du 1ier Bataillon de Fusiliers, auquel il sera affecté et qui, avec la Batterie d'Artillerie, l'Escadron Blindé et leurs services formèrent le premier noyau des Forces Belges en Grande-Bretagne.Il se donne tout entier à son nouveau métier. Dès qu'il est question de former des parachutistes, Paul se met sur les rangs; et, lorsque le 8 mai 1941, une compagnie du 2ème Bataillon devient la Compagnie parachutiste indépendante, il demande à en être.Une vie exaltante commence alors pour lui: il s'y consacre à fond; nommé sous-lieutenant, il excelle bientôt comme instructeur en armement et en explosifs. 1942-1943, les mois passent truffés d'entraînement nouveaux de manoeuvres pour maîtriser toutes les facettes des tâches possibles, riches en imprévus, que peut comporter le métier de parachutiste, du combat de jour et de nuit, de l'art de la guérilla où l'équipe opérationnelle ne peut compter que sur elle même, sur sa prudence mêlée d'audace, sur sa cohésion, son calme, son ardeur. Fin 1943, la Compagnie indépendante parachutiste belge a épuisé la gamme des entraînements possible lorsque se présente, aubaine inouïe, la possibilité de rejoindre la Brigade du Special Air Service. ( S.A.S. )La modeste unité belge, devenue Belgian Independant S.A.S. Squadron, figurera aux côtés de deux régiments britanniques et de deux régiments de la France Libre. Redoutable épreuve! Mais là encore le sévère entraînement porte ses fruits, car les Belges se comportent très honorablement dans cette épreuve nouvelle. Paul Renkin, plus en forme que jamais, se voit confier un des groupes de combat de la B. Troop du Capitaine Freddy Limbosch.Et le grand jour arrive: Le 6 juin 1944! Des S.A.S. français et britanniques sont descendus vers le sud de l'Angleterre et, par vagues successives, ont atterri de nuit en Bretagne et en Normandie.Renkin ronge son frein, car le commandant de la Brigade est venu expliquer en coup de vent, haranguant tout l'escadron réuni, que l'unité est destinée à la Belgique dès que l'avance alliée, ralentie par une résistance acharnée, permettra une telle opération, actuellement prématurée.Heureusement le Général Koenig, commandant les Forces françaises de l'Intérieur, accorde aux Belges d'être utilisés en France. Et dès juillet, leurs équipes s'abattent en Normandie, dans les collines du Perche, puis dans la poche de Falaise et en Picardie; mais Paul continue à ronger son frein lorsque, soudainement son tour arrive. Il se voit confier une mission délicate; atterir de nuit avec son équipe en Ardenne française, à proximité de la frontière belge, pénétrer au plus tôt en Belgique en évitant tout engagement, y établir des contacts avec la Résistance, choisir une base opérationnelle sûre et demander des renforts par radio.Ainsi, dans la nuit du 15 août 1944, les premiers éléments des forces d'invasion alliées pénétreront en armes sur le sol de la Patrie envahie. De coups de main en fait d'armes, Paul Renkin arriva en ce funeste jour du 31 décembre 1944.De patrouille dans le secteur de Han, Tellin, Bure, sa Jeep fut prise sous un feu intense de l'ennemi. Paul Renkin fut tué ce jour là à l'ennemi et c'est à juste titre que son nom fut donné, en 1946 à ce qui devint, à l'époque héroïque de la reconversion d'après-guerre, une des bases d'entraînement du Régiment de parachutistes, le camp de Poulseur, dans la Province de Liège. Le camp de Poulseur a disparu; mais la piété locale et celle des compagnons d'armes ont érigé près de l'endroit où périrent Paul Renkin et ses compagnons, un modeste monument rappelant que trois fils de notre pays ont fait là le sacrifice de leur vie pour que nous puissions vivre libres.( Source: Texte extrait de l'article de Edouard Blondeel paru dans le livre '' 20 Héros de chez nous '' écrit par le Général Crahay '' et édité par les Editions J.M. Colet Paul Renkin Sur tous les frontsLa Libération de Bruxelles La Libération de Bruxelles par des combattants de cinq nations différentesInsigne de la Brigade Piron À partir du 20 août 1944, les Alliés commencent à franchir la Seine et le Général Eisenhower, leur chef suprême, planifie la poursuite vers le nord. Le 21e Groupe d’Armées sous le commandement du Maréchal Montgomery est chargé de conquérir le Pas-de-Calais et de foncer sur Bruxelles tandis que le 12e Groupe d’Armées du Général Bradley doit libérer l’est de la Belgique et la Lorraine.C’est ainsi que, dans un enthousiasme indescriptible et inoubliable, la Belgique va être libérée par des unités de cinq nationalités différentes !Plusieurs offensives ont permis la libération de la capitale Belge opprimée depuis 4 ans : A l’ouest, la 1e Armée canadienne du Général Crerar avec la division polonaise du Général Maczek sous ses ordres, libère les deux Flandres. Mais c’est véritablement au centre que la 2e Armée Anglaise du Général Dempsey arrive aux portes de Bruxelles le 3 septembre 1944 avec la Division des Guards dans laquelle est incorporée la Brigade Piron magnifiquement aidée par la Résistance locale.Les 2000 hommes se tiennent près pour entrer le lendemain dans la capitale.Le 4 septembre, à 9 heures 30, le commandant de la division envoie ses ordres pour l'entrée à Bruxelles. Les deux mille hommes sont rasés de près, et impatients….. La Division des Guards précède le Groupement belge, donc se sont bien les anglais qui libèrent Bruxelles. Toutefois, deux pelotons belges accompagnent la division des Guards…A 15 heures, la tête de colonne belge pénètre dans les premiers faubourgs de Bruxelles. Une foule en délire les accueille ! L'effervescence monte pour atteindre son point culminant Porte de Namur. La population semble progressivement se réveiller de quatre années de torpeur. Par la place des Palais, la colonne regagne la rue Royale où le colonel Piron fleurit la tombe du Soldat Inconnu.C'est donc une ville abandonnée par un Reich allemand en train de s'éfondrer qui acceuille ses libérateurs, les bras et le coeur ouverts.L'entrée des combattants belges dans leur capitale :A 16 h 36, les véhicules de tête du 1er Groupement belge passent la frontière à Rongy. Quatre ans après la capitulation de l’armée belge, des soldats portant les couleurs noir-jaune-rouge reprennent possession du territoire national. Le 4 septembre, ils font une entrée triomphante à Bruxelles. Les soldats belges restent une semaine dans la capitale. Le 11 septembre, ils se remettent en route et, le même jour, ils libèrent 900 prisonniers politiques détenus au camp militaire de Bourg Léopold.Tout comme à Paris en aôut 1944 mais dans une moins grande ampleur, Bruxelles connut des règlements de compte entre résistants et collaborateurs : Les maisons de collaborateurs sont dévastées par des résistants (dont un certain nombre n’avait en fait jamais fait partie de la résistance auparavant) et les collaborateurs sont arrêtés ou tués. .Malgré ces violences d’après-guerre, la joie de voir passer les libérateurs est bien réelle. Pour preuve, la déclaration de Winston Churchill à la Chambre des Communes : « We have in Belgium a tumultuous welcome. ».Toutefois il est a noter que Pendant les mois suivants, jusqu'en avril 1945, Bruxelles connut encore le terrible assaut de 61 bombes volantes V1 -V2 à partir du 21 octobre 1944 mais des dispositifs de sécurité furent mis en place.Voici quelques résultats statistiques établis par les services secrets britanniques :Pendant les 5 mois que durèrent les combats, la 101e Brigade établie autour de Bruxelles détruisit 189 appareils, soit 35,9% de ceux ci.Au total, Quelque 8661 V1 et V2 touchèrent 698 villes belges et tuèrent 6448 personnes et en blessèrent 22.500 autres.Un missile V1 en vol Liens :Une mine d'informations sur cette brigade belge qui participa à de nombreuses opérations pour la Libération de l'Europe comme en Normandie et en Hollande.Le site de la Brigade Piron Un article de LoulouRédacteur pour freebelgians.netPassionné par la Seconde guerre mondialecontact : par le lien "contact" dans la marge Sur tous les frontsAux officiers et marins belges de la marine marchande 1940-1945 Le 9 avril 1941 , Churchill déclarait à la Chambre des Communes: « Je ne peux dire qu'une chose: une fois que nous aurons gagné la bataille de l'Atlantique et que nous serons certains de recevoir un flot ininterrompu de ravitaillement américain, alors, alors, dans quelque direction qu'Hitler se porte et quel que soit le nombre de millions d'hommes et de femmes qu'il courbe dans la misère, il peut être certain qu'armés du glaive de la justice, nous serons à ses trousses.» Et il précisait plus tard: « Nous devons considérer la maîtrise des mers comme la base de tous les efforts des Nations Unies. Si nous la perdons, tout le reste nous échappe.» A ce moment deux mille navires marchands ventrus cheminaient lourdement, lentement vers tous les points du globe où des civils assiégés, des divisions sur la défensive et des industries affolées attendaient vivres, matériel, matières premières, carburant. Parmi eux, une centaine de navires belges représentant 370.000 tonnes, armés par 3500 marins. Ces marins ce sont des civils mais leurs navires sont armés. Au tout début, on leur a envoyé de Malvern quelques soldats belges pour servir leurs canons. L'amiral Dickens en a demandé 150. Mais M. Gutt, ministre de la Défense nationale, constate qu'il a trop peu de soldats disponibles et ce sont des civils qu'on formera à la manœuvre des canons et qui s'en serviront. La Marine marchande belge crée son dépôt de canonniers. Certains marins recevront une formation de six semaines, d'autres de deux jours et les officiers de la Marine marchande apprennent la conduite du tir en huit jours sur l’ H.M.S. Eaglet.. Les capitaines Paret et Biebuyck sont deux de ces milliers de loups de mer qui se sont joints à la lutte pour la liberté. Ils ont rallié tout naturellement l'Angleterre avec leurs bâtiments. Appartenant à la même «Compagnie maritime belge» ( C.M.B. ), ils représentent les deux mêmes types de capitaines. Biebuyck est né le 26 avril 1893 à Ixelles et il a fait la totalité de sa carrière sur les paquebots, les malles du Congo, y compris son premier embarquement sur l'Elisabethville comme cadet, le 17 février 1912. Il était 4ème officier sur l'Albertville en juillet 1914. Il a quitté son bord pour s'engager à l'armée mais les marins de métier étaient trop rares pour qu'on les laisse longtemps dans les tranchées. Le 2 novembre 1915 il a été transféré comme 3ème officier sur l'Elisabethville. A partir de 1922, il est capitaine et commandera pratiquement tous les « Villeboats ». De 1937 à 1940 il commande l'Albertville. Et de mars 1940 à novembre 1942, il est en charge du Léopoldville devenu transport de troupes. Ce sera un happy ship qui transportera 90.000 soldats en cinq ans. En décembre 1942, le capitaine Biebuyck prend son premier congé depuis le début de la guerre. Il va aller voir sa femme au Canada et on lui trouve un convoi qui part vers l'Amérique, l' ON 153. Il embarquera sur le cargo belge Emile Francqui, où il donnera un coup de main au 1ier officier durant la traversée. L'Emile Francqui qui faisait la ligne Anvers -New York avant guerre, est un cargo classique de cette époque: 5.859 tonneaux bruts, 3.504 nets, long de 134 mètres et datant de 1929. Il est commandé par Florent Paret, un solide marin né à Rumbeke le 5 juin 1882. Le capitaine Paret sombré dans l'Atlantique le 16 décembre 1942 Le cargo «SS Emile Franqui» coulé le 16 décembre 1942 Au contraire de Biebuyck, il n'a jamais navigué sur les paquebots. Il fut un des premiers marins à naviguer sur les pétroliers, commanda l'Oural, le Daghestan de 1913 à 1916 et entra comme capitaine à la C.M.B. le 22 juin 1916. Il commande alors tous les cargos de la série des « iers » : le Renier, le Colombier, le Londonnier, le Carlier, l'Astrida puis encore le Carlier de 1933 à 1937. En 1942, il commande déjà l'Emile Francqui depuis cinq ans, depuis le 11 août 1937, c'est dire qu'il connaît son bateau. « Paret, déclare Steward, le directeur général de la Canadian Pacific, est le capitaine de cargo le plus habile et le plus capable que j'aie rencontré dans la Marine marchande. » Sa bonne étoile lui a déjà bien servi depuis le début de la guerre : Le 23 mai 1940, il arrive de New York au Havre. Il échappe aux mines et à la ruée allemande et rallie l'Angleterre. Le 5 novembre 1940, il est dans le fameux convoi HX 84 avec 36 autres transports. Ils viennent de New York vers l'Angleterre sous la seule protection d'un paquebot armé qui entrera dans l'histoire, le Jervis Bay. A l'est de Terre-Neuve, le cuirassé allemand Amiral Scheer surgit brusquement devant le convoi. Le croiseur auxiliaire ordonne la dispersion et se porte à la rencontre du cuirassé pour le ralentir, malgré son infériorité écrasante, sous un feu d'enfer. Derrière le mince rideau de fumée, les cargos s'égaillent à toute vitesse; le Jervis Bay sombre, écrasé sous les obus de 280 mm du Scheer, mais le temps gagné permet à trente-trois des cargos d'échapper malgré les obus. L'Emile Francqui se trouve parmi les heureux et Paret est le premier à arriver en Angleterre, sain et sauf. Huit fois, Paret appareillera avec son cargo. Il apprend à connaître les sigles qui feront partie de sa vie pendant des années: les HX qui désignent les convois rapides Halifax - Royaume-Uni; les OB, Angleterre - USA rapides; les ON, Outward North Atlantic, c'est-à-dire Angleterre -Amérique rapides; les ONS qui font la même route mais lentement. Rapide, cela signifie dix nœuds ( 18,5 km à l'heure ), et lent, sept nœuds, c'est-à-dire que ces convois sont plus lents qu'un sous-marin en plongée, bien plus qu'un sous-marin en surface. Chaque convoi compte trente, quarante ou soixante cargos. Paret s'habitue aux conférences de capitaines qui précèdent chaque convoi : Le «Commodore», c'est-à-dire un vieil officier responsable de la discipline des navires marchands dans le convoi et le chef de l'escorte, en général un capitaine de frégate qui distribue les instructions; chaque capitaine reçoit ses codes, ses signaux. Et les cargos appareillent, se forment en colonnes, venant de divers ports, s'agglutinent pour devenir d'immenses processions de huit kilomètres de front sur trois de long, entourés et protégés par à peine sept ou huit escorteurs au maximum : trois vieux destroyers et quatre ou cinq corvettes, comme les navires belges Buttercup et Godetia où servent les volontaires qui ont suivi Victor Billet. Pour les marins, les cargos c'est plus confortable que les corvettes, plus lentes avec leurs 15 nœuds que les sous-marins en surface, plates-formes à un canon et à charges de fonds, où s'entassent cent hommes sur soixante et un mètres de long, dans un inconfort total. Les escorteurs roulent, le pont bas sur l'eau balayé par les lames. Mais de temps en temps, après un torpillage ou en sortant de l'hôpital, un marin de commerce va s'engager sur les corvettes belges. Le danger est identique mais au moins il y a une chance de cesser d'être gibier pour devenir chasseur. La tâche des escorteurs c'est de faire écran autour du convoi. Mais ils sont trois devant, deux de chaque côté et un derrière. Leur asdic recherche les sous-marins à deux mille mètres au maximum alors que trois kilomètres les séparent les uns des autres : les sous-marins peuvent se glisser entre ces zones de détection pour s'infiltrer, souvent en surface et en groupe, et lancer leurs salves de torpilles dans le tas; c'est la tactique des « meutes ». Un sous-marin qui a repéré le convoi attend le groupe pour attaquer et déborder l'escorte. Et les torpillages se succèdent devant, derrière, à babord, à tribord. La tâche principale des cargos, c'est de garder leur place à travers tout malgré les attaques, malgré le brouillard, la tempête, de guetter les signaux des escorteurs qui s'élancent de temps en temps, grenadent, attaquent, ordonnent des déroutements. Quand les cargos arrivent, c'est pour accoster les quais en flammes de Liverpool; c'est l'âge d'or des bombardiers de la Luftwaffe. C'est aussi l'âge d'or des U-Boote renforcés par les corsaires de surface. A l'escale, Paret écoute, apprend les nouvelles des cargos de sa compagnie qui disparaissent les uns après les autres, y compris les navires sur lesquels il a personnellement navigué, y compris les hommes qu'il a connus. Parfois les marins marchands sont récupérés par l'ennemi comme ceux du cargo Kabalo, attaqué le 15 novembre 1940 dans l'Atlantique sud par le sous-marin italien Capellini. L'équipage a pourtant riposté au canon contre le sous-marin mais l'italien l'a quand même pris à son bord après avoir détruit le navire et l'a déposé aux Açores. Le cargo Bruges a été détruit le 9 juillet 1940 par le corsaire de surface Thor mais le navire allemand a ramassé l'équipage et l'a entassé dans la cale avec les rescapés d'autres navires marchands. Les quarante-cinq hommes seront débarqués à Bordeaux occupée et internés au camp de Sandbostel, avant d'être renvoyés à Anvers. Mais dans la plupart des cas, cela se passe tragiquement. Le navire est torpillé sans avertissement et les survivants se retrouvent dans l'eau, sur des radeaux ou des baleinières. Parfois le navire coule si vite qu'il y a peu de survivants; cela dépend de la cargaison. Ainsi l'Indier torpillé dans le convoi SC 26 le 3 avril 1941 à 3 heures du matin, a à bord 6000 tonnes de fer embarquées à New York pour l'Angleterre. Il coule en 59 secondes, moins d'une minute ! Il y a quatre survivants sur quarante-six hommes, ceux qui se trouvaient sur le pont à cette heure de la nuit, dont le capitaine Onghena. Paret apprend aussi l'histoire du Ganda que la presse maritime relate au début de 1942. Le 22 janvier 1942, le cargo est torpillé alors qu'il navigue en isolé après avoir perdu le convoi ON 5 dans la tempête. Trente hommes périssent dans le torpillage. Le canot dirigé par le lieutenant Hubert erre vingt huit jours dans l'Atlantique démonté et glacé avant d'être recueilli par un bateau de pêche portugais. Il contient encore quatre des vingt-huit hommes qui y ont trouvé place. Le deuxième canot, emporté par le Gulf Stream, parcourt 200 milles en quatorze jours; morts et vivants pêle-mêle, eau salée mordant les blessures, mourant de soif, survivant avec quatre biscuits, trois morceaux de sucre et trois tablettes de chocolat par jour. Finalement le canot est aperçu par un destroyer; il reste dix vivants dont le chef d'embarcation, le lieutenant Lardinois. Au total il y a quatorze rescapés sur septante-neuf hommes. Et les quatorze reprendront la mer; certains mourront dans un autre torpillage, le deuxième ou le troisième ! Ces dangers ne sont pas les seuls; il y a ceux de la navigation, encore accrus par les difficultés de la route en convoi tous feux éteints, sans phare pour repérer les atterrages. Le 3 avril 1941, Paret mène le Francqui le long de la côte écossaise en arrivant de Terre-Neuve. Vers 22 heures le convoi s'est mis en deux files pour se glisser dans un étroit chenal entre les rochers et les champs de mines. Le Commodore voit au dernier moment qu'il pique sur les récifs. Il ordonne de virer brutalement vers le champ de mines. Et toute la colonne se casse en deux, coupant la route de Paret. Il donne à droite pour éviter l'abordage et le Francqui vient s'échouer. De l'eau s'infiltre dans cinq cales mais Paret se déséchoue lui-même et jette l'ancre. Un remorqueur viendra le chercher pour l'amener en réparation à Leith. Et puis Paret reprend ses navettes. Le 11 décembre 1942, l'Emile Francqui quitte Liverpool à destination de Halifax. Il commence son neuvième voyage de guerre dans le convoi ON 153, de quarante-trois transports sous la protection du groupe d'escorte B.7. Outre ses 68 hommes d'équipage, il compte des passagers anglais dont deux femmes avec leurs deux enfants. Le convoi progresse sur dix colonnes de quatre à cinq navires; l'Emile Francqui occupe la première place de la neuvième colonne avec le numéro 91. Un vent de force « 8 » souffle du sud-ouest, la mer est démontée avec des creux de vingt mètres.C'est le temps de l'Atlantique nord d'octobre à mars de chaque année, le temps de la "bataille de l'Atlantique". Pour Paret et ses officiers de pont, c'est la tension continuelle. C'est d'abord le « Do not straggle », l'obsession de ne pas perdre le convoi, ne pas rester à la traîne, à la merci des sous-marins qui poursuivent le convoi. C'est aussi garder son poste dans la tempête, dans les attaques, dans le brouillard, rester dans le troupeau qui se traîne à sept nœuds, la vitesse du plus lent, et éviter les accidents. Les officiers se transmettent les tuyaux de quart en quart : « Attention au voisin, il fait de brusques écarts, se méfier du navire derrière nous, il nous avait perdus tout à l'heure, il a forcé la vapeur et a failli nous rentrer dedans.» Le baromètre qui descend toujours et le clair de lune qui s'annonce ne sont pas pour améliorer les choses ! Nonante-huit sous-marins allemands sont à la mer en ce moment et le 15 décembre 1942, malgré la tourmente et les torrents d'eau, un veilleur du U.609 aperçoit les fumées tourmentées des cinquante navires de l'ON 153 et de son escorte. Il alerte le Q.G. en France qui aussitôt rameute le groupe Raufbold concentré à l'ouest de l'Irlande. Douze autres sous-marins prennent aussitôt la chasse de l'ON 153 sur des milles et des milles d'eau démontée. Dans la nuit du 15 au 16, les premières explosions éclatent. L'U.610 torpille le pétrolier anglais Regent Lion. Au matin du 16 à 8 heures 20, le U.356 expédie le tanker norvégien Bello. L'attaque est déclenchée. Toute la journée, la meute suit le convoi en surface, tentant de forcer la ligne des escorteurs trop peu nombreux pour encadrer le gigantesque rectangle de cargos. Le U.621 se faufile à 15 heures 30, le souper vient de commencer sur l'Emile Francqui. Une violente explosion le secoue dans l'obscurité naissante. Les vitres de la passerelle s'éparpillent. Paret se précipite, chacun enfile son gilet. L'officier de quart lui rend compte: « Touché dans la soute de réserve à tribord. La liaison avec les machines est intacte. Les machines tournent. Le navire répond au gouvernail. » Paret descend à sa cabine pour prendre les documents secrets à jeter à la mer dans un sac lesté en cas de torpillage. Trois minutes plus tard une nouvelle torpille frappe le cargo. Cette fois le « Francqui » s'incline brutalement. Paret est dans sa cabine; il est jeté par terre et blessé au genou. En boitant il se hisse péniblement sur le pont, jette le sac lesté à la mer et remonte à la passerelle. «Stoppez les machines ! Comment se comporte le navire ? »Le chef mécanicien vient de surgir : « Les cloisons étanches tiennent mais le télégraphe avec les machines ne répond plus. L'électricité marche. Voie d'eau à l'avant tribord.» « Tirez les fusées blanches de détresse. M. Lauwereins, mettez les embarcations à l'eau. Postes d'évacuation.» Le premier officier, Charles Lauwereins, est un marin de 46 ans qui navigue depuis 1919. Il rassemble les hommes aux bossoirs des canots. Paret confie le canot 1 à tribord au 2ème officier Ortegat avec dix passagers et quinze hommes. Il fait larguer les autres canots et les radeaux afin de garder ceux-ci à proximité de l'épave si l'équipage devait sauter à l'eau en cas de besoin. Mais le cargo s'est mis en travers du vent tout en sombrant de l'avant et en donnant de la bande à tribord. Le canot 2 se brise en s'affalant. Les canots numéros 3 et 4 descendent normalement avec huit et neuf hommes à bord. Paret court à l'arrière, il fait larguer les radeaux; il ordonne aux hommes de sauter à l'eau mais la peur les paralyse. Paret est calme; il dirige lui-même les opérations. Le radeau tribord glisse et deux hommes sautent à l'eau et s'y accrochent, ils seront sauvés! Le radeau arrière glisse à son tour, mais le canot 1 chavire, douze personnes seulement peuvent s'accrocher à sa coque renversée, dont une femme et un enfant. Les marins la redressent. Un coup de mer retourne à nouveau la baleinière, huit marins seulement remontent à la surface cette fois ! La corvette H.M.S. Pink ramasse les survivants des canots 3 et 4 et trois hommes accrochés à un radeau, mais il lui faut plus d'une heure pour ce sauvetage dans la tempête. Le Francqui s'enfonce; à 18 h 15 tout à coup il sombre. On aperçoit encore quelques lampes rouges à l'arrière et un homme qui flashe en morse. Les cargos qui occupent les postes 92 et 93 passent à côté de l'épave et disparaissent dans la nuit; ce sont les instructions ! Le 94, c'est le cargo de la France libre, Saint Bertrand. Il devrait continuer sa route aussi, mais il transgresse les ordres. Sur la passerelle, le 1ier officier est belge, Nihotte, et il voit toutes les lampes rouges des hommes qui flottent sur l'eau démontée et glaciale. Le capitaine français Leterrier lance un ordre bref : « Stoppez, les filets à grimper le long du bord, vite ». Quelques marins belges parviennent à nager jusque-là, ils s'agrippent et retombent épuisés le long de cette haute muraille de fer inaccessible qui monte et qui descend à toute vitesse avec la lame. Un radeau passe, un chauffeur attrape une ligne et est hissé. Le canot vient cogner contre le cargo, on lance une amarre et on tire; un homme est amené sur le pont, c'est un cadet anglais; mais le câble s'est enroulé autour de son cou, il a été pendu plutôt que hissé par ses sauveteurs; pour le sauver il faudra lui faire la respiration artificielle. Le canot défile maintenant le long du bord, rempli d'hommes affolés; il chavire, plus personne n'a la force d'attraper le filet. Nihotte se fait attacher et descendre le long du bord, mais le cargo vide, haut sur l'eau, balance de 30° de chaque bord en de violents soubresauts. L’officier est projeté contre la coque et est étourdi. On le remonte. Un escorteur arrive; éclats rapides d'une lampe Aldis : le Saint Bertrand doit rejoindre le convoi. Il est maintenant 21 h 10. Un retard plus long sera impossible à rattraper. La corvette Pink et le Saint-Bertrand ont récupéré trente deux rescapés. Parmi les quarante-six disparus, il y a Paret, Biebuyck, dont on n'a pas eu de nouvelles, et huit des neuf officiers. Le convoi est passé. Beaucoup d'autres passeront encore pour nourrir la victoire. Six cents et trois marins civils et deux cent cinquante-deux marins étrangers enrôlés par des armateurs belges mourront dans les explosions, la mer glacée, les flammes accompagnant les disparitions des soixante-trois navires battant pavillon belge. Et soixante autres deviendront invalides. En 1960, on pouvait voir un aveugle qui vendait des allumettes à Beveren–Waas, pour augmenter sa pension de sept cents francs belges ( 17,35 € actuels ) par mois. C'était une victime de la bataille de l'Atlantique, attendant la reconnaissance nationale ! (Source : " 20 Héros de chez nous " Article de Henri Anrys Derrière les barbelésL'organisation Bolle, providence des évadés La clôture d'un camp de prisonniers de guerreVoici, d'après le lieutenant général Michem, comment étaient clôturés les camps de prisonniers de guerre : Une double haie en fil de fer barbelé d'une hauteur de 2 mètres 75, les 2 haies séparés par un espace de 2 mètres, celui-ci rempli de barbelés ( chevaux de frise et réseaux bruns ). Chaque montant de la haie intérieur était surmonté d'un rondin dirigé obliquement vers l'intérieur et vers le haut. Ces rondins étaient aussi réunis par du barbelé. Le réseau de barbelés était flanqué de tours observatoires en bois d'environ 8 mètres 50 de hauteur, baptisées du nom de miradors. Ces tours montées sur poteaux comportaient une cabine permettant de voir dans toutes les directions et occupée jour et nuit par une ou deux sentinelles armées de fusils et d'une mitrailleuse. En 1943, ces mitrailleuses furent installées sur une plate-forme à mi-hauteur du mirador. Au camp de Prenzlau, il y avait 7 miradors. Chaque mirador était relié par téléphone au corps de garde. Le réseau de barbelés était éclairé la nuit par des lampes électriques avec réflecteurs. En outre, un phare mobile placé à chaque extrémité du mirador permettait l'éclairage intensif permanent ou intermittent du réseau ou de l'intérieur du camp. Vers l'intérieur du camp et à 8 mètres de la haie intérieur du réseau de barbelé, était tendu un fil de garde constitué par des piquets reliés par un fil de fer barbelé. Les sentinelles avaient ordre de tirer sur quiconque touchait ou franchissait ce fil de garde. Des pancartes avertissaient d'ailleurs de ce danger. Vers la fin de 1942, il fut établi autour de tout le camp un réseau détecteur compliqué, relié aux haies de fil de fer barbelé. Ce réseau permettait de détecter instantanément dans une cabine centrale tout bruit ou travail effectué à proximité ou dans le réseau de sécurité, et notamment, le creusement de galeries ou la destruction de barbelés préparatoires aux évasions. A certaines époques et parfois la nuit, notamment pendant les alertes avions, des sentinelles supplémentaires étaient placées aux endroits jugés propices aux évasions. Des rondes accompagnées de chiens de garde parcouraient par intermittence, surtout la nuit, la lisière extérieur du réseau de sécurité. Une équipe de 2 fouilleurs parcourait l'intérieur du camp afin de déceler tout mouvement ou tout travail suspect.Plan du camp de Prenzlau Organisation d'un service d'aide aux évadésDès l'année 1941, à l'Oflag IIA de Prenzlau, le lieutenant-Colonel Paul Bolle du 1e Régiment de défense terrestre contre avions ( DTCA ), se rend compte, suite aux échecs des premières tentatives d'évasion par manque de préparation et de moyens, de la nécessité d'organiser un service d'aide aux évadés. Il décide alors de s'en occuper. Il s'agit d'initiative, sans aide ni conseil de personne. Son but est : " de rechercher, de rassembler et de mettre à la disposition des candidats à l'évasion, un ensemble de renseignements et de possibilités matérielles propres à les aider non seulement à sortir du camp, mais encore à favoriser leur voyage à travers l'Allemagne, et enfin à franchir les frontières de Belgique ou de Suisse ".C'est en août 1941 que Bolle jette les fondements de son organisation des évasions. Les débuts sont modestes, mais bientôt les bonnes volontés se manifestent et les renseignements affluent. Bolle est exceptionnellement doué pour ce travail. Petit de taille, extrêmement intelligent, parlant couramment l'allemand, n'attirant pourtant pas l'attention, il a su animer son organisation d'un dynamisme remarquable et maintenir strictement la consigne du secret absolu. Bolle crée de toutes pièces un véritable service de renseignement axé sur les évasions et possédant sa mystique propre. Chose curieuse, bien que tout le personnel des 2ème sections de l'armée belge, échelons G.Q.G., corps d'armée et divisions, se trouve à l'Oflag II A, aucun de ces soi-disant spécialistes ne participe à l'organisation Bolle.Evidemment, semblable organisation n'a pas été mise sur pied en peu de temps. D'après Bolle lui-même :"Les renseignements à utiliser, ainsi que certains moyens matériels tels que vêtements, outils, argent, faux papiers, etc… ont été demandés en Belgique après recherche de correspondants voulant bien se charger de semblable expédition. D'autres moyens provenaient de source allemande et étaient obtenus par ruse, vol voir même par achat de conscience après de longs travaux d'approche. D'autre part, la constitution d'équipes de travail pour la substitution de colis clandestins, la mise sur pied d'un service de guet, etc., la création d'ateliers divers possédant le matériel approprié, la recherche de spécialistes qui par leurs aptitudes étaient particulièrement aptes à réaliser les travaux spéciaux, ont demandé plusieurs mois de patientes recherches. En résumé, ce n'est qu'au début de l'année 1942 que l'organisation embryonnaire du début est à même de rendre plus efficace et souvent de mener à bonne fin avec des moyens continuellement accrus, les tentatives entreprises par les officiers, sous-officiers et soldats du camp de Prenzlau."Lorsque les Allemands, le 23 juin 1943, procédèrent au regroupement des officiers de réserve belges à Fischbeck ( Oflag X D ) et des officiers d'active à Prenzlau ( Oflag II A ), l'organisation perdit un certain nombre de collaborateurs, mais ils furent rapidement remplacés. Une organisation complexeArrivée à son complet développement, l'organisation comprend les services suivants : Bureau d'étude constante et approfondie de tous les moyens d'évasion ( Bolle, Renier et les cadidats évadés eux-mêmes). Bureau financier, chargé de fournir de l'argent allemand aux évadés ( soldat infirmier Soumoy ). Atelier d'outillage, pince coupe-fil, marteaux, burins, limes, scies à métaux, pinces diverses, fraiseuses à main, etc. Section de fabrication de boussoles et de souffleries pour souterrains ( commandant aviateur Fabry, capitaines aviateurs Paulet et Poppe ). Ateliers de fabrication de clés en tous genres, y compris les clés spéciales pour serrures Yale, afin de pouvoir pénétrer dans tous les locaux interdits du camp ( lieutenant de réserve Boulet, sous-lieutenant Drapier, puis lieutenant Gathy). Equipe de subtilisation de colis venant de Belgique et renseignés comme renfermant de l'argent allemand, des effets civils, passeports, outils, teinture, etc. ( capitaine André, lieutenants Mentior, Mostert et Jonkheere, puis, après le départ d'André pour Lübeck, lieutenant De Pauw et sous-lieutenant Van Overeem, caporal Davisters). Equipe d'expédition clandestine vers la Belgique de colis renfermant du courrier relatif aux évasions ( lieutenants Lambeau et De Pauw, caporal Davisters ). Equipe de subtilisation des effets civils, faux papiers, etc., repris par les Allemands aux évadés ( lieutenant Lambeau ). Bureau de fabication de faux papiers, cartes d'identité falsifiées, titres de congés d'ouvriers volontaires, ordres de marche, certificats divers, cartes de travail, etc. ( lieutenant de réserve Lambrecht, puis sous-lieutenant Thyl ). Bureau de fabrication de faux cachets ( lieutenant de réserve Piérard, lieutenants Pire et de Meulenaere, soldat Delbrassinne ). Atelier photographique clandestin fournissant les photos pour les papiers d'identité ( lieutenants Tricot et Dewez). Service de camoufalge des évadés aux appels ( commandant Renier, lieutenants De Pauw et Huchon ). Service de guet fonctionnant de jour comme de nuit ( commandants Renier et Flébus, capitaine André, lieutenants De Pauw, Renders, Libert et Sprengers ). Service cartographique possédant des cartes au 100.000° de la région de la frontière belgo-allemande et un jeu complet de cartes au 500.000° de l'Allemagne.L'organisation avait créé de toutes pièces une carte au 2.000° de la ville de Prenzlau par un procédé très simple. Chaque jour, des soldats des corvées travaillant à l'extérieur du camp devaient revenir avec deux ou trois renseignements : nom d'une rue, nombre de maisons entre deux rues, emplacement d'un pont largeur de celui-ci, etc. La carte ainsi dressée était rigoureusement exacte et digne d'un document cadastral.L'organisation parvient à s'introduire dans des bureaux allemands du camp et à s'emparer de précieuses cartes et de parties d'uniformes allemands.Les outils de toute espèce, les faux papiers, cachets, fausses clés, etc., étaient conservé par Bolle lui-même dans une cachette aménagée sous le plancher de sa chambre. En 1944, vu l'abondance du matériel, une deuxième cachette est aménagée sous le lit du commandant Renier. Seul Bolle connaissait l'ensemble des renseignements recueillis par l'organisation. Il ne confiait à chaque évadé que les renseignements qui lui étaient strictement indispensables et seulement le jour même ou la veille de l'évasion. L'évadé devait d'abord prêter serment sur l'honneur de garder le secret sur l'organisation. cette méthode permit d'éviter les indiscrétions et de sauvegarder l'existence des relais extérieurs au camp. Comme dans tous les camps d'officiers prisonniers de guerre, les tentatives d'évasion par tunnel furent fort nombreuses.D'après J-M D'Hoop, en septembre 1943 à l'Oflag XVII A, un tunnel commencé en mai et dont l'aménagement a duré tout l'été, a livré passage en 2 nuits à 130 évadés français. Le rapport BolleVoici ce qu'en dit le rapport Bolle :" Au cours de trois années, il a été creusé dans le camp 22 tunnels, dont certains ont demandé de 3 ou 4 mois de travail. Le réseau microphonique qui, depuis novembre 1942, entourait le camp, rendait en effet inexécutable le percement des murs par marteau et burin. Dès lors, le travail était conduit de la manière suivante : sur une surface légèrement supérieure à celle requise pour le passage d'un homme, il était percé, tous les 2 centimètres, dans le mortier cimentant les briques, des trous de 10 à 12 centimètres de profondeur, à l'aide d'un vilebrequin fabriqué avec des cornières de lits métalliques. Ces trous étaient ensuite bouchés avec une matière plastique et chaulés à la pâte dentifrice pour les rendre invisibles. Cette première opération terminée, au cours d'une nuit, la première rangée de briques sur toute la surface requise, était dégagée au couteau-scie, en passant d'un trou au trou suivant. Elle était alors remplacée par un panneau préparé, pesant une cinquantaine de kilos, épousant parfaitement le contour des briques enlevées et imitant à s'y méprendre l'aspect extérieur de la muraille. Ce panneau portait en son centre une porte mobile aux joints rendus invisibles, montée sur charnières et qui permettait le passage pour le travail de sape. Le camouflage, exécuté par le commandant de réserve J. Simon, était si bien exécuté qu'il était impossible de déceler l'emplacement du panneau autrement que par sondage " Pour déjouer la vigilance des AllemandsCependant, malgré toutes les précautions prises, tous les tunnels, sauf un, furent découverts par les équipes de spécialistes allemands qui parcouraient le camp de jour et de nuit à la recherche des tentatives d'évasion. En revanche, la réussite d'un tunnel a l'avantage de permettre le passage d'un grand nombre d'évadés. C'est ainsi que la nuit du 14 au 15 avril 1942, 13 officiers s'échappent du camp et 2 d'entre eux ( Desmidt et Bossuyt ) parviennent en Angleterre ; les 11 autres sont repris.Un autre désavantage des tunnels est que, vu le grand nombre des évadés, il n'est pas possible de camoufler leur départ. Les Allemands sont donc alertés dès le premier appel et déclenchent alors le '' Grossfahndung ''. Du coup, une armée de fonctionnaires contrôle minutieusement les pièces d'identité des voyageurs. Les employés de la Reichsbahn, la garde rurale des villes et des villages, la police, la Gestapo, la Hitlerjungend et les troupes cantonnées dans le '' Kreiss '' sont alertées. Des barrages routiers sont établis et la région est parcourue par des détachements transportés en camion ou à vélo, accompagnés de chiens policiers. Cette action durait 6 jours puis les Allemands, s'ils n'avaient pas retrouvé les fugitifs, considéraient leur évasion comme réussie et tout rentrait dans le calme. L'organisation Bolle observe soigneusement les réactions des Allemands et décide en conséquence de camoufler les évadés à l'extérieur du camp pendant une semaine au moins. Elle parvient à entrer en rapport avec un Kommando de 6 soldats belges travaillant à la gare de Prenzlau ( G. Clerfeyt, E. Chapelle, L. Demaret, A. Vermeere, E. De Cauwers et J. Havart ). Clerfeyt , l'homme de confianceClerfeyt est l'homme de confiance et le chef du Kommando. Il accueille les évadés qui se présentent au moyen d'un mot de passe et d'un numéro d'ordre donné par Bolle. Les évadés sont cachés, nourris durant 8 jours. On complète leur tenue civile si la chose s'avère nécessaire et, lorsque l'occasion s'en présente, on les introduit de nuit dans des wagons plombés à destination de la Belgique. Le relais d'évasion de Clerfeyt fonctionne d'ailleurs également au profit des Kommandos de la région et 39 sous-officiers et soldats français et belges en profitèrent. Un second relaisBolle arrive à monter un deuxième relais dans un Kommando français de Berlin et un troisième était quasi au point à Kassel, lorsque les bombardements des villes allemandes par l'aviation alliée dispersèrent les Kommandos et anéantissent les relais.Le lieutenant-colonel Bolle connaissait et était le seul au camp à le connaître, un itinéraire permettant de gagner clandestinement la Suisse. La veille de l'évasion, Bolle confiait au candidat évadé un texte décrivant minutieusement l'itinéraire à suivre de nuit et une carte à grande échelle. Le candidat évadé devait étudier par cœur le texte et la carte et les remettre au colonel avant son départ. Il passait alors un examen oral devant le chef de l'organisation et de sa connaissance parfaite du texte et de la carte dépendait l'autorisation d'évasion. grâce à ces précautions, l'évadé n'emportait aucune note avec lui, tous ceux qui suivirent les indications données arrivèrent en Suisse sans encombres et l'itinéraire ne fut jamais repéré par la police allemande.Le même procédé était employé envers les évadés désirant gagner la Belgique. Ils devaient tout d'abord gagner une ferme à Ober-Emmels ( village à environ 3 kilomètres au N.N.O. de Saint-Vith ) où ils recevaient vivres et logement. Une jeune fille de 22 ans, Mlle. Lucie Moutschen, venait alors les prendre en charge et les conduire de nuit, à travers bois, jusqu'un Belgique. La filière fonctionna 3 ans sans accroc, jusqu'à l'arrivée des Américains à Ober-Emmels.Les officiers et soldats de l'Oflag II A inscrits chez Bolle comme candidats évadés étaient 124 au total. Evidemment, il y avait chez eux des candidats perpétuels, qui n'étaient jamais prêts lorsqu'une occasion se présentait. Mais Bolle connaissait bien son monde et c'est lui qui fixait l'ordre des évasions.Il parvint à faire sortir du camp 70 officiers, sous-officiers et soldats ; 13 officiers réussirent à gagner l'Angleterre et 7 la Belgique ou la France. La différence est frappante entre ce résultat et celui de l'autre Oflag d'officiers belges, soit le X D, où 4 évasions seulement réussirent. Le lieutenant-colonel Bolle travaillait en franc-tireurLe lieutenant-colonel Bolle travaillait en franc-tireur, sans aide extérieur de Londres ou de la Résistance belge, sans mandat, et sans appui officiel des autorités belges du camp.Ces derniers soupçonnaient bien quelque chose, mais n'ont jamais cherché à en savoir d'avantage. L'autorité de Bolle était incontestée parmi les candidats à l'évasion. Suite au secret dont il s'entourait, on ne savait d'ailleurs pas s'il ne possédait pas une mission secrète et Bolle se gardait de démentir.Dès le mois d'avril 1942, les Allemands avaient la certitude de l'aide fournie aux évadés par une organisation secrète, mais ils ne parvinrent jamais à en savoir d'avantage. Grâce aux précautions prises, à la discipline imposée aux évadés et acceptée par eux, à la consigne du secret, Bolle dont le nom n'était jamais prononcé, ne fut jamais découvert ni même soupçonné.On pourrait croire qu'ayant fait preuve de telles qualités d'organisateur et de chef de service de renseignement, le lieutenant-colonel Bolle aurait été chargé après 1945 de prendre la direction du service de renseignement. Hélas ! Non, on reprit des spécialistes d'avant 1940 et Bolle devint directeur de l'école de gouvernement militaire, puis en 1946, commandant supérieur des corps forestiers et enfin commandant militaire des territoires transférés à la Belgique.Il fut pensionné comme colonel.L'organisation montée par le lieutenant-colonel Bolle est absolument remarquable. Elle montre ce qu'il est possible de réaliser avec de pauvres moyens, mais avec de la discipline et beaucoup d'enthousiasme et de courage Source : "Evasions réussies" par Georges Hautecler, Editions Soledi, 1966. Derrière les barbelésDe Colditz à Patriotic School London Evasions le 25 avril 1942 de Louis REMY et le 18 octobre 1941 de Victor VAN LAETHEM Pourquoi avoir choisi de raconter l'évasion de Louis Remy et Victor Van Laethem ? La raison en est bien simple : C'est l'évasion qui est la mieux connue dans ses détails, grâce aux rapports très précis donnés par ces officiers. L'évasion de Louis RemyLa nuit du 25 au 26 avril 1942 a lieu l'évasion de REMY Louis, né à Bruxelles le 14 juillet 1916, sous lieutenant aviateur d'active à l'école de pilotage.En mai 1940, l'école belge de pilotage a été évacuée sur le Maroc à Oudja. Après l'armistice franco-allemand, on discute ferme parmi les élèves pilotes : les uns veulent gagner l'Angleterre, les autres obéir aux ordres des chefs qui ordonnent de rentrer en Belgique. Remy choisit la voie de l'obéissance et, comme bien entendu, l'école entière est faite prisonnière au passage de la ligne de démarcation à Châlons-sur-Saône, le 17 septembre 1940. Remy la trouve mauvaise et décide de s'évader à la première occasion.Dirigé sur l'Oflag VIII C à Juliusburg, il tente de s'évader avec des officiers hollandais de l'armée des Indes, mais seuls deux Hollandais réussissent. En juin 1941, Remy creuse un tunnel avec les lieutenants Vivario et Poswick. Le travail est presque terminé lorsque le tunnel est découvert par les Allemands. Remy est transféré à la forteresse de Colditz, camp spécial pour candidats à l'évasion (Oflag IV C). En août 1941, Remy tente une évasion par les toits en compagnie du lieutenant anglais Neeves et du lieutenant polonais Just. C'est un échec. En octobre, il participe aux travaux d'un tunnel partant de l'infirmerie, mais ce beau travail est découvert par les Allemands. C'est alors que le médecin militaire français Leguet conseille à Remy de se déclarer malade. Il lui décrit tous les symptômes d'une maladie peu répandue, mais aisément reconnaissable. Comme prévu, le médecin allemand dirige Remy sur l'hôpital d'Oschnawitz, accompagné de 6 officiers polonais et d'un officier anglais (squadron-leader Paddon). Arrivés le 16 avril 1942 à l'hôpital, dès le 18 nos gaillards commencent aussitôt le creusement d'un tunnel. Il a déjà 4 mètres de profondeur et 5 mètres de longueur lorsque nos mineurs tombent sur d'anciennes fondations du type indestructibles et force est d'abandonner le beau travail. Un autre tunnel n'a pas plus de succès. Il est alors décidé de tenter de nuit le franchissement du quadruple barrage de barbelés. Remy, Paddon et Just sont désignés comme ayant le plus de tentatives à leur actif.La nuit du 25 au 26 avril 1942, les trois hommes rampent vers la clôture à un endroit qui doit être dans un angle mort pour l'Allemand du mirador. A l'aide d'une pince volée à l'infirmerie, une brèche est ouverte dans la première haie, les chevaux de frise sont écartés et ils s'attaquent à la deuxième haie. Il y a alors 50 mètres de terrain désert, la troisième haie, des chevaux de frise, puis la quatrième haie. En deux heures de travail tous les obstacles sont franchis. Les trois décident de se rendre à pied à Dresden et d'y prendre le train pour Leipzig où ils se sépareront définitivement : Remy en effet se dirige vers la Belgique, les deux autres vers la Suisse.Remy porte un uniforme semi-militaire: bottes noires et culotte d'aviateur, veste en cuir noir des cyclistes belges, casquette d'aviateur belge munie d'un insigne à croix gammée. La casquette d'aviateur belge est en effet du modèle allemand et il y a en ce moment en Allemagne tant de gens en uniforme de toutes sortes qu'il espère passer inaperçu. Tous trois disposent de faux papiers établis à Colditz. Remy possède un "Arbeitsvertrag" d'une firme de construction de moteurs de Leipzig et un "Ausweiss" l'autorisant à se rendre à Lammersdorf à proximité de Monschau pour y monter des moteurs synchrones.Le 27 avril, nos évadés prennent le train pour Leipzig. Un peu avant d'y arriver ils sont appréhendés par la " Bahnpolizei ", qui trouve leurs papiers suspects. Remy parvient à ouvrir la portière et à sauter du train en marche. Il se dirige à pied vers Leipzig et y prend un train pour Köln ( Cologne ). A la salle d'attente, il fait la connaissance d'un travailleur volontaire belge venant de Berlin et tentant de rentrer en Belgique en fraude. Ils décident de faire route ensemble. A 4 heures 30, ils prennent le train pour Aachen ( Aix la Chapelle ), mais descendent à Stolberg. Ils partent à pied vers Rötgen. Un policier les arrête à Rötgen et les conduit au poste de police. Le travailleur volontaire est appréhendé mais Remy, dont les papiers semblent en règle, est relâché. Il ne se le fait pas dire deux fois et quitte aussitôt le village, abandonne la grand-route et s'enfonce dans les bois. Il est alors interpellé par un garde forestier. Il s'enfuit, poursuivi par le garde qui tire deux fois dans sa direction sans l'atteindre. Remy parvient à s'échapper. Fourbu, il se cache sous des arbres abattus et s'endort. A deux heures du matin, il se réveille tant il fait froid. Gelé et affamé, il s'enfonce dans les bois. Il n'a ni carte ni boussole, le ciel est couvert d'où impossible de s'orienter. Il traverse plusieurs fois des lignes d'obstacles antichars en béton. Il marche ainsi tout un jour et toute une nuit, se désaltérant aux ruisseaux et sources rencontrés.Le 30 avril à 8 heures du matin, il arrive à une route où se trouve un poteau indicateur. Enfin! il va savoir où il se trouve... Hélas! il lit sur le poteau " Eupen: 8 kms ". Il connaît alors une période de dépression bien compréhensible : tous ses membres lui font mal, la tête lui tourne de faim et de fatigue.Il suit la route jusqu'à la cantine du barrage de la Vesdre. Il y entre. La cantinière, émue de le voir si mal en point, lui donne une grosse assiette de soupe. Cela va mieux. Mais voici qu'entre un officier français en tenue. Est-ce une hallucination? Mais non, cet officier est bien réel, c'est un ingénieur prisonnier qui travaille au barrage. Accessoirement, il dirige une chaîne d'évasion. Mais cela Remy ne le sait pas encore. Intuitivement, il sent que cet officier l'aidera. Il se confie à lui. Le Français lui dit de rester à la cantine, qu'il va s'occuper de lui. Effectivement, dans le courant de l'après-midi arrivent deux jeunes gens en vélo qui conduisent notre évadé à Welkenraedt. Il y est accueilli à bras ouverts par un modeste ménage d'ouvriers. Le mari est chauffeur de locomotive. Le lendemain soir, Remy entre en Belgique dissimulé sur une locomotive. Le 2 mai, il arrive à Bruxelles où il reste caché 15 jours, préparant la deuxième partie de son voyage.Le 16 mai, il part pour la France, muni d'adresses de passeurs et de son revolver d'officier. En gare de Dôle, il est contrôlé deux fois par la police allemande, mais ses papiers semblent en règle. Il se joint à un groupe d'une quinzaine de jeunes gens s'apprêtant à franchir la ligne de démarcation. Le passage a lieu la nuit du 20 mai 1942 avec succès. En France non-occupée, il est reçu par les capitaines aviateurs Nottet et Jambe à Lyon. Ces officiers dirigent une chaîne d'évasion de Lyon à Carcassonne. Le voyage jusqu'à Carcassonne se fait le mieux du monde et dans cette dernière ville, une autre organisation prend le relais. Hélas! cette organisation est composée de hâbleurs et de farceurs. Les candidats évadés traînent 12 jours à Carcassonne, puis décident de tenter leur chance par leurs propres moyens. Remy se joint au capitaine Wibin, au lieutenant Leonard et à sept Français. Des guides pyrénéens promettent de les faire passer en Espagne durant la nuit du 9 au 10 juin 1942.Arrivés dans les Pyrénées, ils exigent de l'argent pour continuer, puis, quand on leur a donné tout ce qu'ils demandent, disparaissent dans la nuit. Tout le groupe est abandonné en pleine nature, sans carte ni boussole. Remy propose de partir seul à la recherche d'un guide, s'engageant à revenir chercher ses compagnons. Il a de la chance: après une absence de trois heures, il revient avec un jeune berger espagnol qui consent à leur servir de guide jusqu'à la route de Figueras, première ville espagnole. Pour plus de sûreté, Remy divise ses compagnons en trois groupes qui se suivront à 500 mètres de distance. Les trois officiers belges forment le 1er groupe. A 20 kms de Figueras, ce premier groupe est appréhendé par deux gardes civils espagnols, les autres groupes s'échappent. En cours de route, Remy profite d'un moment d'inattention des Espagnols pour dégringoler une pente abrupte et se sauver. Les deux Espagnols encombrés des deux prisonniers qui leur restent, sont dans l'incapacité de poursuivre. Remy se réfugie dans un vignoble où, fatigué de cette nuit agitée, il s'endort. Le froid le réveille vers trois heures du matin. Il se met en marche pour se réchauffer et arrive le 11 juin 1942 à 7 heures à Figueras. Il ne parle pas l'espagnol, il n'a pas de papiers valables : le risque d'être arrêté est fort grand. Enfin il trouve une femme comprenant un peu le français. Elle conduit Remy chez le consul de France, mais ce dernier, partisan de Pétain, refuse toute aide.En désespoir de cause Remy décide de franchir à pied les 140 kms le séparant encore de Barcelone. Il suivra non la route mais le chemin de fer où se présentera peut-être une occasion favorable. Il couche le long du talus de chemin de fer. Le lendemain à 5 heures, il parvient à grimper sur un train de marchandise et arrive confortablement à Gérone. Il continue à pied. Deux gares plus loin, arrive un nouveau train de marchandises. Remy tente de s'y installer, mais il a cette fois moins de chance, il glisse et est projeté sur le ballast, sans trop grand mal toutefois. Nouvelle nuit en plein air et arrivée à Empalmas. Dans cette gare, il parvient enfin à s'introduire dans un train pour Barcelone. Il y arrive le 13 juin. Il se rend immédiatement au consulat de Belgique où il est fort bien reçu et retrouve un autre évadé d'Allemagne, le lieutenant Van Laethem. L'évasion de Victor Van LaethemEn effet, le 18 octobre 1941, le baron Constant de Montpellier de Vedrin, né à Vedrin le 27 mai 1915, sous-lieutenant de réserve au groupe cycliste de la 16ème division d'infanterie et Victor Van Laethem, né à Ninove le 8 avril 1910, lieutenant d'active au 9ème régiment de ligne, s'évadent de l'Oflag II A en coupant les barbelés entre deux miradors. A l'aube, ils prennent le train en gare de Prenzlau jusqu'à Tütligen. Ils se dirigent alors à pied vers Schaffhouse. Lors d'une tentative précédente, en août 1941, Van Laethem avait été repris au poste frontière de la route de Singen à Schaffhouse, aussi connaît-il bien les lieux. Cette fois, ils franchissent la frontière avec succès le 20 octobre 1941. Arrêtés par la police suisse, ils sont placés en résidence forcée à Tavel, puis à Romont dans le canton de Neufchâtel. Le 7 mai 1942, Van Laethem quitte Romont et se dissimule dans un hôtel de l'armée du Salut à Genève. Le 23 mai, il pénètre en France non occupée par une chaîne d'évasion anglaise qui le mène jusqu'à Barcelone. Il y trouve le sous lieutenant Remy. Quant à de Montpellier, il quitte la Suisse dès le 6 mai 1942, mais se fait interner en Espagne du 27 mai 1942 au 14 août 1942 et n'arrive en Angleterre qu'en septembre 1942. En route pour GibraltarLe 7 juillet, nos deux évadés (Remy et Van Laethem) quittent Barcelone bien munis d'argent, mais sans papiers d'identité. Le voyage Barcelone-Madrid (15 heures) et Madrid-Algésiras (17 heures) se passe exceptionnellement bien par suite de circonstances tout à fait spéciales. Le compartiment de nos deux évadés est envahi par des permissionnaires espagnols de la Légion Azul arrivant du front russe. Nos deux lascars, ignorant l'espagnol, engagent la conversation en allemand et tous deviennent rapidement bons amis. Du coup la police espagnole n'ose demander leurs papiers à des amis de héros nationaux. Van Laethem et Remy arrivent sans encombre à La Linéa le 9 juillet. Il s'agit cependant de ne pas s'éterniser dans cette localité, car elle est fortement surveillée. En face on distingue le but tout proche: la forteresse britannique de Gibraltar. On voit nettement les navires anglais et flotter l'Union Jack. La baie est large de 4 kms. Le long du rivage une haie de barbelés. Nos deux officiers sont bons nageurs, Remy surtout, membre vedette du Schaarbeek Swimming Club. Ils décident de tenter la traversée le soir même. L'obscurité venue, ils se déshabillent complètement, ne gardant que leur slip. Remy pourtant ne veut pas se séparer d'une magnifique pipe en écume qu'il a emportée de Bruxelles et il la fixe par un jeu de ficelles sur le haut de sa tête. Ils pénètrent dans l'eau par une brèche qu'ils avaient repérée dans les barbelés et entament la traversée. Mais ils avaient compté sans les courants marins et ils ont l'impression de ne pas avancer. Au bout de quelques heures, arrivés à 500 mètres d'un bateau anglais, Van Laethem n'en peut plus, ses jambes sont raidies par des crampes dues au froid. Remy essaie de l'aider, mais sans succès. Il demande alors à son compagnon de faire la planche et d'attendre. Lui-même va chercher de l'aide. Remy nage aussitôt aussi vite que possible en hurlant vers le bateau anglais et il est enfin entendu, aperçu et hissé à bord. Il signale la position critique de son camarade et une vedette anglaise va le chercher. Des Britanniques bien méfiantsA Gibraltar cependant l'accueil n'est pas très chaud. Les Anglais se méfient et l'officier de renseignement est particulièrement intrigué par la pipe en écume de Remy. On la sonde, radiographie, fait passer dans différents bains, mais il faut bien admettre finalement qu'elle n'est qu'une honnête pipe en écume, fort jolie ma foi. Expédiés à Londres, où ils arrivent le 1ier août 1942, nos deux hommes sont à nouveau mis au secret. L'officier de renseignement de service leur démontre que leur histoire est totalement invraisemblable : on ne s 'évade pas de Colditz, et on ne traverse pas l'Espagne en touristes sans papiers sans se faire arrêter. Quant à la traversée à la nage de la baie de Gibraltar, une vedette doit les avoir mis à la mer à proximité de la forteresse. Pourtant, dit Remy, un officier anglais s'est évadé de Colditz avec moi. Hélas ! il ne se souvient plus de son nom. Heureusement, cet officier, arrivé lui aussi en Angleterre, apprend la chose et le squadron leader Paddon vient en personne délivrer son compagnon de Colditz. L'Angleterre: la fin d'un long péripleRemy est enfin libéré et rejoint la section belge de la R.A.F. Il y retrouve ses compagnons de l'école de pilotage d'Oudja, qui, eux, sont en Angleterre depuis septembre 1940."Tu en as mis du temps pour arriver", disent ils ironiquement."Vous en avez de bien bonnes, rétorque Remy, si vous croyez que c'est facile de s'évader de Colditz.. "Ah il ne fallait pas, il fallait pas qu'il aille... Ah il ne fallait pas, il ne fallait pas y aller chantent alors en choeur les petits copains.Heureusement la guerre n'était pas finie et la camaraderie de combat des aviateurs a tôt fait d'effacer ce léger nuage. Placé au Bomber Command, 3ème Squadron, avec le capitaine Van Rolleghem, Remy a encore le temps avant le 8 mai 1945, d'effectuer 31 sorties opérationnelles et de totaliser 200 heures de vol au-dessus des territoires ennemis.Quant à Van Laethem, il rejoint la 1ère brigade d'infanterie belge en Angleterre et participe avec cette unité aux campagnes de 1944 et 1945. Source : Evasions réussies par Georges Hautecler, Editions Soledi - Liège 1966.
11:18
Écrit par Kibitzer
dans Algemeen |
Lien permanent
| Commentaires (0)
| Envoyer cette note
|
Facebook
|


Écrire un commentaire